Un débat qui ne devrait pas en être un

Par Philippe David

Beaucoup d’encre a coulé récemment au sujet de la candidature possible de Pierre-Karl Péladeau à la chefferie du PQ. Cette candidature, si jamais PKP finit par se brancher, soulève certaines questions d’éthique, principalement parce que M. Péladeau contrôle 40% des médias québécois. C’est donc facile d’imaginer les conflits qu’il pourrait y avoir s’il devenait premier ministre. On imagine facilement que les médias de Québécor deviennent les Pravda du PQ et se mettent à promouvoir activement l’option souverainiste, comme si Radio-Canada et le Devoir ne suffisaient pas. Aussi je voudrais ajouter mon grain de sel.

Il y en a qui voudraient que la question soit examinée par un comité supervisé par le président de l’Assemblée Nationale. C’est vrai qu’au Québec, on est fort pour créer des comités inutiles. C’est si compliqué de dire que fondamentalement, la presse est supposée être le gardien de la démocratie et qu’en tant que tel, il se doit d’être indépendant du pouvoir s’il veut être libre de le critiquer? Quel journaliste de QMI oserait être critique de son patron, s’il était également premier ministre?

Ceux qui doutent de l’influence des médias n’ont qu’à regarder à quel point nous sommes terrorisés de façon cyclique. Pendant 45 ans, le croque-mitaine était l’URSS, puis ce fût les terroristes, Saddam Hussein, les serbes en Bosnie, des maladies comme le sida, le sras, la grippe aviaire, la grippe H1N1 et maintenant, l’ébola. Ils ont même réussi à nous convaincre qu’une force de 30 000 hommes en pickup représente une menace existentielle aux démocraties de l’occident. Regardez aussi le rôle qu’ont joué les médias dans le débat de la charte des valeurs. Ça c’est du pouvoir! Déjà que simple député, Pierre-Karl Péladeau est déjà intervenu en faveur de l’achat des studios Mel’s par Québécor, imaginez s’il était premier-ministre.

On se soucie déjà des conflits d’intérêts potentiels lorsqu’un homme d’affaires se lance en affaires, on devrait s’en soucier encore plus quand ses affaires lui permettent de contrôler l’opinion publique.

Ça ne devrait pas être matière à débat. Pierre-Karl Péladeau devra choisir un jour s’il veut être un magnat des médias ou le premier ministre du Québec et les premiers à lui demander de faire ce choix devraient être les membres de son propre parti. Qu’il soit les deux pourrait vite compromettre le processus démocratique.

Intervention militaire contre l’EI : Une très mauvaise idée

Par Philippe David

S’il y a un temps où on peut observer un grand clivage entre libertariens et conservateurs, c’est lorsqu’il est  question de guerre. Par moment, j’ai une grande difficulté à supporter l’attitude générale des conservateurs à ce sujet. Je réalise qu’ils ne sont pas tous comme ça,  mais il y en a qui sont carrément agaçants. À les entendre parler d’aller « exterminer la vermine » de l’EI, on croirait qu’il y a les hordes d’Attila le hun qui sont massés à nos portes pour nous submerger. Pourtant, quand il s’agit de justifier le casus belli, leurs arguments deviennent parfois risibles. Ce n’est pas que j’affectionne l’EI, loin de là, mais l’EI est en réalité le résultat de la somme des interventions occidentales et d’imaginer qu’encore plus de bombes occidentales vont régler le problème est totalement stupide.

L’EI ne pourra pas être vaincue du haut des airs

L’EI n’a pas de véritable armée. Ce sont des terroristes et des guérillas qui iront vite se cacher parmi la population locale où il est impossible de distinguer amis et ennemis du haut d’un F-18 filant à haute-vitesse. Nous en viendront inévitablement à une situation où notre aviation restera impuissante et incapable de cibler quoi que ce soit, où elle causera des milliers de victimes collatérales, augmentant le ressentiment local contre nous. Il faudra donc inévitable ment des troupes au sol pour débusquer les jihadis.

Une menace pas si terrible

On semble un petit peu hystérique sur la nécessité des gouvernements occidentaux d’agir dans cette région. Pourtant l’hystérie a toujours été mauvaise conseillère. Personne ne dispute le fait que les sbires de l’EI se sont montrés brutaux et barbaresques. Mais ils ne sont certainement la menace mondiale qui est dépeinte dans les médias traditionnels et les médias sociaux. On y fait même des comparaisons avec l’Allemagne nazie, ce qui est complètement absurde. En 1939, l’Allemagne avait des milliers de tanks, d’avions de combat et une des marines les plus puissantes du monde. L’EI, lui, n’a qu’une quarantaine de tanks capturés de l’armée irakienne, quelques Hummvees et des pick-ups armés et au mieux, 30 000 hommes.  Point de vue strictement militaire, c’est loin d’être terrible, malgré ses succès. C’est certainement très loin de la menace que posait l’Allemagne nazie en 1939. Cessons donc de prétendre que seuls les États-Unis et ses alliés sont à la hauteur pour disposer de ce groupe. C’est faux. Quant à la menace terroriste, c’est l’affaire des services de renseignement et de la police, pas de l’armée.
 

Le cœur et la raison

L’aspect le plus important dans un affrontement contre une armée irrégulière, qui pratique la guérilla et se fond dans la population locale, c’est de gagner les cœurs et les esprits de cette population. L’EI a beau être tyrannique et brutal, mais si leurs opposants  n’arrivent pas à gagner la confiance de la population, ceux-ci pourraient préférer coopérer avec les hommes de l’EI plutôt qu’avec des soldats étrangers qui ne connaissent ni leur langue, ni leurs coutumes. De plus, à bien des égards, les États-Unis et ses alliés n’ont pas bonne réputation dans cette région. Il ne faut pas être grand clerc pour savoir que gagner le cœur et la raison des irakiens et des syriens sur les territoires de l’EI risque d’être plutôt difficile.

Si c’est pas nous, qui?

C’est drôle que la plupart de ceux avec qui j’ai discuté de la question semblent oublier qu’il y a encore des opposants régionaux à l’EI. Quoique passablement affaibli, le gouvernement syrien existe encore et dispose encore d’une armée. Le gouvernement irakien est encore là et bien que leur armée éprouve un problème de moral et souffre de nombreuses désertions, elle compte encore plus de 200 000 hommes et est très bien équipée. Leurs meilleures unités sont présentement à Bagdad pour bloquer l’avance de l’EI. De plus, le gouvernement Irakien, dominé par des chiites qui n’ont aucune sympathie pour l’EI qui est sunnite, a demandé l’aide de l’Iran qui a envoyé deux unités de la garde révolutionnaire en renfort à Bagdad. Mais ce n’est pas tout. Les kurde d’Irak contrôlent une région autonome de l’Irak et ont leur propre armée qui compte près de 200 000 hommes et qui est bien équipée. À eux quatre, ces forces devraient avoir bien plus d’hommes et d’équipement qu’il en faut pour expédier les jihadis de l’EI à leurs 72 vierges (ou en enfer, c’est selon…). Alors, pourquoi ne pas les laisser faire?

Sortez le popcorn

Je ne comprends pas l’attitude que certains ont. Même si on déteste les islamistes, on devrait pourtant apprécier la chance de se faire du popcorn, s’installer confortablement au bord du ring et de laisser les différentes factions se tabasser entre eux plutôt que de vouloir planter des bombes chez nous. À mon sens, c’est une occasion en or. Sommes-nous vraiment obligés de résoudre tous les problèmes de la planète alors que nous sommes  incapables de résoudre les nôtres?

(Crédit photo : Gouvernement du Canada)

L'alternative à la pensée unique médiatique

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