Un document fallacieux, partie 2

Ce texte est la suite de celui publié hier sur les frais de scolarité.

Hier, je vous parlais d’un 160 millions qui sera dépensé seulement par la prochaine administration gouvernementale. Le gouvernement Charest avait reporté à plus tard des investissements promis afin d’arriver à son chiffre magique de 850 millions en investissement supplémentaire pour les universités. En poursuivant ma lecture, j’ai découvert d’où provenait ce 160 millions. Il était alors justifié de se demander si ces sommes ne pouvaient pas être investies dans le présent mandat du gouvernement.

Et bien, devinez quoi. Le gouvernement a, une fois de plus, créé un nouveau fonds. C’est une technique très à la mode au gouvernement Charest. Il créera, au cours d’un mandat qui ne sera pas le sien… Je me dois d’arrêter et de rectifier. François Legault devra créer, en 2014-2015, le Fonds pour l’excellence et la performance universitaires. C’est ce fond qui recevra 160 millions en 2016-2017 pour apparier les legs et les dons faits aux universités, résorber le déficit des universités et soutenir l’excellence de la recherche. Bref, un beau moyen détourné pour pelleter en avant et donner l’impression qu’on agit maintenant. Pourquoi ne pas le faire maintenant?

Pourquoi ne pas augmenter encore plus la contribution des étudiants? Pourquoi ne pas laisser tomber cet artifice visant à démontrer que le gouvernement fera 50% de l’effort et l’étudiant seulement 31%? Soyons honnêtes, un meilleur financement universitaire passe inévitablement par une hausse des frais de scolarité. Arrêtons de maquiller la bête.

Manipulations statistiques

Comme dans tous documents gouvernementaux, il faut tenter de montrer que le Québec fait mieux qu’ailleurs, après tout, nous sommes ce que l’humanité a de mieux à offrir.

On tente donc de nous faire comprendre qu’ici, on dépense plus, et donc que l’on fait mieux que les autres provinces. Ainsi, on nous apprend que le Québec se classe très bien en ce qui est de la proportion du PIB alloué au financement universitaire.

 Des données globalement positives
En utilisant comme indicateur la dépense globale des universités par rapport au produit intérieur brut (PIB), on constate que,  comparativement au reste du Canada, le Québec se situe parmi les provinces dont l’effort financier consacré aux universités est le plus  important. En 2008-2009, la dépense globale des universités représentait 1,94 % du PIB au Québec, comparativement à 1,76 % en Ontario, à 1,65 % dans l’ensemble du Canada et à 1,58 % dans le Canada sans le Québec.

Est-ce qu’on vous a déjà dit que le PIB au Québec faisait dur en comparaison des autres provinces? D’ailleurs, si cette statistique démontrait une performance exceptionnelle du Québec, est-ce que les seules provinces qui nous devanceraient seraient les provinces maritimes à 2.03%? Poser la question, c’est y répondre.

Quand on regarde la dépense par étudiant (29 242$), on se rend compte que l’on dépense légèrement plus que le ROC (28 735$). Mais est-ce un gage de succès? Se peut-il que notre réseau universitaire, notamment via l’UQAM, l’UQAC et l’UQAR soit trop étendu et pas assez concentré dans les régions urbaines. Se peut-il que l’on mette trop d’argent en administration par rapport aux autres provinces. Est-ce que notre enseignement est de qualité supérieure? Cette simple statistique ne répond pas à ces questions. On sait par contre que le taux de diplomation au Québec (29.7%) est  de 1% plus faible au Québec qu’au Canada et 4% plus faible qu’en Ontario. Et encore là, qu’en est-il de la qualité des diplômes? Vous conduisent-ils sur le marché de l’emploi ou au McDo du coin à « flipper des boulettes »?

Notre croissance économique future passe par de bonnes universités. Peut-on arrêter d’essayer de se péter les bretelles avec des manipulations statistiques et faire ce qu’il y a de mieux, point à la ligne? Les étudiants ne paieront, à terme, que 16.9% de leur formation. Est-ce ce suffisant? La réponse est non, bien évidemment.

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