Occupons Montréal : Quand c’est payant de ressembler aux États-Unis

Les joyeux campeurs d’Occupons Montréal / Photo: Philippe David, Contrepoids

 

Honnêtement, je suis mal à l’aise avec les satellites québécois du mouvement « Occupy Wall Street ». J’étais aussi mal à l’aise lorsqu’en 2009, les analystes comparaient les problèmes structurels des États-Unis à ceux du Canada, encore pire, à ceux du Québec. (Lire « Le Canada n’est pas les États-Unis« )

Souvenons-nous. En pleine crise financière, les admirateurs de Obama de chez-nous – chroniqueurs, analystes et politiciens –  étaient dans un mode « Si Obama le fait, fais-le donc ». Nous étions tous dans le même bain, nous disait-on. Allez hop! On se vote d’énormes plans de relance.

Le système bancaire canadien est plus solide que celui des États-Unis, les Canadiens bénéficient d’un filet social qui fait l’envie des Américains, il n’y avait pas de bulle immobilière au Canada, mais qu’importe tout cela. Sous la pression de nos savants analystes et élites politiques interventionnistes, Harper s’est vu contraint d’opter pour le « One size fits all ». En trois ans, on aura effacé tous les efforts d’une décennie pour réduire l’endettement public du pays.

Aujourd’hui, le mouvement « Occupy Wall Street » fait des petits notamment à Montréal. Il semble donc que lorsqu’il est question d’ajouter à la dépense publique – parce qu’ultimement, c’est ce dont il s’agit – le démon néolibéral américain nous semble tout à coup très sympathique. Curieux, non? Tout à coup, notre caractère « distinct » ne mérite plus d’être défendu… et nous ne bénéficions plus des bienfaits d’une bienveillante social-démocratie.

Avons-nous des raisons de nous indigner? Bien sûr, bien qu’ils soit indécent de comparer nos malheurs à ceux du monde arabe (lire Mario Roy). La collusion entre nos gouvernements et intérêts privés quels qu’ils soient (corporations, lobbies, groupes de pression, syndicats, grands financiers des partis politiques, etc.) ET les intérêts du secteur public (fonction publique, organismes et monopoles gouvernementaux) nous irrite au plus haut point.

Seulement, il me semble sincèrement que la cible des attaques soit mal identifiée. Après tout, pour ne prendre que cet exemple, si la Caisse de dépôt et de placement du Québec n’avait pas le monopole dans la gestion des caisses de retraite de l’ensemble des Québécois, peut-être aurions-nous des résultats moins désastreux? Peut-être que la personne responsable des produits dérivés aurait été clairement identifiée et qu’elle aurait été sanctionnée?

S’en prendre aux riches du Québec? Faites-moi rire. Comme si leur nombre et de les imposer davantage y changerait quoique ce soit… N’a-t-on pas compris encore que le Québec est riche en pauvres et pauvre en riches? Aucune comparaison possible avec la distribution des revenus aux États-Unis.

Non. Ce discours populiste me rend bel et bien mal à l’aise. Si le secteur privé des banques d’investissement américaines mérite des reproches, les gouvernements sont tout aussi coupables de l’état de la situation. D’ailleurs, elles étaient où la SEC et l’AMF qui devaient veiller à assurer l’intégrité des produits financiers? Si elles ont failli à se rendre utiles à un moment aussi crucial, le sont-elles tout court?

Alors, si l’on veut s’indigner, indignons-nous! Mais de grâce, ciblons les véritables responsables. Et parmi ces responsables, il y a, malheureusement pour ceux qui campent au Square Vicoria, l’ensemble des groupes d’intérêts qui ne cessent d’augmenter leurs demandes auprès du gouvernement, dont celui du lobby étudiant.

Comme l’écrit Benoît Aubin,

« les économies occidentales ne produisent plus assez de richesses pour supporter les gouvernements et les programmes sociaux dont elles se sont dotées durant leurs années de vaches grasses. C’est plate, c’est brutal, ça fait mal, mais c’est ainsi. »

Non. S’indigner ne suffira pas!

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