Le déni d’Alexandre Taillefer

Par Philippe David

Revenons si vous le voulez bien sur l’entrevue d’Alexandre Taillefer à Tout le Monde en Parle. Hier j’ai exprimé mon opinion sur le gazouillis de Jeff Fillion en rapport avec cette entrevue et vous avez été extrêmement nombreux à me lire. Cette chronique a établi un record de visionnement qui n’est probablement pas près d’être battu et je remercie de tout cœur tous ceux qui l’ont lu. J’espère que vous reviendrez. C’est plaisant de savoir que je n’écris pas pour rien. Cette fois-ci par contre je voudrais me concentrer sur Alexandre Taillefer lui-même, mais pas pour faire du « bashing », mais j’aimerais essayer de jeter un coup d’œil un peu plus  « objectif » sur cette entrevue. Il y a beaucoup trop de madeleines éplorées qui manquent d’objectivité quand il est question de cette controverse. J’en ai lu dans les journaux, entendu à la radio et je me suis buté à plusieurs sur Facebook.

Je déteste «Tout le Monde en Parle» et je trouverai toujours quelque chose d’autre à regarder les dimanche soir et donc, comme Jeff Fillion, je n’avais pas écouté l’entrevue d’Alexandre Taillefer dimanche, mais je me la suis tapée plus tard pour être sûr de ce qu’il a dit plutôt que de me fier à de l’information de seconde main. J’ai donc pu voir un Alexandre Taillefer très souriant et à l’aise le temps qu’il discutait de ses entreprises (et écorchait Uber au passage). Un Alexandre Taillefer qui s’est gardé une petite gêne quand on lui a demandé ce qu’il valait, disant qu’il se considérait «chanceux». Naturellement, les autres personnes en présence se sont biens gardés de mentionner que les entreprises de M. Taillefer sont subventionnées à l’os et que son avoir net a été largement accumulé des impôts soutirés par la force des poches des contribuables québécois (d’où mon antipathie pour le personnage, je ne le nierai pas). Il peut bien être souriant. Puis, Guy A. Lepage l’interroge sur son fils, et sa mine s’est bien évidemment assombrie. Compréhensible. Perdre un enfant est une chose tragique. L’adolescence est une période difficile à vivre et il semble que de plus en plus d’adolescents ont des pensées suicidaires. Beaucoup plus, il me semble, que dans ma jeunesse (et croyez-moi, je ne l’ai pas eu facile). Je ne saurais vous expliquer pourquoi.  Je crois qu’elle est là la vrai tragédie. Thomas est loin d’être seul.

Venons-en, si vous le voulez bien, aux propos d’Alexandre Taillefer qui sont à l’origine de la controverse:

«Mon fils a envoyé des signaux d’aide au mois de mai, a envoyé des signaux très clairs avec le mot “suicide” dans la note et Amazon, qui détecte que vous êtes sur le site pour chercher des souliers rouges, fait rien aujourd’hui par rapport à ça. Je pense qu’il va falloir qu’il y ait une modification. Si j’avais été alerté à ce moment-là d’une quelconque façon au mois de mai, mon fils s’est tué le 6 décembre, six mois plus tard… Je pense que ça aurait changé le cours des choses et j’ai l’intention de contacter Amazon pour les responsabiliser par rapport à ça»

Peut-être que j’interprète mal (mais je ne crois pas), mais ça ressemble pas mal à quelqu’un qui est encore dans la première phase du deuil, le déni. Alexandre Taillefer a beau nier qu’il ne cherche pas à blâmer Amazon, je trouve que ça ressemble beaucoup à ça. Décortiquons un peu.

«Amazon, qui détecte que vous êtes sur le site pour chercher des souliers rouges, fait rien aujourd’hui par rapport à ça

Faire quoi au juste?  Jouer à Big Brother? Est-ce vraiment son rôle de contrôler les états d’âme de leurs utilisateurs? Est-ce que les autres réseaux sociaux ont ce « devoir » également? Sont-ils même qualifiés pour déterminer si quelqu’un est suicidaire? Pourtant Alexandre Taillefer semble assumer que c’est une responsabilité de l’entreprise de se soucier du bien-être de son fils plutôt que juste lui fournir un mode d’expression personnel.

«Je pense qu’il va falloir qu’il y ait une modification

Vraiment? Pourquoi? Qui va payer pour ces «modifications»?

«Si j’avais été alerté à ce moment-là »

Et comment auraient-ils su qui contacter? Je ne connais pas le site Twitch, mais généralement, les réseaux sociaux ne demandent pas à leurs utilisateurs qui contacter en cas d’urgence.

«j’ai l’intention de contacter Amazon pour les responsabiliser par rapport à ça»

Et il s’attend à ce qu’ils fassent quoi, dans le concret?

Pendant l’entrevue, Alexandre Taillefer admet qu’il n’a pas vu de signes avant-coureurs  de la part de son fils que le seul signal a été ses messages sur Twitch et le post-it sur son ordinateur six mois plus tard. Je ne suis pas psychologue ou psychiatre, mais je crois que c’est plutôt rare qu’une personne dépressive ne sonne aucun signal, aucun appel à l’aide. Le plus souvent, c’est plutôt son entourage qui n’est pas à l’écoute ou qui est incapable de déchiffrer les signaux. Taillefer a mentionné que son fils était très accaparé par son ordinateur. Il n’a probablement pas réfléchi au fait que l’isolement est peut-être un signe. Quand un ado préfère interagir avec le monde virtuel que le monde réel, c’est probablement qu’il a de la difficulté avec le monde réel. Qu’il sent le besoin de fuir, de s’évader.

M. Taillefer a-t-il tenté de s’intéresser aux activités de son fils sur son ordinateur? L’ordinateur était-il dans une aire commune ou laissait-il Thomas s’enfermer dans sa chambre avec? Quand M. Taillefer a-t-il su que son Thomas utilisait Twitch? A-t-il déjà abordé le sujet avec son fils? Ah ouin? Twitch? C’est quoi ça? Ah, c’est un réseau social? Un peu comme Facebook? Est-ce qu’il y a des trucs cool là-dessus que Facebook n’a pas? Tu peux me montrer? M. Taillefer a-t-il tenté d’encourager son fils à s’intéresser à d’autres activités? Sports, lecture, n’importe quoi! Thomas n’avait-il pas des amis? (S’il n’en avait pas, Ça aussi ça devrait tirer des sonnettes d’alarmes). Comment étaient ses résultats scolaires? Son comportement à l’école?

Je veux bien lui laisser le bénéfice du doute car il ne dit pas ce qu’il a fait avec son fils, mais quelque chose me dit qu’Alexandre Taillefer n’a rien fait de tout ça s’il croit qu’Amazon aurait dû l’appeler pour lui signaler que son fils parle de se suicider. Appelez-ça une intuition. J’dis ça, j’dis rien mais pour qu’un jeune s’enlève la vie en ne laissant qu’un post-it avec le mot «Bye», il faut vraiment qu’il ait perdu tout espoir de communiquer avec ses parents. Peut-être que la tragédie elle est là?

Ajout: Au cas où on voudrait m’accuser d’être mesquin envers Alexandre Taillefer, ce n’était pas du tout mon intention. Comme tout parent, je sais qu’il est très facile d’être absorbé par le train-train quotidien au point d’oublier ses proches. Pour des hommes d’affaires comme Alexandre Taillefer, c’est d’autant plus vrai qu’ils sont pour la plupart des bourreaux de travail. Facile de ne pas voir la détresse de ton fils quand tu travailles comme un fou. Il n’est qu’un humain après tout. Si par hasard il vient qu’à lire ce texte, j’espère qu’il le prendra dans l’esprit d’une critique constructive et qu’il en profitera pour revoir ses priorités et examiner comment il pourrait se rapprocher des êtres chers qu’il lui reste.

Ajout 2: Quelques précisions s’imposent. J’aimerais que vous compreniez que ce texte n’est pas à propos de donner des quelconques reproches à Alexandre Taillefer et de lui dire ce qu’il aurait du faire ou ne pas faire, mis-à-part peut-être de lui faire remarquer que son jugement au sujet d’Amazon est faux. Je n’ai pas non-plus écris ce texte pour analyser une situation familiale dont je ne sait absolument rien. J’essaie plutôt de transmettre un message un peu plus large.

Premièrement, beaucoup de gens ont écouté ce qu’Alexandre Taillefer a dit au sujet d’Amazon et qui se disent qu’il a raison, il devrait y avoir plus de contrôle sur des sites comme Twitch et les compagnies comme Amazon ont une «responsabilité sociale». La prochaine chose qu’on sait c’est qu’il y a une campagne qui démarre pour imposer des mesures de surveillance onéreuses à ces compagnies. Le gouvernement canadien ne pourrait rien imposer aux compagnies qui n’opèrent pas au Canada, mais pourrait le faire aux compagnies canadiennes, les mettant en désavantage par rapport à la concurrence extérieure. C’est comme ça que ces choses-là commencent. Une mise en garde s’imposait là-dessus.

Deuxièmement, j’ai tiqué quand M. Taillefer a mentionné que son fils était «très proche de ses ordinateurs». Je travaille dans ce domaine et je suis conscient à quel point il y a des activités sur l’internet qui sont extrêmement addictives. Je ne peux que faire des suppositions au sujet de Thomas. Je ne connais certainement aucun détail de son environnement familial et, mis à part Twitch, rien de ses activités sur son ordinateur, mais je sais par expérience que tout parent averti devrait s’inquiéter si son enfant commence à laisser l’ordinateur prendre trop de place dans sa vie au détriment de ses liens familiaux et de ses autres activités. C’est pourquoi je me suis servi de son cas comme exemple pour mettre en garde d’autres parents qui sont peut-être aux prises avec un ado qui vit un peu trop dans le virtuel et je donne des trucs que je connais.

Pour ce qui est des animateurs de radio de Québec, j’en ai rien à battre personnellement, ce que je défend, c’est la liberté d’expression en général.



Jeff Fillion, Alexandre Taillefer et la liberté d’expression

Par Philippe David

Grande controverse suite à un commentaire sur Twitter à propos de du passage d’Alexandre Taillefer sur l’émission Tout le Monde en Parle ce dimanche soir.

Fillion tweet Taillefer

Pas que je veuille excuser les propos de Jeff Fillion, mais une mise en contexte s’impose. Le lendemain, Jeff Fillion s’est expliqué en ondes. Grosso modo, il explique qu’il n’avait pas regardé l’entrevue de M. Taillefer et qu’il ne réagissait pas à l’entrevue comme tel, mais plutôt à ce compte-rendu dans le Journal de Québec. Plus précisément ces passages:

«Mon fils a envoyé un signal sur internet en mai. C’était par le site internet Twitch, qui appartient maintenant à Amazon. Il a envoyé des signaux d’aide très clairs, avec le mot suicide dans la note, sur ce site.»

Et

«Amazon, qui est capable de détecter que tu veux des souliers rouges par les mots-clés, ne fait rien si tu écris suicide. Je pense qu’il faut changer les choses. J’ai l’intention de contacter Amazon pour les sensibiliser à ce sujet.»

Je ne suis pas nécessairement un grand fan de Jeff Fillion, mais il m’arrive à l’occasion d’écouter des extraits de ses émissions lorsqu’ils se retrouvent sur mon fil de nouvelles. Je suis souvent d’accord avec ses opinions. Il est reconnu pour émettre des propos controversés et ce n’est certainement pas sa première fois. Je crois que dans le fond, c’est un type qui est d’une franchise brutale et il ne mâche pas ses mots, ce qui a le don de le mettre trop souvent dans l’eau chaude, mais qui est apprécié de ses fans, semble-t-il. Son gazouillis (utilisons le bon terme pour le bénéfice de l’OLF) trahissait définitivement son manque de filtre dans toute sa brutalité.

Je me confesse, j’ai beaucoup d’antipathie pour Alexandre Taillefer. Je crois qu’il représente tout ce qu’il y a de plus abject dans le capitalisme de connivence qui prévaut au Québec. J’ai donc de la difficulté personnellement à avoir de la sympathie pour cet homme. Ceci dit, le suicide d’un enfant est un drame tragique que je ne souhaite à personne, même pas lui. Cependant, en lisant ces citations de l’entrevue, je n’ai pas pu m’empêcher de penser également qu’Alexandre Taillefer semblait vouloir blâmer Amazon au moins partiellement pour le suicide de son fils en disant que Twitch était parfaitement capable de détecter que tu veux des souliers rouges, mais pas que tu veux de suicider, même si le terme apparaît explicitement et qu’il avait l’intention de «sensibiliser» Amazon. Je lui donne le bénéfice du doute quant à sa réelle intention et certainement, il peut exprimer le souhait que ce serait vraiment bien si les réseaux sociaux exerçaient ce genre de surveillance, mais j’ai aussi très bien compris comment ses propos auraient pu être interprétés comme Jeff Fillion les a interprétés. Il aurait peut-être dû s’abstenir, mais apparemment, ce n’est pas son genre.

Aussi, M. Taillefer peut bien souhaiter que les réseaux sociaux exercent une surveillance pour prévenir le suicide, mais est-ce vraiment leur rôle de déployer des ressources à cet effet? C’est discutable, mais la première ligne de défense demeure dans la cour des parents. C’est premièrement à eux qu’il convient de surveiller les activités de leurs enfants sur l’internet, incluant les réseaux sociaux et un des moyens les plus efficaces est de ne pas installer l’ordinateur dans un lieu isolé comme la chambre de leur enfant, mais dans une aire commune où ils peuvent voir ce qui se passe à l’écran.  Ce n’est pas si difficile aussi pour un parent d’être également inscrit sur le même site que sont enfant et de s’arranger pour pouvoir voir ce que l’enfant y partage sans nécessairement être trop intrusif. Peut-être M. Taillefer aurait-il vu l’appel à l’aide de son fils s’il avait fait ça? C’est certainement permis de poser la question. Devrait-il exister un quelconque outil pour aider les parents à mieux surveiller les activités de leurs enfants sur les réseaux sociaux? Ce serait définitivement un filon intéressant à examiner pour un entrepreneur…

Y a-t-il une limite à la liberté d’expression?

Je suis l’un de ceux qui croient que la liberté d’expression est sacrée et que la seule limite qui devrait pouvoir s’imposer est la diffamation, parce que ça cause un préjudice. Les propos de Jeff Fillion ne tombent certainement pas dans cette catégorie et il est certainement libre de critiquer Alexandre Taillefer, même dans les circonstances. Il n’existe pas de droit à ne pas être offensé. Après tout, la liberté d’expression existe pour permettre aux gens de dire ce que les autres préfèrent ne pas entendre. Aussi, que je sois d’accord ou non avec l’opinion exprimée, ça ne m’empêche pas de défendre le droit de quiconque d’exprimer sa pensée, même si c’est de mauvais goût.

Un bâillon pour Fillion?

Honnêtement, je crois que la réaction au gazouillis de Fillion est excessive, c’est une tempête dans un verre d’eau. Cependant, la décision de Bell Média de suspendre Fillion est normale. Voyez-vous, la liberté d’expression a beau être un droit inaliénable, mais elle est aussi une question de propriété. Pour pouvoir s’exprimer, ça prend une tribune. Autrefois, on ne pouvait le faire qu’au bon gré des propriétaires de médias traditionnels. De nos jours, c’est plus facile que jamais d’exprimer une opinion et de rejoindre des milliers de personnes. En restant sur Radio Pirate, sa propre propriété, Jeff Fillion était libre de dire tout ce qu’il voulait et il était le seul à subir les conséquences. En acceptant de travailler pour NRJ. il doit composer avec le fait que maintenant, ses propos peuvent éclabousser ses employeurs et que ceux-ci ont le droit de se dissocier et protéger leur propriété.  Qu’ils décident de terminer son contrat ou non leur appartient et ne porte pas vraiment atteinte à la liberté d’expression. Ça ne fait que priver Jeff Fillion d’une tribune. C’est donc inutile à mon avis de déchirer sa chemise et proclamer «Je suis Jeff!».  C’est complètement à côté de la plaque. La raison de l’existence de la liberté d’expression est d’empêcher que Jeff Fillion soit arrêté ou agressé pour ses opinions, mais pas pour préserver son emploi.

En guise de conclusion, je suis parfaitement d’accord pour dire que Jeff Fillion dépasse fréquemment les limites du bon goût, mais je ne crois certainement pas qu’il mérite d’être lynché publiquement pour ses propos non plus. Je crois que nous devrions tous prendre une grande respiration et nous calmer le pompon un tout petit peu.



La soviétisation des médias canadiens

Par Philippe David

Au cas où vous l’auriez manqué ce weekend, les médias ne se peuvent plus des prouesses intellectuelles de notre Premier Ministre. En effet, une vidéo fait présentement le tour du web montrant notre cher Premier Ministre faire mentir sa réputation de poids-plume intellectuel en damant le pion à un journaliste qui à la blague lui a lancé «J’aurais voulu vous demander à propos de l’informatique quantique, mais… » et ensuite poser sa vraie question au sujet de la mission canadienne contre Daesch. Et Justin Trudeau de saisir la balle au bond en y allant d’un court exposé sur l’informatique quantique aux applaudissements de la foule. Ouah! Tellement impressionné!

Pendant un moment, j’en suis resté bouche-bée. Après tout, si on se fie aux informations biographiques disponibles sur le web au sujet de Justin Trudeau, on constate qu’il a un Bacc. en éducation et qu’il a entrepris une maîtrise en génie à l’École Polytechnique en 2002 qu’il a abandonnée en 2003. Puis il en a commencé une autre en géographie environnementale à McGill en 2005 et abandonné en 2006. Nulle part est-il mentionné de quelconques études en informatique, encore moins en informatique quantique. Cependant, je suppose qu’il aurait pu être autodidacte. Rien n’est impossible. Par contre, ses politiques jusqu’ici sont suffisamment discutables depuis qu’il a pris le pouvoir pour faire douter de ses pouvoirs intellectuels. Et juste par hasard, comme ça, un journaliste lui tend une perche pour prouver qu’il y a peut-être une cervelle derrière ce joli minois. Si vous commencez à vous douter qu’il y a anguille sous roche, je vous félicite parce que c’était effectivement une mise en scène.

(H/T Jean-Marc Boivin)

Pour le savoir, il faut avoir entendu le petit discours que Justin Trudeau a prononcé avant la conférence de presse où il mentionne qu’il a tellement appris sur l’informatique quantique et qu’il espère tellement (à 13:46 de la vidéo du discours) qu’un journaliste lui pose une question là-dessus pendant la conférence de presse. Tellement pas arrangé avec le gars des vues, vous ne pensez pas? Si vous êtes un fan de Trudeau et que vous y aviez crû, je suis tellement désolé de crever votre bulle. Eh non! Justin Trudeau n’est pas un grand intellect, mais il est tellement beau quand même. Continuez de vous faire des illusions quant à sa capacité de gérer vos vies.

Entre-temps on peut peut-être s’interroger où nous en sommes rendus quand nos médias s’emploient sciemment à mentir pour rehausser la réputation de notre P-M. Vous ne commencez pas à trouver que ça ressemble au bon vieux temps de Pravda et TASS? Depuis quand la CBC est-elle devenue une agence de relation publiques pour le PLC?

Lettre ouverte au ministre de la Sécurité publique M. Martin Coiteux

Par Pierre Simard

Monsieur le Ministre,

J’ai pris acte de vos considérations philosophiques concernant les opposants à votre registre des armes à feu. Pour être honnête, vous ne m’avez guère offusqué. Je ne vois rien de honteux à me faire accuser d’adopter une philosophie anarchiste. Surtout quand l’accusation vient du ministre de la Sécurité publique, celui dont le rôle est justement de veiller au monopole de la violence de l’État québécois.

Je ne suis pas politicien, je vais aller droit au but. Dans le cas du projet de loi sur l’immatriculation des armes à feu, c’est votre gouvernement qui se fait l’apôtre de la violence. C’est vous qui menacez les honnêtes chasseurs et autres propriétaires d’armes à feu d’amendes et de saisies s’ils n’immatriculent pas leurs armes. Ne mêlons pas les choses.
C’est vrai que, contrairement à vous, je n’ambitionne aucune carrière politique. Je ne suis soumis à aucune ligne de parti et je ne crains nullement de déplaire à mon premier ministre. Sans compter, j’en suis conscient, que je n’ai aucun groupe d’intérêt à amadouer pour me faire réélire.

Je ne suis qu’un simple citoyen qui paie ses impôts et qui, jusqu’ici, respectait vos lois. Un Québécois, parmi des centaines de milliers d’autres, qui est en désaccord avec votre projet d’immatriculation des armes à feu.

Comme eux, j’estime que ce registre n’apportera rien à ma sécurité ou à celle de mes concitoyens.

Je me ferai donc anarchiste. Je serai un anarchiste non violent. Je ne combattrai pas votre violence par la violence. Je n’agresserai personne ni ne ferai dommage au bien de quiconque.

Pour tout vous dire, je suis contre toutes les violences, y compris celles sur lesquelles se fonde votre pouvoir.

Aussi, comme je suis un anarchiste qui s’assume, je n’immatriculerai pas mes armes. Ce sera ma résistance, ma rébellion. Je mènerai une révolution paisible contre votre loi liberticide.

Et si nous sommes suffisamment d’anarchistes à le faire, nous ferons tomber votre registre: nous le rendrons inutile.

Pour plus d’information sur la question, je vous invite à prendre connaissance de ce court billet que j’ai déposé sur mon blogue : « Du registre à la désobéissance civile. »

Respectueusement,

Pierre Simard, anarchiste et professeur à l’ENAP

Cessons de blâmer le capitalisme

Par Philippe David

Je vais probablement en choquer plusieurs par mes propos, mais nous devrions cesser de blâmer nos problèmes économiques sur le capitalisme. Le capitalisme n’existe pas. S’il a déjà existé,  il est mort au tournant du XXe siècle quand les États de ce monde ont commencé à prendre le contrôle de leur économie. Au XIXe siècle, rares étaient les États qui comptaient pour plus de 15% de leur PIB, maintenant, rare sont ceux qui sont en-dessous de 35%. Malgré tout, on semble vouloir tout blâmer sur le même bouc émissaire: le capitalisme. Pourtant, notre système actuel est tout sauf capitaliste. Permettez-moi de vous expliquer.

La danse des «ismes»

Là ou la confusion règne, c’est dans la mauvaise compréhension de ce qu’est vraiment le capitalisme. Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas parce que la plupart des industries sont aux mains du secteur privé que vous vivez dans une économie capitaliste. C’est une définition beaucoup trop simpliste. S’il ne suffisait que d’avoir une partie de l’industrie consistant d’entreprises privées, la Chine pourrait être qualifiée de capitaliste. Y en a-t-il qui ce font des illusions là-dessus?

Nous avons trop tendance à définir le capitalisme en opposition au socialisme et au communisme. Par définition, le socialisme et le communisme sont caractérisés par la «socialisation» des moyens de production. C’est à dire le contrôle direct de l’économie par l’État. Donc nous voyons toute économie qui n’est pas sous le contrôle direct de l’État comme étant une économie capitaliste. C’était certainement le point de vue prévalent pendant la soi-disant «Guerre Froide». C’est ce qui nous a mené à croire que le fascisme et le nazisme étaient des idéologies de droite. En réalité, ce point de vue est inexact, c’est plutôt le contraire. La caractéristique qui définit vraiment le capitalisme  n’est pas que les moyens de production soient ou non entre des mains privées, mais plutôt si l’économie est dirigée centralement ou non. Dans une économie capitaliste, le gouvernement, s’il doit y jouer un rôle, est limité au rôle d’arbitre pour faire respecter les contrats et punir le vol et la fraude. Il n’intervient d’aucune autre façon. Là où l’état exerce une influence autre que le respect des contrats, il ne s’agit plus de capitalisme. Notre système économique actuel est dirigé et centralement planifié, ce n’est donc pas du capitalisme, même s’il y intègre une forme d’économie de marché. C’est plutôt du corporatisme.

Le «coporatisme»? Kossé ça mange en hiver?

Le corporatisme est confondu avec le capitalisme parce qu’il incorpore une économie de marché et que les entreprises sont largement privées, mais c’est là que s’arrêtent les similitudes Dans une économie corporatiste, l’État ne se contente plus du simple rôle d’arbitre, il devient un des joueurs et il contrôle l’économie à plusieurs niveaux. Il monopolise et contrôle des grands pans de l’économie. Alors que dans une économie socialiste classique l’État contrôle directement l’économie en s’appropriant toutes les industries, le contrôle de l’État corporatiste est beaucoup plus subtil et beaucoup plus sournois.  Pour tout dire, c’est une version «soft» du fascisme. Mais alors que le fascisme orientait son contrôle de l’économie surtout vers la production pour satisfaire les ambitions d’un État guerrier dictatorial (comme l’Italie de Mussolini ou l’Allemagne nazie), le corporatisme sert plus à satisfaire les besoins d’un État-nounou avec une façade démocratique.

Dans une économie corporatiste, il existe une sorte de symbiose entre l’État et divers acteurs dans l’économie. Par symbiose, j’entends une relation qui est mutuellement bénéfique entre l’hôte et un parasite. Comme vous pourrez le constater, cette description est plutôt bien choisie. Comme je l’ai mentionné, il incorpore de l’économie de marché, mais contrôle les marchés par la règlementation, les subventions et l’attribution de contrats lucratifs à certaines entreprises choisies au détriment des autres. Il crée aussi des monopoles et des oligopoles qui lui permettent de contrôler des secteurs complets de l’économie. Le secteur le plus important étant la monnaie et le secteur bancaire.

 La monnaie et les banques.

«Quiconque contrôle la quantité d’argent dans ce pays est le maître absolu de toute l’industrie et de tout le commerce… Et si vous savez que le système tout entier est facilement contrôlable, d’une façon ou d’une autre, par quelques hommes tout puissants, pas besoin de vous expliquer quelle est l’origine des périodes d’inflation et de dépression»

James A. Garfield, ancien Président des États-Unis.

Comme l’a dit si bien James Garfield dans la citation ci-haut, quiconque contrôle la monnaie, contrôle toute l’économie. Ce que ce genre de contrôle signifie ne peut pas être banalisé. Puisque le capitalisme n’est pas planifié centralement, il ne pourrait y exister un système monétaire contrôlé. C’est la preuve ultime que nous ne vivons pas dans un système capitaliste. Dans le système actuel, la monnaie a été pervertie et plutôt que de représenter une valeur d’échange, elle représente une dette.

Cette vidéo donne une très bonne explication, incluant un historique du système bancaire. Je vous conseille vivement de la visionner. Vous ne pouvez absolument pas comprendre ce qui se passe dans notre économie si vous ne comprenez pas comment fonctionne le système monétaire.

J’émettrais un petit bémol sur la vidéo. Je l’utilise ici pour expliquer comment la monnaie est créée et contrôlée, mais si je suis d’accord avec les effets pervers que déplorent ses auteurs, je ne suis pas d’accord avec les solutions qu’ils proposent, en particulier en se qui a trait aux intérêts que je considère comme nécessaires. Cependant, je ne veux pas entrer dans ces détails ici. Je me propose d’y revenir dans un autre article.

En attendant, voici quelques points que j’aimerais que vous reteniez de cette vidéo:

  • La monnaie est créée par les banques sous forme de dette, mais la devise est contrôlée par l’État. C’est l’État qui décide quelle(s) devise(s) peut être utilisée sur son territoire.
  • La banque centrale (comme la Banque du Canada) a des actionnaires privés, mais elle est créée par le gouvernement et ses dirigeants sont nommés par lui. Au Canada, c’est le Ministre des Finances qui nomme le Gouverneur de la Banque du Canada.
  • C’est aussi l’État qui règlemente les réserves fractionnaires et légalise de facto un système de fraude généralisée.
  • C’est l’État également qui décide qui peur ouvrir une banque ou pas  et qui les organise en cartel sous le contrôle de la banque centrale.
  • En retour de ces pouvoirs, la banque centrale et les banques fournissent à l’État un financement quasi-illimité en achetant des bons du trésor avec de l’argent créé à partir de rien.
  • La banque centrale contrôle les taux d’intérêts, un important levier économique.

Si vous voulez avoir un exemple des effets néfastes de ce contrôle monétaire, l’économiste Friedrich Hayek a gagné le Nobel d’économie en 1974 en établissant le lien entre la manipulation des taux d’intérêts et de la masse monétaire par les banques  aux cycles économiques de boums et récessions faussement attribués au capitalisme. Sa théorie est connue sous le nom de théorie autrichienne des cycles économiques est bien documentée dans la littérature économique mais vous n’en entendrez probablement pas beaucoup parler dans notre système d’éducation (contrôlé par l’État, bien entendu).

Les corporations.

Une corporation est une entité fictive créée par l’état pour une et une seule raison: dissocier les actions de la corporation de ses propriétaires et dirigeants, les dégageant de toute responsabilité civile. La corporation agit comme une personne distincte  et endosse ainsi toutes les responsabilités.

Dans l’économie corporatiste, il existe également une symbiose entre les corporations et l’État. Les corporations aident les politiciens à se faire élire que ce soit financièrement ou par influence. En retour, les politiciens font des retours d’ascenseur sous forme de contrats gouvernementaux très lucratifs, attribution de monopoles, cartellisation légale (comme les taxis, par exemple), de subventions ou encore en limitant la concurrence par règlementations coûteuses favorisant les joueurs existants, ou par l’attribution de permis, etc. Toutes ces interventions donnent au gouvernement la possibilité de déterminer les gagnants et les perdants selon des impératifs politiques. Cela permet à certaines entreprises peu compétitives de survivre artificiellement alors que d’autres plus performantes voient leur développement freiné. Inutile de dire que cela a un impact plutôt important et néfaste sur l’économie.

Pourquoi la planification centrale ne fonctionne pas.

Je ne devrais même pas avoir à démontrer que la planification centrale d’une économie de marché ne fonctionne pas. Les exemples historiques abondent. Il nous suffit d’observer tous les endroits où les gouvernements tentent de pousser ce contrôle aux extrêmes (URSS, Corée du Nord et Venezuela, pour ne citer que ces exemples) pour constater les effets pervers que ce contrôle apporte. Les contrôles de prix qui apportent tantôt des pénuries, tantôt des surplus. Les famines, les tracteurs rouillés dans les champs, chômage élevé, rationnement perpétuel, etc. sont tous des réalités de le vie dans une économie planifiée. Pourquoi? L’explication est pourtant simple et elle vient également de Friedrich Hayek.

L’économie moderne est extrêmement complexe. Beaucoup trop complexe pour être comprise par un seul homme ou un groupe d’hommes. Elle comprend des centaines de milliards d’échange à chaque jour et même les ordinateurs les plus puissants ne pourraient vous donner un tableau complet de tout ce qui se passe. Toutes les bureaucraties du monde n’arriveraient jamais à obtenir les informations qu’ils auraient besoin pour déterminer ce qui doit être produit, comment, en quelle quantité et à quel prix. C’est tout simplement impossible. Pourtant, tous les jours, des millions d’entrepreneurs arrivent à se coordonner pour produire tout du simple crayon à mine au téléphone intelligent sans qu’aucune intervention gouvernementale soit requise.

Cessez donc de blâmer le capitalisme pour tous les déboires de l’économie. Il n’y est pour rien. Blâmez plutôt les apprentis sorciers qui prétendent pouvoir contrôler l’économie. Ce sont eux qui nous mettent dans la merde.

 

 

L'alternative à la pensée unique médiatique

Switch to our mobile site

WordPress SEO