Le grand délire

 

Par Philippe David

J’ai failli tomber en bas de ma chaise quand j’ai lu cette semaine que notre ministre de l’éducation supérieure, Pierre Duchesne, songe à légaliser le droit de grève étudiant. Ceci équivalant à donner à une infime minorité d’étudiants radicaux le droit de paralyser les cégep et universités quand bon leur semble, avec ou sans bonne raison.

La démocratie étudiante est une farce

Les grands supporteurs de l’idée du droit de grève, le draperont de noblesse et de vertu en le représentant comme l’expression d’une volonté démocratique des étudiants. Ils représenteront ces étudiants qui, voulant faire valoir leur droit de recevoir un service pour lequel ils ont payé en obtenant des injonctions légales comme de sales petits égoïstes qui ont osé contourner la volonté collective de l’ensemble des étudiants exprimée par voie démocratique. Un petit rappel : pendant tout le conflit du printemps dernier, près du trois quart des étudiants des cégep et universités n’étaient pas en grève. D’ailleurs, depuis que les associations étudiantes existent, la démocratie étudiante a toujours été une aussi grosse farce que les élections de commissions scolaires, elles-mêmes une orgie d’élections par acclamation par manque de candidats et qui se passent dans le désintérêt le plus total de la population. La réalité étant que généralement, la plupart des étudiants collégiaux et universitaires n’ont rien à foutre des associations étudiantes, ils sont trop occupés à faire leurs travaux pour décrocher leur diplôme.  Seule une minorité des étudiants militent activement dans les associations, surtout parmi ceux qui fréquentent les concentrations les moins exigeantes. Peu d’étudiants de médecine et de génie ont le temps de participer aux assemblées, mais les étudiants de philo, eux, ont tout le temps du monde. Ce n’est donc pas surprenant que même les votes de grève sont décidés par moins de 10% des étudiants. Quelle démocratie!

La démocratie est supposée protéger les droits individuels

La démocratie est supposée protéger les droits individuels, pas les piétiner. Le fait qu’une majorité d’individus votent pour dépouiller quelqu’un de tous ses biens  est-il dans l’esprit de la démocratie? Non, pas plus que si la majorité votait de lui dépouiller son droit à la vie, ou dans ce cas précis, de recevoir l’éducation pour laquelle il paie. Une vraie démocratie sert plutôt à protéger les droits des individus. Les droits collectifs sont une fiction. Un groupe ne peut pas posséder plus de droits que les individus qui le composent et chaque individu dispose des mêmes droits. Le nombre ne confère pas plus de droits.

Une flagrante irresponsabilité

Les associations étudiantes étant dirigées par de petits révolutionnaires en culottes courtes, Gabriel Nadeau-Dubois étant un prime exemple, Il ne faut donc pas se surprendre aussi qu’il y ait des abus, des dérives et de l’intimidation lorsque celles-ci veulent faire grève. Les exemples au printemps dernier font légion, mais je crois que la preuve ultime est que même après qu’un gouvernement nouvellement élu leur ait donné le beurre et l’argent du beurre en annulant la hausse des frais de scolarité ET en conservant la bonification des prêts et bourses; ils continuent de multiplier les journées de grève et de manifestations. Pour eux ce n’est pas suffisant, ils veulent aussi le cul de la fermière! Et notre ministre de l’éducation supérieure propose de sacraliser leur droit de grève? C’est à peu près aussi responsable que de donner un révolver chargé à un enfant de 5 ans. Même si, jusqu’à récemment, on faisait comme si les associations étudiantes avaient un droit de grève, une aberration selon moi; il y a une bonne raison pourquoi nous ne leur avons pas donné ce droit lorsqu’elles ont été créées. Et il était à peu près temps qu’on se réveille et qu’on remette en question ce pseudo-droit.

Étudier n’est pas un travail

Un étudiant n’est pas un salarié. Que nos petits révolutionnaires se le prennent pour dit, les études universitaires et collégiales ne sont pas un boulot où ils peuvent être exploités ou non par un employeur. Ils sont les consommateurs d’un service. Ils peuvent bien hurler à la marchandisation de l’éducation, ça ne change rien au fait que leurs études sont, dans les faits, un bien de consommation qui doit être payé (à moins que les profs veuillent enseigner gratuitement). La seule question en litige est : qui paye pour? Les étudiants veulent  que ce soit la société, et aux dernières nouvelles, la grande majorité des individus qui composent notre société se sont prononcé contre cette idée. Donc en réalité, une association étudiante n’est pas et ne devrait pas être un syndicat. L’association peut et doit s’exprimer sur des choses  comme les augmentations de frais, mais de dire qu’une association étudiante devrait avoir le droit de forcer ses membres à boycotter ses cours, c’est comme dire qu’une association de consommateurs puisse utiliser la force contre ses propres membre pour boycotter Walmart ou Costco. Veut, veut pas, la relation entre l’étudiant et l’institution d’enseignement est une relation de client-fournisseur et non d’employé-employeur.  

Le PQ et les carrés rouges

Le PQ s’est peinturé dans un coin en portant le carré rouge le printemps dernier par pur clientélisme. Ils ont même mis en charge du ministère de l’éducation supérieur un homme qui a manifesté ouvertement son soutien aux carrés rouges. Comment peut-il maintenant être neutre et impartial? Il ne l’est tout simplement pas, bien sûr et de ce fait M. le ministre n’a aucune crédibilité. Le sommet sur l’éducation supérieure promet d’être un grand cirque dans lequel le gouvernement  se pliera à toutes les exigences de nos enfants-rois, au grand dam des contribuables qui devront sans tout payer une plus grande part, sinon la totalité des frais universitaires.

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9 réflexions au sujet de « Le grand délire »

  1. « Le fait qu’une majorité d’individus votent pour dépouiller quelqu’un de tous ses biens est-il dans l’esprit de la démocratie? Non ». Je suis bien d’accord. Malheureusement, il semble par contre que c’est démocratique si une majorité d’individus vote pour dépouiller les contribuables de 50% du fruit de leur labeur.

  2. «Ce n’est donc pas surprenant que même les votes de grève sont décidés par moins de 10% des étudiants.»

    Les votes de grève sont parmi les plus populeux en terme de membership. On parle souvent de 70% à 80% des membres qui participent.

    Le grand délire, c’est le nombre de faussetés contenues dans votre «article», que je qualifierais moins d’article que d’abime intellectuel. La médisance et la désinformation ne constituent pas des arguments.

    1. @ Grégory Brasseur

      Merci de votre commentaire

      Quelques références au sujet des taux de participation aux votes de grève…

      http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201208/06/01-4562844-greve-les-etudiants-passent-au-vote.php
      http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/08/08/des-milliers-detudiants-en-greve-rentree_n_1754897.html
      http://www.lapresse.ca/le-droit/actualites/education/201206/06/01-4532454-mandat-de-greve-prolonge-a-luqo.php
      http://blogues.journaldemontreal.com/martineau/franc-parler/quelle-democratie/

      Bref, les exemples de taux de participation anémiques, d’irrégularités de vote et d’intimidation lors des votes sont légion. Seuls les démagogues nient que la démocratie étudiante n’est pas une gigantesque farce!

  3. Le fait qu’une majorité d’individus votent pour dépouiller quelqu’un de tous ses biens est-il dans l’esprit de la démocratie? OUI, CENT FOIS OUI ! La démocratie, c’est quand la majorité décide, fait les lois et est souveraine. Le Contrepoids est sur une pente dangereuse.

    1. @ Richard Tremblay

      OUI, CENT FOIS OUI ! La démocratie, c’est quand la majorité décide, fait les lois et est souveraine.

      Si la démocratie peut servir à dépouiller un individu de ses biens et ses droits, alors votre concept de la démocratie équivaut à un viol collectif.

      1. Chaque fois qu’un rapport de force s’exerce, ceux qui le subissent peuvent utiliser des mots comme « viol » ou « vol » pour faire image. La question est de savoir qui l’emporte : lorsque c’est la majorité, on parle de démocratie; lorsque c’est une minorité, on parle de dictature.

        1. Si vous avez l’impression que la majorité vous dépouille de vos droits, il est possible que ce soit parce que votre conception du droit diffère de ce que pense la majorité…

          1. @ Richard Tremplay

            1- Si la voix de la majorité doit l’emporter dans toutes les situations, alors une femme qui se fait violer par 10 hommes se plie à un vote majoritaire. Ce simple exemple illustre que la règle de la majorité n’est pas applicable en tout temps et qu’il doit y avoir un contrepoids. Dans notre société, ce contrepoids est la charte des droits et libertés et le système judiciaire.

            2- Si je paie pour un service, j’ai droit à ce service, peu importe si une association dont je fais partie vote majoritairement pour boycotter ce service. Ils n’ont et ne devraient jamais avoir le droit de me contraindre par la force à me joindre à leur boycott. Si c’était le cas, je devrais pouvoir poursuivre cette association pour le coût du service en question. D’autant plus que l’adhésion à l’association n’est pas volontaire.

            3- Dans le cas précis des associations étudiantes, les grèves sont le plus souvent le fait d’une tyrannie de la minorité de toute façon. Dans la plupart des cas, les votes de grève ont lieu dans des salles trop petites pour admettre tous les étudiants. Les étudiants qui veulent s’exprimer contre la grève sont hués et intimidés. Les votes sont faits à main levée et le comptage est douteux. Alors pour la démocratie, on repassera.

  4. Philippe, dans ton exposé, entretenir la contradiction qu’une « démocratie (soit ) supposée protéger les droits individuels, pas les piétiner » revient à nuire ton argumentaire.

    Il faut lire les termes littéralement, ce qui revient à dire mot à mot. Dans ce sens, la démocratie n’est rien d’autre que le règne de la majorité en toute chose, en tout temps.

    Dès qu’on admet qu’il y a certains droits qui sont « impiétinables » mais que c’est démocratique, on invite le chameau dans la tente. Au contraire il faut pourchasser le problème de fond – à dire, les supposés droits d’une majorité de personnes. Il faut le faire frontalement.

    Certes, plusieurs ne sauront dans quelles eaux se mettre dans le vide de démocratie et privilégieront les contradictions inhérentes en militant pour un équilibre sans point d’appui réel; plusieurs auront aucun référents et seront donc en désaccord; plusieurs ne sauront comprendre comment une société démunie de droits accordés aux groupes qui ne sont pas prioritairement et hiérarchiquement accordés aux individus. Mais, tu diras : « Plusieurs et plusieurs et plusieurs ne font-ils pas beaucoup »?

    Justement, ton argumentaire, qu’il utilise « démocratique » de façon contradictoire ou qu’il méprise la démocratie comme institution, il ne saura convertir le « beaucoup » dans la masse de toute façon.

    C’est la minorité intellectuel, celle qui saurait reconnaître l’importance des termes quand on attaque le dur d’un problème, qui est ton objectif.

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