bulletin-prosperite-quebec

La vérité choque

Comme chaque année, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) publie son Bulletin de la prospérité du Québec1. Puisque cette analyse jette un regard sombre sur ledit « modèle » québécois, la gauche s’est vite empressée de diminuer la portée du document2. Mais comme il fallait s’y attendre, la contre-analyse emploie la même superficialité dont elle accuse le rapport du CPQ…

En effet, on ridiculise le rapport parce qu’il ramène «  la définition de la prospérité d’un État à sa capacité à créer un environnement favorable au développement des affaires ». Un tel commentaire montre une profonde ignorance de l’économie. Cette dernière ne peut véritablement prospérer que si des entrepreneurs prennent des risque pour augmenter leur richesse personnelle et, au bout du compte, celle des autres. Le gouvernement ne peut que rediriger la richesse; il n’en crée pas.

Et pour encourager les entrepreneurs, il faut avoir un bon environnement : réglementation réduite au plus simple, salaires flexibles, fardeau fiscal allégé, etc. Et malheureusement, sur chacun de ces points, le Québec est médiocre : les lois du travail favorisent indûment les syndicats, ces derniers rendent les salaires rigides (et donc augmentent le cout de la main-d’œuvre), et même le plus bas taux d’imposition est plus haut que le palier le plus élevé des autres provinces (sans compter toutes les taxes et autres frais, aussi plus élevés). Et n’en déplaise à M. Bérubé, le salaire minimum a un effet très négatif sur l’emploi. D’ailleurs, sa création à quelques endroits avait justement comme but de créer du chômage pour certains groupes3

Toutefois, créer un environnement propice pourrait ne pas être suffisant. La culture entrepreneuriale au Québec est en perte de vitesse par rapport à l’Ontario4. Il faut croire que le vieux fond catholique de méfiance de la richesse est encore dans les parages…

Ignorer quand on est désavantagé

Autre point qui ressort dans « l’analyse » du Devoir : la citation d’un rapport de IRIS, un institut d’analyse de gauche, qui affirme que « la prospérité d’une société n’est pas qu’une affaire de production de biens et services, qu’une mesure de PIB ». En effet, ne tenir compte du PIB « risque de nuire directement à d’autres objectifs sociaux légitimes, comme la cohésion sociale et la protection de l’environnement »5. Nonobstant que cette analyse montre que la gauche ne peut pas voir la vérité en face – que le PIB est un facteur nettement plus déterminant que l’écart de richesse pour mesurer la santé d’un peuple6 –, les deux objectifs sus mentionnés nuisent définitivement à n’importe quel juridiction (province, pays, ville, peu importe).

En effet, tenter de créer une supposée « cohésion » entre les membres d’une société sous-entend nécessairement une violation des droits individuels à l’avantage des droits collectifs. On n’a qu’à regarder le Québec pour en voir les effets. Au nom du droit au français

  • tout enfant n’ayant pas eu une éducation anglaise ailleurs au Canada est tenu d’être éduqué dans une école française (exception faite des « écoles passerelles », qu’un enfant doit quand même fréquenter trois ans)

  • tout affichage doit avoir le français plus gros que n’importe quelle autre langue

  • Toute entreprise de plus de 50 employés doit mettre en place un environnement où le français domine.

Nul besoin de dire que cette dernière mesure a précipité le déclin de Montréal pour alimenter Toronto. Mais peu importe : le français est vigoureux!

De plus, n’en déplaise à IRIS, le capitalisme est le meilleur système de préservation de l’environnement. En effet, quand les droits de propriété sont bien définis, une atteinte trop grande à ces derniers (déversement de pétrole, déchets nucléaires) force la compagnie fautive à verser compensation aux personnes touchées. Sans aucune intervention du gouvernement, les compagnies ont donc intérêt à limiter au maximum l’impact qu’elles ont sur leurs voisins.

Toutefois, l’analyse de l’IRIS va plus loin. Il considère encore comme crédible le GIEC, le bras de propagande environnementale de l’ONU, et son analyse catastrophique du futur de la planète. Il accepte béatement que les rapports du GIEC soient remplis de rapports de bacheliers, d’activistes environnementaux ou de membres en règle de Greenpeace7. Et peu importe si Climategate a montré la magouille outrancière parmi certains scientifiques pour truquer les données sur le climat, ou même si une étude du CERN a montré la très grande influence du rayonnement cosmique, par rapport au CO2, sur le climat8.

Mais non. On en rajoute en montrant un graphique, qui affiche une corrélation positive entre la taille de l’économie (PIB) et l’émission de gaz à effet de serre. Je ne nie pas la corrélation, mais si on regarde les pays avec une empreinte de carbone plus faible, on trouve le Ghana, le Mali, l’Éthiopie, la Somalie… Des pays qui ne polluent presque pas, mais dont la population a à peine de quoi subsister. Est-ce ce que l’IRIS veut?

Enfin, l’auteur de la critique dans Le Devoir s’imagine que les programmes sociaux (« capitalisme redistributif ») est ce qui a aidé le plus le Québec à traverser la présente crise. Je suis obligé de lui accorder un demi-point là-dessus : il est vrai que les nombreuses dépenses publiques au Québec ont sans doute aidé la Belle Province à tomber moins durement. Malheureusement, il néglige de dire que ces dépenses ont fait que le Québec avait moins haut chuter comparativement aux provinces populeuses – Ontario, Alberta et Colombie-Britannique. Il n’était donc pas difficile de remonter la pente de l’avant-crise. Maintenant, il faut monter la pente de la croissance, et elle sera on ne peut plus à pic à cause justement des trop nombreuses dépenses publiques.

En conclusion, si l’on veut rattraper les provinces riches du pays, il y a du pain sur la planche. Il faudra que le gouvernement Charest – ou peu importe qui lui succèdera d’ici 2013 – tienne compte du bulletin du CPQ. N’en déplaise au Devoir, il brosse un portrait très fidèle – et donc plutôt sombre – de la situation économique du Québec. Sans une amélioration substantielle des points négatifs (fardeaux fiscal et réglementaire, notamment), alors même les provinces Maritimes risquent d’avoir une économie plus vigoureuse. L’IPÉ et la NÉ ont d’ailleurs des soldes budgétaires plus respectables que le nôtre.

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire