Le délire hebdomadaire à Lauzon

Chaque semaine, Léo-Paul Lauzon sévit de sa démagogie sans pareil dans les pages de Métro Montréal. Chaque semaine, il y va « d’explications » « montrant » que le capitalisme est plein de failles et que la réponse est plus d’intervention de l’État. Cette semaine, il tente de déboulonner le « mythe » voulant que l’État est toujours trop gros 1.

 

Selon lui, « la droite » (puisque nous pensons tous pareil) approuve l’aide aux entreprises. Qui ici est d’accord avec cette affirmation grotesque? Y a-t-il un libertarien qui se respecte qui accepte que son argent puisse aider une entreprise qui n’aurait pas besoin d’aide si elle était compétente? N’oublions pas que durant la crise actuelle, Ford n’a pas, ou si peu, reçu de deniers publics et est en pleine santé. GM et Chrysler, de leur côté, en arrache toujours malgré l’intervention massive des pouvoirs publics (fait intéressant : Chrysler en est déjà à son second sauvetage).

En plus de subventionner l’incompétence, l’aide aux entreprises existe pour acheter des votes ou pour remercier les électeurs de leur fidélité au parti au pouvoir. Ce n’est certainement pas un hasard si la fromagerie Perron a reçu une subvention, alors que son député fédéral est ministre 2.

Cet achat de vote est très onéreux. Lors du dernier budget de l’Ontario, on vantait les emplois sauvés aux usines de St. Catharines et d’Ingersoll dans le domaine de l’automobile. Ce sont respectivement 245 M $ et 96 M $ qui ont été gaspillés dans ces usines pour y sauver les emplois. À St. Catharines, il en a couté 306 250 $ par emploi; ceux d’Ingersoll auront couté 320 000 $ chacun.

En d’autres termes, l’aide aux entreprises n’est qu’une version moderne du sophisme de la vitre cassée identifié par Frédéric Bastiat il y a 170 ans. Pour ceux qui ne le connaissent pas : ce sophisme affirme qu’une vitre cassée est une bonne chose puisqu’elle amènera de l’emploi au vitrier. Oui certes, mais cet argent aurait pu être dépensé ailleurs. Aucune nouvelle richesse n’est créée; elle est simplement déplacée. Et l’aide aux entreprises est exactement ça : on voit son effet immédiat (des emplois créés/maintenus), mais pas son effet caché, souvent pire que son effet immédiat (plus de taxes et d’impôt, et donc moins d’innovations à long terme) 3.

 

Faciliter la vie aux contribuables

 

M. Lauzon poursuit ses élucubrations en affirmant (sarcastiquement) que nous devons bien « traiter » les riches, sans quoi ils vont partir et appauvrir l’endroit qu’ils délaissent. Ne lui en déplaise, c’est effectivement le cas. L’Alberta, avec une population estimée à 3,7 M personnes, a plus de gens gagnant 100 000 $ et plus que le Québec, qui a 8 M d’habitants 5. Aussi – j’ignore si c’est une simple coïncidence –, les plus pauvres Albertains gagnent 4000 $ que leurs pairs Québécois 6. Enfin, il faut en moyenne cinq Albertains pour recueillir autant d’impôts que huit Québécois 7.

Le fait que l’Alberta ait un taux d’imposition unique (10 % du revenu imposable) a sans doute à y voir. Les particuliers n’ont ainsi pas à se casser la tête pour remplir leur déclaration de revenu provinciale. Et malgré ce faible taux, et une absence de taxe provinciale, la province de la rose sauvage avait des revenus à ne plus quoi savoir en faire jusqu’en 2008, où les déficits sont réapparus. C’est tout le contraire du Québec, qui a trois paliers d’imposition – le plus bas taux d’imposition est plus élevé que le plus haut taux de huit provinces et territoires 8 –, qui a une taxe de vente qui augmentera encore en 2012 et qui, malgré tout, croule sous les dettes. Simple hasard?

 

Paiement volontaire, paiement obligatoire

 

Enfin, pour tourner en dérision les « faussetés » sur l’obésité de l’État, M. Lauzon mentionne que la famille Walton, propriétaire de Wal-Mart (WM), a des revenus bruts de 422 G $, soit six fois plus que le Québec et 1,5 fois plus que le Canada. Il se demande pourquoi une famille peut contrôler autant d’argent, contrairement à une entité comme le Québec ou le Canada…

Comme tout bon gauchiste, M. Lauzon ne se concentre que sur les revenus. Il oublie de dire que le revenu net après impôts de WM s’élève à 16,4 G $ 9, pour une marge de profit de 3,9 %. À titre de comparaison, la marge de profit dans les télécommunications dépasse les 20 % 10.

Si WM fonctionne si bien, c’est uniquement parce qu’il sait satisfaire ses clients et qu’il trouve les meilleurs fournisseurs. Personne n’est forcé d’y faire ses achats, et aucun fournisseur n’est forcé d’y faire affaire. Jusqu’à preuve du contraire, ces derniers sont toujours libres d’accepter ou de refuser les prix demandés par WM.

Les revenus de WM sont tout le contraire des revenus d’un gouvernement. Nous sommes obligés de payer taxes et impôts, sous peine de pénalités sévères. De plus, ces revenus sont un vol légalisé du moment que l’argent ne sert pas aux tâches pour lesquelles l’État a été créé, soit la sécurité publique (police, armée) et la justice. Chaque dollar perçu au-delà de ces tâches est un dollar en moins dépensé par un particulier en biens et services, en épargne ou en investissement. Un État plus gros sera donc une nuisance pour ses citoyens.

D’ailleurs, les juridictions les plus mal en point sont les plus dépensières, et le monde actuel le prouve : le Québec, le Japon, les États-Unis, la Grèce, le Portugal, etc. Dans un ou plusieurs des cas, les impôts sont fortement progressifs et parfois même prohibitifs (jusqu’à 45 % en Grèce), le chômage est haut (plus de 9 %), l’épargne est à la baisse quand elle n’est pas négative, le taux d’endettement du secteur public approche/dépasse les 100 % du PIB et la confiance des entreprises et des consommateurs est en chute libre.

 

En conclusion, Môssieur Lauzon devrait accepter de voir la vérité en face : la grosseur d’un État est inversement proportionnelle avec la force de son économie. Le Québec le montre depuis 50 ans maintenant : une intervention du gouvernement dans l’économie affaiblit cette dernière et la rend moins compétitive. Au contraire, un désengagement de l’État (coupe d’impôts et de dépenses publiques) aide l’économie, comme l’ont bien démontré Warren Harding en 1921 11 et l’Irlande jusqu’en 2000 12. On peut donc prédire des temps très difficile, pour les États-Unis et le reste de la planète, si Obama met sa menace à exécution d’opposer son véto à tout plan ne comprenant pas de hausse d’impôts 13.

3 Hazlitt, Henry. « Economics in One Lesson » Ludwig Von Mises Institute, Auburn, Alabama, 2008

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