La vraie jungle

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Par Philippe David

Je suis toujours amusé quand je vois un quelconque ignare tenter de critiquer une philosophie sans jamais avoir lu une ligne des œuvres sur lesquelles elle repose. Ou s’il a lu, il n’y a strictement rien compris. Le plus récent exemple est un brûlot dans le Huffington Post-Québec de la plume d’Emmanuel Cree. Dans « L’Art de la Guerre » le général et philosophe chinois Sun Tzu enjoignait son lecteur à « connaitre son ennemi ». Il est clair que M. Cree a misérablement failli à cet objectif.

Cependant, je vais quand même lui pardonner au moins partiellement, puisqu’il a choisi de me faire une petite pub. Ce sera intéressant de mesurer le lectorat de M. Cree selon l’impact que ça aura sur mes propres statistiques. J’espère à tout le moins que ses lecteurs auront la curiosité de venir explorer Contrepoids et le sens critique de déceler les failles dans le raisonnement de M. Cree. Mais je ne suis tout de même pas du genre à me laisser définir par mes opposants, alors je vais donc m’appliquer à corriger certaines des erreurs factuelles de M. Cree.

La non-agression pour les nuls

Ou du moins pour M. Cree. Le libertarianisme est une philosophie politique qui est fondée sur un axiome appelé le principe de non-agression. Ce principe dicte que personne ne doit initier la violence, peu importe le but. Ceci inclut des attaques physiques à un individu (ou la menace d’une attaque). Ça inclut aussi les attaques à la propriété de cet individu, parce que cette propriété est le fruit de son travail qu’il a droit de ne pas se faire fracasser par une bande de petits morveux qui manifestent en plus pour que l’état utilise la force de la loi contre lui pour payer leur éducation. D’où notre engouement pour les vitrines. Parce que les commerçants ne sont pas nécessairement très riches et qu’ils n’ont pas à subir de vandalisme pour un conflit que ne les regarde pas.

M. Cree s’amuse donc à décrire comme une jungle, une société ou théoriquement, la violence serait philosophiquement répréhensible. Ce qui ne veut pas dire nécessairement qu’il n’y aurait aucune violence, mais au moins, la violence serait considérée comme indésirable par la grande majorité des individus et dans la majorité des cas, incluant le comportement de l’état. Nul besoin de dire que la race humaine n’a pas encore fait preuve de la sagesse nécessaire à l’aboutissement d’une telle société, mais j’ai confiance que nous évoluerons dans cette direction un jour. M. Cree dit déplorer l’autoritarisme de l’état. Pourtant, il ne le déplore que lorsque cet autoritarisme ne sert pas sa cause, comme lorsque les méchants policiers tapent sur ces innocents casseurs de vitrines, mais si la force de l’état sert une bonne cause (selon lui) comme aider ces pauvres démunis tant méprisés par les libertariens. Pourtant s’il poussait le raisonnement qu’il porte sur la violence de l’état dans le premier cas, il réaliserait que dans le second cas, l’utilisation de la force est encore plus injustifiée. J’y reviendrai dans un instant, avant je veux mettre un petit détail au clair

Ayn Rand et l’objectivisme

Quand je parlais de critiquer une philosophie sans avoir lu les œuvres sur lesquelles elle repose ou sans avoir rien compris de ladite philosophie, la description que M. Cree fait d’Ayn Rand est un prime exemple. Selon lui, Ayn Rand méprise les pauvres, qu’elle qualifie de « parasites ». Dans la réalité, Rand utilise plutôt les termes « moochers » et « looters » (traduction libre : « mendiants » et « pillards »). Elle utilise le terme « moocher » ceux qui s’enveloppent dans un discours victimaire pour obtenir une faveur quelconque. Peu importe ce qui leur arrive, ce n’est jamais leur faute. Personne n’est jamais responsable de son propre malheur. Personne ne prend jamais de mauvaises décisions qui entrainent des conséquences fâcheuses, ces conséquences sont toujours le fruit d’une quelconque malchance. Vous reconnaissez cette cassette?

Quant aux pillards, ce sont ceux qui mettent la force de l’état à leur profit personnel, ce qui inclue tous les BS corporatifs qui utilisent des lobbyistes pour amener l’état à créer des lois pour les avantager au détriment de leurs concurrents, ou pire encore, ceux qu’on voit quotidiennement à la Commission Charbonneau qui contribuent à la spoliation des fonds publics par la collusion et la corruption. Bien qu’on peut certainement compter des profiteurs dans les rangs de l’aide sociale, ce ne sont pas les « pauvres » contre lesquels Ayn Rand s’acharne. Elle vise en fait de bien plus gros poissons qui s’enrichissent soit des bonnes grâces de l’état, ou en faisant de la pauvreté une industrie pour leur enrichissement personnel. Ce n’est pas en lisant l’article de Wikipédia sur Ayn Rand, comme l’a probablement fait M. Cree, que vous devenez un expert en la matière.

Égoïsme et altruisme

Dans ses écrits, Ayn Rand parle longuement du concept d’altruisme et d’égoïsme. Cependant, elle élargit la définition de ces termes à bien plus que d’être centré sur soi ou les autres. L’objectivisme consiste plutôt à jeter un regard objectif à ces termes en observant le comportement de ceux que l’on dit égoïstes et altruistes. Rien ne saurait faire une meilleure démonstration que de regarder la façon dont les soi-disant égoïstes et altruistes désirent aider les pauvres.

Les altruistes, dont je suis certain que M.Cree croit faire partie, considère que la façon d’aider les pauvres c’est de voter pour un gouvernement qui utilisera la menace de la force ou la force elle-même pour forcer les individus à payer des impôts pour, supposément redistribuer la richesse aux plus démunis. (La Commission Charbonneau démontre plutôt que cette redistribution est loin d’aller aux démunis. Que diriez-vous si j’allais vous pointer un révolver sur la tempe et vous ordonner de donner votre argent à votre voisin qui est plus pauvre que vous? C’est pourtant exactement ce que vous faites si vous votez pour que le gouvernement « redistribue la richesse ».

L’approche des égoïstes, comme moi, consiste à fouiller dans ses propres poches et donner son propre argent à des charités pour qu’ils puissent aider les pauvres et laisser aux autres le choix de donner ou pas et décider de combien ils veulent donner. Pour nous, l’être humain est un être charitable de nature et lorsqu’on laisse le choix aux individus, ils s’entraident de façon beaucoup plus efficace et ciblée que n’importe quel gouvernement.

La jungle

Nous vivons dans un monde imparfait, mais les libertariens ont compris que les avancements sociaux ne proviennent non pas de la redistribution forcée de la richesse et du pillage de l’homme par l’homme, mais plutôt du meilleur de l’être humain, sa générosité et sa créativité. Accordez à l’individu la liberté il trouvera le moyen de résoudre n’importe quel problème. Mais il y a une bonne raison pourquoi des gens M. Cree usent de démagogie pour tenter de discréditer le libertarianisme, c’est parce que la vraie jungle, c’est ce que nous avons présentement : une orgie de socialisme et de corporatisme qui endette les générations futures et ils en profitent et ont très peur de perdre leurs avantages. Ça prouve que notre message touche le but et gagne de l’ampleur. Je vous encourage à ne pas vous limiter aux propos de gens comme M. Cree, mais de faire l’effort de lire et apprendre plus et faire preuve de pensée critique. Ne vous fiez pas seulement à moi non-plus. Faites vos propres recherches. Lisez Frédéric Bastiat, Friedrich Hayek ou Murray Rothbard et découvrez par vous-même de quoi il retourne.

 

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