L’art de se mitrailler les bottines

Un autre sondage, de CROP/Le Soleil celui-là, vient confirmer la tendance qui voit les appuis à la CAQ fondre comme la neige au soleil. La CAQ est passée de 39% dans les sondages et l’espoir de former un gouvernement majoritaire, à 26% et juste l’espoir de tenir la balance du pouvoir dans un scénario de gouvernement  minoritaire, soit libéral ou péquiste. Le PLQ et le PQ sont maintenant de retour en tête, virtuellement ex-aequo, avec seulement un point d’écart, bien en dedans de la marge d’erreur.

Pour expliquer les déboires de la CAQ, on parle bien sûr de « l’effet Rebello »  et les sorties de ce député n’ont certainement pas aidé, mais je crois qu’il y a beaucoup plus que ça. Je crois, et je l’avait prédit même, que la CAQ a toujours été vouée à l’échec. Le cafouillage des dernières semaines n’est qu’une cristallisation de ce qui était une évidence dès le départ. Mais quand c’est rendu au point qu’un membre du caucus invite un autre à se taire, il est difficile d’ignorer qu’il y a quelque chose qui cloche.

La CAQuophonie

La première erreur de François Legault était de croire qu’il pouvait construire une coalition basée sur la seule prémisse de remplacer les libéraux au pouvoir. M. Legault a crû pouvoir capitaliser sur la grogne populaire contre les libéraux et prendre le pouvoir avec une collection de transfuges de toutes les appartenances idéologiques. Le hic c’est que pour émettre un message qui ne sera pas dissonant, il faut savoir accorder ses violons. Dans le meilleur des mondes, c’est déjà difficile à accomplir, mais quand vous combinez des gens avec des idéologies aussi diamétralement opposées que François Rebello et Gérard Deltell, doit-on être surpris si nos oreilles commencent à saigner? Aussi aurait-il fallu que Legault soit un sacré bon chef d’orchestre. Malheureusement, il ne l’est pas.

Un problème de leadership

Dans un parti politique, le chef est celui qui doit décider du message que son parti envoie à l’électorat. C’est lui qui décide qui de son parti doit parler, quand il doit parler et ce qu’il doit dire. Or soit François Legault fait exprès pour que son parti dise tout et son contraire, soit il n’a aucun contrôle sur ses députés. Depuis le début la CAQ n’a jamais émis un message et une vision cohérente. Tantôt c’est des posistions de gauche, tantôt de droite, tantôt souverainiste, tantôt fédéraliste et tout recemment, éco-fasciste. Et ils se demandent probablement pourquoi ils sont en chute libre dans les sondages! À force de tirer dans toutes les directions en même temps, ils forcent tout le monde à courir vers les abris. On aucune idée quelles valeurs la CAQ défend.

Les positions de Rebello sur l’environnement

Les dernières sortie de Rebello sur l’environnement relèvent à toute fin pratique de l’éco-fascisme. Une voiture par famille? Voyons donc! C’est bien beau le transport en commun, mais François Rebello devrait peut-être sortir du Montréal métropolitain de temps en temps. Bio-carburant? M. Rebello n’a-t-il pas lu tous les reportages qui décrivent comment la politique de subventionner la production de biocarburant a causé une pénurie de denrées alimentaires et de la déforestration à outrance? Et il veut que nous fassions ça au Québec? Quelle idiotie!

Avec de telles positions, doit-on être surpris que la CAQ soit maintenant la risée des commentateurs politiques? La CAQ a eu le bénéfice d’une grosse bulle médiatique, mais celle-ci s’avère être un sérieux handicap. Elle a montré toutes les failles de ce parti et mis en relief ses incohérences. Après avoir eu un brin d’espoir, les québécois déchantent maintenant.

Budget de la Colombie-Britannique: des leçons pour le Québec

Par David Boudeweel-Lefebvre

Alors que la majorité des provinces sont aux prises avec des contraintes budgétaires et un endettement chronique, certaines d’entre-elles choisissent de prendre le taureau par les cornes afin de remédier à la situation. Le récent budget de la Colombie-Britannique est un cas intéressant dont le Québec devrait s’inspirer le mois prochain.

 Déposé par le ministre des finances Kevin Falcon, ce budget vise à réduire drastiquement l’augmentation des dépenses, augmenter certaines taxes discrétionnaires à la consommation en plus de vendre certains actifs détenus par la province. Ce budget cadre avec un plan de réduction des dépenses amorcé il y a quelques années dans la province. L’objectif est de dégager un surplus budgétaire dès l’an prochain. En réalité, le budget du ministre Falcon est la première étape d’un plan basé sur trois ans qui veut mettre à contribution l’ensemble des citoyens et de l’appareil d’État en évitant à la classe moyenne le fardeau de toutes les compressions.

 Alors qu’au Québec on ne fait que parler de réduction de l’État, la Colombie-Britannique agit. Au cours des trois prochaines années, il est prévu que les dépenses en santé n’augmenteront en moyenne que de 3,2% et celles en éducation de 0,6%. Ces augmentations sont en dessous de la moyenne canadienne et inférieures à ce qui se fait au Québec. La Colombie-Britannique entend aussi poursuivre la réduction de sa fonction publique en recourant davantage à la sous-traitance et non simplement par attrition de fonctionnaires lors des mises à la retraite.

 La province de l’ouest réévalue aussi son rôle dans l’économie et dans certains secteurs d’activités. La mesure la plus visible sera la mise en vente de son réseau de distribution d’alcool, l’équivalent de sa SAQ, afin d’augmenter ses revenus et de se départir d’une mission non-essentielle. Je pense que le Québec pourrait s’inspirer de cette réflexion et revoir à son tour l’ensemble des missions qu’il se donne de même que leur pertinence.

 Pour ce qui est de l’augmentation des revenus, la Colombie-Britannique compte sur la reprise économique et les investissements pour améliorer sa situation. La province augmente également les taxes sur le tabac, une mesure de moins en moins contraignante en raison des baisses de vente de produits du tabac. De plus, le gouvernement revient en arrière sur une promesse de baisse des impôts corporatifs pour les petites entreprises, ce qui est certes l’aspect le plus négatif de son exercice budgétaire. Notons toutefois que l’impôt sur les corporations de la province est un des plus faibles au pays et que la mesure présentée ne remet pas en cause la compétitivité fondamentale de la province pour attirer les petites entreprises..

 L’un dans l’autre, le budget de la Colombie-Britannique montre bien que le gouvernement de cette province comprend les enjeux actuels de notre économie et la nécessité d’avoir de bonnes assises pour une croissance stable et durable. Au lieu de faire preuve d’une audace mal mesurée et de se lancer dans de folles dépenses, nos voisins de l’ouest se concentrent à maintenir le cap vers un État plus petit et plus efficace tout en épargnant la classe moyenne.

 Le ministre Falcon, dans sa présentation, estime que « le temps ou les marchés toléraient les dépenses excessives du gouvernement est révolu ». Il serait grand temps que le Québec le comprenne également, avant de voir sa liberté d’action compromise par son incapacité à se discipliner et à enrayer l’augmentation galopante de ses dépenses de programmes et de sa dette publique.

La chute de la CAQ va se poursuivre

Par Simon Leduc

Depuis qu’elle est devenue officiellement un parti politique, la CAQ est victime de ses nombreuses contradictions. François Legault est incapable d’imposer une discipline et sa vision à son groupe parlementaire. Les divergences règnent en maître dans l’équipe caquiste. Le parti de Legault ne parle pas d’une même voie dans les deux dossiers suivants : les frais de scolarité et l’environnement.

Tout d’abord, François Legault a clairement affirmé que son parti est pour l’augmentation des frais de scolarité. En tout cas, François Rebello ne semble pas être d’accord avec son chef. Sur sa page Facebook, il y avait une photo où on pouvait le voir porter fièrement le symbole (un carré rouge) des groupes étudiants qui s’opposent farouchement à la hausse des droits de scolarité. Les stratèges de la CAQ ont rapidement demandé à son député de retirer cette photo mais le mal est fait. Quelle est la véritable position de la Coalition sur cette question délicate? Ce n’est vraiment clair et l’électorat doit être mêlé en maudit.

Ensuite, M. Rebello affirme que la CAQ désire combattre la pollution en limitant le nombre de voitures des ménages. Le député caquiste affirme que chaque famille devrait avoir seulement une seule voiture afin de diminuer la pollution. Est-ce que la CAQ a décidé de courtiser l’électorat écologiste du Plateau? Sa clientèle cible ne devrait pas être le 450 et la région de Québec? Cette mesure ne va pas plaire aux banlieusards qui ont besoin de deux voitures par famille pour se rendre au travail. Est-ce que le chef acquiesce à la proposition verte de son ami? On n’en sait rien.

La Coalition avenir Québec nage dans une mer de contradictions. Il n’y a pas de cohésion au sein du caucus caquiste. Un député dit une chose une journée et un autre affirme le contraire le lendemain. L’ancien député de Rousseau a rassemblé des personnes qui n’ont rien en commun. Les électeurs québécois ne savent pas où la Coalition s’en va. Legault n’est pas capable de s’occuper de sa petite équipe. Sera-t-il en mesure de bien diriger la province? La chute de la CAQ dans les sondages ne fait que commencer. Elle n’a pas de base électorale solide et son équipe diverge d’opinion sur une tonne de questions. Ces deux éléments vont faire mal à ce jeune parti politique. La chute de la CAQ était prévisible et elle est devenue une réalité.

Lien pertinent : La chute prévisible de la CAQ : http://www.contrepoids.com/2012/01/20/la-chute-previsible-de-la-caq/