FSTQ : Des crédits d’impôt pertinents?

Par Ian Sénéchal,

Comme vous le savez peut-être, je travaille maintenant dans le milieu des finances personnelles. Mon site professionnel est ici. Il m’arrive fréquemment de rencontrer de jeunes clients (20 à 50 ans, je suis très libéral dans ma définition de jeune!) qui possèdent une part importante de leurs actifs dans le Fonds de Solidarité des Travailleurs du Québec (FSTQ). Chaque fois, je me dis la même chose. Par son interventionnisme étatique dans l’économie, le gouvernement pousse plusieurs personnes à prendre de mauvaises décisions.

Le FSTQ jouit d’un avantage concurrentiel majeur par rapport aux autres véhicules d’investissement pour la retraite. En effet, en plus des déductions fiscales habituelles obtenues avec le REER, les gouvernements provincial et fédéral offrent des crédits d’impôts supplémentaires de 15% chacun. Est-ce dire qu’il faille absolument acheter les actions de ce fonds? Non, surtout si on est jeune.

En quoi l’âge du cotisant est-il important ici? Après tout, si un placement ne nous plait pas, on n’a qu’à le revendre et en acheter un autre, non?

Non, justement. Vous êtes tenu de conserver vos actions du FSTQ jusqu’à votre retraite (il existe quelques exceptions). Donc, vous êtes tenu d’avoir confiance dans la direction présente du fonds, mais également dans la direction future du fonds! Avez-vous confiance au gestionnaire qui va gérer le FSTQ dans 20 ans?

Quand on est jeune et que notre horizon de placement est très long, il faut bien sélectionner le gestionnaire de nos placements. Sa performance sera déterminante sur la constitution de votre fonds de retraite. À titre d’exemple, voici ce que devient 10 000$ investit à divers taux d’intérêt sur une période de 29 ans (nombre d’années d’existence du FSTQ). Vous remarquerez l’impact déterminant du taux de rendement sur une longue période d’investissement.

0% : 10 000$

1% : 13 345$

3.6% : 27 889$

5% : 41 161$

7% : 71 142$

J’ai mis 3.6% dans ces exemples pour une raison bien précise. Il s’agit en fait du rendement généré par le FSTQ depuis sa création (0.4% les 10 dernières années et 1.8% les 5 dernières années). Ces rendements sont plutôt faibles, je dirais même, très faibles! Pas pour rien que le FSTQ affiche souvent son rendement en incluant le crédit d’impôt!

Selon Morneau-Sheppell, un fonds équilibré médian a produit un rendement de 5.01% sur 5 ans au 30 juin 2011. C’est bien plus que le 1.8% du FSTQ. Dans un article de Canoe, on apprenait que le rendement médian des fonds équilibrés sur 10 ans était de 4.2%. Bien plus que le 0.4% affiché par le FSTQ.

Plusieurs investisseurs seront attirés par le crédit d’impôt “généreux” offert par le gouvernement, mais quand ils ont un horizon de placement plutôt long, ils devraient l’ignorer. Le régime endossé par le gouvernement est une prison pour l’investisseur qui ne peut retirer son argent avant 65 ans. Ils auront avantage à se garder une certaine flexibilité dans le choix de leur gestionnaire de placement et surtout, dénicher les meilleurs et non acheter un fonds qui ne livre pas la marchandise depuis longtemps.

Quand les investisseurs construisent leur retraite, ils ne doivent pas se transformer en Mère Théresa et investir dans un fonds simplement parce qu’il serait “bon” pour l’économie locale ou encore parce qu’il serait socialement responsable. Ils doivent penser à eux, d’abord et avant tout. D’ailleurs en pensant à eux d’abord, ils contribuent à dégager les générations futures d’une certaine pression, car ils auront bien préparé leur retraite.

Le pire dans tout ça, c’est qu’en incitant les investisseurs à se diriger vers le FSTQ pour de longues périodes, le gouvernement contribue à accroître l’appauvrissement des retraités de demain. C’est quand même incroyable comment l’étatisme nuit à notre population, même si les intentions sont louables.

En 1983, quand le FSTQ a été créé, tout le monde pensait bien faire. Force est de constater aujourd’hui qu’on s’est trompé. Pourrait-on arrêter ces crédits d’impôt sur le champs? Les seuls qui en profitent réellement sont les gens qui investissent dans le FSTQ et qui approchent l’âge vénérable de 65 ans. Les autres font une gaffe, mais ils ne s’en rendront compte que dans quelques années.

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Une réflexion au sujet de « FSTQ : Des crédits d’impôt pertinents? »

  1. Rappelons d’abord que le coût de la déduction accordée aux contribuables qui investissent dans des fonds fiscalisés (FSTQ, Fondaction et Desjardins) totalise 265 millions $ par année. Seulement une petite proportion des fonds recueillis (environ 25%) est effectivement investie dans des entreprises de petite capitalisation. Ceci s’explique d’une part parce qu’une large proportion des fonds sont investis dans des actions de compagnies publiques canadiennes et étrangères et dans des obligations de gouvernements ou d’entreprises. Au 31 octobre 2010, 53% des actifs du Fonds de solidarité étaient investis dans les marchés boursiers et obligataires, soit un total de 3,8G$ . Par exemple, le Fonds a investi 346M$ dans les obligations du Canada, 311$M dans celles de l’Ontario, 395$M dans celles du Québec, 67M$ dans celles de la Colombie-Britannique, 109$M dans celles de Canada Housing Trust #1 et 136M$ dans celles de banques canadiennes. Le FSTQ investit des dizaines de millions dans des multinationales étrangères comme AT&T et Exxon Mobile. Le fonds de travailleurs investissent dans des catégories peu justifiables, telles l’immobilier, les entreprises publiques ou les très grandes entreprises. Environ 15 % des placements en capital de développement est alloué à des fonds spécialisés comme FIER Partenaires et des fonds régionaux. La part du lion de ces fonds spécialisés est cependant concentrée dans trois fonds immobiliers, dont l’actif totalise 300 millions $. Ces fonds regroupent notamment des projets de condos, des projets de promoteurs québécois à Calgary, des terrains de stationnement à Montréal, de même qu’un prêt à Constructions Louisbourg, une entreprise de Tony Accurso. Le Fonds comptabilise également dans ses investissements des sommes non déboursées. Ainsi, il inscrit 37 millions $ dans FIER Partenaires, mais dispose de 24 millions $ en fonds engagés, mais non déboursés.

    Un autre problème vient du rendement très faible des investissements dans les fonds de travailleurs. Le rendement des fonds de travailleurs est inférieur à celui de l’ensemble des indices de référence, des fonds de petite capitalisation (par un écart important) et même des bons du Trésor. Ainsi, depuis le début des activités du Fonds FTQ en 1983, le rendement annuel composé n’a été que de 3,5% (jusqu’en 2010) alors qu’un fonds équilibré canadien aurait généré pendant cette période un rendement de 9,1% . En fait, après l’inflation annuelle de 2,8% pendant cette période, le rendement du Fonds FTQ depuis sa création est de 0,7% par année et il est négatif de 2001 à 2010.

    Un autreproblème avec le FSTQ: même si les coûts de fonctionnement des fonds québécois ne sont pas, en pourcentage, aussi élevés que ceux des autres fonds de travailleurs canadiens, ces coûts demeurent très élevés en dollars absolus, surtout si on considère que près de 50% des fonds sont investis à la Bourse ou dans le marché obligataire – ce qui ne devrait pas nécessiter beaucoup d’efforts d’administration. Ainsi, le coût de gestion du Fonds de solidarité s’est élevé à 1,5% de l’actif net total, ce qui a représenté 115 millions $ en 2010, dont 66 millions $ en salaires et avantages sociaux. Mais le pourcentage est plus près de 3% si on le calcule sur les investissements en « capital de développement » (selon la définition large du fonds) et à 4,3% si on exclue le milliard de dollars de ces fonds qui n’en sont pas vraiment.

    Dernier problème : la gouvernance des fonds de travailleurs est déficiente et souffre d’iun déficit démocratique. D’abord, ce sont généralement les syndicats, pas les investisseurs, qui nomment les administrateurs des fonds même si ces syndicats n’investissent pas un sou dans les parts des fonds. Par exemple, au Fonds de solidarité, seuls 2 des 17 administrateurs sont nommés par les actionnaires. La faible gouvernance des fonds de travailleurs est aggravée par le fait que les actionnaires ne peuvent pas retirer leurs fonds s’ils sont mécontents. Les gestionnaires des fonds de travailleurs ne sont donc pas confrontés à l’évaluation de leurs résultats.

    Les fonds se targuent de crééer des emplois. En vérité, ils ne font que déplacer des emplois puisque les impôts payés pour financer ces déductions fiscales crééent du chômage là où ils ont été prélevés. Par ailleurs, la société québécoise s’est appauvrit de la différence entre les très faibles rendements des actions des fonds et ceux qui auraient été produits s’ils avaient été investis ailleurs. Bref, on détruit de la richesse.

    Ailleurs au Canada, les gouvernments provinciaux ont commencé à réviser les modèles des fonds de travailleurs. Ainsi, l’Alberta, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario ont annoncé qu’elles allaient éliminer totalement les crédits d’impôts pour ces fonds. Comme l’explique le professeur Douglas Cummings : « Ils ne fonctionnent pas quant à plusieurs égards, tant pour les entreprises que pour les investisseurs. Ils ont grossièrement sous-performé en terme de rendement et n’ont même pas généré de rendements suffisants pour payer leurs frais de gestion. La seule raison pour laquelle ils ont accumulé tant de fonds vient des crédits d’impôts. »

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