Human Action: Un résumé, partie 4.2

Ludwig von Mises

Human Action, ce chef-d’œuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. Je vous invite dans l’univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu’il m’est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j’espère bien parvenir à y faire ressortir l’essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma  compréhension. J’espère que vous apprécierez. Bonne lecture! 

 

 

PARTIE 4: LA CATALLAXIE OU L’ÉCONOMIQUE D’UNE SOCIÉTÉ DE MARCHÉ

 

On continue donc dans cette section qui traite des lois du marché en tant que tel.

 

L’action dans le passage du temps

 

J’ai touché le sujet des préférences temporelles dans un billet précédent. On entend par préférences temporelles la préférence que les gens ont par rapport à une jouissance tout de suite contre une jouissance plus grande dans le futur. Il faut bien sûr que la jouissance soit plus grande dans le futur, car sinon pourquoi attendre et se priver d’un plaisir maintenant plutôt que plus tard. Les gens, en reportant leur jouissance à plus tard, accumule donc du capital. Si on se refuse un produit aujourd’hui c’est dans le but de pouvoir l’utiliser à bon escient pour obtenir plus dans le futur. Ce produit qu’on utilise pour produire autre chose est du capital. Plus on accumule de capital, plus notre capacité à produire augmente. C’est en se privant aujourd’hui qu’on arrive à avoir plus, plus tard. Prenons un exemple, Bob est sur une île. Il est capable, en une journée, de pêcher un poisson et cueillir une pomme pour combler sa fin. Il n’a pas de temps pour faire autre chose. Il décide de se priver pendant 2 jours. La première journée il va manger que le poisson et le lendemain, la pomme. Il vient donc d’épargner une journée de travail qu’il peut utiliser à autre chose. Il utilise cette journée pour se fabriquer un outil de pêche qui lui permet de pêcher deux poissons par jour. Il a dû se priver pendant deux jours, mais ça lui a permis d’être plus efficace pour la pêche. Donc, dorénavant il n’utilise que 50% de son temps pour se nourrir. L’autre 50% peut être utilisé à autre chose. Se construire un abri, par exemple. S’il continue le processus, il améliorera toujours sa condition. 

 

L’accumulation de capital implique une capacité de production supérieure à la consommation. Tant et aussi longtemps que c’est le cas, on accumule du capital et on augmente la productivité du travail. On y revient plus loin. Dès que les données du marché font qu’on consomme plus qu’on produit, on observe une consommation du capital, la réduction de celui-ci. Donc, on crée une régression économique plutôt qu’une progression. Comme l’humain cherche à constamment améliorer sa situation, la tendance est le plus souvent à l’accumulation. Il faut mentionner également que, dans un marché sans entrave, le capital sera toujours dirigé vers les activités qui répondent le plus efficacement aux besoins des consommateurs, car c’est de cette façon que le capitaliste peut espérer retirer le maximum d’intérêt de son investissement. Son capital étant plus en demande que dans d’autres secteurs  économiques. Pour accumuler du capital, l’homme a recourt au calcul économique, car c’est avec cet outil qu’il peut évaluer la valeur d’une consommation immédiate ou futur. 

 

De plus, il est important que l’acteur soit en mesure de récolter toutes les fruits de sa privation. Par exemple, si le coût de la privation repose sur un homme seul et que les bénéfices sont répartis à plusieurs personnes, l’acteur va être moins porté à la privation, car ses bénéfices personnels sont moins grands. À l’inverse, si le coût est minime, car réparti sur un groupe, et que le bénéfice est personnel, le groupe ne sera pas tenté à se priver, car il n’est retire rien. Les bénéfices s’en trouvent donc réduit. Si on se trouve dans le cas extrême où les coûts et les bénéfices sont répartis au groupe en entier, on se retrouve dans une situation où chacun essaie de retirer le maximum en se privant du minimum. Arrive les conflits, car chacun peut se permettre d’imposer sa volonté à son voisin. On vient de nuire aux processus inhérents à la division du travail et à l’échange volontaire.

 

Le taux d’intérêt

 

Le taux d’intérêt se divise en trois parties. Le taux originaire (originary interest), le profit entrepreneurial et le supplément de prix. Ces trois taux se mesurent à l’aide la monnaie, car notre société est basée sur l’échange à l’aide la monnaie. On calcule en monnaie la valeur qu’on accorde aux différents composants du taux d’intérêt.

 

Le taux originaire est la valeur de la préférence temporelle des gens. Autrement dit, c’est le niveau désiré d’augmentation du bonheur futur contre le bonheur actuel. Pour que Jean se prive de consommation immédiate, il faut qu’il est quelque chose de plus dans le futur. Ce plus est le taux d’intérêt originaire. Ce taux est déterminé par le marché selon les actions des acteurs. Ces actions reposent sur des jugements de valeur des individus et sont donc difficilement prévisible. Le marché fixe le taux selon la loi de l’offre et la demande de capital.

 

Comme d’accumuler du capital comporte sa part de risque, car on ne sait pas si nos prévisions sur le futur seront exact, le taux d’intérêt comporte une partie de profit entrepreneurial. On encaisse un profit sur notre épargne si notre vision était juste et on encaisse une perte si elle était erronée. Le niveau de ce profit est déterminé par le niveau de risque appréhendé de l’activité d’épargne et vient s’ajouter au taux originaire.

 

Viens ensuite le supplément de prix. Il peut être négatif ou positif. Le supplément de prix s’explique par la variation des prix dans le temps. Comme nous l’avons vu précédemment, il existe dans le marché des phénomènes d’inflations et de déflations causé par le changement du pouvoir d’achat de la monnaie. Si on prévoit de l’inflation dans le futur, nous exigerons un taux d’intérêt supérieur sur notre épargne, car la valeur de cette accumulation de capital diminuera avec le temps. On veut être compensé pour cette perte, en plus de la perte de jouissance. Si on prévoit de la déflation, le supplément de prix de trouvera à être négatif, car le simple fait d’épargner augmente la valeur de ce capital dans le temps.

 

La somme de ces trois taux nous donne le taux d’intérêt qu’on retrouve sur le marché pour obtenir du capital. Comme pour tout le reste, le marché tend vers l’équilibre sans toutefois l’atteindre à cause des changements constants dans l’environnement. Ce taux équilibre l’offre de crédit et la demande de crédit. Il est très difficile, voir impossible de savoir à quel taux se situe les différentes composantes. On connait seulement le taux final où le désir des prêteurs et des emprunteurs coïncide. Un bas taux signifie que les gens sont portés vers l’épargne. Un faible gain leur suffit à reporter leur consommation à plus tard. Un haut taux signifie que les gens sont portés vers la consommation. Ça leur prend un plus grand gain pour se priver maintenant.

 

L’intérêt, l’expansion monétaire et les cycles économiques

 

Le marché du capital se matérialise dans notre société par le marché du crédit. Même si quelqu’un épargne pour lui-même et utilise son propre capital pour améliorer sa productivité c’est qu’il considère que le bénéfice est supérieur que s’il prêtait ce capital à quelqu’un d’autre. Donc, sa décision est influencée, de toute façon, par le marché du crédit. Donc, c’est par celui-ci qu’on commence le cheminement qui explique le comportement du marché face à l’inflation et la déflation.

 

Dans un marché inflationniste, le taux d’intérêt devrait être plus élevé que dans un marché neutre (sans inflation/déflation). Ça s’explique en grande partie par le supplément de prix du taux d’intérêt qui est plus élevé. Donc si, dans un marché libre de toute entrave, on prévoit une courbe inflationniste dans le futur, le taux d’intérêt sur un prêt sera plus élevé que si on ne prévoit pas de changement dans la valeur de la monnaie. Ainsi, le marché continue de répondre aux besoins le plus urgent des consommateurs en tenant compte de leur jugement de valeur, incluant leurs préférences temporelles. À l’inverse, une prévision déflationniste fera baisser le taux d’intérêt, car le supplément de prix baisse entraînant le taux d’intérêt avec lui.

 

Une des choses qui peut entraîner de l’inflation/déflation est un changement dans la quantité de monnaie. L’utilisation d’une monnaie fiduciaire, qui peut être créé ex nihilo, peut amplifier le phénomène, car on est plus limité par quelque chose de physique comme l’extraction de l’or dans une mine. Comme le changement dans le pouvoir d’achat de la monnaie ne se fait pas sentir de façon simultanée dans l’ensemble du marché et que la création ou destruction de monnaie ne peut être fait, en toute fin pratique, que par les banques centrales ou commerciales, le premier secteur à ressentir les effets est le marché du crédit. Je vais parler d’une addition dans la quantité de monnaie pour représenter le phénomène, mais le principe inverse peut s’appliquer pour la destruction.

 

En augmentant la quantité de monnaie, le marché du crédit y voit l’augmentation de la quantité d’épargne, car personne ne voit la différence entre la vraie épargne (la privation d’une jouissance immédiate) à la fausse épargne. De plus, les prêteurs vont s’empresser de profiter de l’opportunité de profit relative à cette nouvelle épargne avant que les répercussions du changement de valeur de la monnaie est terminées de faire leur travail dans l’économie. Ainsi, comme l’offre de crédit augmente, le taux d’intérêt descend. La demande de prêt augmente jusqu’à l’équilibre. Comme une partie de cette épargne est fausse (pas basée sur une privation), on n’utilise pas une partie du surplus de production sur la consommation, mais on consomme une partie du capital déjà accumulé. En plus, ceux qui ont contractés des prêts, les premiers intervenants dans le marché suite à la création de monnaie, font augmenter le prix des produits qu’ils acquièrent produisant des pertes dans d’autres secteurs où l’activité était plus profitable i.e. servait le mieux les consommateurs.

 

En effet, dans un marché libre d’entrave, le taux d’intérêt permet de diffuser l’information sur la quantité de capital disponible pour augmenter la productivité. Comme on fausse le taux d’intérêt, on court-circuite cette précieuse source d’informations en fournissant une mauvaise information quant à la quantité de ce capital disponible. Comme le bas taux indique, comme vu plus haut, que les gens ont une tendeance à l’épargne, le marché comprend que du capital est disponible pour investissement. Malheureusement, une partie de cette épargne ne provient pas réellement de privation, mais bien d’une augmentation de la quantité de monnaie. L’inflation devrait faire monter le taux d’intérêt, comme vu plus haut, alors qu’il descend. Ça accentue le phénomène. Nous observons alors à une consommation du capital plutôt qu’une accumulation i.e. des mauvais investissements. La consommation peut aussi être vue comme  du capital qui ne sera pas utilisé au sortir de l’ajustement. Du capital qui n’est pas utile après le rééquilibre du marché qui aurait pu être utilisé plus efficacement ailleurs.

 

Si l’événement ne se produit qu’une fois, les premiers à profiter de la manne en sortent gagnant et les derniers acteurs du marché en sortent perdants, mais les effets sont ensuite éliminés, car le marché s’est restabilisé. Le résultat est un recul dans la quantité de capital qui aurait pu être disponible en bout de ligne et une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie. Les grands gagnants sont ceux qui ont produit la nouvelle monnaie, car ils ont encaissé les profits du réajustement complet du processus de production. Les banquiers en sortent gagnant. Le plus gros problème c’est quand ce processus perdure encore et encore. On passe aux générations suivantes notre consommation immédiate, car c’est dans le futur que la consommation de capital va nuire, car l’accumulation de capital sert à augmenter la productivité du futur. Si on consomme toujours du capital, on arrive ultimement à l’effondrement du système.

 

L’injection de monnaie, principalement, crée une bulle économique. La croissance semble plus grande qu’elle ne l’est en réalité, car on a l’impression qu’on accumule plus de capital. S’en suit l’inévitable réajustement à la réalité, la récession. On blâme le libre-marché pour les périodes de récession alors qu’en fait elles ne sont que les conséquences du véritable problème, les bulles, causées entres autres par la création de monnaie.

 

Travail et salaire

 

Le travail, d’un point de vue de la catallaxie, est un facteur de production comme les autres. Cependant, c’est le facteur de production le plus rare. C’est par le travail qu’on arrive à produire. Sans travail, aucune production n’est possible. Un tracteur de ferme n’est d’aucune utilité si personne ne le conduit. Un train n’est qu’aucune utilité si personne ne peut le charger ni le conduire. Le niveau de production est influencé par la disponibilité du travail. Le choix des  investissements en capital est beaucoup influencé par la disponibilité de personne pour opérer ce capital. Bien que nous améliorons toujours notre machinerie, il faut toujours quelqu’un pour assurer son bon fonctionnement.  La combinaison capital/travail utilisé dans la production d’un bien est déterminée par l’utilité marginale des facteurs de production. On va utiliser le facteur travail tant et aussi longtemps qu’il est plus rentable qu’une unité de capital supplémentaire. À l’équilibre, la dernière unité de travail est aussi productive que la dernière unité de capital. Donc, plus on accumule de capital et plus la valeur du travail utilisé augmente, car la productivité de notre capital augmente également. Ce qui fait augmenter le salaire des travailleurs est l’accumulation de toujours plus de capital.

 

Comme tous les autres facteurs de productions, on observe un prix d’équilibre pour ce facteur qui fait que l’offre rejoint la demande. Dans un marché libre d’entrave, le prix pour une sorte spécifique de travail, de qualité égale, devrait être égale dans l’ensemble du marché. L’offre est déterminée par les travailleurs. Ce sont eux qui, par leurs décisions, déterminent de la quantité du facteur travail disponible dans une industrie. La demande est déterminée par les employeurs qui ont besoin de travail dans leur ligne de production. Le niveau des deux détermine le prix du facteur travail dans un secteur donné. Ce prix oriente la décision des acteurs quant à la production comme pour tout le reste. Ce prix permet l’allocation la plus optimal possible de la capacité de travail comme pour tous prix tel que vu précédemment.

 

Comme la satisfaction complète des besoins est chose impossible pour l’humain, il y aura toujours quelque chose à faire dans une économie. Ainsi, dans un marché libre d’entrave, le chômage est, sauf pour les personnes totalement inaptes, une chose volontaire du point de vue de la catallaxie. Quelqu’un est au chômage parce qu’il a choisi de l’être. Soit il est entre deux jobs et préfèrent attendre une meilleur offre ou soit il considère le coût du travail (le labeur) supérieur aux bénéfices. Comme le travail est un mal nécessaire dans la satisfaction de besoin, il appert impossible pour quelqu’un de refuser le travail indéfiniment. Même de partir à la chasse est un travail. On s’impose ce labeur pour manger. Donc, le chômage est toujours temporaire. À la limite, on peut considérer les moments de loisir comme du chômage catallactique. On préfère se passer du travail qui pourrait être fait, car on considère son coût trop élevé. Par contre, pour la catallaxie, seul le travail dans la société basé sur la division du travail est important dans l’analyse. Il faut aussi faire la distinction entre chômage catallactique tel que décrit ci-haut et chômage institutionnel causé par des interventions dans l’économie. On y reviendra dans le prochain billet.

 

Finalement, le marché n’inclut aucune notion de salaire juste. Il n’impose que le salaire d’équilibre. Comme le salaire juste repose sur un jugement de valeur, son évaluation n’est réservée qu’au jugement des individus. Si l’industrie X n’est capable d’embaucher personne à un salaire Y, elle devra, pour augmenter sa production, augmenter sa quantité de capital de R plutôt que de travail. L’augmentation du capital augmente la productivité du travail et l’industrie est maintenant prête à embaucher au prix Y+R, car ce salaire supérieur est, sous les nouvelles données, maintenant productif. Le processus continue jusqu’à ce que l’industrie réussisse à embaucher les travailleurs nécessaires à sa production. Tant et aussi longtemps que l’industrie peut écouler toute sa production, elle continuera son expansion en capital (qui permet de produire plus d’unité). Cette expansion augmente les salaires. Le processus s’arrête quand les décisions des consommateurs font qu’une augmentation de production ne trouverait pas preneur au prix déterminé. On a alors atteint le point d’équilibre du marché pour ce produit et ses facteurs de production.

 

L’accumulation de capital continue permet de toujours améliorer la condition des travailleurs. Tous les travailleurs peuvent trouver leur place dans la structure de production, car nous trouvons toujours des désirs non satisfaits. Les conditions de vie des gens les plus pauvres de notre société moderne feraient mourir d’envie bien des aristocrates du moyen-âge. Ne pensez qu’au réfrigérateur ou à l’eau courante qui, bien que nous considérons ces choses comme banales, amèneraient beaucoup de bonheur en des temps plus anciens. Si on accepte de donner un jugement de valeur au marché et de déterminer un niveau de salaire sous lequel un individu ne peut vivre, le meilleur moyen d’améliorer sa condition est d’accumuler encore plus de capital. Donc, la société doit, si elle veut améliorer la condition des pauvres, s’assurer de conserver les conditions optimales dans l’accumulation de ce capital i.e. la conservation d’une société basé sur la propriété privée et la division du travail.

 

La terre

 

On parle ici de terrains. Rien ne sert de discourir longtemps à cette section. Elle repose sur les mêmes processus d’offre et demande qui sont déterminés par les actions des consommateurs. Le prix des terrains est déterminé selon la combinaison la plus efficace de production servant à répondre aux besoins des consommateurs i.e. tout le monde.

 

Si on règlemente le prix d’un terrain (comme pour tout facteur de production), le marché ajustera ses opérations pour atteindre le nouvel équilibre de satisfaction des besoins. Par contre, elle est différente de celle d’un marché sans entrave. Elle est donc imparfaite par rapport à la véritable volonté des consommateurs.

 

 

Ici se termine la section traitant du marché en tant que tel. La suite: le socialisme et l’interventionnisme.

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