La véritable nature des droits

 

Mon dernier article sur le droit à l’éducation m’a valu quelques réponses intéressantes auxquelles j’aimerais répliquer ici. En particulier, une personne m’a référé à la charte des droits et libertés du Québec pour montrer qu’il y a effectivement un « droit à l’éducation » dans cette charte. C’est juste. Aussi me faut-il préciser ce que j’entends par un « droit » et ce qui rend un droit légitime sur le plan éthique et moral.

Tout d’abord, il faut faire une distinction entre les droits juridiques et les droits naturels. Les droits juridiques vous sont attribués par le gouvernement et peuvent vous être retirés selon les humeurs des politiciens. En revanche, les droits naturels ne nous sont pas donnés par l’état. L’état peut même choisir de ne pas les reconnaitre. Ces droits nous appartiennent pourtant du fait de notre propre humanité. Certains diront même qu’ils nous ont été légués par notre créateur, peu importe comment ils choisissent de l’appeler. Ces droits sont fondamentaux et inaliénables, ce qui veut dire qu’aucune société qui se prétend libre en peut nier ces droits et se doit de les protéger. Donc, si nous voulons qualifier un droit « d’inaliénable », il faut donc que ce soit forcément un droit naturel.

Encore une fois, revenons sur la véritable nature d’un droit. Le premier droit fondamental est le droit à la vie. Ce droit à la vie signifie que j’ai le droit de vivre et que j’ai le droit de vivre ma vie comme je l’entend. En d’autre mots, que je suis propriétaire de ma propre personne. Est-ce que ça signifie que je peux faire tout ce que je veux? Non. Je ne peux pas par exemple tuer quelqu’un parce que ça porte atteinte au droit à la vie de ma victime. Je n’ai pas le droit non plus de la réduire en esclavage pour la même raison.

Un droit n’est donc légitime que si on peut l’exercer sans violer les droits des autres.

Un autre droit fondamental est le droit de propriété. Parce que je suis propriétaire de mon propre corps et de mon propre esprit, je suis aussi propriétaire de mes labeurs et donc du fruit de ces labeurs. J’ai donc un droit inaliénable de pouvoir jouir du fruit de mon labeur. Est-ce que vous contesteriez ce droit?

Pourtant, si vous fouillez les chartes canadiennes et québécoises des droits et libertés, je suis convaincu que vous ne trouverez mention de ce droit nulle part. Pourtant, il existe et c’est un droit qui est juste sur le plan moral. Nier qu’une personne ait droit au fruit de son labeur serait de la réduire littéralement à l’esclavage.

Le droit à la propriété est pourtant la raison pourquoi il est illégal de voler le bien d’autrui. Sans ce droit, le vol ne pourrait pas être un crime.

Or, tous les gouvernements de ce monde, depuis la nuit des temps, ont allègrement violé ce droit en s’appropriant de force ou par la menace de la force, la richesse matérielle de ses citoyens sous prétexte de fournir des services plus ou moins essentiels dont ils se sont attribué le monopole. Cette confiscation (notez que le mot confiscation a la même racine latine que le mot fiscalité, en passant) par la force n’est pourtant pas directement reliée à la dispensation de ces services.

Ramenons ça dans le plus concret. Une des choses que font la mafia et les gang de rues est de « vendre de la protection ». Ils viennent vous voir un jour et vous disent qu’à partir de maintenant, vous devez leur payer un certain montant à chaque semaine et ils vous protègeront. Refusez de payer, il il pourrait vous arriver malheur, ou à votre famille, ou votre commerce. Ce comportement, lorsque perpétré par la mafia est considéré comme illégal et ceux qui s’y adonnent sont passibles d’emprisonnement. Et c’est très juste.

Cependant, le gouvernement arrive et vous demande de payer un certain pourcentage de vos revenus pour ses services. Si vous refusez de payer, des hommes armés viendront saisir vos biens et vous mettront dans une cage. Je vous demanderais de me dire quelle est la différence entre la méthode du gouvernement et celle de la mafia?

Je ne voudrais pas trop vous égarer, alors je vais conclure en disant ceci:

Tout soit-disant « droit positif » requiert qu’un tiers paie pour ce droit par le biais du processus que je viens de décrire et donc viole grossièrement les droits de ce tiers. Donc comment ce « droit positif » peut-il être légitime dans une société qui se veut libre?

La raison pour laquelle le droit de propriété, tel que je l’ai décrit ne figure pas dans la charte des droits et libertés est simple: il remettrait en question la légitimité même du gouvernement.

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5 réflexions au sujet de « La véritable nature des droits »

  1. Si nous sommes propriétaires par droit du fruit de notre labeur, alors comment expliquer moralement qu’un patron puisse posséder, vendre et profiter d’un bien fait par un de ses employés ?

    1. @ Roger

      Et qui fournit les outils, la machinerie et les matériaux? Le patron. Qu’est-ce que l’employé fournit? Son temps, ses muscles et son cerveau. C’est une erreur de croire que le fruit du labeur d’un employé salarié est ce qu’il fabrique. Le fruit du labeur d’un salarié est son salaire qui est une location volontaire de son temps et de son travail. Le produit n’appartient pas au salarié parce qu’il n’est pas propriétaire des matériaux qui le composent ou des machines et outils qu’il utilise pour les produire.

      1. Je comprends ce que vous voulez dire. Et après tout, les gens semblent préférer avoir un patron plutôt que de former eux-mêmes leurs entreprises ou leurs coopératives pour posséder leurs moyens de production.
        Mais j’ai tout de même des réticences à faire de la propriété un droit individuel inaliénable. Après tout, si c’est le cas, qu’est-ce qui empêche un roi/tyran de posséder l’ensemble d’un territoire, pourvu qu’il paye les paysans ? Après tout, il pourrait décider de payer un salaire minime et il respecterait leur droit de propriété.

        1. @ Roger

          Après tout, si c’est le cas, qu’est-ce qui empêche un roi/tyran de posséder l’ensemble d’un territoire, pourvu qu’il paye les paysans ?

          Je vous ferais remarquer que c’est déjà le cas. Qu’est-ce qui donne le droit au gouvernement de s’approprier les ressources minières au détriment des propriétaires terrestres. Présentement, si vous achetez un terrain, vous n’êtes pas propriétaire de votre sous-sol, ce qui permet au gouvernement de littéralement vendre la richesse qui pourrait être sous vos pieds sans la moindre compensation. Si le droit de propriété était respecté, le gouvernement ne pourrait pas faire ça et quiconque voudrait exploiter ces resources, devrait le faire avec votre consentement.

          La seule façon d’acquerir une propriété quand le droit de propriété est respecté est si nous sommes le premier défricheur d’une propriété inoccupée, ou que nous l’acquérons du propriétaire légitime.

          Sous le système féodal, ce n’était pas ça du tout. Les paysans étaient le plus souvent les premiers à défricher les terres et les mettre en valeur mais un roi s’appropriait des terres, le plus souvent par la guerre et le pillage et les octroyait à ses amis (la noblesse) qui s’appropriait par la force le fruit du labeur du paysan. Ce concept de propriété est du vol.

  2. On s’entend alors sur ce point.
    Toutefois, le concept de propriété individuelle comporte un danger important qui fut à l’origine de nombreuses crises sociales dans l’antiquité romaine et qui resurgit à notre époque en Afrique : la concentration des terres entre les mains d’un nombre de plus en plus petit de très riches propriétaires.

    L’origine des serfs du moyen-âge remonte à la pratique qui consistait à rembourser ses dettes en devant l’esclave d’un riche propriétaire. Ces dettes étaient souvent contractées suites à de graves crises économiques qui ne donnaient que très peu de chance de travail au peuple qui était réduit à l’esclavage, ce qui entraînait une plus grande concentration de propriétés.

    Je crois qu’il ne faut pas oublier qu’un droit de propriété sans réglementation comporte ce danger.

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