La vraie liberté

Par Pierre-Guy Veer

Comme toute personne qui gagne en popularité, Ron Paul passe maintenant sous la loupe des médias. Mais contrairement à ce qu’on a trouvé sur certains de ses adversaires – Gingrich et Romney sont des girouettes sans pareil1, Perry éliminerait les cours qui ne pensent pas comme lui2 –, ce qu’on a « trouvé » sur Ron Paul n’est pas du tout scandaleux. En fait, on pourrait même dire que la réaction des médias3 montre leur ignorance crasse en ce que sont la liberté et la responsabilité.

 

Pensons seulement au questionnement de Paul sur le fait que les sidéens et autres gens souffrant de maladies infectieuses exigent d’être soignés à bon prix. Il blâme surtout leurs habitudes de vie… et il a raison. En effet, les jeunes (homosexuels, surtout) en Europe, à cause de la propagation des trithérapies – qui contrôlent la multiplication du VIH dans le corps – sont devenus extrêmement négligents et prendraient plusieurs risques quand vient le temps d’avoir des rapports sexuels. Et ce n’est pas moi qui le dit : c’est Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine qui a co-découvert le VIH4.

 

Toutefois, ce manque de responsabilisation ne touche pas que les gens sexuellement actifs. Dans n’importe quel pays où les gens n’ont pas à tout payer pour leurs soins de santé, on aperçoit cette insouciance. Combien de fois entend-on parler que l’obésité est un fléau? le tabagisme? le diabète de type 2? Sauf très rare exception, ces problèmes sont uniquement causés par la négligence des gens. Pourquoi mes impôts devraient aider à les guérir, puisqu’ils ne se soucient visiblement pas de leur santé? À défaut de les faire payer entièrement – aucun politicien canadien n’osera avancer une telle « hérésie » –, les gens aux maladies « évitables » devraient à tout le moins débourser une partie des dépenses encourues. On est toujours plus parcimonieux quand vient le temps de dépenser son argent.

 

Égaux devant la loi et rien d’autre

 

Un autre point « litigieux » de Ron Paul est son rejet des droits spéciaux pour les minorités (Noirs, Hispaniques, employés, etc.) Il ironise en soulignant que le fait que les « Blancs » ne forment pas de lobby montre le ridicule d’une telle différenciation.

 

Il marque un autre point sur de sujet. Avant le 20e siècle, les femmes avaient entièrement raison de militer parce qu’elles n’avaient, pour ainsi dire, aucun droit parce que l’État les considéraient comme des enfants. Mais maintenant qu’elles ont obtenu l’égalité juridique, les femmes n’ont absolument rien d’autre à attendre de l’État. Outre la Nature, qui les fait porter le fardeau de la grossesse, elles n’ont qu’elles-mêmes à blâmer pour la supposée inégalité des salaires qu’elles ont par rapport aux hommes. En fait, l’on pourrait même avancer que c’est le désir de celles qui veulent des enfants qui dirigent plusieurs femmes vers des domaines où une absence prolongée n’affectera pas leur rendement de façon notable, comme l’enseignement5.

 

La même chose s’applique pour les Noirs. Ils avaient tout à fait raison de se regrouper et d’exiger notamment le rejet des lois Jim Crowe, qui avait ni plus ni moins instauré l’apartheid dans les États du Sud. Maintenant que c’est chose du passé, il n’y a que le temps qui puisse améliorer l’attitude des Blancs à leur égards. Ils ont toutefois du pain sur la planche; la guerre à la drogue6 et le salaire minimum7 ne sont que deux exemples d’intervention de l’État qui perpétue le racisme institutionnalisé qui a tant empoisonné un pays qui fut jadis un bastion de la liberté.

 

Propriété privée

 

Parallèlement à cette dénonciation, Ron Paul affirme haut et fort qu’une personne a le droit de faire ce qu’elle veut de son commerce sans que l’État n’ait son mot à dire. Évidemment, la gauche (lire : gens qui veulent plus d’intervention du gouvernement) n’aime pas entendre de telles paroles. Si c’est ouvert au public, alors tout le monde a le droit de rentrer, affirme une personne avec qui j’ai eu une discussion musclée sur le sujet. Elle a toutefois pris le soin de distinguer une maison et un club privé d’un commerce ou d’un restaurant.

 

pourquoi? Dans les quatre cas, nous sommes en présence d’une propriété privée. Peu importe l’endroit, une personne a pleinement le droit de refuser l’accès à qui elle veut. C’est elle la pire parce qu’elle se prive de revenus potentiels. La personne « blessée » l’est certes dans son orgueil, mais en aucun cas n’a-t-elle vu ses droits violées. Si tel était le cas, alors les hommes devraient pouvoir devenir danseuse nue, les femmes devraient pouvoir avoir accès aux saunas gays et les adolescents devraient pouvoir devenir membre de la Fédération de l’âge d’or.

 

D’ailleurs, j’ai une question qui me chicote : si une personne est exclue d’un endroit X, pourquoi insiste-t-elle pour qu’on l’y admette de toute façon? Ne sait-elle pas que voter avec ses pieds est un des meilleurs moyens pour faire changer les choses? Le boycott des autobus de Montgomery, Alabama en est un des meilleurs exemples.

 

Ne demandez pas ce que l’État peut faire pour vous

 

En conclusion, ce que prône Ron Paul est simple : on est responsable de ses actes, et l’égalité des personne se fait uniquement devant la loi. L’État n’a pas à privilégier une quelconque minorité ni à payer pour la négligence des gens. Sinon, l’on obtient la situation actuelle : des gens soignés peu importe ce qui a causé la maladie/le malaise et des gens qui se regroupent ensemble afin d’avoir des privilèges, au frais de la princesse naturellement.

 

Les médias y sont pour quelque chose; en effet, pensons seulement à Muguette Paillé, cette femme qui a demandé, lors du dernier débat des chefs fédéraux, ce que le gouvernement peut faire pour elle pour qu’elle se trouve un emploi. Pas ce que le gouvernement allait faire pour lui faciliter la vie (augmenter le commerce, déréglementer). Non : ce que les autres vont faire pour qu’elle ait un emploi. Pourtant, si elle se donnait la peine, elle pourrait facilement se trouver un emploi8

4L’Eau vive, 20 mai 2010, p.3

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7 réflexions au sujet de « La vraie liberté »

  1. Bonjour M. Veer,
    Si vous aviez bien écouté ma question lors du dernier débat des chefs au fédéral, vous auriez remarqué que je ne demandais pas aux chefs, ni au gouvernement de me trouver un travail. Je voulais avant tout que les quatre hommes les plus influents du temps se positionnent quant à la création d’emploi en Mauricie afin que les plus de cinquante ans comme moi aient plus de facilité à se trouver un boulot.
    Je suis capable de m’acquitter moi-même de ma recherche d’emploi et je n’attends pas après le gouvernement pour cela. J’aurais seulement aimé qu’ils parlent de développement économique au Québec et particulièrement en Mauricie, où le taux de chômage en est un des plus élevés dans notre province et dans notre plussss beau pays du monde. Je ne suis donc pas la seule à vivre dans la précarité et c’est très condescendant de votre part de prétendre que je ne me donne pas la peine de me trouver du travail.
    Ici même, à Ste-Angèle-de-Prémont, lors de la fermeture d’usine de transformation de viande Montpack qui a fermé ses portes au mois de décembre dernier, plus de quarante travailleurs âgés se sont retrouvés sans emploi. Se donneront-ils la peine de se trouver du travail vous croyez? Tout comme moi, ils connaîtront le chômage, l’angoisse, le stress et des temps incertains. Pensez-vous sincèrement que c’est ce qu’ils veulent, ce qu’ils souhaitent? Eux aussi ont des obligations de toutes sortes et ils ne peuvent pas se permettent d’être en arrêt de travail. Ils ont besoin de gagner un salaire pour vivre leur vie de façon décente.
    Aussi, avant de porter un jugement sur moi ou des gens dans ma situation, pensez-y donc à deux fois. La critique est facile, l’art est difficile. Car c’est un art de se sortir du pétrin, c’est un art pour les plus de cinquante ans de se trouver du travail…quand le chômage est endémique et cela que vous l’acceptiez ou non.

    1. Ne trouvant pas d’emploi au Québec, je suis allé en Saskatchewan pour en occuper un. Alors je sais ce que c’est.

      Pour le reste : pourquoi devriez-vous dépendre des gouvernements pour créer de l’emploi? Ces derniers ne peuvent « créer » qqch que s’ils l’ont pris à des gens (que je suppose) productifs). S’il n’y a pas d’emploi à Ste-Angèle, alors déménagez ailleurs. Je l’ai fait, alors n’importe qui peut le faire (et dieu sait que mes moyens étaient limités à l’époque).

    2. Et maintenant, après deux échecs consécutifs dans le même domaine, je me réoriente vers un autre domaine en retournant aux études.

      mon père a suivi le même chemin. Il a été « inactif » (au sens statistique) pendant longtemps. Mais il n’a pas perdu son courage, est retourné aux études et s’est trouvé un nouvel emploi à 40 ans.

      Pour le reste : le chômage endémique est attribuable au gouvernement. Sans l’intervention de ce dernier, la crise actuelle n’aurait probablement pas eu lieu. Et maintenant qu’il intervient, il nuit grandement à la reprise

  2. Il faudrait donc que tous les citoyens de Ste-Angèle-de-Prémont déménagent. Je connais plusieurs villes et villages qui se vidraient rapidement à ce rythme-là. C’est un peu facile comme réponse vous ne trouvez pas?
    Par ailleurs, qui vous dit que je n’ai jamais travaillé ailleurs. Je suis allée vivre en Estrie, en Montérégie, dans la grande région de Montréal, pour ne nommer que celles-là.
    Si je suis revenue dans ma région natale c’était avant tout pour des raisons financières car se loger coûte moins cher ici et surtout pour me rapprocher de mes parents vieillissants.
    Pourquoi l’emploi se trouve-t-il toujours ailleurs?
    Si le gouvernement ne crée pas d’emploi, il peut en faciliter la chose par des mesures directes et indirectes que vous connaissez sûrement.

    1. Chère Mme Paillé,

      Tout d’abord, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue sur Contrepoids et de vous remercier d’avoir pris de le temps de venir y commenter.

      En premier lieu, je vous prie de ne prendre nos commentaires comme des critiques personnelles. Votre désormais célèbre intervention au débat des chefs ont fait de vous un symbole d’une tendance marquée au Québec, et bien d’autres endroits d’ailleurs, de toujours se tourner vers les gouvernements pour une solution à nos problèmes. Nos critiques s’adressent donc à cette tendance, plutôt qu’à vous personnellement. Sur le plan personnel, je compatis avec vous. Ayant déjà perdu mon emploi plus d’une fois, et ayant réorienté ma carrière plus d’une fois, je suis familier avec les défis que cela comporte, étant moi-même sur le bord de la cinquantaine. J’espère sincèrement que vous persévèrerez dans vos recherches et que vous serez récompensée pour cette persévérance.

      Ceci dit, le problème avec votre intervention est que vous vous adressiez au mauvaises personnes. Comme l’expliquait M. Veer, le gouvernement ne crée pas vraiment d’emplois et ce n’est pas vraiment du ressort du gouvernement fédéral de créer des emplois dans une région donnée non plus. Les emplois sont créés en réalité par des entrepreneurs. Si vous désirez que plus d’emplois soient créés dans votre région, c’est vers des entrepreneurs locaux qu’il faut se tourner. Les entrepreneurs existants et les entrepreneurs potentiels.

      Vous parliez de mesures directes et indirectes par lesquelles le gouvernement peut aider la création d’emplois et il y a certainement certaines choses qui peuvent être faites, mais elles sont plus du ressort du gouvernement provincial et des administrations municipales. Principalement elles consisteraient à rendre la vie plus facile aux entrepreneurs en allégeant leur fardeau fiscal et règlementaire, qui est beaucoup plus élevé au Québec que chez ses voisins partout en Amérique du Nord. Toute autre intervention gouvernementale dans une région ne pourrait se faire qu’au détriment d’autres régions. Le gouvernement ne peut que prendre à Paul pour redonner à Pierre.

      Sans rancune, j’espère.

  3. Bonjour M. David,

    Votre commentaire est on ne peut plus positif et respectueux des chômeurs et des personnes en recherche d’emploi.
    Comment voulez-vous que je ne le prenne pas personnel quand M. Veer écrit à la fin de son article « si elle se donnait la peine, elle pourrait facilement se trouver un emploi »?
    N’allez pas croire que je ne fais pas tout ce qui est en pouvoir pour me trouver un emploi décent. Au contraire, j’ai suivi plusieurs formations et il n’est toujours pas évident pour moi de me trouver un travail dans ma région. On aura beau minimisé le fait que le chômage est endémique mais se faire rabattre les oreilles par des « ti-joe connaissants » n’apporte aucune solution concrète et ne fait qu’augmenter notre ressentiment à leur égard.
    Bien sûr, je n’ai pas de solution facile à la création d’emploi mais au moins mon intervention aura permis qu’on s’interroge là-dessus.

    1. Mme Paillé,

      Je doit effectivement admettre que M. Veer a manqué de tact quelque peu. Les choses ne sont pas toujours si simples quelques fois. Les libertariens ont généralement de bonnes connaissances en économie et il est quelque fois trop facile d’oublier que derrière les statistiques se cachent des êtres humains. Il est facile de dire qu’on peut déménager pour se trouver un emploi, mais pour certains, se déraciner n’est pas aussi simple.

      Vous avez raison, votre intervention aura au moins eu le mérite d’attirer l’attention sur la situation de votre région. Je vous souhaite bonne chance.

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