La délirante paranoïa souverainiste

 

 

 Par Philippe David

Ainsi donc, le PQ souhaite étendre la loi 101 aux cégeps et interdire l’accès des francophones aux cégeps anglophones. « C’est urgent ! » dit Mathieu Bock-Côté dans sa chronique, où il accuse les détracteurs de cette mesure de « délirante paranoïa ». Pour appuyer leur thèse, les souverainistes pointent au déclin des Québécois de langue maternelle française dont la proportion à l’échelle du Québec à chuté de 1% de 1971 à 2006, mais plus dramatiquement de 10,4% sur l’île de Montréal, poussant nos bons souverainistes à hurler à l’anglicisation de la métropole.  Si on n’examine que ces statistiques, on pourrait croire que c’est justifié, mais voyez-vous, les souverainistes sont très adeptes du « cherry-picking », si vous voulez me pardonner cette expression.  C’est bien plate les chiffres, mais si on prend le temps de les examiner avec rigueur, on se rend compte qu’il n’y a pourtant rien d’alarmant.

Population du Québec selon la langue maternelle

Région

Langue maternelle

1971

2006

 

 

 

 

Ensemble du Québec

Français

80,7 %

79,6 %

Anglais

13,1 %

8,2 %

Autre

6,2 %

12,3 %

Total (000)

6 028

7 436

 

 

 

 

Région métropolitaine de Montréal

Français

66,3 %

65,7 %

Anglais

21,7 %

12,5 %

Autre

12,0 %

21,8 %

Total (000)

2 743

3 589

 

 

 

 

Île de Montréal

Français

61,2 %

49,8 %

Anglais

23,7 %

17,6 %

Autre

15,1 %

32,6 %

Total (000)

1 959

1 824

Sources : Comité interministériel sur la situation de la langue française, Le français langue commune, Rapport du comité interministériel sur la situation de la langue française, 1996; Statistique Canada, Recensement 2006 : 97-555-XIF au catalogue. 

Premièrement, on constate que la population qui a l’anglais comme langue maternelle a également régressé et même dans une proportion beaucoup plus importante que le français, soit  de 4,9% à l’échelle de la province et  6,1% à Montréal.  Nous sommes donc  loin d’assister à une anglicisation de la métropole. Nous assistons surtout à une augmentation des allophones, due à notre faible taux de natalité et notre effort à compenser par l’immigration. Mais, diront les souverainistes, les allophones adoptent l’anglais. Faux!  Encore une fois, lorsqu’on se réfère aux statistiques sur la langue parlée le plus souvent à la maison, nous voyons une progression du français et une régression de l’anglais partout sauf sur l’île de Montréal où ce sont les autres langues qui gagnent du terrain sur le français ET l’anglais. Ceci dû encore une fois à l’influx plus important d’immigrants à Montréal que dans les autres régions.

Population du Québec selon la langue parlée le plus souvent à la maison

Région

Langue parlée le plus souvent à la maison

1971

2006

Ensemble du Québec

Français

80,8 %

81,8 %

Anglais

14,7 %

10,6 %

Autre

4,5 %

7,6 %

Total (000)

6 028

7 436

Région métropolitaine de Montréal

Français

66,3 %

69,1 %

Anglais

24,9 %

17,4 %

Autre

8,8 %

13,4 %

Total (000)

2 743

3 589

Île de Montréal

Français

61,2 %

54,2 %

Anglais

27,4 %

25,2 %

Autre

11,4 %

20,6 %

Total (000)

1 959

1 824

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources : Comité interministériel sur la situation de la langue française, Le français langue commune, Rapport du comité interministériel sur la situation de la langue française, 1996; Statistique Canada, Recensement 2006 : 97-555-XIF au catalogue.

Mais, de dire Mathieu Bock-Côté, « Près de 50% des allophones fréquentent le cégep anglais. Le résultat est prévisible et les études le confirment: ce n’est pas en français qu’ils feront leur vie. Ils poursuivront à l’université en anglais. Et vivront en anglais. Et travailleront en anglais. ». 

C’est vrai, mais depuis 1981, la proportion d’allophones allant aux cégeps francophones est passée de 15,6% à 46,2%, soit une nette progression. De plus, puisque le français est en progression comme langue le plus fréquemment parlée à la maison et que l’anglais, lui, est en régression, on peut se demander de quelles études Mathieu Bock-Côté puise l’affirmation que ces allophones vivent en anglais après avoir étudié en anglais au cégep. La proportion d’allophones qui poursuivent à l’université en français est également en progression.

 

Pourcentage de la population allophone étudiant en français au Québec

Niveau d’enseignement

1971

1981

1991

2001

2006

Primaire et secondaire

14,6 %

43,4 %

76,4 %

78,7 %

81,5 %

Collégial

N.D.

15,6 %

41,3 %

41,2 %

46,2 %

Universitaire *

N.D.

N.D.

42,2 %

45,4 %

52,6 %

*  Il s’agit des étudiants allophones de citoyenneté canadienne qui résident au Québec.

Sources : Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Direction de la recherche, des statistiques et de l’information.

 

Quand on examine les chiffres avec rigueur, on ne constate ni régression du français, ni urgence à utiliser le pouvoir étatique à forcer qui que ce soit à aller au cégep français plutôt qu’anglais. Du moins, ce ne sont certainement pas ceux qui s’opposent à cette mesure qui sont coupables de paranoïa délirante. La seule menace, si c’en est une, serait que le français et l’anglais disparaissent à Montréal, au profit d’autres langues comme l’arabique.  Si vous vouliez vraiment contrer ce problème, il faudrait soit trouver un moyen d’augmenter les naissances au dessus du taux de remplacement de 2.1 enfant par femme et diminuer l’immigration, ou diminuer la taille de notre état nounou de façon à ce qu’il puisse vivre avec une population vieillissante et en déclin.

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