Revenu minimum garanti: Ce que Québec Solidaire ne vous dira pas.

 

Ce weekend, Québec Solidaire a tenu son congrès, duquel est sorti un programme totalement socialiste, comme on pouvait s’y attendre. Comme tous les programmes socialistes, il est bourré de bonnes intentions et de bons sentiments pour sauver la veuve et l’orphelin, mais comme on sait, les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions. Malheureusement, comme tous les programmes socialistes, il est court-termiste et ignore les principes les plus élémentaires de l’économie, mais c’est l’intention qui compte, non? Il ne faut surtout pas se laisser freiner par la réalité. Non, non, non, surtout pas par la réalité.

Prenons par exemple cette idée du revenu  minimum garanti. Au premier abord, ça semble génial. D’un seul coup, on éliminerait théoriquement la pauvreté en fixant un seul de revenu minimum dont tout le monde bénéficierait. Ce seuil permettrait à tous, en théorie, d’avoir un  niveau de vie « acceptable », qu’on travaille ou non. N’est-ce pas merveilleux? Qui plus est, c’est plus facile à administrer, une compensation est automatiquement envoyée à tous ceux qui déclarent un revenu sous le seuil minimum. Pas de formulaire additionnel à remplir, pas de contrainte à se chercher un emploi, pas de boubou-macoutes. Mais, une fois revenus du pays des merveilles, on commence à réaliser que ce n’est pas si rose que ça en a l’air.

Voici le problème: comme tous les systèmes socialistes, il repose sur un modèle statique et assume que tous les gens vont agir exactement comme avant et qu’ils ne seront absolument pas affectés par les nouveaux incitatifs que cette politique fournirait au marché. Il compte donc sur le fait que tout le monde continuera de travailler comme avant, et que les coûts demeureront raisonnables. C’est faux.

Commençons par le fait que c’est trop facile. Une des choses qui empêche le système actuel de de sombrer dans le chaos est l’inefficacité typique du gouvernement qui rend l’application pour recevoir du bien être social compliqué et stigmatisant. Sans ces inconvénients, il devient trop facile d’obtenir quelque chose pour rien. Pire encore, puisque c’est un  minimum garanti, ce n’est plus juste une aide ponctuelle, ça devient un dû, un acquis, un droit.  Non seulement n’est-ce plus stigmatisant de le recevoir, c’est parfaitement normal.

Ensuite, qui détermine le montant du seuil et comment? Ça veut dire quoi « un niveau de vie acceptable »? $15 000 par an? $20 000, $25 000? Mettons, pour les besoin de l’argument qu’on met le seuil à $20 000, on vient automatiquement de mettre au chômage quiconque gagnait moins que ce montant. Pourquoi travailleraient-ils alors qu’il peuvent rester à la maison et toucher quand même à $20 000 par an? Et que dire de ceux qui font $21 000, ou $22 000 ou $23 000? Le revenu net réel pour leur travail ne serait que $1000, $2000 ou $3000. Ça pourrait être tentant, puisque de travailler entraine des coûts additionnels en transport, vêtements, etc., de cesser de travailler eux aussi.

Pendant ce temps, le reste des familles qui gagnent plus paient pour ceux qui ne travaillent pas. Et plus il y en aura qui cesseront de travailler, et plus les coûts du programme exploseront, ce qui entrainera une hausse des impôts pour compenser. Bientôt, ceux qui travaillent encore voient leur revenu net diminuer de plus en plus alors que leur fardeau fiscal augmente. Ceux-là aussi trouveront bientôt tentant de se joindre à ceux qui se la coulent douce. Vous voyez où je veux en venir? Sans compter que si on veut arriver à convaincre quelqu’un de travailler, il faudra le payer de plus en plus cher, de sorte que les prix de ce qu’ils produisent vont augmenter et le revenu minimum deviendra insuffisant, entrainant… une hausse!

Comme le disait une certaine politicienne qu’on surnommait la « dame de fer », le problème avec le socialisme est qu’éventuellement, l’argent d’autrui vient à manquer.  Ceci est un autre exemple pour le prouver.

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18 réflexions au sujet de « Revenu minimum garanti: Ce que Québec Solidaire ne vous dira pas. »

  1. Cet argument est tiré directement de « For a New Liberty » de Rothbard, qui critiquait le « négative income tax » de Friedman. Mais la critique est fallacieuse; le revenu minimum garanti est un pourcentage sur la différence entre le revenu gagné et le niveau de pauvreté, de sorte que le citoyen a toujours un incitatif (diminué bien sur) à gagner plus.

    Plutôt ironique que Québec Solidaire adopte une politique conçue par Friedman, non?

    1. @ Philippe Bélanger

      Cet argument est tiré directement de « For a New Liberty » de Rothbard

      Bravo! Je me suis effectivement inspiré de Rothbard.

      Mais la critique est fallacieuse; le revenu minimum garanti est un pourcentage sur la différence entre le revenu gagné et le niveau de pauvreté

      Non, la critique est valable. Si on ne travaille pas, on reçoit 100% du revenu minimum garanti. Alors pourquoi je m’éreinterais à faire un boulot à $17 000 par an et recevoir un $3000 additionnel du gouvernement, alors que je pourrais ne pas travailler et recevoir le plein montant? Donc tous ceux ayant un revenu inférieur ou égal au minimum vont tous éventuellement cesser de travailler. Le revenu minimum garanti fait disparaître tous les coûts d’opportunité du loisir vis à vis le travail.

      @ Renée Houde: Grand merci!

  2. Quel talent d’analyse et d’écriture tu possèdes. As tu déjà été journaliste? As tu étudié la fiscalité. Tu écris avec une clareté impressionante.

    1. @ Renée Houde

      Aussi étrange que ça puisse paraitre, je suis auto-didacte. Ma formation professionnelle est celle d’un programmeur-analyste. Le reste, je l’ai appris en lisant.

  3. Et une autre constatation : avec un salaire garanti plusieurs n’attendrait pas leur retraite. Ce n’est pas tout le monde qui a 35 ans, 30 ans d’ancienneté. Alors, la retraite à 8 000 par année. Et ben, aussi ben arrêter de travailler et rester à la maison avec le salaire garanti.

  4. Bonjour,

    Juste rappeler …

    * qu’il s’agit d’une orientation de programme (moyen et long terme, exigeant que QS forme le gouvernement) et non d’un engagement court terme;

    * que le mur à mur est impossible de toute manière: les gens ont des besoins particuliers, mais la bureaucratie serait néanmoins réduite pour l’aide sociale par exemple;

    * qu’une telle mesure exigera une étude approfondie d’abord;

    * et qu’un gouvernement responsable prépare un budget relativement équilibré lié aux revenus (pas nécessairement l’année même, mais sur le moyen terme);

    * SURTOUT, que de telles réformes importantes devrait aussi, selon moi, se faire seulement avec un appui clair de la population (lire: en plus d’élire QS comme gouvernement).

    Merci
    Je suis membre de QS et j’étais à ce congrès.

    1. Merci M. Lessard.

      C’est drôle que lorsqu’on trouve des bébittes avec les éléments du programme de QS, que c’est toujours une « orientation » et non un « engagement ». Que diable! Assumez vos convictions tout de même.

      qu’une telle mesure exigera une étude approfondie d’abord;

      J’en suis fort aise. Veuillez tenir compte de cette critique dans votre étude approfondie.

  5. Le revenu minimum garanti (ou l’allocation universelle) est un revenu cumulable. Souvent, cette option est défendue par des gens qui critiquent le système d’allocation universelle, comme étant une pension pour laquelle il est impossible d’accumuler des revenus, ce qui est souvent considéré comme un non-incitatif à l’emploi (à cause, comme vous le soulignez si bien, des coûts relatifs à l’emploi). Toutefois, le revenu minimum garanti est cumulable au revenu d’emploi.

    Alors, si le revenu minimum est évalué à 12 000 $ (ce qui est plus proche de la réalité québécoise que 20 000$ ) pour un homme célibataire, et que cet homme, travaillant comme serveur dans un café gagne 12 000$, il totalise un revenu total de 24 000$. Même les gens qui gagnent 100 000 $ reçoivent le revenu minimum garanti. Habituellement, il est considéré que pour les plus riches, ce revenu est regagné par les impôts que les gens paient.

    Pour continuer la réflexion, je vous invite à lire François Blais, « Un revenu garanti pour tous ».

    1. Il fallait lire « le système d’assistance sociale » à la deuxième ligne, plutôt que « système d’allocation universelle »

    2. @ D. R.

      Vous imaginez-vous le coût de donner une allocation de $12 000 à chacun des 6 millions de contribuables du Québec, qu’ils soient pauvres ou non? Un petit calcul rapide me dit 72 milliards. Même si on additionnait tous les programmes actuels de lutte à la pauvreté, on arriverait même pas près d’un tel montant. C’est pas un peu farfelu et irréaliste?

  6. Bonjour,

    J’ai bien aimé votre article qui résume les craintes principales de cette solution. J’aimerais seulement clarifier quelques points pour faire avancer le débat sur des bases plus solides.

    Avec le revenu minimum garanti, on ne parle pas de revenu de citoyenneté. Un revenu supplémentaire ne serait pas attribué à chacun des citoyens, mais seulement à ceux qui ont un revenu trop faible.

    Donc, avec un revenu minimal fixé arbitrairement à 15 000 $, ceux qui font 5 000 $ par année se verraient attribuer un 15 000 $ supplémentaire. Pour quelqu’un qui ferait déjà 25 000 $ par année, le 15 000 $ serait attribué de façon théorique seulement sur son revenu total.
    Disons, toujours arbitrairement parce que nous n’avons pas les détails, que les seuils d’impositions sont ajustés de la façon suivante (un seul taux d’imposition parce que cette mesure est, je crois, dépendante de la souveraineté du Québec afin que le fédéral n’impose pas ces nouveaux revenus attribués par l’état québécois :
    20 000 $ : 0 % pour un revenu après impôt de 20 000 $
    30 000 $ : 15 % pour un revenu après impôt de 25 550 $
    50 000 $ : 30 % pour un revenu après impôt de 35 000 $
    100 000 $ : 45 % pour un revenu après impôt de 65 000 $
    150 000 $ : 50 % pour un revenu après impôt de 75 000 $
    etc.

    Cela n’incitera pas les citoyens à rester à la maison puisque chaque dollar gagné rapporte quelque chose et que le citoyen, en général, vise une qualité de vie meilleure.

    Si je prends mon exemple personnel, j’ai commencé à travailler à 7 $ l’heure pour ensuite monter à 8 $, 10,15 $, 14 $, 18 $, 20 $, 22 $, 25 $, etc. Je ne serais pas resté chez nous à 20 000 $ par année parce que je savais que je pouvais faire plus et ça m’a réussi.

    Je crois que la grande majorité des gens penseront comme moi et iront travailler pour acquérir de l’expérience et ainsi améliorer leur qualité de vie.

    De plus, le revenu minimum garanti permettra aux étudiants de ne pas se casser la tête avec leurs finances. Ça permettra à la société de former des citoyens plus compétents qui ne voudront pas stagner à 20 000 $ par année. Si les études supérieures sont accessibles, il est certain que plusieurs étudiants en profiteront et c’est toute la société qui sera ainsi enrichie.

    Dernière chose, lorsque l’on donne un revenu supplémentaire aux gens à faible revenu, ils ne le dépensent généralement pas à l’extérieur de leur région contrairement aux citoyens qui gagnent un revenu plus élevé. Cet apport dans les économies locales rapportera directement aux entrepreneurs régionaux. Je crois qu’un 1000 $ dépensé dans mon quartier et bien plus intéressant pour notre économie qu’un 1000 $ investit en actions internationales.

    Si vous voulez vraiment faire accroître la richesse, il faut faire rouler l’économie locale avec l’argent du peuple. Je crois que tous les entrepreneurs seront d’accord avec cela.

    Bref, je pourrais en discuter durant des heures, mais je crois que je vais m’arrêter ici pour laisser cours au débat.

    Merci pour la discussion et bonne journée

    Stéphane

    1. Stephane Racine:
      « Donc, avec un revenu minimal fixé arbitrairement à 15 000 $, ceux qui font 5 000 $ par année se verraient attribuer un 15 000 $ supplémentaire. Pour quelqu’un qui ferait déjà 25 000 $ par année, le 15 000 $ serait attribué de façon théorique seulement sur son revenu total. »

      Peux-tu expliquer ce que tu entends par « attribué de façon théorique seulement »?
      Avec le revenu minimal établi a $15,000, combien serait le revenu de quelqu’un n’ayant aucune source de revenu propre? Et celui qui fait $15,000, et $20,000?

      D’autre part, tes exemples de taux d’imposition ne represente pas du tout comment l’impot fonctionne presentemment au Quebec puisque personne n’a un taux effectif d’imposition de 50% ou meme 40%, ce sont les les taux marginaux. Est-ce que la suggestion est d’augmenter les taux marginaux (les braquettes) pour que les taux effectifs soient de 50% a $150,000 et 30% a 50,000$?

      Ca serait la meilleure facon de vider le Quebec de tout les personnes a revenus moyens a élevés

  7. Imaginez une province avec 40% des gens qui ne paient pas d’impôts avec une dette de $240 Milliards, une des plus élevée de la planète qui reçoit $8.6 Milliards de BS du Canada qui veut maintenant encourager les gens de rester à la maison au lieu de travailler pour reconstruire le Québec qui s’est plongé dans le gouffre financier en parlant de deux sujets sans arrêt, la séparation et la langue. Une aversion au travail dirais je. Quelle société distincte, quelle nation qui tête le gouvernemaman au sang.

    1. @ David

      Merci pour cet intéressant article. J’aurais cependant voulu savoir quels étaient les paramètres du programme Mincome. Quels étaient les seuils et quel était le montant des crédits reçus? Nul doute qu’un programme de revenu minimum garanti offre certains avantages par rapport au système actuel, mais la nature humaine est telle qu’invariablement, nous tendons toujours à consacrer le moins d’heures possibles à travailler et le plus d’heures possibles à jouir de nos loisirs. Tant que nous promettons aux gens de combler leur manque à gagner, il y en aura de plus en plus qui choisiront de ne pas travailler à long-terme, toute autre chose étant égale par ailleurs.

      Le programme Mincome est intéressant, mais la période de 5 ans durant laquelle le programme était en vigueur démontrait déjà que les femmes et les jeunes commençaient à travailler moins. Il est difficile de prouver que cet effet aurait demeuré aussi limité à plus long-terme et toutes les raisons de croire le contraire.

      1. Il est vrai que cette expérience sociale a démontré que les femmes et les jeunes travaillaient moins, mais il y avait de bonnes raisons derrière cette baisse : les femmes allongeaient la durée de leurs congés de maternité et les jeunes allaient plus longtemps à l’école.

        Selon le document suivant, «le Mincome permettait aux ménages d’obtenir un revenu similaire à celui de l’aide sociale à l’époque» (p. 17) :
        http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2013/04/IRIS-brochure-Revenu-Minimum_WEB.pdf

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