CLASSÉ : un manifeste hyper prévisible

 

Par Pierre-Guy Veer

Tel un enfant gâté qui continue sa « crise du bacon » jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut, la CLASSÉ veut continuer son boycott des cours jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle veut. Et ce qu’elle veut, elle l’a récemment exprimé dans un manifeste[1]. Mais les « revendications » qu’on y trouve ne font que trahir le fond socialiste de la CLASSÉ, et donc du danger qu’il représente pour les citoyens québécois.

 

Tout d’abord, le manifeste regorge de la première personne du pluriel. « Nous sommes avenir »; « notre vision »; « notre démocratie »; « nous sommes le peuple ». Ce sont des mots bien forts, je le concède, mais il y a un seul ennui : il n’y a pas de « nous ». La société, c’est les individus qui la composent, pas un groupe impersonnel et homogène. Seuls les individus pensent et agissent, disait Ludwig Von Mises, et il a entièrement raison. Durant une élection, ce ne sont pas les Québécois qui élisent tel ou tel parti; ce sont les électeurs individuels qui votent. Ce ne sont pas les Québécois qui choisissent un système de santé entièrement public; ce sont des politiciens élus (et souvent les démarcheurs) qui prétendent agir « pour notre bien » qui prennent de telles décisions sans en considérer les impacts (listes d’attente, corruption et patronage pour obtenir une meilleur place).

 

Donc, quand une personne/un groupe de personnes prétend agir « pour notre bien » ou « pour la collectivité », ce n’est ni plus ni moins que son/leur intérêt personnel qui est présenté. Même quand il s’agit d’un groupe, ce sont ses membres individuels, avec des gouts semblables, qui présentent leur intérêt personnel, comme on voit présentement avec la CLASSÉ.

 

Une fausse démocratie

 

Parmi ces intérêts personnels, on trouve un goût de la victoire à tout prix, fusse à l’encontre de la démocratie qu’elle chérit tant. En effet, il semble être très facile de voter dans certaines assemblées étudiantes, même si on n’étudie pas dans ledit établissement[2]. Aussi, bien qu’on prétende vouloir laisser la parole aux gens qu’on n’entend jamais, ces derniers seront copieusement hués s’ils osent demander un vote secret[3] ou exprimer un point de vue différent de « nous »[4]. Même les présidents d’assemblée semblent tous pencher du même côté[5]. Et si les membres d’une assemblée osent penser le contraire de « nous », ils vont le regretter amèrement[6]. Évidemment, les regrets se feront aussi sentir si une loi/injonction qui ne plait pas fait son apparition, pouvant aller jusqu’au vandalisme[7]. Enfin, le chantage[8], les menaces[9], les insultes gratuites[10] et les perturbations[11] sont aussi un bon moyen de vouloir faire passer son message.

 

Vivre aux dépends des autres

 

Toutefois, le plus fort de ces intérêts dépasse largement la hausse des frais de scolarité. « Si on nous dépossède des droits les plus fondamentaux en mettant nos établissements scolaires sur le marché, il en va aussi des hôpitaux, d’Hydro-Québec, de nos forêts, de notre sous-sol. ». Et alors? Quel est le problème? Tout ce qui a été énuméré est au moins contrôlé en partie par le gouvernement, et ça se reflète par son inefficacité.

 

Les universités québécoises sont terriblement sous-financées, ce qui se reflète dans leur solde budgétaire[12]. Malgré ce manque à gagner, la moindre hausse des frais de scolarité est vue comme taboue… Mettre plus de fonds publics ne servira à rien; aux États-Unis, les sommes fédérales pour l’éducation générale (jusqu’en 12e année) ont augmenté exponentiellement depuis 40 ans avec, au mieux, une stagnation des résultats[13]. Une privatisation pourrait permettre une meilleure compétition (et de meilleurs prix) ainsi que l’abolition de départements aux débouchés… limités, puisque les étudiants devraient payer le vrai prix de leurs études. Ce n’est certainement pas avec une « école égalitaire » qu’on va encourager le dépassement de soi; on risque plutôt d’avoir une société apathique qui finira comme 20th Century Motors[14]

 

Ce n’est guère mieux pour les hôpitaux. Les temps d’attente à l’urgence sont toujours longs, et voir un spécialiste prend une éternité[15]. En comparaison, les chiens peuvent se faire voir le même jour par un vétérinaire[16]. Oui, j’ose comparer les animaux domestiques et les humains; les premiers se font soigner dans un système où le libre-marché règne et la vitesse des traitements est phénoménale. Les humains, eux, à moins d’avoir d’excellents contacts – ma grande-tante infirmière a eu quelques passe-droit – doivent prendre leur mal en patience. Sans compter que la présence d’assurances privées – fortement encouragée via des crédit d’impôts aux États-Unis[17] – rend les gens insensibles aux prix de leurs traitements, ce qui fait exploser les couts[18]. Introduire un élément de privé pourrait très bien aider le système de santé, comme cela a été le cas en Allemagne[19].

 

Hydro-Québec, la plus sacrée des vaches dans la Belle Province, montre également la faiblesse d’une administration publique dans ce qui devrait être privé. La Société d’État a versé son premier dividende près de 20 ans après sa gigantesque nationalisation[20]. Aussi, elle a plus que doublé son nombre d’employés en 40 ans; elle a proportionnellement plus d’employés par clients que d’autres compagnies d’énergie comparables en Nouvelle-Angleterre. Mais « la population » peut se consoler d’avoir les plus bas tarifs en Amérique du Nord, plaidera-t-on. Oui, certes. Mais si HQ avait été une compagnie privée, elle aurait vite été accusée de concurrence déloyale. Deux poids, deux mesures. Privatiser HQ permettrait donc de payer le vrai prix de son électricité – et ainsi avoir un encouragement pour l’économiser – et même de se sortir de l’aumône fédérale nommée péréquation[21].

 

Enfin, en ce qui concerne « nos » ressources naturelles, elles sont mal exploitées (et certainement exploitées sauvagement, tel que dépeint par le manifeste) à cause du gouvernement. Dans le domaine forestier, les compagnies ne sont que locataires; elles ont donc intérêt à exploiter au maximum la terre avant que le bail n’échoit. Cet intérêt est attisé si le gouvernement décide de nationaliser une terre, comme ce fut le cas avec la Seigneurie du Triton[22]. Quant à d’autres ressources, comme l’uranium[23] et le gaz de schiste[24], des groupes de personnes se sont avancés et ont réussi à bloquer toute exploitation, grâce à la complicité du gouvernement qui a imposé des moratoires. Si on veut éliminer tout risque, on peut toujours revenir à l’âge de pierre : de la nourriture uniquement bio, de l’eau et de l’air purs, des animaux élevés en petits troupeaux, beaucoup d’exercice… et une espérance de vie de 30 ans. Sérieusement, en éloignant le gouvernement de l’exploitation des ressources naturelles, et surtout en améliorant les droits de propriété – le propriétaire d’une maison n’a pas droit aux ressources qui pourraient se trouver sous sa propriété –, on inciterait l’exploitation intelligente des ressources, car il est de l’intérêt du propriétaire d’une ressource quelconque d’en profiter le plus longtemps possible.

 

Ces pauvres femmes sans défense

 

Le dernier intérêt des membres de la CLASSÉ qui ressort est celui de défendre la veuve et l’orphelin (principalement la première). Selon leur manifeste, les femmes sont encore et toujours victimes de discrimination injuste, notamment par des emplois moins valorisés où elles sont majoritaires.

 

Je suis obligé de leur donner en partie raison sur ce point. Il est vrai qu’une infirmière ou une enseignante gagnent moins qu’un médecin… mais est-ce vraiment à cause du sexe? Nonobstant le fait que les femmes soient majoritaires dans les facultés de médecine[25], le médecin a généralement plus de tâches et de stress que l’infirmière (surtout s’il doit opérer). Sans compter, ne leur en déplaise, que la loi de l’offre et de la demande entre en jeu quand vient le temps de négocier un salaire. Même s’il n’y avait pas d’ordres professionnels, il y aurait toujours moins de médecins que d’infirmières parce que les études sont plus longues, et le métier nettement plus stressant; ils gagnent donc plus. Aussi, si tant de femmes se tournent encore vers l’enseignement, n’est-ce pas parce que leur absence en cas de grossesse ne les handicapera pas[26]?

Par ailleurs, il n’y a absolument rien, il me semble, qui empêche une femme d’étudier en chimie (comme ma sœur et quelques unes de ses amies) ou en génie (comme une cousine). Si elles ne sont pas assez représentées dans des domaines à majorité masculine, elles n’ont que leur désintérêt ou leur manque de volonté à blâmer.

 

En conclusion, le manifeste de la CLASSÉ peut se résumer à ce diction célèbre : « Si tu n’es pas socialiste à 20 ans, tu n’as pas de cœur; si tu n’es pas capitaliste à 40 ans, tu n’as pas de tête. » La plupart de ses membres sont très jeunes, et surtout ignorant du fonctionnement de la société. Espérons seulement qu’ils finiront par apprendre que l’argent ne pousse pas dans les arbres, que hausser les impôts et les dépenses publiques est contre-productif[27], que la charité à la pointe d’un fusil perd sa noblesse[28] et que tous les décrets 10-289[29] du monde ne peuvent absolument rien pour sauver l’économie. S’ils continuent de croire que le gouvernement est la solution et non le problème, alors Atlas risque de s’hyperventiler à force de voir le Léviathan étendre de plus en plus ses tentacules…



[14]  Rand, Ayn. Atlas Shrugged, p.323

[29]           Atlas Shrugged, p.538

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