Le communisme libertaire, ou l’absurdité utopique

J’essaie autant comme autant de me détacher du conflit étudiant, mais je trouve très difficile de m’en détacher. Particulièrement, ce conflit a mis en lumière des groupuscules jusque là inconnus du grand public comme par exemple, l’Union Communiste Libertaire (UCL). Afin de mieux connaître ces groupes, il convient de mieux définir ce qu’est le communisme libertaire ou anarcho-communisme. Ayant déjà eu des débats avec des tenants de cette idéologie, je crois pouvoir vous permettre d’y voir plus clair.

Anarchist communism[1] (also known as anarcho-communism and occasionally as free communism or libertarian communism[2][3][4][5]) is a theory of anarchism which advocates the abolition of the state, markets, money, capitalism and private property (while retaining respect for personal property)[6], and in favor of common ownership of the means of production,[7][8]direct democracy and a horizontal network of voluntary associations and workers’ councils with production and consumption based on the guiding principle: « from each according to his ability, to each according to his need« .[9][10]

Excusez la définition en anglais, mais laissez-moi vous mettre un petit peu au parfum de ce que tout ça veut dire.

Que veulent dire « abolir l’état, le marché, la monnaie et la propriété privée » et qu’est-ce que ça pourrait donner dans les faits?

Tout d’abord, il y a dans cet énoncé une grande contradiction. Le marché étant tout simplement un amalgame d’échanges volontaires entre individus et la propriété privée étant le droit à l’individu de garder et disposer librement du fruit de son labeur, je me demande comment les communistes libertaires proposent de les abolir et continuer d’empêcher les gens de transiger entre eux et accumuler du capital (le fruit de leur labeur) sans l’usage de la force? Et si la force doit être utilisée pour non seulement abolir le marché et la propriété privée, mais pour maintenir cet état de chose, comment faire sans un état totalitaire? Croient-ils vraiment que les individus se plieront volontairement à ce genre de restriction?

Sans compter que du côté économique c’est d’une absurdité extrême.

Comment comptent-ils avoir une économie où il est interdit de transiger entre individus, est où ces individus ne peuvent garder le fruit de leur labeur. Comment peut-on parler de propriété personnelle, sans propriété privée? Et comment peut-on avoir une économie le moindrement sophistiquée sans monnaie ou système d’échange. On sait déjà que le troc ne fonctionnera pas.

Les communistes libertaires sont en fait des communistes qui croient pouvoir maintenir un ban de tout ce qui motive le genre humain à ce lever le matin et aller produire quelque chose tout en ayant un état décentralisé et anarchique de démocratie directe et de libre-association, sans réaliser que la libre-association ne peut se produire que quand on laisse les gens libres de transiger entre eux et que qui dit liberté de transaction, dit libre-marché.

Contrairement aux libertariens et volontaristes qui rêvent d’une société sans état où chacun est libre de transiger librement avec qui ils veulent, quand et comment ils veulent, sans intervention de l’état, les communistes libertaires s’imaginent pouvoir empêcher les gens de transiger librement et conserver le fruit de leur labeur sur une base totalement volontaire, parce qu’ils désirent abolir l’état. Donc finalement, ce sont des libertariens qui sont totalement incultes et illettrés en économie et qui sont totalement incapables de s’imaginer que leur utopie ne puisse s’établir sans un état totalitaire qui va donc répéter inévitablement toutes les erreurs de tous les régimes « communistes » du passé.

Et on accuse les libertariens d’utopisme…

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4 réflexions au sujet de « Le communisme libertaire, ou l’absurdité utopique »

  1. Bon je suis un libertarien dans la veine de Hayek, mais je suis aussi beaucoup intéressé par l’anarcho-syndicalisme et voici ce qu’ils te répondraient:

    La propriété privée résulte de l’application de la force. Cette propriété privée produit une distribution économique inégale et arbitraire. Pour rectifier cette inégalité, la communauté décide de gérer démocratiquement la production et d’égaliser la consommation. Donc les libertariens communistes résoudraient cette contradiction en divisant la propriété personnelle (biens de consommation), et la propriété privé (capital de production).

    Quand ils parlent d’abolir la propriété privée, ils veulent démocratiser le système de production. Abolir l’état, ça veut dire remplacer la démocratie indirecte par une démocratie directe. Quand à abolir le marché et la monnaie, je crois qu’ils veulent surtout abolir le marché de la main-d’oeuvre. Je ne crois pas qu’ils s’opposerait à une marché des biens de consommations une fois ceux-ci distribués équitablement.

    Mises a bien démontré les problèmes que pose cette société hypothétique dans « Economic Calculation in the Socialist Commonwealth ». Je crois que l’important pour les libertariens comme vous et moi, c’est de pointer qu’une telle communauté n’est pas en contradiction avec le capitalisme, car rien n’empêche des libertariens socialistes de la créer au sein d’une société organisée par la propriété privée.

    1. @Philippe Bélanger

      La propriété privée résulte de l’application de la force. Cette propriété privée produit une distribution économique inégale et arbitraire. Pour rectifier cette inégalité, la communauté décide de gérer démocratiquement la production et d’égaliser la consommation. Donc les libertariens communistes résoudraient cette contradiction en divisant la propriété personnelle (biens de consommation), et la propriété privé (capital de production).

      Nous savons tous deux que c’est faux si l’acquisition de la propriété est faite par une première mise en valeur (homesteading) ou par contrat volontaire avec le propriétaire antérieur légitime.

      Quand ils parlent d’abolir la propriété privée, ils veulent démocratiser le système de production. Abolir l’état, ça veut dire remplacer la démocratie indirecte par une démocratie directe.

      Dans les faits, ils veulent « socialiser » les moyens de production. La propriété privée des moyens de production dans un marché libre d’intervention étatique est tout ce qu’il y a de plus démocratique. Chaque dollar dépensé est un vote qui décide qui seront les propriétaires des moyens de production. La socialisation des moyens de production implique d’exproprier les moyens de production par la force pour les remettre dans les mains de comités élus par démocratie directe. On peut facilement juger des failles de ce système en examinant le fonctionnement de la Classe, où il n’y a pas de leader, que des porte-paroles et personne n’est imputable.

      Quand à abolir le marché et la monnaie, je crois qu’ils veulent surtout abolir le marché de la main-d’oeuvre. Je ne crois pas qu’ils s’opposerait à une marché des biens de consommations une fois ceux-ci distribués équitablement.

      Le marché du travail est pourtant la pierre d’assise de l’enrichissement. L’abolir est un non-sens. Quand à la consommation, comment peut-on décider ce qui est une distribution équitable sans sombrer dans l’arbitraire?

      1. D’abord merci d’avoir répondu! Je crois que ces différences d’opinions sont superflues étant donné la condition social-démocrate présente du Québec, mais il est toujours intéressant d’avoir des discussions plus théoriques sur la société.

        « Nous savons tous deux que c’est faux si l’acquisition de la propriété est faite par une première mise en valeur (homesteading) ou par contrat volontaire avec le propriétaire antérieur légitime. »

        Ici je ne suis pas d’accord. Même si l’État ne permet que des transactions volontaires entres propriétaires, le résultat restera inégal si les citoyens ont de différentes dotations initiales (différences d’habiletés, préférences pour un type de travail, différences génétiques, héritage matériel). Le résultat sera efficace, mais inégal, et le pouvoir d’achat de certains excédera celui d’autres pour des raisons arbitraires. Vu sous cette angle, le marché n’est pas exactement comme une démocratie, car certains ont plus de votes que d’autres. Quant à savoir si l’ont veut remédier à cette inégalité, c’est une question de valeurs. Cependant, cela ne me poserait aucun problème si un groupe d’anarcho-syndicalistes valorisant l’égalité décidait de former une communauté basée sur ces principes.

        « La socialisation des moyens de production implique d’exproprier les moyens de production par la force pour les remettre dans les mains de comités élus par démocratie directe. »

        Ici je suis bien d’accord, je m’opposerait à l’expropriation du capital par la force. Si certains travailleurs désirent prendre contrôle de leur firme, ils devraient l’acheter au prix du marché et être en compétition avec d’autres firmes organisés de manière différentes. Le MEC est un bon exemple contemporain.

        « Quand à la consommation, comment peut-on décider ce qui est une distribution équitable sans sombrer dans l’arbitraire? »

        En octroyant à chaque membre le même panier de consommation initial et laissant les différences de préférences s’exprimer sur un marché de biens de consommations.

        1. @ Philippe Bélanger

          Ici je ne suis pas d’accord. Même si l’État ne permet que des transactions volontaires entres propriétaires, le résultat restera inégal si les citoyens ont de différentes dotations initiales (différences d’habiletés, préférences pour un type de travail, différences génétiques, héritage matériel). Le résultat sera efficace, mais inégal, et le pouvoir d’achat de certains excédera celui d’autres pour des raisons arbitraires. Vu sous cette angle, le marché n’est pas exactement comme une démocratie, car certains ont plus de votes que d’autres. Quant à savoir si l’ont veut remédier à cette inégalité, c’est une question de valeurs. Cependant, cela ne me poserait aucun problème si un groupe d’anarcho-syndicalistes valorisant l’égalité décidait de former une communauté basée sur ces principes.

          Il existera toujours des inégalités parce que personne ne nait avec les mêmes habiletés et talents. De vouloir établir une égalité des résultats nécessite la force pour enlever à Paul la différence entre ce qu’il produit et ce que Pierre produit et le redonner à Pierre. C’est un déni d’une réalité fondamentale et une atteinte au droit de chaque individu de conserver le fruit de son labeur. La minute que vous tentez de compenser le manque de talent de x en prenant le produit de y, vous commettez un vol. Dans un marché libre, les chances sont égales dans le sens que les mêmes règles s’appliquent à tous, mais le résultat est selon les talents et les habiletés de chacun.

          De plus, si on part du principe que tous les résultats doivent être égaux, on pervertit les incitatifs de façon à ce que personne n’aura d’intérêt à fournir un effort. Le meilleur exemple est l’histoire du professeur qui décide que pour tous les travaux et examens, il donnera la moyenne du groupe comme note à chacun des étudiants, peu importe leur résultat réel. Si on tente cette expérience, on se rendra compte que toute la classe coulera le cours. Pourquoi? Parce que les étudiants les plus brillants de la classe, recevant une note moindre que celle qu’ils méritent vraiment, vont cesser de travailler, puisqu’ils ne reçoivent pas le véritable prix de leurs efforts. En revanche, les plus faibles du groupe n’auront pas plus d’incitatif à s’améliorer puisqu’ils reçoivent une note supérieure, peu importe les efforts qu’ils font. Le résultat final sera qu’à chaque travail et chaque examen, la moyenne du groupe ira en diminuant et tout sera nivelé finalement par le bas. C’est le résultat inévitable de la maxime « De chacun selon son habileté, à chacun selon son besoin ».

          Ici je suis bien d’accord, je m’opposerait à l’expropriation du capital par la force. Si certains travailleurs désirent prendre contrôle de leur firme, ils devraient l’acheter au prix du marché et être en compétition avec d’autres firmes organisés de manière différentes. Le MEC est un bon exemple contemporain.

          Ce que tu décris est le libre-marché.

          En octroyant à chaque membre le même panier de consommation initial et laissant les différences de préférences s’exprimer sur un marché de biens de consommations.

          Et d’où viendra ce panier de consommation initial? Réponse: il sera calculé de façon arbitraire et constitué du labeur des autres subtilisé par la force.

          La conclusion est encore inévitable. Il ne peut pas y avoir de communisme libertaire sans que la force ne soit utilisée pour garantir l’égalité des résultats et qui dit force, dit état totalitaire.

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