Comment argumenter contre le contrôle des armes sans passer pour un fou furieux

 

Par Philippe David

Beaucoup d’encre a coulé depuis ce massacre dans une école au Connecticut, même de ce côté de la frontière. Notre première ministre n’a d’ailleurs pas perdu de temps à récupérer cet évènement à des fins partisanes, même s’il existait déjà un registre des armes à feu au Connecticut et que ça n’a rien fait pour prévenir ce triste évènement. Plus récemment, le polémiste Alex Jones a fait un passage remarqué à l’émission de Piers Morgan sur la chaine CNN. Jones était fin prêt à remettre Piers Morgan, reconnu pour ses tactiques de brute de cour d’école, à sa place, mais la faiblesse de ses propres arguments l’ont plutôt couvert de ridicule. Cependant, il existe plein d’arguments valides pour défendre la liberté de possession d’armes à feu qu’on peut utiliser sans passer pour un fou furieux comme Alex Jones.

Piers Morgan

Piers Morgan est un partisan convaincu du contrôle des armes et il accepte difficilement qu’on le contrarie dans ses convictions. C’est d’ailleurs un trait typique des gauchistes. Il n’est pas intéressé à avoir un débat rationnel, il est juste intéressé à diaboliser son adversaire. Nulle part est-ce plus évident que lors de son entrevue avec Larry Pratt, qu’il a couvert d’insultes. Mais si l’entrevue d’Alex Jones a été largement médiatisée, celle de Pratt est passée inaperçue. Pour les médias, majoritairement de gauche, qu’un des leurs fasse de l’intimidation est parfaitement normal, mais qu’un redneck républicain le fasse est une toute autre paire de manches. Mais malheureusement, les arguments de Jones étaient trop mal ficelés et il est devenu un embarras à sa cause. Voici plutôt la façon qu’il aurait dû argumenter avec quelqu’un comme Morgan.

Les guerres de chiffres

Piers Morgan aime beaucoup citer sa mère patrie en exemple en citant le nombre d’homicides par arme à feu et en le comparant avec celui des américains (il n’est pas le seul à le faire d’ailleurs). Or sa comparaison fait fi du fait que les États-Unis est un pays six fois plus populeux que la Grande-Bretagne. Dans les faits, 14 états américains ont moins d’homicides par armes à feu que la Grande-Bretagne et sur ces 14, un seul état a des restrictions sur les armes à feu (Hawaï). De toutes les juridictions américaines, le District de Columbia est la juridiction avec le plus haut taux de meurtres par arme-à feu et le plus haut taux de crimes violents. C’est aussi celle avec la règlementation la plus stricte sur les armes à feu. C’est fou comme c’est facile de faire un argument en faisant du cherry-picking. Cependant c’est un peu plus ardu quand on veut maintenir une certaine dose d’honnêteté intellectuelle. Oui, la Grande-Bretagne a un taux d’homicides par arme à feu beaucoup moindre que les États-Unis, mais en revanche, elle a aussi un taux de crimes violents 4 fois supérieur aux États-Unis. Peut-on affirmer que la Grande-Bretagne est moins violente que les États-Unis? En fait, pratiquement tous les autres pays normalement cités par les partisans du contrôle des armes, le Canada, la France, l’Allemagne, etc. ont des taux de crimes violents plus élevés que les États-Unis. Vous me direz que personne n’est mort de ces crimes, mais pour une femme d’être traumatisée à vie par un viol est-il beaucoup plus préférable? Surtout si les probabilités que ça lui arrive sont décuplées parce qu’elle ne peut pas s’armer pour se défendre et que les criminels le savent. Donc, si vous vivez dans ces pays, vous avez plus de chance d’être volé, violé, battu ou même blessé par toute sorte d’armes, qu’aux États-Unis.

Moins d’armes à feu = moins de meurtres = raccourci intellectuel

Les États-Unis comptent pour moins de 5% de la population mondiale, mais on y trouve entre 30% et 50% des armes privées au monde. 88.8 armes à feu par 100 000 habitants, pourtant leur taux d’homicides de 2.97 par 100 000 habitants n’est même pas proche de se classer premier au monde. Ils sont au 28e rang et de tous les pays qui le précèdent à ce classement, aucun ne figure ne serait-ce dans le top 25 du taux de possession d’armes. Le Honduras remporte la palme avec un taux d’homicides par arme à feu de 68.43 et un taux de possession d’arme de seulement 6.2 (égal à la Grande-Bretagne). Pourtant la Suisse, 3e au monde dans le taux de possession d’armes (45.7) a un taux d’homicides par arme à feu relativement faible de 0.77. Incidemment, le Canada se classe 13e au chapitre de la possession d’arme à feu (30.8/100 000) et son taux d’homicides par arme à feu est 0.51. Si on a le moindrement de rigueur intellectuelle, on doit forcément conclure qu’il est impossible de prouver une corrélation entre le nombre d’armes à feu et le nombre de meurtres par arme à feu.

Une définition brumeuse

On voit souvent Piers Morgan, dans ses entrevues, marteler le fait que les récentes fusillades ont presque toutes été faites avec la carabine AR-15. En fait, tout le débat aux États-Unis tourne autour des soi-disant « armes d’assaut ». Le Président Obama demande maintenant au Congrès de produire une loi pour bannir ce type d’arme. Cependant, il n’y a pas de définition claire de ce qu’est une « arme d’assaut ». L’AR-15, par exemple est une arme semi-automatique construite pour ressembler à une M4A1 militaire, mais ce n’est pas une carabine d’assaut. La M4A1 peut , en touchant un commutateur, passer de mode semi-automatique à complètement automatique. C’est quoi la différence? En mode automatique, une telle arme va tirer tant qu’on appuie la détente et peut tirer jusqu’à 950 balles à la minute, ce qui viderait un chargeur de 30 balles en quelques secondes. C’est effectivement une mitraillette et ce type d’arme est déjà banni, même aux États-Unis. Une arme semi-automatique ne tire qu’une seule balle lorsque la détente est appuyée et le mécanisme éjecte automatiquement la cartouche et en charge une nouvelle dans la chambre automatiquement. Dépendamment de l’agilité du tireur, ce genre d’arme ne peut tirer que 45 à 60 balles à la minute. Beaucoup moins que la version militaire et la même vitesse de tir que toutes les armes de chasse semi-automatiques et la plupart des armes de poing (qui sont également semi-automatiques). Quelle différence y a-t-il entre une soi-disant « arme d’assaut » et une carabine de chasse semi-automatique? Seulement des détails cosmétiques : un appui d’épaule ajustable ou escamotable, une poignée pistolet et un éliminateur de flash. Rien qui ne rende cette arme plus létale. Seule leur apparence permet de les confondre à des armes militaires. Pourquoi voudrait-on avoir de telles armes? La plupart des amateurs d’armes à feu trouvent leur allure militaire plutôt cool, mais au-delà des détails cosmétiques, elles sont faciles à manier et ont un faible recul, ce qui en fait des armes idéales pour le tir sportif, l’auto-défense ou la chasse au gros gibier.

Et le second amendement?

L’esprit du second amendement est de permettre aux citoyens de s’armer afin de pouvoir former une milice. Ce genre de mesure peut servir aussi bien contre un envahisseur qu’un gouvernement tyrannique. Et si vous croyez que le gouvernement des États-Unis ne peut pas possiblement devenir tyrannique, renseignez-vous au sujet de la section 1021 du National Defense Authorization Act qui a été votée récemment au Congrès et qui donne le pouvoir d’arrestation et détention illimitée sans procès à l’armée, sous les ordres du Président.

Une mesure futile

Selon une étude du département de la justice américain, les armes dites d’assaut sont statistiquement responsables d’environ 2% des crimes commis avec une arme à feu. Les bannir aura-t-il vraiment un effet sur le taux d’homicides commis avec des armes à feu? Apparemment, non. De 1994 à 2004, ces armes furent bannies et la capacité des magasins fût limitée à 10 cartouches. En 1999, Eric Harris a ouvert le feu sur les étudiants de l’école secondaire de Columbine avec une carabine de chasse semi-automatique munie d’un magasin de 10 coups. Pas moins de 13 magasins furent retrouvés et Harris a tiré un total de 98 balles avant de s’enlever la vie. La limite de capacité des magasins ne freine en rien les tueurs qui ne font qu’apporter un plus grand nombre de magasins. Changer de magasin ne prend que quelques secondes. Dans le cas des tueries de Tuscon et Virginia Tech, Loughner et Cho n’ont utilisé que des armes de poing. Cho avait avec lui 19 magasins à 10 coups et il en a vidé 17 avant de s’enlever la vie également. Comme vous pouvez le constater, bannir les soi-disant armes d’assaut ou limiter la capacité des magasins sont des mesures d’une futilité extrême pour réduire le nombre de meurtres par arme à feu, mais elles donnent bonne conscience aux politiciens et autres supporteurs du contrôle des armes.

Pas si bête, la NRA

Lorsque la NRA a suggéré de placer des gardes armés dans les écoles, j’ai vu beaucoup de commentaires du genre : « Ben oui! On va régler un problème causé par trop d’armes avec plus d’armes! » D’abord, comme je l’ai démontré plus haut, il est loin d’être prouvé que le problème est causé par un surplus d’armes. D’autres pays ont des taux d’homicide bien pire que les États-Unis tout en ayant des taux de possession d’armes comparable à la Grande-Bretagne. Secundo, ce genre de commentaire plutôt crasse présuppose qu’une arme dans les mains d’un garde armé ou même dans les mains d’un enseignant équivaut une arme dans les mains d’un tueur fou ou d’un criminel. C’est plutôt stupide comme affirmation. C’est un peu comme dire que l’arme a une volonté propre, indépendante de qui la manie. Toujours est-il que si Kimveer Gill a fait si peu de victimes au Collège Dawson, c’est probablement parce qu’il y avait un policier du SPM sur les lieux, ce qui a grandement accéléré le temps d’intervention. Les victimes des deux autres massacres montréalais et celles de Virginia Tech et Sandy Hook n’ont pas eu cette chance.

 

 

 

Quoi faire alors?

Si les américains voulaient vraiment réduire leur taux d’homicides par arme à feu, ils devraient commencer par abandonner leur stupide guerre contre la drogue. La grande majorité des meurtres chez nos voisins, sont attribuables au monde du crime organisé. Pour le reste, un meilleur dépistage des maladies mentales pourrait certainement aider. Mais attendez-vous à ce que ces solutions soient rejetées. Ceux qui comme Piers Morgan, claironnent pour le contrôle des armes à feu ne sont pas intéressés à débattre pour trouver des solutions réelles et efficaces. Ils ne sont intéressés qu’à imposer leur propre vision, par la force de préférence.

Références

http://www.guardian.co.uk/news/datablog/2012/jul/22/gun-homicides-ownership-world-list

http://www.guardian.co.uk/news/datablog/2011/jan/10/gun-crime-us-state

http://www.sas.upenn.edu/jerrylee/research/aw_final2004.pdf

 

 

Vive la variété!

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Par Philippe David

Je me dois de réagir à la dernière chronique de Richard Martineau. Depuis quelques années j’ai remarqué une tendance très libérale dans les écrits de Richard Martineau, mais il y a des fois ou son vieux jupon étatiste/collectiviste recommence à dépasser. C’est certainement le cas lorsqu’il se plaint qu’on commence à avoir trop de choix dans l’offre politique.

J’aimerais bien voir M. Martineau poser la question à Adrien Pouliot, à savoir s’il y a vraiment trop de partis politiques. Connaissant M. Pouliot, je suis certain qu’il lui répondrait qu’au contraire, il y a un manque effroyable de concurrence d’idées au Québec et c’est certainement pour ça que nous sommes dans le pétrin. La raison pourquoi les partis politiques semblent se multiplier dernièrement est justement parce que l’offre politique actuelle ne répond pas à la demande.

Bonnet blanc, blanc bonnet

Depuis 1976 le PQ et le PLQ s’échangent le pouvoir. La seule différence entre ces deux partis s’inscrit au niveau de nos relations avec le reste du Canada, mais au niveau de la gouvernance, ces deux partis ont tendance à gouverner au centre-gauche. Ils ont tous deux à leur tour multiplié les programmes sociaux coûteux et augmenté l’endettement de la province. Depuis la confédération les partis politiques apparaissent et disparaissent et se succèdent. Sortie coté court le Parti Conservateur, entrée côté jardin l’Union Nationale et le Crédit Social. Bonjour le PQ, bonsoir l’Union Nationale. Bye bye Crédit Social et allo Québec Solidaire et l’ADQ. Au revoir ADQ et bonjour la CAQ, le Parti Conservateur et l’Équipe Autonomiste et tous les nouveaux groupuscules de souverainistes impatients d’attendre que le PQ se décide à faire un référendum. Bref, la politique est toujours en ébullition et c’est une bonne chose. Le bipartisme est une recette pour la stagnation, ça commence à être évident aux États-Unis.

La dynamique de marché

Richard Martineau compare le marché politique au marché des jeans et des confitures, ce qui demeure une bonne comparaison, mais il tire les mauvaises conclusions. Il croit que trop choix sème la confusion. C’est parce qu’il refuse de considérer l’évolution du marché à long-terme et ne se limite qu’à un horizon très court. Trop de partis politiques sèment la confusion et incitent les voteurs à rester chez eux, vraiment? Que dire de l’effet quand il n’y en a pas assez? Qu’arrive-t-il quand tu ne sais pas où mettre ton X parce qu’aucun parti ne partage notre vision? Les 700 000 qui se sont abstenus de voter en 2008 l’ont-ils fait parce qu’ils avaient trop de choix ou parce qu’ils ont été déçus par l’ADQ et ne se reconnaissaient dans aucun autre parti? Lequel des quatre principaux partis au Québec(PQ, PLQ, QS et CAQ) propose un vrai changement au Québec? QS? Ils propose les mêmes recettes socialistes que nous suivons depuis 50 ans, mais poussé à l’extrême. Le PQ? Ils ont bien réduit les dépenses et la dette pendant les années ’90, mais ils ont tôt fait de recommencer à dépenser comme des marins en permission une fois qu’ils ont atteint le « déficit zéro » et ils ont évacué tous ceux qui ont travaillé à réduire le déficit. Depuis une décennie, le PQ ressemble de plus en plus à QS. Le PLQ? Faites-moi rire? La CAQ? Qu’ont-ils proposé de vraiment différent? Même chose pour les fervent de la souveraineté. Le PQ et QS ne sont pas trop pressés d’entamer des démarches pour faire la souveraineté, alors on voit des partis apparaitre comme Option Nationale, qui proposent de faire ce que le PQ et QS hésitent à faire. S’il y a 30 sortes de paires de jeans, c’est que les consommateurs réclament une telle sélection. Si un modèle se vend moins bien que les autres, il sera retiré. Même chose pour les partis politiques. Si un parti n’attire plus les gens, il mourra éventuellement. Si par contre on découvre qu’une certaine clientèle n’est pas desservie par aucun parti politique, c’est peut-être qu’on devrait en fonder un. Si on veut un jour que ça change, il faut laisser les gens mettre leurs idées de l’avant et laisser les électeurs décider ce qui leur convient.

Qui sait? Peut-être qu’un jour le Parti Conservateur du Québec supplantera le Parti Libéral ou le PQ. Mais avant que ça puisse arriver, il faut bien commencer en quelque part! Et même s’il n’arrive jamais à supplanter les gros partis, considérez que le Parti Vert a réussi depuis une vingtaine d’années, à imposer des éléments de son programme aux autres partis sans jamais élire un député. Ces petits partis sont donc essentiels au progrès du débat public. S’il y en a tant présentement c’est justement parce que le Québec a désespérément besoin de faire un gros brassage d’idées. Alors moi je dis « vive la variété! »

 

Adrien Pouliot briguera la chefferie du Parti Conservateur du Québec

Adrien Pouliot

Par Philippe David

Dans un point de presse cet après-midi, l’homme d’affaire Adrien Pouliot a annoncé qu’il se lançait en politique en posant sa candidature à la chefferie du Parti Conservateur du Québec. Après avoir considéré se lancer dans la course au leadership du Parti Libéral, M. Pouliot a préféré rejoindre un parti qu’il considère plus près de ses idées.

Le Parti Conservateur du Québec est rené de ses cendres il y a un an des suites de la fusion entre l’ADQ et la CAQ. Ce parti cherche à rallier les anciens adéquistes déçus et autres orphelins de la droite québécoise.

Adepte du libéralisme classique et homme d’affaire accompli, Adrien Pouliot amènera sans aucun doute un vent de fraicheur à la scène politique québécoise. Je lui souhaite bonne chance!