Option nationale : option socialiste

 

Par Pierre-Guy Veer

Si la tendance se maintient, des élections auront lieu dans quelques semaines. Les nombreux partis officiellement reconnus solliciteront de toute part votre vote. Parmi eux se trouve Option nationale (ON), parti fondé par Jean-Martin Aussant, député de Nicolet-Yamaska. Comme ON est un parti séparatiste, il serait intéressant de voir si le Québec, sous sa gouverne, serait en meilleure position.

 

Cela est (très) fort douteux. En effet, bien qu’ON soit dirigé par un homme possédant une maitrise en économie[1], force est de constater que le programme[2] ne « maitrise » pas les principes de bases de l’économie. Il est notamment proposé de nationaliser les ressources naturelles de la province afin que « la majorité des profits [revienne] désormais à la population du Québec. » En agissant de la sorte, ON a probablement Hydro-Québec en tête. Mais ne lui en déplaise, HQ est un exemple criant de l’incompétence d’une société d’État[3]. De plus, la nationalisation d’une ou plusieurs ressources naturelles, sa production tend à chuter, et inversement lors de sa privatisation. On peut très bien le voir dans le cas des ressources pétrolières[4]. Depuis la privatisation de Pétro-Canada (1991), la production pétrolière canadienne a augmenté de plus de 75% et a déjà repris ses pertes de 2008. À l’inverse, depuis l’arrivée de Chavez au Vénézuela, la production pétrolière avait diminué, lors du creux en 2010, de près de 32%. Parallèlement, la production sous Morales (depuis 2006) en Bolivie a diminué jusqu’à 45% lors du creux de 2009. Curieusement, les gouvernements de ces deux pays d’Amérique du Sud ont voulu/ont nationalisé les ressource pétrolières. Donc, si un gouvernement d’ON tente le même coup, on peut prédire que la production des ressources naturelles, fussent-elles en demande, diminuera.

 

Ce sera particulièrement évident avec les ressources gazières (gaz de schiste, surtout) car ON propose un moratoire complet « jusqu’à ce que des études indépendantes aient pu prouver que

leur exploitation respecte les principes de développement durable, à savoir les aspects

social, environnemental et économique. » Pas besoin d’étude pour montrer ses bienfaits économiques, comme on peut le voir aux États-Unis[5]. Pas besoin d’étude non plus pour montrer ses bienfaits environnementaux : les ÉU ont diminué leurs émissions de gaz à effet de serre (si besoin de diminuer il y a) plus que l’Union européenne, qui a pourtant signé le protocole de Kyoto. Oh, bien sûr, les nonnistes se rabattront sur le documentaire Gasland, où l’on voyait des gens mettre le feu à l’eau du robinet. Fort heureusement, les puits de gaz de schiste avoisinant n’y auraient été pour rien[6].

 

Déranger le libre-marché

 

En plus de contrôler l’exploitation des ressources naturelles, ON veut aussi forcer l’utilisation de certaines, notamment en « favorisant » le bois dans divers secteurs. Ceux qui s’y opposent sont naturellement vus comme des traitres[7]. Pourtant, si le bois est un si bon matériau, pourquoi utiliser des fonds publics pour le promouvoir?

 

ON veut aussi « favoriser » l’électrification de tous les moyens de transport (privé et collectifs) et même étudier la faisabilité d’un monorail électrique suspendu. Tout cela pour promouvoir « la réduction des émissions de gaz à effet de serre, un aménagement équilibré du territoire ainsi que le développement du tourisme, première industrie mondiale. » Notre troupeau d’éléphants blancs n’est pas encore assez gros au goût d’ON? Si l’expérience californienne pour les TGV est un prélude du projet de monorail[8], alors le Stade olympique risque de sembler une véritable aubaine. Et comme pour le bois, si c’est si merveilleux, pourquoi le public doit-il y dépenser de l’argent? La fameuse « privatisation des profits et nationalisation des pertes », c’est exactement ce que c’est.

 

Ce tour de force pour le bois et les transports se reflétera dans une stratégie visant à atteindre « l’indépendance » énergétique et à transformer plus de ressources naturelles (par opposition à leur exportation directe sans transformation) pour, dit-on, faire « en sorte que davantage de valeur ajoutée, de savoir-faire et d’emplois soient créés au sein de notre économie. » Oui, vous avez bien lu : un parti dirigé par un économiste croit encore aux sophismes mercantilistes du 18e siècle qui affirment, entre autres, que l’on doit privilégier la production domestique à l’importation et, sans doute, que l’on doit avoir plus d’exportations que d’importations. Jean-Baptiste Say, célèbre économiste français, s’arracherait les cheveux en lisant ceci. Il a clairement démontré, au début du 19e siècle, que pour payer les importations, on doit exporter. Et ces exportations sont composées de notre production, qui fait travailler bien des gens. Que ce soit des ressources naturelles ou des produits transformés n’a strictement aucune importance. Si l’échange est consensuel, alors les deux parties sont gagnants. En fait, Say va même jusqu’à dire qu’un pays gagne à importer plus qu’il n’exporte (en autant, bien sûr, que ce n’est pas à crédit)[9].

 

Un Léviathan en expansion

 

Comme le contrôle du commerce et des ressources naturelles ne semble pas suffire, ON veut également que le gouvernement prenne encore plus de place en santé et en éducation. Comme si plus d’argent dépensé allait régler tous les problèmes[10][11]

 

La principale proposition en éducation vise la gratuité totale, de la maternelle au doctorat. La seule balise posée sera que les étudiants « fassent profiter » la « société » québécoise de leurs acquis (et, par extension, les étudiants étrangers qui demeureront au Québec.). Encore une fois, le parti de M. Aussant ignore les principes fondamentaux de l’économie. Pour illustrer le gaspillage qui se créerait, voici un exemple imaginé par un enseignant d’économie globale au cégep de Sainte-Foy : « Imaginez que HMV annonce que tous les disques en magasin sont gratuits. Si vous le pouvez, vous allez évidemment vous y précipiter à toute hâte! Vous ramasserez le plus de disques que vous pouvez avant que les autres ne les prennent. Même si vous n’aimez pas Ginette Reno, vous allez prendre ses disques, parce qu’au passage, vous allez ramasser d’autres disques que vous aimez. Rendus chez vous, vous allez donc jeter les disques de Ginette Reno. »

 

Donc, si l’éducation est complètement gratuite, les gens vont s’y précipiter en horde. Ils choisiront probablement, comme c’est le cas aujourd’hui, des domaines aux débouchés limités puisqu’ils n’ont pas à payer directement leurs études. Ils nourriront ainsi leur esprit… mais quelle sera la valeur d’un tel diplôme? Parmi les 300 universités les mieux cotées de la planète[12], il faut attendre au 137e rang pour voir une université québécois francophone (Université de Montréal); McGill se retrouve au 17e rang. .Jusqu’au 137e rang, à peine 25% des universités ont des frais de scolarité moyens (au bac) inférieurs ou égaux à deux de l’UdM. Aussi n’y a-t-il que 5 universités dans le top 25 dont les frais moyens au bac sont inférieurs à 8 000 $. J’ignore si les couts de l’éducation déterminent la qualité d’un diplôme, mais une chose est sûre : quand les gens ne paient pas le gros prix (plus de 30 000$ à Harvard) pour leurs études, ils sont plus négligent. Je peux en attester personnellement pour le cégep…

 

Du côté de la santé, malgré des propositions intéressantes – meilleure reconnaissance les diplômes étrangers, embauche d’infirmières praticiennes, élargissement du rôle des pharmaciens dans l’obtention de médicaments prescrits – absolument rien n’est changé à la structure actuelle. En fait, on veut limiter encore plus le rôle du privé dans la santé. Pourtant, la présence du privé a fait ses preuves en Allemagne[13] et au Québec[14], avec les chirurgies de la cataracte, de la hanche et du genou, là où les assurances privées sont permises depuis l’arrêté Chaoulli[15]. De son côté, le public cause des rationnements radicaux[16], des pénuries de médicaments parfois vitaux[17], une explosion des couts et des dépenses pour les autres médicaments[18] et une répétition constante de l’histoire[19].

 

Mais comment fera-t-on pour payer pour tout ça? En révisant les paliers d’imposition (sans doute à la hausse), en taxant les biens de luxe (même si ça a montré son échec total dans le passé[20]) et en imposant un impôt des successions progressif. Ce dernier point enorgueillirait Karl Marx[21]; mais plus important encore, il empêcherait la formation de capitaux et favoriserait sa concentration artificielle[22].

 

National culturalisme

 

Par ailleurs, le programme d’un parti séparatiste ne serait pas complet sans une panoplie de mesures pour « sauvegarder » la langue française et la culture québécoise. Et comme les mesures précédentes, celles-ci sont tout aussi à l’encontre des libertés individuelles.

 

Il y a tout d’abord l’extension de la loi 101 au niveau collégial. Même si je n’étais pas libertarien, je m’opposerait vivement à cette mesure. J’ai fait mon cégep en anglais (Champlain St. Lawrence), et je ne suis pas devenu anglophone pour autant. Mon anglais s’est plus amélioré durant ces trois années que durant 10 années d’école élémentaire qui ont précédé (mon cours d’anglais de secondaire 5 se rapprochait de celui des écoles anglophones). Paradoxalement, ON veut intégrer l’enseignement d’une seconde langue internationale. Allez comprendre…

 

Il est également proposé d’étendre les exigences en matière de français au travail à toutes les entreprises en sol québécois. Toutefois, si une entreprise transige internationalement, le gouvernement lui donnera généreusement la permission d’avoir une autre langue dans le milieu de travail. En d’autres mots, ce n’est pas assez que le gouvernement contrôle les heures d’ouverture des magasins, le nombre de jours de vacances à accorder, le salaire minimum à offrir, le nombre d’employés qui peuvent travailler les jours fériés ou la langue d’affichage; il faut maintenant qu’il ait un contrôle absolu sur la langue de travail, même dans les PME. Oh, on verra sans doute que les entreprises ont le français comme langue de travail, mais on ne verra pas toutes ces entreprises qui ne se créeront pas à cause de toutes ces restrictions économiques et linguistiques.

 

Enfin, comme si les gens n’étaient pas encore assez « motivés » d’aimer le français avec les mesures précédentes, un gouvernement d’ON débloquerait encore plus de fonds publics pour promouvoir la culture québécoise (je doute que Arcade Fire ou Leonard Cohen fassent parti du lot), pour mieux la produire, pour l’exporter, pour la promouvoir au niveau scolaire et pour la préserver. Comme pour l’éducation, le parti de M. Aussant échoue en économie 101. En effet, si le gouvernement doit « investir » autant dans la culture, c’est signe que le marché n’en veut pas, ou du moins pas aux niveaux que le gouvernement souhaite. En terme clairs : si ça ne peut pas vivre sans fonds publics, alors ça ne mérite pas de vivre. Si un groupe comme U2 a pu se créer grâce à de l’argent prêté par les membres des familles des musiciens, alors n’importe quel artiste est capable de commencer à partir de rien. Et une fois en selle, les artistes qui savent se renouveler survivent. Metallica, AC/DC, Elton John, Céline Dion et bien d’autres ont chacun plus de 25 ans de carrière; cela aurait été impossible si leur produit n’était pas en demande. En contrepartie, Wilfred Lebouthillier, premier gagnant de Star Académie, semble déjà disparaitre des radars…

 

En conclusion, Option nationale n’est qu’une version résolument séparatiste de Québec solidaire. Malgré quelques bonnes idées – un scrutin proportionnel, un processus plus ouvert pour la nomination des directeurs des sociétés d’État et des référendums d’initiative populaire –, le parti demeure résolument socialiste, et donc dangereux s’il gagne le pouvoir. Il propose, dans sa plateforme, des mesures économiques maintes fois montrées comme étant fausses. Comme quoi le niveau ni le domaine des études est garant de la compétence d’une personne[23].



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7 réflexions au sujet de « Option nationale : option socialiste »

  1. Je suis d’accord avec certains des doutes que vous soulevez, mais sur l’ensemble j’ai l’impression que vous ayez mal compris ou mal interprété la vision d’Option Nationale.
    Hydro-Québec un exemple d’incompétence? Si vous avez étudié en génie électrique vous savez certainement que l’expertise Québécoise est reconnue mondialement dans ce secteur. On peut se douter que le dynamisme de ce secteur au Québec est lié au fait que la recherche et l’expertise se développe localement contrairement à de nombreuses sociétés privées qui déménagent leurs sièges sociaux…

  2. Gratuité scolaire: Le programme d’ON mentionne une gratuité scolaire balisée, cela signifie qu’elle est gratuite, mais sous condition.

    Vous êtes d’accord avec moi pour dire que certains individus n’ont pas leur place à l’Université… Mais pourquoi les trier en fonction de l’argent qu’ils peuvent rassembler plutôt que de les trier sur des critères plus pertinents tels que le domaine d’études qu’ils choisissent ou leurs performances?

    1. – Pour l’incompétence d’Hydro-Québec, consulter le lien.

      – Si une personne est confiante en ses capacités, alors s’endetter sera un investissement. Pour le reste : si une personne veut faire un bac en études fémino-lesbienne-unijambiste-borgne, grand bien lui en fasse. Mais qu’elle ne se plaigne pas qu’elle ne trouve pas d’emploi

  3. Hydro-Québec : Le lien ne mentionne nulle part que Hydro-Québec est incompétente… On dit même que l’actif s’agrandit plus que la dette, donc que les investissements sont rentables.

    Frais de scolarité : Baliser la gratuité ou augmenter les frais ça s’équivaut selon moi, car ça oblige aux choix de vie responsables. Sauf que le premier cas permet de se concentrer plus aisément sur les études, ce qui est la priorité…

  4. Contrairement à la plupart des entreprises privées fonctionnant Québec, Hydro-Québec développe son expertise localement et c’est justement l’un des domaines où le Québec est le plus reconnu à l’étranger.

    Le message d’ON est que la meilleure ressource renouvelable que le Québec possède est sa population et ses connaissances.C’est pourquoi un meilleur contrôle des ressources et une éducation ouverte vont de pair. Actuellement le Québec fait piètre figure à ce sujet.

  5. Pierre-Guy Veer vos commentaires frôlent la malhonnêteté intellectuelle.Vous prenez exemple sur certain pays qui n’ont aucunement les mêmes conditions sociales et économiques que le Québec quand vous parlé de nationalisation.Pourquoi ne pas prendre exemple sur la Norvège ou le modèle a très bien réussi.Ce peuple avec une population presque moitié moin nombreuse que le Québec a réussi a avoir un fond monétaire valant 4 fois celui de la caisse de dépôt du Québec.De plus vous soulevez des problèmes globaux qui en réalité sont facilement identifiable en profondeur quand on parle des universités….Leur qualité ne peut être que des plus ordinaire quand on laisse l’argent des universités aller dans les secteurs de recherches universitaire des lobbys privés!Je vous demanderait de faire certaine recherche avant de parler a travers votre chapeau.Soulevez un problème global en ne comprenant pas sa provenance ne donne absolument rien.EN passant Hydro-Québec c’étais une companie privée au départ de Montréal…Il y a eu un référendum a savoir si le monde voulait que nous prenions contrôle de l’électricité qui a été remporté a 90% sur le oui.Quoi de plus démocratique que demander l’avis des citoyens sur l’avenir économique.Et oui les fausses peurs et le bluffs existaient déjà on faisait peur au gens en disant que les compagnies privés ne viendrait plus au Québec a cause de sa..Force de croire que Hydro-Québec construit évidement ses barrages AVEC LA PARTICIPATION DE PRIVÉ encore aujourd’hui!

    1. « ourquoi ne pas prendre exemple sur la Norvège ou le modèle a très bien réussi. »

      Les impôts y sont prohibitifs, et la compagnie étatique de pétrole est cotée à la bourse.

      « Quoi de plus démocratique que demander l’avis des citoyens sur l’avenir économique »

      « This is how democracy ends: with thounderous applause. » Padmé Amidala

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