Tout sur ce que vous voulez savoir sur la hausse des frais de scolarité au Québec mais n’osiez pas demander

Photo: Walid Rifai/Contrepoids

 

Par Minarchiste

Beaucoup de gens m’ont demandé ce que je pensais de la grève des étudiants, qui bat présentement son plein au Québec. Bien entendu, je me réjouis d’une politique qui applique le principe de l’utilisateur-payeur, mais encore une fois, il est bien possible que ces hausses de frais de scolarité ne feront que financer un système universitaire trop bureaucratisé et inefficace. Bref, on devra payer plus sans nécessairement avoir mieux.

 

Selon la FEUQ :

« Les droits de scolarité augmenteront de $325 par année à compter du trimestre d’automne 2012, et ce, pour cinq ans jusqu’en 2016-2017. La facture totale à l’université, en incluant les frais institutionels [sic] obligatoires, passera donc de $2,890 à $4,700 par année ».

À noter de plus que, contrairement à ce que plusieurs affirment, les frais de scolarité ne sont pas gelés au Québec. En incluant les frais afférents, la facture annuelle des étudiants a augmenté de $500 depuis 2007.

Que veut-on accomplir avec notre système d’éducation supérieure et ses bas frais de scolarité? On ne veut pas que des frais de scolarité pour l’éducation supérieure trop élevés empêchent les étudiants dont la famille est moins bien nantie de réaliser pleinement leur potentiel. On veut donc que l’éducation supérieure soit accessible et agisse comme un mécanisme favorisant la mobilité entre les classes sociales. On veut que tout étudiant qui le mérite – tant par son effort que par son talent – puisse accéder à des études qui lui permettront éventuellement d’obtenir un emploi lui conférant les revenus auxquels il aspire, peu importe les revenus de ses parents. (voir ceci)


Au Canada on constate, à première vue, que l’accessibilité aux études universitaires n’est pas corrélée au niveau des frais de scolarité par province. Les études universitaires sont très accessibles au Canada et surtout au Québec, mais les chiffres sont trompeurs.

 

Dans le reste du Canada, il n’y a pas de cégep et les baccalauréats durent quatre ans. Quand on inclut les cégeps dans les comparaisons, le Québec à un meilleurs taux d’accès que la moyenne canadienne. Quant au chiffre d’accessibilité de la Nouvelle-Écosse, il est fortement distordu par le fait que cette province est un « hub » d’éducation supérieur pour les petites provinces maritimes (seulement 23% sont des étudiants locaux).

Pourtant, suite au dégel des droits de scolarité en 1991-1992 et leur augmentation de près du double au cours des deux années suivantes, le taux de participation ne semble pas avoir été affecté et a continué d’augmenter. L’argumentaire de la FEUQ ne s’est pas attardé sur ce point…

Il est vrai qu’en général, les enfants provenant de ménages se situant dans le premier quartile à l’égard de leurs revenus atteignent l’université en plus grand nombre que ceux des ménages situés dans le dernier quintile des revenus. Cependant, cette situation n’est probablement pas entièrement liée au niveau des frais de scolarité. Il y a plusieurs autres explications à cela, lesquelles sont bien connues.

La littérature identifie globalement les facteurs suivants comme ayant une influence sur l’accessibilité aux études : le milieu socioéconomique (la scolarité parentale, le revenu parental, l’importance accordée à l’éducation par les parents, l’éloignement et les heures de travail pendant les études), les caractéristiques personnelles (l’âge, le sexe, les responsabilités parentales), les coûts des études postsecondaires (les droits de scolarité et les autres coûts), et les perceptions des obstacles, des coûts et du rendement des études postsecondaires (les obstacles financiers, la connaissance de l’aide offerte, la perception du rendement, l’aversion pour l’endettement).

Ceci étant dit, il ne fait aucun doute que toute chose étant égale par ailleurs, le niveau des frais de scolarité affecte l’accessibilité. Prétendre le contraire serait nier un principe économique fondamental qu’est la loi de l’offre et de la demande; le moteur des marchés. Cependant, il est exagéré de prétendre que la hausse proposée viendra affecter significativement l’accessibilité.

Le véritable débat ne concerne donc pas vraiment la hausse des frais, mais plutôt la proportion du coût de l’éducation supérieure qui doive être assumée par les étudiants versus les contribuables. Le mouvement étudiant soutient implicitement que ce pourcentage devrait continuer à diminuer (jusqu’à la gratuité) parce que « nos cerveaux sont notre plus grande richesse » (pour citer Passe-Montagne). À noter que le mot « cerveau » utilisé ici désigne en fait les gens qui créent de la valeur économique, ce qui n’équivaut pas nécessairement aux gens qui ont un diplôme universitaire. Les cerveaux sont une richesse pour le gouvernement puisque celui peut les taxer pour financer son empire parasitique. Cependant, la proportion des coûts des universités assumée par les étudiants est déjà la plus faible au Québec comparativement aux autres provinces. Jusqu’où peut-on aller?

Selon le gouvernement, le manque de financement des universités québécoises, qui découle du fait que leurs frais de scolarité sont trop bas, a eu un impact négatif sur la qualité des services qu’elles fournissent. Selon l’IEDM :

« Les universités [québécoises] souffrent de lacunes importantes en matière de bibliothèques, de laboratoires et d’équipements informatiques. Les dépenses par étudiant au Québec pour les bibliothèques et les services aux étudiants sont plus faibles qu’en Ontario. Un autre défi important auquel font face les universités est l’embauche de professeurs de calibre international. Les directeurs de différents départements universitaires affirment que leur manque de revenus les empêche d’offrir des salaires compétitifs pour attirer et retenir les meilleurs professeurs. »

Ceci étant dit, selon la FEUQ, les universités québécoises sont mal gérées, ce qui fait gonfler leurs coûts. Tient, tient…un autre service public inefficace! On pourrait donc réduire les coûts des études universitaires simplement qu’en privatisant et dérèglementant nos universités. On pourrait aussi séparer les activités d’enseignement des activités reliées à la recherche. À cet égard, j’aime bien l’exemple des universités privées à but lucratif des États-Unis, qui accueillent moins de 10% de la population étudiante universitaire américaine. Celles-ci ne font pas de recherche académique, n’ont pas d’équipes sportives affiliées à la NCAA (lesquelles sont déficitaires et très coûteuses malgré le fort intérêt qu’elles suscitent), ont très peu de bureaucratie et ont des coûts d’opérations centrés sur l’enseignement (et non sur la grandeur des piscines, la hauteur des murs d’escalade et le nombre de livres à la bibliothèque). Ces collèges offrent donc des études universitaires à coût abordable (beaucoup moins chères que les universités à but non-lucratif), même si ils sont souvent qualifiés de « moulins à diplômes » (leurs étudiants réussissent pourtant aussi bien que les autres aux examens du Barreau). Ce qui fait la renommée d’une université comme Harvard (et qui fait gonfler ses coûts d’opération) est la présence de professeurs-vedettes et la quantité de recherche qu’ils publient. Cependant, les étudiants du premier cycle ne bénéficient aucunement de ces deux éléments. Ceux-ci ne devraient donc pas avoir à payer pour cela, ni pour les salaires des bureaucrates du département des admissions, donc le rôle n’est que d’attirer le plus grand nombre de demandes possible, de façon à pouvoir en rejeter le plus possible et d’afficher un taux d’acceptation bas – signe d’exclusivité et de sélectivité.

Un moyen simple de favoriser l’accessibilité serait d’abolir les frais de scolarités et de financer les universités par les taxes et impôts (comme en Finlande par exemple). Cette solution, même si elle ne coûterait que $700 million de plus aux contribuables québécois, est invalide pour plusieurs raisons. Premièrement, elle nécessiterait une augmentation significative des taxes et impôts, ce qui constituerait un transfert de richesse régressif. Pourquoi? Parce que de façon générale, malgré certaines variations selon les disciplines, le revenu moyen des diplômés universitaires est d’environ 60% plus élevés que celui des personnes sans diplôme. Donc cela équivaudrait à taxer des gens qui gagnent 60% de moins que ce que les diplômés universitaires gagneront dans le futur pour financer les études de ceux-ci. Deuxièmement, elle ne donnerait pas aux étudiants un incitatif à terminer leurs études le plus rapidement possible, ce qui ferait gonfler les coûts. Troisièmement, elle ne donnerait pas aux étudiants un incitatif à travailler pour financer une partie de leurs frais de scolarité (pour moi la conciliation travail-études est non seulement faisable, elle est souhaitable et formatrice, jusqu’à une certaine limite où elle devient nuisible). Il est donc plausible d’affirmer que la proportion des coûts d’éducation supérieure qui doit être assumée par les étudiants eux-mêmes est supérieure à 0%.

Est-ce que ce pourcentage pourrait être de 100%? Dans une société « libre » je pense que oui. L’éducation universitaire est un investissement (et non un bien de consommation) et c’en est un qui est fort payant. Il est donc tout à fait logique de s’endetter pour financer cet investissement. D’un côté, cela donnerait un incitatif aux étudiants à se diriger vers des domaines en demande sur le marché du travail et donc rémunérateurs. Les universités ajusteraient leurs tarifs en fonction des coûts du programme, et ces coûts seraient gérés de façon à correspondre au potentiel rémunérateur de la formation. Il y aurait donc un appariement entre le marché du travail et le marché de l’éducation. De plus, dans une société libre, les impôts seraient beaucoup plus bas, ce qui faciliterait le remboursement de la dette d’étude.

Présentement, la dette moyenne des universitaires au premier cycle est de $14,000. Ce n’est pas la mer à boire, si on compare à la dette que ces étudiants prendront pour s’acheter une voiture ou un condo à la fin de leur programme. Ceci dit, si nous exigons d’eux qu’ils assument une plus grande part du coût de leurs études, voire son entièreté, il serait impératif de réduire leur fardeau fiscal futur.

Maintenant, certains diront que les étudiants en sociologie et histoire de l’art n’auront pas assez de revenus futurs pour rembourser leur dette adéquatement. Il existe en effet plusieurs programmes universitaires qui ressemblent davantage à des hobbys qu’à des formations. Le principal débouché de ces programmes est souvent l’enseignement de ladite matière, ce qui implique que ces étudiants ont fort intérêt à militer pour le statut quo.

Conséquemment, si ces emplois ne sont pas très rémunérateurs, on pourrait affirmer sans se tromper que le subventionnement de ces programmes ne contribue pas à favoriser la mobilité entre les classes sociales et de permettre à des jeunes dont les parents sont pauvres d’aspirer à un meilleur sort. On peut alors se poser la question : est-il raisonnable de continuer à subventionner les programmes d’études littéraires, de philosophie et de sciences des religions? Je n’affirme aucunement que ces domaines sont inintéressants, tout comme mes cours de piano classique, mais si les étudiants de ces programmes tiennent tant à enrichir leur bagage culturel même si ça ne contribue en rien au niveau de vie de la société, ne pourraient-ils pas assumer le véritable coût de leur passion, tout comme j’assume moi-même le coût de mes cours de piano?

D’ailleurs, en Finlande, un pays largement cité en exemple à suivre par les associations étudiantes vu que les études y sont gratuites, les taux de contingentement dépassent les 50%!

Ce qu’il faut ce n’est pas simplement augmenter les frais de scolarité, mais plutôt complètement réformer le système. Il faut reconsidérer le statut de nos universités, leur niveau d’encadrement public, leur mode de financement. Il faut aussi réaliser qu’il y a un autre moyen de réduire les déficits, c’est-à-dire de réduire les coûts, en réduisant la bureaucratie et en contingentant sévèrement les programmes qui ne mènent pas à un emploi en demande sur le marché du travail.

Cependant, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres problématiques, ces questions pertinentes sont ignorées. Le débat a été reconfiguré en une confrontation gauche-droite et notre gouvernement centriste ne fera ni plus ni moins que de maintenir le statut quo : une petite hausse pour aider le budget, pas de réforme visant à réduire les coûts, pas de privatisation / dérèglementation des universités et surtout pas de débat sur les modes de financement des universités.

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Une réflexion au sujet de « Tout sur ce que vous voulez savoir sur la hausse des frais de scolarité au Québec mais n’osiez pas demander »

  1. « ont des coûts d’opérations centrés sur l’enseignement (et non sur la grandeur des piscines, la hauteur des murs d’escalade et le nombre de livres à la bibliothèque) »

    Je me permets de nuancer en rappelant qu’une bibliothèque académique de qualité fait partie intégrante de la formation universitaire. Les formations scientifiques sont particulièrement dépendantes des publications récentes et accessibles qu’offrent une bibliothèque. De plus, celle-ci offre de la formation sur la recherche d’informations, habilités essentielles à la recherche.

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