Le multiculturalisme : un mensonge délectable

Le dixième anniversaire de la tragédie du 11 septembre 2001 aura certes permis de réfléchir aux conséquences de gestes aussi horrifiants et inimaginables. Ce jour-là, contrairement à ce que certains « sans-génie » peuvent croire, ce n’était pas l’impérialisme américain qui était attaqué mais bien la civilisation occidentale.

Chez nous, il est fort probable que ces événements aient accéléré la remise en question de l’utopie multiculturaliste.  Avertis durement des conséquences de notre laisser-aller et de notre naïveté, il me semble toutefois que Québécois et Canadiens sont maintenant plus conscients de la fragilité des fondements mêmes de notre culture occidentale: la liberté d’opinion et de presse, l’égalité entre les hommes et les femmes, la séparation entre l’Église et l’État et la règle de droit.

Selon la chroniqueuse Chantal Hébert, même les Canadiens hors-Québec s’interrogent. « Avant le 11-Septembre, le multiculturalisme était une vache sacrée canadienne. Dix ans plus tard, les regards se sont faits plus critiques. »

De toute évidence, nous voici à un moment où l’attentisme n’est plus permis. Heureusement pour nous, il existe des Mario Roy, Richard Martineau, Mathieu Bock-Côté pour nous sensibiliser aux effets pervers du relativisme culturel.

Et puis, il y a d’extraordinaires citoyens québécois et canadiens musulmans qui prennent la parole et tentent de nous éveiller au danger : Djemila Benhabib, par exemple, dans son dernier essai Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident.

Un autre d’entre eux est Salim Mansur que j’ai eu le privilège de rencontrer cette fin de semaine, à Ottawa, lors d’une présentation de son livre « Delectable Lie – A liberal repudiation of multiculturalism« . Le voici en entrevue avec Ezra Levant que vous connaissez bien maintenant.

Quel homme, quelle érudition et quelle générosité!

La base de son propos : une répudiation du concept que toutes les cultures se valent. Comment se fait-il que personne ne s’interroge sur cette énorme fausseté, se dit-il. Rendant hommage aux civilisations romaine et grecque qui nous ont légué ce bien si précieux, Mansur livre avec passion et intelligence un plaidoyer pour la préservation des valeurs libérales et occidentales. Racontant l’histoire de la Liberty Bell qui aujourd’hui ne résonne plus dû à une fêlure, Mansur illustre par là la fragilité des valeurs de liberté. « Generations have a responsibility to make sure that the bell still rings », implorera-t-il.

Non, toutes les cultures ne se valent pas, selon cet éminent professeur de la Western University of Ontario. N’ayons crainte de le dire et de le dire tout haut: les démocraties libérales sont assurément meilleures que les régimes totalitaires où hommes et femmes sont inégaux et où on interdit la publication de caricatures de Mahomet.

« We are surrounded by darkness and the ideology of collectivism, selon Mansur. The individual must be the ethical and moral centre and should not be the means to somebody else’s end. ». Bref, « the ultimate minority is the individual. »

J’écoutais attentivement sa présentation lorsqu’il m’est venu une intense impression. La « culture » dont il était question ce soir-là n’avait rien à voir avec la langue parlée à la maison ou dans l’espace public. Si au Québec, la notion de culture se résume à la préservation du français et des subventions à la communauté artistique, ce soir-là, je me sentais plus près de ce musulman anglophone canadien que de nos élites bien-pensantes québécoises obsédées par l’accès à des collèges anglais!

Enfin, la culture dont parlait Mansur n’avait même rien à voir avec l’ethnicité ou la religion. C’est de la civilisation occidentale dont il était véritablement question :  la culture dont nous bénéficions sans vraiment l’apprécier, celle pour laquelle se sont battues des générations d’ancêtres et celle à laquelle aspire encore des millions d’individus sur la planète.

Un poète du nom de David Solway assistait à la présentation de Salim Mansur. Il avait posé une question à l’auteur. « What happened? », lui demande-t-il. Comment se fait-il que nous en soyons rendus là? Plus tard, il répondait à sa propre question. « I guess we do not suffer enough to fully appreciate our liberal and western values. »

Je pense qu’il a bien raison.

Pour lire Salim Mansur: Ses chroniques au Toronto Sun

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