Collectivisme ou Individualisme – 4e partie

G. Edward Griffin

Le monde politique est truffé d’étiquettes. Nous pouvons être conservateur ou libéraux, droitiste ou gauchistes, démocrates, républicains, libertariens, communistes, fascistes, etc… Mais au travers toutes ces étiquettes, personne n’arrive à décrire de façon précise ce que ces étiquettes représentent vraiment, Ces étiquettes ne servent qu’à attribuer une aura de bonté ou de méchanceté selon celui qui les emploie et les émotions qui sont déclenchées par le discours et chaque orateur semble en avoir une définition différente. Afin de dégager un sens dans les débat politiques, il est essentiel d’abandonner le vieux vocabulaire et établir un vocabulaire plus simple.Une fois que les termes sont clairement définis, beaucoup de gens se rendront compte qu’ils sont d’accord sur l’essentiel.

Vous serez probablement surpris d’apprendre que pratiquement tous les débats politiques peuvent se diviser en deux courants de pensée communs. Ces courants de pensée encouragent tous deux des actions à prendre, mais la grande différence de provient pas autant des actions elles-même mais des principes qui motivent ces actions. Ce grand débat est en fait entre l’éthique du collectivisme et celle de l’individualisme. Ces deux mots ont une signification réelle. Nous reconnaissons au départ que les adhérents des deux courants de pensée sont mus par des bonnes intentions et qu’ils veulent tous le bien de leurs familles et du monde en général. Là où ils divergent est le moyen d’y arriver. Dans ce billet en cinq parties, j’aimerais explorer les points communs et divergences des ces deux courants de pensée tels qu’exposés par l’écrivain et philosophe G. Edward Griffin. La première partie traitera des droits humains, la deuxième traitera de la suprématie du groupe, la troisième de coercition et liberté, la quatrième de l’égalité et l’inégalité devant la loi et la cinquième du rôle du gouvernement.

Partie IV: Égalité et inégalité devant la loi

La quatrième chose qui différencie les idéologies collectivistes et individualistes a rapport avec la façon que les gens sont traités devant la loi. Les individualistes croient que nous sommes tous différents. Que nous sommes supérieurs et inférieurs aux autres de multiples façons, mais que chacun de nous mérite d’être traité de la même façon par la loi, peu importe notre sexe, notre âge, notre race, notre religion, etc.

Les collectivistes croient que la loi doit traiter les gens inégalement afin d’obtenir certains changements désirés dans la société. Ils considèrent le monde tragiquement imparfait. Ils voient la pauvreté, la misère et l’injustice et concluent que quelque chose doit être fait pour corriger les forces qui causent ces situations. Ils se croient des ingénieurs sociaux, doués de la sagesse nécessaire pour restructurer la société en quelque chose de plus humain et plus juste. Pour ce faire, ils doivent intervenir dans toutes les facettes des activités humaines et rediriger ces activités selon leur plan. Ce qui veut dire qu’ils doivent redistribuer la richesse et utiliser les forces policières pour forcer certains comportements. Les conséquences de cette mentalité peuvent être constatées un peu partout à travers le monde. Presque tous les pays ont un système d’imposition qui traite les gens inégalement selon leur revenus, leur état civil, le nombre d’enfants, leur âge et même le genre d’investissements qu’ils ont. Le but de cet arrangement est de redistribuer la richesse, c’est à dire de favoriser certaines classes ou certains groupes au détriment des autres. Fréquemment ils ont même certaines clauses dans la loi de l’impôt qui exempte une corporation ou un groupe d’influence en particulier. Certaines lois distribuent également des subventions à certains groupes ou corporations. L’inégalité est la seule raison d’être de ces lois Dans la sphère sociale, ils ont des lois pour établir des quotas de race, de sexe, des plans de discrimination positive ou pour interdire l’expression d’opinions qui peuvent offenser certains groupes ou les planificateurs eux-mêmes.Dans tous les cas, il y a une application inégale des lois basée sur quel groupe auquel on appartient.

On nous dit que tout ça est nécessaire pour assurer une société plus équitable, mais pourtant, après plus de cent ans d’ingénierie sociale, il n’existe aucun endroit au monde où les collectivistes peuvent pointer et dire que leur plan a fonctionné tel qu’ils l’avaient prévu.

Imaginons une ligue de basketball où les joueurs de la moitié des équipes doivent jouer avec un bras lié dans le dos. Il n’y a personne, individualiste ou collectiviste qui considèrerait cette situation équitable. Supposons maintenant qu’on décrète que l’année suivante, les équipes qui n’avaient pas les bras liés doivent maintenant les attacher et que celles qui étaient restreintes peuvent jouer avec les bras libres. Est-ce que c’est maintenant équitable? Avant que vous ne répondiez, supposons que tous les joueurs de l’année précédente ont pris leur retraite et ont été remplacés par des nouveaux joueurs, est-ce toujours équitable? Il y a une prémisse importante dans cet exemple. Il identifie les joueurs comme des individus et non comme les membres d’une équipe collective.

Utilisons maintenant un exemple plus d’actualité de groupes qui ont historiquement été floués par les règles comme les peuples autochtones de l’Australie, du Canada et des États-Unis (on pourrait facilement inclure les afro-américains et les hispano-américains dans le lot). Leur lutte a toujours été contre le biais raciste qui limite leurs opportunités. Tout le monde peut s’accorder à dire que ces règles doivent être changées afin qu’ils puissent jouer avec les mains déliées, mais que dire si nous décidons d’aller plus loin et que nous leur garantissons des avantages comme des emplois garantis ou des exemptions d’impôts, peu importe leur situation financière, simplement parce qu’ils appartiennent à ce groupe? Dans la quête de l’égalité des droits, est-ce que la substitution de discrimination négative pour une discrimination positive a une chance de porter des fruits? Les individualistes croient que cette voie ne fait qu’accentuer les ressentiments en créant une société ou tout le monde s’identifie à des groupes différents perpétuellement à la quête de traitement préférentiel. Beaucoup de livres ont été écrits au sujet de l’utopie collectiviste, mais partout où elle est appliquée, le résultat est toujours plus de pauvreté, de souffrance et d’injustice qu’avant.

L’individualisme est basé sur la prémisse que tous les citoyens sont égaux vis à vis la loi, peu importe leur race, leur religion, leur sexe ou leurs opinions politiques. Aucune classe ne peut obtenir de traitement de faveur peu importe le mérite où la popularité de sa cause. De favoriser une classe au dépend des autres n’est pas l’égalité devant la loi.

Dans le prochain chapitre, nous examinerons quel est le véritable rôle de l’État. Nous verrons l’État individualiste et l’État collectiviste et dans quelle direction ils mènent leurs citoyens.

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4 réflexions au sujet de « Collectivisme ou Individualisme – 4e partie »

  1. Intéressant cette vision de l’individualisme, j’en suis presque convaincu… à peu de choses près. L’idée d’un traitement égal pour tous me semble logique dans la mesure où nous serions tous égaux, avec les mêmes opportunités, les mêmes ressources et le même potentiel. Toutefois, il est de l’aveu des individualiste que nous sommes tous différents, soit que nous ne disposons pas tous des mêmes bases sur lesquelles bâtir notre situation. Si l’accès à de grandes richesses dépendait seulement de notre bonne volonté (ou notre sens des responsabilités), certains gens seraient beaucoup plus riches aujourd’hui qu’il ne le sont réellement, et vice-versa.

    Je suis de votre avis que d’attribuer un avantage arbitraire à un groupe d’individus sous prétexte qu’ils sont noirs, bruns ou jaunes ne contribue pas à réduire les innégalités, cela en crée davantage. Toutefois, comment fait-on pour donner à tous les mêmes chances de se soigner, de s’éduquer, de se lancer en affaires et, conséquemment, de s’enrichir sans établir un plancher social et économique sur lequel chacun peut se tenir, au départ? Sans ce plancher, avec toute la volonté et tous les efforts du monde, l’enfant d’une famille démunie ne sera jamais en mesure d’améliorer son sort ou celui de ces enfants, de ses petits enfants, etc.

    Pour ce faire, pouvons-nous compter sur les dons libres et désintéréssés de gens qui ont tout acquis de leurs propres moyens, par eux-même et sans l’aide de personne? Est-ce vraiment réaliste de penser que nous soyons à ce point généreux, individualiste ou pas?

    1. @ Jean-François Boisvert

      Toutefois, comment fait-on pour donner à tous les mêmes chances de se soigner, de s’éduquer, de se lancer en affaires et, conséquemment, de s’enrichir sans établir un plancher social et économique sur lequel chacun peut se tenir, au départ? Sans ce plancher, avec toute la volonté et tous les efforts du monde, l’enfant d’une famille démunie ne sera jamais en mesure d’améliorer son sort ou celui de ces enfants, de ses petits enfants, etc.

      Seriez-vous surpris d’apprendre qu’un bon nombre d’entrepreneurs ont réussi même avec très peu de scolarité? Ou très peu de capital de départ? Je conviens que d’avoir une bonne éducation aide beaucoup, mais le manque d’éducation n’est pas nécessairement un obstacle non plus. Même si on venait d’un milieu défavorisé et que l’éducation n’était pas fournie par l’état, il existe toujours des gens qui ont intérêt à avoir de la main d’oeuvre qualifiée disponible et qui dans l’absence d’une aide gouvernementale, prendraient probablement sur eux-même de de financer l’éducation dans leur localité. Des étudiants ayant du potentiel, mais peu de moyens, pourraient recevoir des bourses de la part d’entreprises privées. Autre exemple, mes grands-parents étaient loin d’être riches et avaient 8 enfants à nourir. Ils n’avaient donc pas d’argent pour payer les études de leurs enfants et pourtant mon père a réussi à décrocher un doctorat de médecine et mes oncles et tantes on tous bien réussi et ce bien avant que le gouvernement commence à s’occuper d’éducation. Mon père a tout simplement payé ses études en travaillant et avec des prêts

      Pour ce qui est du capital pour démarrer une entreprise, la meilleure façon demeure encore l’épargne et le crédit. On a pas besoin d’être riche pour mettre un peu d’argent de côté et se bâtir un bon historique de crédit. Ensuite si vous vous présentez avec un bon plan d’affaire, les chances sont que votre gérant de banque sera heureux de vous faire un prêt.

      Le point ici est si quelqu’un veut vraiment réussir, il en trouvera les moyens, peu importe les obstacles, alors que d’autres n’y arriveront pas, peu importe l’aide qu’on leur apportera. La réussite ne vient pas seulement du fait de vivre dans un milieu favorisé, elle vient de soi-même.

      1. Vous dites vrai. J’ai mal formulé ma critique, car il n’est pas impossible pour un enfant né d’une famille défavorisée d’être performant. Pour preuve, ce passage du rapport 2011 de l’OCDE sur l’éducation:

        « En dépit de la forte corrélation entre la performance en compréhension de l’écrit et le milieu socio-économique, de nombreux élèves issus d’un milieu défavorisé détrompent les prévisions et se distinguent par de bons résultats. Les enseignants ne doivent donc pas partir du principe qu’un élève de condition modeste est incapable d’être très performant. »
        http://www.oecd.org/dataoecd/61/1/48631602.pdf

        Force est de constater, toutefois, que cette corrélation entre performance et milieu socio-économique existe bel et bien. Ceux qui réussissent à s’en écarter par leurs propres moyens, comme votre père, démontrent une grande volonté en plus d’un grand potentiel. Ce sont eux qui constituent les meilleurs élèves des meilleurs écoles. Et pour le reste? Les élèves moyens qui fréquentent les meilleures écoles sont les plus riches.

        Loin de vouloir vous obstiner longtemps sur le sujet, je crois tout de même qu’il n’y a pas plus efficace pour devenir riche que de naître de parents riches (qui paieront pour notre éducation dans les meilleures écoles).

        Par ailleurs, je ne connais pas d’exemple de société qui a eu du succès en comptant sur le privé pour financer l’éducation de ses citoyens. Même le gouvernement des États-Unis finance à + de 90% son système d’éducation primaire, secondaire et pré-universitaire avec des fonds publics (plus même que le Canada!). N’est-il pas utopique de compter sur des investisseurs privés pour financer l’éducation de toute une nation? Même si certains prendront sur eux de former la main d’oeuvre qualifiée dont ils ont besoin, seront-ils suffisants?

        Dans un monde individualiste idéal, en l’absence de financement public, le scénario le plus probable serait qu’un nombre important d’investisseurs privés décide librement de s’unir pour financer les domaines d’éducation qui viendraient combler la demande grandissante de main-d’oeuvre qualifiée. Ne serait-il pas vrai de dire que plus le groupe est grand, plus son influence est large et diversifiée, plus il aura de succès? Alors, un groupe qui unit tous les investisseurs d’un pays avec ce même but commun de combler les besoins larges et diversifiés de tous ses membres avec une main d’oeuvre qualifiée dans tous les aspects de son économie serait sans aucun doute garant d’un succès optimal? Cela ne s’appelle-t-il pas un gouvernement?

        1. @ Jean-François Boisvert

          Force est de constater, toutefois, que cette corrélation entre performance et milieu socio-économique existe bel et bien. Ceux qui réussissent à s’en écarter par leurs propres moyens, comme votre père, démontrent une grande volonté en plus d’un grand potentiel. Ce sont eux qui constituent les meilleurs élèves des meilleurs écoles. Et pour le reste? Les élèves moyens qui fréquentent les meilleures écoles sont les plus riches.

          Loin de vouloir vous obstiner longtemps sur le sujet, je crois tout de même qu’il n’y a pas plus efficace pour devenir riche que de naître de parents riches (qui paieront pour notre éducation dans les meilleures écoles).

          75% des personnes les plus riches au Canada ont bâti leur fortune à partir de rien. Naître riche est certainement un avantage, mais pas tant que ça. Au bout du compte, ce qui est important, c’est la motivation et le talent.

          Par ailleurs, je ne connais pas d’exemple de société qui a eu du succès en comptant sur le privé pour financer l’éducation de ses citoyens. Même le gouvernement des États-Unis finance à + de 90% son système d’éducation primaire, secondaire et pré-universitaire avec des fonds publics (plus même que le Canada!).

          Et leur système d’éducation publique est encore plus délabré que le nôtre. (Ce n’est pas peu dire) De plus, l’éducation financée par les deniers publics est relativement récent dans l’histoire. Nous ne sommes pas devenus des nations riches parce que nous finançons l’éducation avec des deniers publics, nous finançons l’éducation avec des deniers publics parce que nous sommes devenus riches. Et la qualité de l’éducation n’a cessé de dépérir depuis.

          Dans un monde individualiste idéal, en l’absence de financement public, le scénario le plus probable serait qu’un nombre important d’investisseurs privés décide librement de s’unir pour financer les domaines d’éducation qui viendraient combler la demande grandissante de main-d’oeuvre qualifiée. Ne serait-il pas vrai de dire que plus le groupe est grand, plus son influence est large et diversifiée, plus il aura de succès? Alors, un groupe qui unit tous les investisseurs d’un pays avec ce même but commun de combler les besoins larges et diversifiés de tous ses membres avec une main d’oeuvre qualifiée dans tous les aspects de son économie serait sans aucun doute garant d’un succès optimal? Cela ne s’appelle-t-il pas un gouvernement?

          Vous oubliez qu’un gouvernement, par sa nature même est un organe coercitif. Tout ce qu’il fait est fait par la compulsion et la force et non par association volontaire. Je crois que l’association volontaire est mieux.

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