La vraie jungle

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Par Philippe David

Je suis toujours amusé quand je vois un quelconque ignare tenter de critiquer une philosophie sans jamais avoir lu une ligne des œuvres sur lesquelles elle repose. Ou s’il a lu, il n’y a strictement rien compris. Le plus récent exemple est un brûlot dans le Huffington Post-Québec de la plume d’Emmanuel Cree. Dans « L’Art de la Guerre » le général et philosophe chinois Sun Tzu enjoignait son lecteur à « connaitre son ennemi ». Il est clair que M. Cree a misérablement failli à cet objectif.

Cependant, je vais quand même lui pardonner au moins partiellement, puisqu’il a choisi de me faire une petite pub. Ce sera intéressant de mesurer le lectorat de M. Cree selon l’impact que ça aura sur mes propres statistiques. J’espère à tout le moins que ses lecteurs auront la curiosité de venir explorer Contrepoids et le sens critique de déceler les failles dans le raisonnement de M. Cree. Mais je ne suis tout de même pas du genre à me laisser définir par mes opposants, alors je vais donc m’appliquer à corriger certaines des erreurs factuelles de M. Cree.

La non-agression pour les nuls

Ou du moins pour M. Cree. Le libertarianisme est une philosophie politique qui est fondée sur un axiome appelé le principe de non-agression. Ce principe dicte que personne ne doit initier la violence, peu importe le but. Ceci inclut des attaques physiques à un individu (ou la menace d’une attaque). Ça inclut aussi les attaques à la propriété de cet individu, parce que cette propriété est le fruit de son travail qu’il a droit de ne pas se faire fracasser par une bande de petits morveux qui manifestent en plus pour que l’état utilise la force de la loi contre lui pour payer leur éducation. D’où notre engouement pour les vitrines. Parce que les commerçants ne sont pas nécessairement très riches et qu’ils n’ont pas à subir de vandalisme pour un conflit que ne les regarde pas.

M. Cree s’amuse donc à décrire comme une jungle, une société ou théoriquement, la violence serait philosophiquement répréhensible. Ce qui ne veut pas dire nécessairement qu’il n’y aurait aucune violence, mais au moins, la violence serait considérée comme indésirable par la grande majorité des individus et dans la majorité des cas, incluant le comportement de l’état. Nul besoin de dire que la race humaine n’a pas encore fait preuve de la sagesse nécessaire à l’aboutissement d’une telle société, mais j’ai confiance que nous évoluerons dans cette direction un jour. M. Cree dit déplorer l’autoritarisme de l’état. Pourtant, il ne le déplore que lorsque cet autoritarisme ne sert pas sa cause, comme lorsque les méchants policiers tapent sur ces innocents casseurs de vitrines, mais si la force de l’état sert une bonne cause (selon lui) comme aider ces pauvres démunis tant méprisés par les libertariens. Pourtant s’il poussait le raisonnement qu’il porte sur la violence de l’état dans le premier cas, il réaliserait que dans le second cas, l’utilisation de la force est encore plus injustifiée. J’y reviendrai dans un instant, avant je veux mettre un petit détail au clair

Ayn Rand et l’objectivisme

Quand je parlais de critiquer une philosophie sans avoir lu les œuvres sur lesquelles elle repose ou sans avoir rien compris de ladite philosophie, la description que M. Cree fait d’Ayn Rand est un prime exemple. Selon lui, Ayn Rand méprise les pauvres, qu’elle qualifie de « parasites ». Dans la réalité, Rand utilise plutôt les termes « moochers » et « looters » (traduction libre : « mendiants » et « pillards »). Elle utilise le terme « moocher » ceux qui s’enveloppent dans un discours victimaire pour obtenir une faveur quelconque. Peu importe ce qui leur arrive, ce n’est jamais leur faute. Personne n’est jamais responsable de son propre malheur. Personne ne prend jamais de mauvaises décisions qui entrainent des conséquences fâcheuses, ces conséquences sont toujours le fruit d’une quelconque malchance. Vous reconnaissez cette cassette?

Quant aux pillards, ce sont ceux qui mettent la force de l’état à leur profit personnel, ce qui inclue tous les BS corporatifs qui utilisent des lobbyistes pour amener l’état à créer des lois pour les avantager au détriment de leurs concurrents, ou pire encore, ceux qu’on voit quotidiennement à la Commission Charbonneau qui contribuent à la spoliation des fonds publics par la collusion et la corruption. Bien qu’on peut certainement compter des profiteurs dans les rangs de l’aide sociale, ce ne sont pas les « pauvres » contre lesquels Ayn Rand s’acharne. Elle vise en fait de bien plus gros poissons qui s’enrichissent soit des bonnes grâces de l’état, ou en faisant de la pauvreté une industrie pour leur enrichissement personnel. Ce n’est pas en lisant l’article de Wikipédia sur Ayn Rand, comme l’a probablement fait M. Cree, que vous devenez un expert en la matière.

Égoïsme et altruisme

Dans ses écrits, Ayn Rand parle longuement du concept d’altruisme et d’égoïsme. Cependant, elle élargit la définition de ces termes à bien plus que d’être centré sur soi ou les autres. L’objectivisme consiste plutôt à jeter un regard objectif à ces termes en observant le comportement de ceux que l’on dit égoïstes et altruistes. Rien ne saurait faire une meilleure démonstration que de regarder la façon dont les soi-disant égoïstes et altruistes désirent aider les pauvres.

Les altruistes, dont je suis certain que M.Cree croit faire partie, considère que la façon d’aider les pauvres c’est de voter pour un gouvernement qui utilisera la menace de la force ou la force elle-même pour forcer les individus à payer des impôts pour, supposément redistribuer la richesse aux plus démunis. (La Commission Charbonneau démontre plutôt que cette redistribution est loin d’aller aux démunis. Que diriez-vous si j’allais vous pointer un révolver sur la tempe et vous ordonner de donner votre argent à votre voisin qui est plus pauvre que vous? C’est pourtant exactement ce que vous faites si vous votez pour que le gouvernement « redistribue la richesse ».

L’approche des égoïstes, comme moi, consiste à fouiller dans ses propres poches et donner son propre argent à des charités pour qu’ils puissent aider les pauvres et laisser aux autres le choix de donner ou pas et décider de combien ils veulent donner. Pour nous, l’être humain est un être charitable de nature et lorsqu’on laisse le choix aux individus, ils s’entraident de façon beaucoup plus efficace et ciblée que n’importe quel gouvernement.

La jungle

Nous vivons dans un monde imparfait, mais les libertariens ont compris que les avancements sociaux ne proviennent non pas de la redistribution forcée de la richesse et du pillage de l’homme par l’homme, mais plutôt du meilleur de l’être humain, sa générosité et sa créativité. Accordez à l’individu la liberté il trouvera le moyen de résoudre n’importe quel problème. Mais il y a une bonne raison pourquoi des gens M. Cree usent de démagogie pour tenter de discréditer le libertarianisme, c’est parce que la vraie jungle, c’est ce que nous avons présentement : une orgie de socialisme et de corporatisme qui endette les générations futures et ils en profitent et ont très peur de perdre leurs avantages. Ça prouve que notre message touche le but et gagne de l’ampleur. Je vous encourage à ne pas vous limiter aux propos de gens comme M. Cree, mais de faire l’effort de lire et apprendre plus et faire preuve de pensée critique. Ne vous fiez pas seulement à moi non-plus. Faites vos propres recherches. Lisez Frédéric Bastiat, Friedrich Hayek ou Murray Rothbard et découvrez par vous-même de quoi il retourne.

 

Philippe Couillard le nouveau chef du PLQ : une grosse erreur

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Par Simon Leduc

Le 4 septembre dernier, les libéraux ont été chassés du pouvoir après neuf années de règne. Jean Charest quitta la vie politique après neuf ans comme premier ministre et quatorze comme chef du PLQ. Donc, pour la première fois depuis 1983, le parti fédéraliste a déclenché une course à la chefferie.
Pendant six mois, trois candidats de qualité se sont affrontés afin de succéder à l’ancien député de Sherbrooke. Cet exercice démocratique s’est déroulé dans l’indifférence totale de la population. Les trois aspirants n’ont pas proposé des idées réformistes qui auraient pu soulever les passions. On s’en est tenu qu’à des principes généraux comme le rapprochement entre l’establishment et la base militante. Cette formation politique centenaire aurait eu besoin d’une véritable remise en question et un débat d’idées mais cela n’a pas eu lieu. Les seules étincelles sont venues du clan Bachand. L’ancien ministre des Finances a attaqué Philippe Couillard sur ses liens d’amitié avec Arthur Porter et de son manque de loyauté envers l’ancien chef.
Ces éléments n’ont pas empêché l’ancien ministre de la santé de remporter une victoire éclatante dès le premier tour avec 58% des voix. Le candidat de l’establishment du parti a terminé loin derrière avec 19%. Les militants n’ont pas dû apprécier les attaques du clan Bachand envers M. Couillard. La famille libérale est unie et elle n’aime pas les chicanes. Cela peut expliquer la déconfiture du député d’Outremont. Donc, Philippe Couillard est le nouveau chef du PLQ. Est-ce que le Parti libéral a fait le bon choix?
Les militants libéraux ont choisi le Docteur Couillard car c’est le seul qui (selon les derniers sondages) peut les ramener rapidement au pouvoir. Je crois fermement que le PLQ a fait une erreur en élisant M. Couillard à la tête de leur parti.
Depuis la nuit des temps, la marque de commerce des libéraux provinciaux a toujours été l’économie. Rappelons nous la promesse de création de 100 000 emplois de Robert Bourassa lors du scrutin de 1973. L’économie a été la priorité de Jean Charest lors de son règne de neuf ans à la tête du Québec. Dans cette course, Raymond Bachand était le candidat de l’économie. Son passé dans le secteur privé (Métro Richelieu) et à la présidence du Fond de solidarité de la FTQ prouve bien l’expertise du député de Outremont en la matière. Malgré tout, le candidat de l’économie a terminé dernier. Philippe Couillard n’a aucune expertise en matière économique. C’est un médecin de formation qui a été très vague sur sa pensée économique lors de la course à la succession de Jean Charest. Cela ne semble pas être la priorité du chef libéral. Lors de sa première intervention comme chef, il a clairement affirmé son désir que le Québec signe la Constitution canadienne en 2017 (le 150e anniversaire de la Confédération canadienne). Est-ce que le dossier constitutionnel est la priorité de Philippe Couillard? Si c’est le cas, il est à des années lumières des préoccupations du Québécois moyen. Les Québécois ne veulent pas entendre parler de constitution. Est-ce que le PLQ a choisi un chef qui est déconnecté de la réalité québécoise? Force est de constater que c’est bien le cas.
Raymond Bachand est un politicien de centre-gauche qui croit que l’État a un rôle à jouer sur le plan économique. Je n’adhère pas aux valeurs et idéaux du député d’Outremont mais l’ensemble de la classe politique préconise cela (à l’exception des conservateurs d’Adrien Pouliot). M. Bachand était le meilleur candidat à cause de son expérience passé aux Finances et de ses compétences économiques. La priorité de celui-ci a toujours été la croissance économique de la Belle province. Sous sa gouverne, le PLQ aurait continué d’être le parti de l’économie. En choisissant Philippe Couillard, le PLQ risque de laisser tout le champ libre à la CAQ de François Legault.
Le nouveau leader libéral ne connaît pas l’économie et il ne semble pas avoir une philosophie en la matière. Les militants du PLQ l’on choisi car selon les sondages, il est le seul qui pourra les ramener rapidement au pouvoir. Les libéraux ont fait une grosse erreur en l’élisant et son désir de rouvrir le débat constitutionnel le prouve bien. En faisant cela, il risque de faire fuir les électeurs qui en ont marre de ce débat stérile (vers la CAQ). Avec M. Bachand comme chef, le PLQ aurait continué d’être le parti de l’économie et il aurait été en mesure de ramener les libéraux déçus qui ont voté pour la CAQ le 4 septembre dernier. Pour conclure, certains disent que Raymond Bachand n’est pas charismatique. Je vais leur répondre en affirmant ceci : je préfère un homme politique expérimenté et compétent qu’un politicien charismatique sans substance et contenu.

Le 8e budget Flaherty

 

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Par Simon Leduc

Jim Flaherty a présenté son huitième budget à la Chambre des communes. Contrairement à l’an dernier, on n’a pas eu droit à un exercice d’austérité. Le gouvernement conservateur a décidé de ne pas faire des coupes draconiennes dans la fonction publique fédérale. L’agence du Revenu et Pêcheries et Océans devront faire des efforts pour réduire leurs dépenses mais les autres ministères sont épargnés. Le gouvernement fédéral a mis en place une nouvelle politique en matière de formation de la main-d’œuvre qui est nécessaire afin de favoriser la création d’emplois au pays. Il va éliminer graduellement le crédit d’impôt accordé au Fond de solidarité de la FTQ et celui de la CSN. Cette mesure déplait énormément aux syndicats québécois. Est-ce que l’ensemble des Canadiens doit financer ce genre de crédit d’impôt? En tout cas, la question se pose. Le déficit fédéral s’élève à 18 milliards de dollars et les conservateurs gardent le cap sur le retour à l’équilibre budgétaire en 2015. La base conservatrice du PCC aurait voulu un budget d’austérité et elle va être très critique envers son parti. Le budget conservateur est un bon équilibre entre austérité et création d’emplois. Le gouvernement Harper aurait pu couper plus dans ses dépenses. Mais, un budget trop à droite aurait déplu à son électorat modéré. Stephen Harper a décidé de continuer de gouverner au centre-droit afin de garder l’appui des Red tories de l’Ontario. Ce qui est essentiel à l’obtention d’une autre majorité conservatrice en 2015.
Sans surprise, le gouvernement québécois a virulemment dénoncé les mesures budgétaires du ministre Flaherty. Il y en a deux qui suscitent le mécontentent du gouvernement Marois : la nouvelle politique de la formation de la main-d’œuvre et l’abolition du crédit d’impôt aux fonds de la FTQ et de la CSN. Pauline Marois dénonce cet empiétement dans un champ de compétence provincial et elle ne veut pas se faire imposer ce changement par le fédéral Les trois principales formations politiques (le PQ, le PLQ et la CAQ) sont contre l’élimination du crédit d’impôt fédéral au Fond de solidarité de la FTQ et de la CSN. Cela ne surprendra personne car ceux-ci prônent et défendent un interventionnisme étatique. C’est une autre preuve que la CAQ de M. Legault n’est pas un parti de droite mais bien de centre-gauche. Encore une fois, on a eu droit à la diabolisation du Fédéral de la part de Québec. C’est vraiment business as usual.
Le gouvernement Harper a présenté un budget modéré où il y a un équilibre entre des coupures de dépenses et des politiques de stimulation économique. Cet exercice financier va permettre aux conservateurs de maintenir leur appui auprès des Red Tories de l’Ontario. Sur le plan politique, c’est un bon budget. La bonne nouvelle est le fait que le gouvernement fédéral maintient le cap sur le retour à l’équilibre budgétaire en 2015. Cela doit demeurer LA PRIORITÉ du gouvernement conservateur pour le reste de son mandat majoritaire.

Les bons terroristes

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Par Philippe David

Il a renoncé à l’idée saugrenue de faire un hommage à Paul Rose à l’Assemblée Nationale, mais je suis toujours hors de moi. Je suis toujours sidéré qu’un député de l’Assemblée Nationale ait même pu faire la suggestion que l’Assemblée honore un homme qui était un des responsables de la mort d’un des députés et ministres qui y ont siégé. Un homme qui, jusqu’à sa mort, n’a jamais exprimé de remords. Selon lui, il n’avait rien à se faire pardonner. Ça en dit fichtrement long sur Amir Khadir et cette frange de la gauche québécoise qu’il représente. Une frange qui incorpore un assez haut pourcentage de l’élite intellectuelle gauchiste.

Évaporons, si vous le voulez bien, le petit nuage mystique dont cette gauche nationaliste veut entourer Paul Rose et le FLQ pour y voir le vrai visage. Qu’on se le dise tout de suite, l’objectif des felquistes n’était pas le Québec indépendant dont rêvait René Lévesque et ceux qui l’entouraient. C’est pourquoi Lévesque les a désavoués. Le rêve des felquistes était d’imiter la révolution cubaine et de faire du Québec une Cuba du nord. Ce qu’on doit en dire, c’est qu’heureusement, ils n’ont pas réussi.

Soyons extrêmement clairs : tout usage de la violence et de la terreur à des fins politiques constitue du terrorisme, donc par définition, le FLQ était une organisation terroriste. Alors, qu’est-ce que ça dit de ceux qui, par leur propagande, tentent de faire des héros de ces terroristes? La réponse est qu’un petit terroriste en puissance sommeille en chacun d’eux. Pour le comprendre, il faut examiner quelques-unes de leurs croyances.

Pour vouloir faire de Paul Rose un héros, il faut croire que la fin justifie les moyens. Il faut croire que les actes les plus répréhensibles sont justifiables pour faire avancer leur cause. Que ce soit le meurtre, la prise d’otage ou même d’utiliser des innocents. (On se souviendra que le FLQ a utilisé un jeune de 16 ans pour transporter une de ses bombes et qu’il y a laissé sa vie. Quelle bassesse inouïe!) Cette croyance amène aussi à excuser toute transgression et la justifier généralement dans un discours victimaire. « Il est normal qu’ils aient agit ainsi, ils étaient opprimés.» Ce discours, nous l’avons entendu pour le FLQ, nous l’avons aussi entendu au sujet du conflit Israëlo-Palestinien : il importe peu que le Hamas lancent continuellement des roquettes sur des villes israéliennes, ce sont de pauvres opprimés! Mais si Israël a le culot de se défendre, alors là… On retrouve ces mêmes éléments dans le discours de Québec solidaire sur la violence dans les manifestations étudiantes. Encore là on dépeint les casseurs comme de pauvres victimes de brutalité policière.

Il faut aussi croire que les droits collectifs sont plus importants que les droits individuels. La grande majorité des gauchistes vous diront qu’il est justifiable de faire entorse aux droits d’un individu pour le bien du plus grand nombre. Ceci peut paraître raisonnable, jusqu’à ce qu’on pousse la logique à son extrême. Car si on laisse le loup entrer dans la bergerie et qu’on permet de violer le droit d’un individu, où trace-t-on la ligne de ce qui est acceptable. Si on peut violer un de ses droits, combien d’autres droits peut-on se permettre de lui enlever? Deux? Dix? Le droit de libre expression? De libre-association? De propriété? Le droit à la vie peut-être? J’ai le regret de vous dire que dans notre social-démocratie, sauf pour le droit à la vie, le reste des droits individuels que je viens de nommer sont déjà mal amochés. Mais si on continue à suivre cette voie et qu’on y ajoute l’idée que la fin justifie les moyens, est-il si farfelu de penser que même une vie humaine peut-être sacrifiée pour ce qu’on conçoit comme étant le bien du plus grand nombre? Et si une vie peut être sacrifiée, alors dix, cent, mille n’est qu’une question de statistiques.

Si les gens comme Khadir étaient capables d’un tant soit peu d’introspection, ils reconnaitraient que le bien collectif passe par le bien de chaque individu et non de certains individus au détriment des autres, mais de par l’histoire du XXe siècle, je ne crois pas qu’ils en soient capables. La tentative de béatification de Paul Rose en est une preuve.

En guise de conclusion, je me permettrai ici une petite flèche à Mathieu Bock-Côté qui, il n’y a pas très longtemps, traitait les libertariens de « marxistes de droite ». Bien que la conception du monde par les libertariens peut être vue par certains comme utopique, aucun libertarien ne considérerait l’usage de la violence comme un moyen légitime d’y parvenir, contrairement aux marxistes qui n’hésitent pas un seul instant à sacrifier des vies humaines à leur cause. C’est pourquoi une telle comparaison, pour un libertarien, est la pire des insultes.

Penser la Journée de la femme . . différemment!

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Par Arielle Grenier

Qu’est-ce que la Journée de la femme? Chaque année, les groupes d’intérêts et les médias ciblent cette journée et l’orientent en fonction du contexte politique. Je me souviens notamment de l’année dernière, alors que la crise étudiante commençait, les femmes défilaient dans les rues avec leurs carrés rouges pour manifester contre la hausse des frais de scolarité. De grâce, mesdames, sortez de la thèse de l’accident historique ou du péché originel/contrat sexuel de Carole Pateman! Plusieurs y voient le symbole d’une journée où les femmes sont mises de l’avant, où l’on reconnaît que leur position n’a pas toujours été facile. Je suis d’accord et salue ces femmes qui se sont battues pour le droit de vote et l’accès à l’enseignement supérieur. J’y vois une journée où l’on reconnaît publiquement la notion de droits naturels aux femmes. J’y vois également une journée où l’on souligne une longue tradition de la réelle liberté.

Vers 1730 avant Jésus Christ, le Code d’Hammourabi fut rédigé sur l’initiative du roi Hammourabi de Babylone.[1] Il est beaucoup plus associé à la jurisprudence de la Common Law puisqu’il explique et dresse la liste des décisions de justice du roi. Le Code d’Hammourabi fut gravé sur une stèle de 2,25 mètres de hauteur, était placé dans le temple de Sippar, mais plusieurs répliques furent érigées à travers le royaume afin de créer une culture homogène. Le Code d’Hammourabi de Babylone comprenait différents articles qui fixaient les règles de la vie courante. Notamment, on y retrouvait une hiérarchisation de haut en bas des différentes classes de la société, soit, les hommes libres, les subalternes et les esclaves. Toutefois, la visée ultime du Code d’Hammourabi était de « détruire les mauvais et les violents » et d’empêcher les forts d’opprimer les faibles.[2] Sur un principe d’égalité, de protection des faibles, il s’agit du premier pas historique du principe de non-agression voulant qu’aucun individu ni groupe d’individus n’ait le droit d’agresser quelqu’un en portant atteinte à sa personne ou à sa propriété.

 

Dans la démocratie grecque, bien qu’il y avait une égalité entre les citoyens, l’ostracisme était voté anonymement provoquant une exclusion des esclaves, des femmes, des handicapés et des métèques de la vie politique. Il est important de souligner que le bien ultime ou suprême pour Aristote c’est le bonheur, et ce bonheur n’est pas collectif, mais bien individuel. Il notait dans Les Politiques qu’il « est plus approprié que la loi gouverne que n’importe quel citoyen » et que les gouvernants « ne doivent être élus que comme gardiens et serviteurs de la loi ».[3] C’est avec Francisco de Vitoria, érudit du XVIe siècle, que l’esclavage des Indiens du Nouveau Monde prit fin grâce aux notions d’individualisme et de droit naturel. C’est avec ses collèges que fut mise au point « la doctrine du droit naturel dans des domaines tels que la propriété privée, le bénéfice, l’intérêt et la fiscalité ; leurs œuvres ont influencé Hugo Grotius, Samuel Pufendorf et, à travers eux, Adam Smith et ses élèves écossais. » Locke, philosophe anglais du 17e siècle, établit les principes de l’état de nature, état de parfaite liberté et d’égalité, de droits naturels et de contrat social. Le Second Traité du Gouvernement, publié en 1690, pose comme conclusion que les hommes ont des droits antérieurs à l’existence d’un gouvernement, puisqu’ils existent naturellement. Pour être juste, le gouvernement a le devoir de protéger la vie, les libertés et les propriétés de ses citoyens. La philosophie des droits naturels, la primauté du droit et le droit à la révolution furent accueillis par les Anglais qui se méfiaient de toutes les formes de gouvernement. Pour assurer une société juste, Aristote ne définit pas a priori ce que devrait être une Cité parfaite, comme le fait son maître Platon dans La République. Dès lors, il considère que les hommes ne peuvent se suffire à eux-mêmes et se dotent d’une organisation politique pour assurer le bien-être des hommes en communauté.[4] Les hommes, naturellement, sont portés à s’associer non pas seulement pour survivre, mais par désir d’être heureux. Plus loin, dans La politique tome III, Aristote dira que la finalité ou le but de la cité est la vie heureuse.[5] Or, le bonheur n’est possible que dans un État, oui, mais dans un État où les citoyens sont vertueux. D’où le fait que l’éthique (de la vertu) soit indissociable de la politique, du moins chez Aristote. À l’époque moderne, on laissera tomber complètement la notion fondamentale de vertu, pour celle des « droits ». Thomas Hobbes, grand adversaire d’Aristote, comme tous les penseurs modernes, rejettera l’éthique de la vertu d’Aristote et introduira la notion de droit.

 

Selon Friedrich Hayek, philosophe et économiste de l’École autrichienne du XXe siècle, c’est sous la Rome antique qu’apparaît le premier système de droit privé. Les Lois des XII Tables constituaient les fondements de la liberté romaine stipulant que nul privilège ne pouvait être accordé en faveur des personnes déterminées allant à l’encontre du droit commun à tous les citoyens.[6] On Liberty d’Hayek est l’un de textes les plus influents de libéralisme au XXsiècle dans lequel l’auteur pose le principe de liberté comme élément central d’une société. Il retrace l’historique de l’État de droit depuis l’idéal grec jusqu’au XVIIIe siècle anglais. C’est à cette époque que le concept d’État de droit fut pris en charge et développé par les intellectuels du jeune État américain.[7]

La place des femmes?

Le mouvement féministe a initialement eu le rôle de garantir aux femmes le respect de leurs droits naturels. Cet objectif est tout à leur honneur. Les femmes autant que les hommes ont le droit de vivre leur vie comme ils l’entendent, de voter en leur âme et conscience, de travailler où ils le désirent. En ce sens, je remercie le mouvement féministe défendu par des hommes et des femmes pour libérer la femme de son rôle de minorité publique.

À la session passée, plusieurs étudiants assistaient à une conférence intitulée « l’exclusion des minorités » présentée par une jeune féministe. Elle nous présentait plusieurs théories expliquant l’exclusion des femmes dans la vie politique. La question de la représentation des femmes s’imposa donc naturellement. Qu’elle est la place de la femme dans la société? « Qu’est-ce qu’une bonne et juste représentation démocratique? » Ce qui m’a frappée de cette séance, c’est la présentation que l’on y a faite du contrat social. Je trouve étrange qu’une théorie féministe émerge en critiquant John Locke. Alors que les hommes décident de se doter d’un contrat social entre eux, Carole Pateman notait dans The Sexual Contract que les femmes survivaient et dépendaient d’une soumission à une autorité commune. Ce contrat aux allures patriarcales comprend un vice : l’ordre naturel implique la soumission des femmes aux hommes et celles-ci ne peuvent participer au contrat social, puisqu’elles sont soumises à l’autorité de leur mari. Le contrat social devient donc une division entre les sphères publiques (masculine) et privées (féminine) qui exclura les femmes de la sphère politique.

Je n’accuse pas toutes les féministes d’aujourd’hui d’adhérer à cette théorie. Par contre, je trouve comique et même ironique que cette théorie se voulant libératrice ne puisse être appliquée aux problèmes sociaux actuels. Alors que tous ont « signé » ce contrat social visant une meilleure vie commune, comment ces femmes ne peuvent-elles pas comprendre que ce même contrat lie de force certains groupes à l’État contre leur volonté? Pire encore, comment peuvent-elles utiliser ce même contrat social de 21e siècle pour justifier la mise en place de quotas de représentation de femmes dans des conseils d’administration ou dans certains domaines d’études? Est-ce que l’objet que l’on combattait il y a 50 ans est devenu l’outil démocratique actuel? En d’autres termes, lorsque l’on impose des quotas de représentation des femmes dans certains partis politiques, ne faisons-nous pas la même chose que l’on reprochait autrefois aux hommes?

Je vous laisse sur une citation d’une femme que j’admire plus que tout. Ayn Rand, cette journée est également tienne. Merci de nous rappeler que la liberté n’a pas de sexe, qu’elle existe et ne peut être honnêtement atteinte par des mesures privilégiant artificiellement un groupe à un autre.

« Individual rights are not subject to a public vote; a majority has no right to vote away the rights of a minority; the political function of rights is precisely to protect minorities from oppression by majorities (and the smallest minority on earth is the individual). »

 


[1] LEVIN. Leah, Droits de l’homme : questions et réponses, Éditions UNESCO, 1981, p.22

[2] Ibid.

[3] ARISTOTE, Les Politiques, III, 1287a, Garnier Flammarion, 1993, p.267

[4] MONIÈRE, Denis et Jean HERMAN GUAY. Introduction aux théories politiques, Montréal, Québec/Amérique, 1987, p.27

[5] ARISTOTE, La Politique, tome III, Université de Harvard , 1837, p.19

[6] DE SALLE, Corentin. La tradition de la Liberté, Forum Libéral Européen, p.247

[7] Ibid. p.246