Lettre aux féministes

Par Philippe David

Mesdames,

Je m’explique mal votre attitude au sujet de l’avortement et de la motion m-312, ainsi que sur la position de Rona Ambrose sur cette motion. Ne vous en faites pas, je ne suis pas un zélote religieux, je ne crois pas en Dieu; mais ça ne m’empêche pas tout de même d’avoir un sens de la moralité et de l’éthique pour autant. Étant libertarien, je tire ma moralité des principes de cette philosophie. L’un d’eux, vous serez contentes de savoir, est que nous sommes tous propriétaires de notre corps. Je ne pourrais donc pas remettre en question votre droit de disposer de votre corps selon votre volonté sans trahir ce principe. Cependant, dans le cas de l’avortement, entre le noir de la prohibition et le blanc de votre droit absolu, il existe un océan de gris, et dans les faits, ce n’est pas parce qu’un juge a déclaré une loi inconstitutionnelle, que la question est réglée pour autant et que le débat est clos. Il n’y a en fait, jamais vraiment eu de véritable débat. Nous n’avons en réalité  qu’un vide juridique qu’il faudrait combler car si vous avez effectivement  le droit de disposer de votre corps, il faudrait aussi considérer un autre droit considéré inviolable par plusieurs : le droit à la vie.

Je sais, vous direz certainement que je suis un homme et que je ne peux pas comprendre. Je n’ai jamais eu à endurer la douleur l’accouchement, mais je n’ai jamais aussi ressenti la joie de sentir la vie croitre dans mes entrailles et de sentir ses moindres mouvements. Les libertariens ont la réputation d’être froids et calculateurs, mais je ne pourrais jamais avoir la froideur de considérer cette vie dans votre utérus comme un vulgaire parasite ou une tumeur à exciser. Je suis père et j’ai eu la joie, comme bien des parents, de voir ma fille alors qu’elle n’avait que 16 semaines dans le sein de sa mère. Elle avait ses deux bras, ses deux jambes, des yeux, un nez, une bouche et commençait déjà à montrer des comportements typiques de tous les bébés humains comme sucer son pouce. Comment peut-on dire que ce n’est pas un être humain? Comment ne pas ressentir une certaine réticence à l’idée de vouloir le tuer? Si ce n’est pas un dilemme moral dans votre cœur de femme et que vous ne ressentez rien, pour moi et bien d’autres, ça l’est et nous le ressentons.

Je l’ai dit plus haut et je le répète. Il ne sera jamais question de vous enlever le droit de vous faire avorter. Si vous lisez le texte de la motion, (vous l’avez bien lu, j’espère?) vous constaterez qu’il ne remet ce droit en question nulle part et très franchement, politiquement, ce serait impossible. Invoquer comme argument le retour aux aiguilles à tricoter ne tient pas la route et relève de la démagogie. C’est même hypocrite d’exiger que l’état s’ôte le nez de dans vos utérus alors que vous exigez également qu’il paie pour votre avortement. Vous y avez droit, soit! Mais rien ne dit que ce droit, comme bien d’autres ne peut pas être balisé. Il l’est d’ailleurs dans bien d’autres nations qui permettent l’avortement. Seuls le Canada, la Chine et la Corée du Nord n’imposent aucune restriction. Est-ce que les suédoises ou les norvégiennes, dans ces paradis de social-démocratie, se plaignent qu’on a violé leurs droits? Pas du tout.

Il est quand même intéressant de voir des organisations féministes comme la FFQ, qui se confessent à gauche de l’échiquier politique et que typiquement, la gauche s’attribue le monopole du cœur; vociférer contre une motion qui vise à défendre des êtres foncièrement  faibles et sans défense des abus d’un système trop permissif.  Dans ce débat, c’est la droite qui détient le monopole du cœur alors que la gauche revendique une liberté à tout crin. Seulement, dans une société, la liberté des uns s’est toujours terminée là ou celle des autres commence.  Comment équilibrer le droit d’une femme de disposer de son corps et le droit d’un fœtus de vivre est une question qui mérite une réponse et qu’une société se doit de débattre. L’avortement ne devrait pas être considéré comme une méthode contraceptive, ni comme une méthode de sélectionner le sexe. C’est un droit qu’on se doit d’exercer avec sagesse et retenue.

Ne vous en déplaise mesdames, les femmes comme Rona Ambrose, Sophie Durocher ou Lise Ravary ont certainement le droit de croire et d’exprimer que dans certaines  circonstances, un fœtus doit être protégé.  Elles parlent pour ceux qui ne peuvent se défendre. Pour cela, elles ne méritent pas votre hargne, mais plutôt le respect.

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13 réflexions au sujet de « Lettre aux féministes »

  1. D’accord avec l’essence du billet. Par contre, le droit à la vie n’existe pas. Le droit à la vie réfère au seul droit naturel soit celui de la propriété. Le droit à la vie est implicite dans le droit de propriété. Dans le cas d’un foetus et de sa mère (ou même d’un enfant et de sa mère), on ne peut pas obliger une mère à prendre soin de son Bébé, car c’est alors un affront à sa liberté de choix. Je ne dis pas ici que c’est correct et que j’appuie un tel choix, loin de là, mais c’est un non-respect de la liberté de la mère que de l’obliger à s’occuper du bébé. C’est le même principe qui dicte qu’on ne peut pas contraindre quelqu’un à donner un toit à un sans-abri ou bien à nourrir un affamé. C’est froid, mais c’est objectif…

    Je t’invite à lire le chapitre 14 de Ethics of Liberty: http://mises.org/rothbard/ethics.pdf. C’est environ 15 pages.

    Donc, de centrer le débat à savoir si le foetus à droit à la vie ou non est de détourner la question qui est de savoir si la mère est propriétaire de son corps ou non… Je sais que nos cerveaux émotifs se scandalisent de cette perspective, mais c’est pourtant la véritable question. Oui, l’avortement est d’une tristesse évidente; non, je n’encouragerai jamais personne à le faire, mais c’est dans le droit le plus fondamental de quiconque d’user de son corps comme bon lui semble. C’est pourquoi c’est une perte de temps de tourner la question autour du foetus, on évite la vraie question. Est-ce qu’on peut contraindre quelqu’un à prendre soin de quelqu’un d’autre? La réponse à d’énormes répercussions. Je ne prétend pas l’avoir, mais il faut se poser les bonnes questions…

    1. @ Luc

      Le droit à la vie réfère au seul droit naturel soit celui de la propriété

      Selon John Locke, qui a définit la notion de droit naturel, tous les individus ont un droit inaliénable à la vie, la liberté et la propriété. Le droit à la vie est en fait le droit de ne pas être tué, sans lequel le meurtre serait serait moralement légitime. Je suis de ceux qui croient que ce droit s’étend au foetus.

      1. @ Philippe

        Les trois droits sont en fait un seul et même droit. Celui de la propriété (self-ownership?). Je suis d’accord que ça amène le droit de ne pas être tué et ça ne valide pas le meurtre qui reste moralement illégitime. Par contre, tu ne peux pas obliger personne à défendre ce droit pour quelqu’un d’autre. Je ne peux pas te forcer à me protéger contre le meurtre. Je peux faire un contrat avec toi où tu acceptes de me protéger, mais je ne peux t’y contraindre. Cette réalité s’étend malheureusement au foetus.

        La logique de John Locke où il place trois droits au même niveau ne tient pas. Les trois sont une seule et même chose: le droit de propriété (ce qui inclue le libre-arbitre). D’atteindre à ma vie est une atteinte à ma propriété (moi-même) et c’est pour CETTE raison que c’est immoral. On ne peut pas placer trois droits fondamentales au même niveau et construire une philosophie là-dessus. Il arrivera un temps où ils entreront en contradiction. On doit partir d’un seul droit et c’est le droit de propriété qui inclue le droit à la vie (personne ne peut atteindre à mon être qui m’appartient) et personne ne peut brimer ma liberté, car, mes faits et gestes m’appartiennent également.

        Donc, comme je disais, on ne peut pas contraindre la mère à prendre soin de son foetus. En terme objectif, c’est un parasite. Une bactérie est une forme de vie également et c’est, parfois, un parasite dans notre corps. Le foetus est objectivement pareil. Tant que la mère accepte de respecter son contrat (celui « d’héberger » cet humain), le foetus est chanceux. Par contre, si elle décide de briser son contrat (ce qu’elle a le droit de faire, elle doit juste vivre avec les conséquences) et bien c’est plate pour le parasite, mais il doit se débrouiller tout seul (je sais, pour un foetus ça signifie la mort.)

        Encore ici, je tiens à préciser, encore, que je trouve l’avortement vraiment, très, très triste et que c’est une mesure, tant qu’à moi, qui ne devrait pas être utilisé à moins de cas de force majeure (gros risque de mort pour la mère, par exemple), mais c’est dans le droit le plus primaire de la mère de le faire et je n’ai pas le droit de l’en empêcher. Par contre, j’ai le droit d’ostraciser cette personne si je considère son geste comme étant mal et j’ai le droit de convaincre le maximum de gens autour de moi de faire de même. Il peut y avoir un marché aussi pour l’acceptation de ce geste ou non.

        Ensuite, il y a quelque chose que je ne comprend pas. Tu dis qu’il n’est pas question, pour toi, d’enlever le droit de la mère à l’avortement, mais tu dis que tu crois qu’il faille protéger la vie du foetus… Je suis sûr que c’est clair dans ta tête. Peux-tu me le réexpliquer, SVP? Car selon ce que j’en comprend, tu es pris dans le problème que j’explique. Tu es pris à décider entre deux droits qui sont supposément au même niveau. C’est le plus bel exemple de l’illogisme d’avoir trois droits naturels…

        1. @ Luc

          Ma position est très simple. La mère a droit de disposer de son corps et de vivre comme elle l’entend dans la mesure où ça ne cause aucun tort à autrui. Je ne suis pas d’accord avec l’idée que le foetus reste un parasite pendant toute sa gestation. Pour une chose, la plupart des médecins s’accordent pour dire qu’il est viable à partir de la 34e semaine. À partir de la 12e semaine, il commence à montrer toutes les caractéristiques d’un être humain. Je peux comprendre qu’à l’occasion, un contraceptif peut ne pas fonctionner et qu’une grossesse non voulue arrive. Alors un avortement avant la 12e semaine est parfaitement compréhensible. Encore là, si la mère en est à son 2e, 3e ou 4e avortement, peut-être que quelqu’un devrait lui donner un petit cours de contraception pour les nuls. Mon point est qu’avec la panoplie de moyens contraceptifs à notre disposition, l’avortement devrait être un phénomème marginal, le fait qu’il ne le soit pas démontre un manque de responsabilisation des géniteurs.

          Ensuite, il peut y avoir des raison légitimes d’avorter après 12 semaines, entre autre qu’on détecte une maladie congénitale, la trisomie 21, etc. Ou qu’une condition quelconque mette la vie en danger; mais mettons que d’avorter juste pour avorter est aussi irresponsable, d’où le besoin d’au moins forcer à avoir une justification.

          Je crois que du côté éthique, l’avortement pose un dilemme moral et que nous facilitons trop son accessibilité au point de soustraire les gens de leur responsabilité de prévenir les grossesses plutôt que de les avorter. C’est pourquoi le vide juridique sur la question mérite d’être résolu et nous devons résoudre à quel point ça devient immoral d’interrompre une grossesse.

  2. C’est facile d’être anti-choix lorsque c’est pas toi qui est enceinte, hein?

    Ce billet est la preuve vivante que les droits des femmes doivent encore être défendus vigoureusement. Il est aberrant de stupidité et démontre une méconnaissance flagrante du sujet de l’avortement.

    Les femmes anti-féministes comme Rona Ambrose, Sophie Durocher et Lise Ravary ont certes le droits à leur opinions, aussi dangereuses soit-elles. (Rendu là, devrait-on accepter le racisme, aussi? L’antisémitisme, tant qu’à y être?). Elles n’ont pas le droit de prendre des décisions pour les femmes.

    1. C’est facile d’être anti-choix lorsque c’est pas toi qui est enceinte, hein?

      Je suis pro-choix. Ça s’adonne. Sauf que je ne suis pas sans coeur non-plus, contrairement à certains

      Ce billet est la preuve vivante que les droits des femmes doivent encore être défendus vigoureusement. Il est aberrant de stupidité et démontre une méconnaissance flagrante du sujet de l’avortement.

      Peux-tu élaborer ou est-tu juste capable de lancer des insultes?

      Les femmes anti-féministes comme Rona Ambrose, Sophie Durocher et Lise Ravary ont certes le droits à leur opinions, aussi dangereuses soit-elles. (Rendu là, devrait-on accepter le racisme, aussi? L’antisémitisme, tant qu’à y être?). Elles n’ont pas le droit de prendre des décisions pour les femmes.

      Pourquoi pas les mettre dans un camp de concentration tant qu’à y être…

    2. Mme Ravary, Ambrose et Durocher ne se sont jamais arrogées le droit de décider pour les femmes, juste d’exprimer leur opinion, point barre. Il semble que ce soit déjà trop à vos yeux. Que ça vous plaise ou non, nous vivons dans une société démocratique. Ca aussi c’est un libre choix, sauf que dans ce cas précis, il est inadmissible d’imposer une limitation dans le temps, Madame Skulander.

  3. La réponse absolue à cette question vitale est livrée graphiquement dans ces vidéos.
    http://www.abortioninstruments.com/abortion_videos.html

    Il est plus que temps de reprendre contact avec la raison. Le culte de la morbidité si chère aux féministes a assez duré. Et si la femme ne veut ou ne peut apporter les soins requis à l’enfant à naître, il suffit de le donner à l’adoption, tout simplement. Nombreux sont les couples qui sont présentement disposés à adopter des petites chinoises à grand frais, encourageant dans les faits un odieux trafic d’enfants à l’échelle internationale organisé par un régime totalitaire.

    L’accès libre et gratuit à l’avortement nous prive collectivement de 30 000 enfants chaque année au Québec, créant du même coup un vide démocratique qu’il faut combler en important des immigrés à plein charter, ce qui va entraîner de graves problèmes sociaux à moyen terme. Souvenons-nous qu’à l’origine, l’avortement ne devait être qu’un dernier recours, à n’être utilisé que dans les cas extrêmes et désespérés, des histoires d’inceste, de viol ou autres joyeusetés. Aujourd’hui, il se pratique dans le Québec contemporain des avortements qualifiés de tardifs faute de mieux, jusqu’au neuvième mois de la grossesse. Écoutez le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre, faire des révélations au journaliste Normand Lester au «Journal du Midi» sur les ondes du 98,5 FM. Normand Lester n’hésite pas à qualifier ces actes barbares de «meurtre d’enfants».
    http://is.gd/VkgaHS

    C’est ainsi que ce gouvernement de pleutres préfère investir l’argent public pour tuer les enfants Québécois de souche et importer à grands frais des petites chinoises orphelines. Ça n’a aucun sens, tout particulièrement dans un contexte de déficit budgétaire. Il faut rouvrir ce débat et mettre un terme à cette barbarie qu’est le fœticide et le plus tôt sera le mieux

  4. Ce qu’on oublie trop souvent dans ce débat, ce sont les hommes. Beaucoup de jeunes femmes se font avorter parce que poussées par l’homme qui les a mis enceinte et qui refuse d’endosser ses responsabilités procréatrices. On ne dit jamais rien de ces hommes. Pourquoi? La plupart des femmes qui avortent ne le font pas de gaieté de coeur. C’est un moment difficile à passer. Et il arrive, pour différentes raisons (par exemple, absence d’aménorrhée) les femmes apprennent qu’elles sont enceintes après 12 semaines. Devrait-on alors, si on restreint l’avortement, obliger l’homme à l’origine de la grossesse à assumer ses responsabilités? Si on restreint l’avortement, pourquoi les femmes devraient-elles être les seules à en assumer les conséquences? Les deux ne doivent-ils pas aller de pair?

    1. @Julie Trudeau

      Merci pour votre commentaire. Enfin un argument! Vous venez de démontrer qu’un débat sur l’avortement est possible.

      « Ce qu’on oublie trop souvent dans ce débat, ce sont les hommes. Beaucoup de jeunes femmes se font avorter parce que poussées par l’homme qui les a mis enceinte et qui refuse d’endosser ses responsabilités procréatrices. »

      Je suis parfaitement d’accord. L’immaculée conception ne se produit pas souvent. C’est donc une responsabilité partagée. Mais je rappelle que ce sont souvent les féministes qui excluent les hommes de ce débat et leur disent qu’ils n’ont pas leur mot à dire. Mais je reviendrais à la responsabilité d’utiliser la contraception, qui elle aussi est une responsabilité partagée. Il faudrait mettre plus d’emphase sur la prévention.

      La plupart des femmes qui avortent ne le font pas de gaieté de coeur. C’est un moment difficile à passer.

      Je compatis, mais c’est loin d’être une partie de plaisir pour le foetus non-plus. Je trouve qu’on a tendance à oublier ça. Quand il est encore qu’un amas de cellules sans forme et sans système nerveux, ça passe, mais après 5 mois, ça devient plus difficile à justifier, vous ne croyez pas?

      Devrait-on alors, si on restreint l’avortement, obliger l’homme à l’origine de la grossesse à assumer ses responsabilités? Si on restreint l’avortement, pourquoi les femmes devraient-elles être les seules à en assumer les conséquences? Les deux ne doivent-ils pas aller de pair?

      Absolument! Mais je n’obligerais même pas le couple à s’occuper du bébé une fois né, s’il ne le désire pas. Des milliers de couples infertiles ne seraient que trop heureux de s’en occuper. Pourquoi est-ce qu’on avorte alors qu’il y a des couples qui doivent aller en Chine pour adopter?

  5. Très bon texte Philippe David ! La réponse de skulander démontre bien la folie et la démesure des féministes toutefois.

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