Entrevue exclusive avec le sénateur conservateur : Pierre-Hugues Boisvenu

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Par Simon Leduc

Q : Après le meurtre de votre fille, vous avez fondé l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues. Pourquoi avez-vous décidé de créer cet organisme?

R : L’Association a été créée la 4 décembre 2004, un mois après qu’Hugo Bernier ait été reconnu coupable du meurtre de ma fille. À partir du printemps 2003, j’ai commencé à militer pour sa création parce que le système québécois d’aide aux victimes ne supportait pas les familles de personnes assassinées. Toute l’aide était concentrée sur le criminel (l’aide juridique). Auparavant, ce sont des familles seules qui tentaient de changer le système et elles n’arrivaient jamais à le faire. Je me suis dit que je ne pourrai pas changer les choses seul et qu’il fallait créer une association afin d’aider les familles de personnes assassinées ou disparues. J’ai fondé cette association (avec d’autres personnes qui ont perdu un enfant comme moi aux mains d’un récidiviste, comme Michel Surprenant) pour aider les familles de personnes assassinées qui étaient laissées pour compte par le système judiciaire québécois. Je suis devenu président de l’AFPAD lors de la rencontre de fondation (quinze familles étaient présentes) qui a eu lieu le 4 décembre 2004. J’ai été président de l’Association jusqu’en janvier 2010.

Q : Quel bilan faites-vous de votre passage à la présidence de l’AFPAD?

R : Durant mon mandat, l’Association a été en forte croissance (de 15 familles membres au départ jusqu’à six cent en 2010). On a pu ouvrir deux bureaux (à Montréal et à Québec) et on a réussi à obtenir de l’aide financière du gouvernement du Québec afin de financer les opérations. Le bilan de l’AFPAD est très positif car elle a permis de faire changer trois lois gouvernementales. Les familles sont maintenant reconnues comme proches de victimes, les indemnisations pour les funérailles sont passées de 600$ à 3500$ pour chaque famille, elles peuvent recevoir de l’aide psychothérapeutique et lorsqu’elles prennent congé, leurs emplois sont protégés pour deux ans. Au niveau fédéral, on a fait pression sur le gouvernement afin de faire changer une vingtaine de lois qui sont maintenant favorables aux victimes (libérations conditionnelles plus encadrées, des peines de prison plus longues pour les criminels, par exemple, une personne reconnue coupable de meurtre doit maintenant purger une sentence de 25 ans de prison sans possibilité de libération conditionnelle). Je crois que l’Association a permis de remettre les victimes au centre du processus judiciaire alors qu’auparavant, elles étaient totalement exclues. Maintenant, il y a un organisme qui parle aux noms des familles de victimes d’actes criminels et elles ont plus de poids pour défendre leurs intérêts sur la place publique.

Q : Est-ce que l’arrivée des conservateurs au pouvoir en 2006 a aidé la cause des victimes d’actes criminels?

R : Oui, si on n’aurait pas eu un gouvernement conservateur, on n’aurait pas pu faire avancer la cause des victimes. En 2005, j’ai rencontré M. Harper à Sherbrooke afin de le convaincre d’inclure dans son programme électoral, une politique plus musclée en matière de justice criminelle et il a acquiescé à ma demande. Depuis 2006, le gouvernement Harper a adopté une politique de préférence envers les victimes et le système de justice est plus sévère contre les criminels dangereux.

Q : En janvier 2010, le premier ministre Harper vous a offert un poste à la Chambre haute du Parlement Canadien. Pourquoi avez-vous accepté de devenir sénateur?

R : M. Harper m’a appelé le 7 janvier 2010 pour m’offrir un poste de sénateur à la Chambre haute. Il a posé deux conditions à ma candidature. Il m’a demandé si j’adhérais à l’ensemble des politiques du gouvernement conservateur en matière économique et social et si j’allais respecter la réforme du Sénat qu’il voulait mettre en place (mandat de 9 ans). Je lui ai dit que j’étais très à l’aise avec ces deux éléments et ma nomination a été confirmée. J’ai mentionné au premier ministre que je voulais siéger au Sénat pour une durée de six ans afin de faire passer des projets de loi pro-victimes

Q : Cela fait trois ans que vous siégez au Sénat canadien. Quelle est votre plus grande réalisation depuis le début de votre mandat?

R : Ma plus grande réussite est d’avoir donné au Sénat, un porte-parole en matière de victimes d’actes criminels. Je siège sur le Comité des affaires juridiques et constitutionnelles où tous les projets de loi en matière de justice sont scrutés à la loupe. Donc, le fait d’être membre de ce comité me permet de décider qui vient témoigner lors de l’étude d’un projet de loi en matière de justice. Il y a deux conservateurs et un libéral qui y siège et cela nous permet de faire témoigner des organismes qui défendent les victimes d’actes criminels. Également, je siège sur les comités consultatifs des ministres de la Justice et de la Sécurité publique. Ainsi, je peux consulter un projet de loi avant que le ministre ne le présente au Cabinet. De ce fait, je peux influencer sur le contenu d’une loi afin d’inclure des mesures qui sont favorables aux victimes. Comme sénateur, je peux contribuer à la mise en place de politiques plus musclées envers les criminels et qui aident les familles de victimes d’actes criminels. Je suis très fier du projet sur l’assurance-chômage. En janvier dernier, le gouvernement Harper a adopté un projet de loi qui permet à une famille d’une victime d’un acte criminel de recevoir cinquante semaines d’assurance-emploi afin qu’elle puisse s’occuper de ses petits et suivre le procès du meurtrier de son enfant. Je suis très fier de cela car c’est la première mesure pancanadienne qui est adoptée pour les victimes d’actes criminels.

Q : Pourquoi avez-vous accepté de devenir le porte-parole québécois du gouvernement conservateur en matière de justice criminelle?

R : J’ai accepté de devenir le porte-parole de M. Harper en matière de justice car il est personnellement venu me charger pour m’offrir ce poste. Il voulait dans son équipe, un porte-parole crédible au niveau des victimes d’actes criminels. C’est un mandat qui m’intéressait parce qu’avec seulement cinq députés conservateurs dans la Belle province, il fallait que des sénateurs conservateurs les aident dans leurs travaux. De plus, cela donnerait une voix additionnelle aux victimes dans la province. Le fait d’avoir un porte-parole fédéral, cela encourage des victimes de sortir du silence et de dénoncer les actes criminels sur la place publique.

Q : Certaines personnes affirment que vous prenez trop de place au Québec sur les questions judiciaires et qu’un sénateur ne devrait pas occuper une telle fonction car il est un non élu. Que répondez-vous à ces gens-là?

R : Le droit de parole n’est pas une question de représentation. Je n’ai jamais dit que je représentais tous les Québécois et Canadiens au Sénat. Je représente la voix des victimes d’actes criminels à la Chambre haute. Le fait d’être sénateur me permet de défendre une cause spécifique comme d’autres sénateurs l’ont fait dans le passé (par exemple, Jacques Demers avec l’alphabétisation). Je ne pourrais pas faire cela si j’étais un élu car je devrais représenter l’ensemble de ma circonscription et cela ne m’intéresse pas. Je veux me battre pour les victimes, c’est ma première priorité dans la vie. C’est important qu’un sénateur identifie une cause qu’il va défendre car cela valorise le rôle du sénateur qui est très discrédité aux yeux des Canadiens.

Q : Le modèle québécois en matière de justice pénale est basé sur la réhabilition. La population a de moins en moins confiance en notre système de justice. Croyez-vous que celui-ci défend les intérêts des criminels au détriment de ceux des victimes?

R : Je ne crois pas que les intérêts des criminels sont nécessairement mieux défendus que ceux des victimes. Notre niveau de tolérance envers la criminalité est plus élevé au Québec qu’ailleurs au pays. Si on veut savoir si modèle québécois est bon, on doit le comparer au modèle de la Colombie-Britannique. Je vais prendre comme exemple, la criminalité chez les 12-18 ans. Au Québec, au cours des dix dernières années, elle a augmenté de 10%. Tandis qu’en Colombie-Britannique, le taux de criminalité des 12-18 ans a baissé de 50%. Donc, le système de réhabilitation à la sauce québécoise est en mythe car il fonctionne beaucoup moins que les systèmes des autres provinces qui sont basés sur une approche punitive. Je me pose cette question : Si le modèle québécois fonctionne bien, pourquoi les centres jeunesses débordent-ils? Il faut remettre en question le modèle québécois. Au fédéral, on veut investir dans la réhabilitation et dans la prévention de la criminalité chez les jeunes de 12 à 30 ans et en même temps, on veut punir sévèrement les actes criminels avec des peines de prison plus lourdes. C’est une question d’équilibre entre la réhabilitation et la répression. Malheureusement, le modèle québécois préconise le premier élément et il ne livre pas la marchandise.

Q : La majorité des Québécois était en faveur du Bill C-10 qui prévoit un durcissement des peines de prison pour les criminels. L’Assemblée nationale a unanimement dénoncé la loi conservatrice. Pourquoi tous les élus ont unanimement dénoncé la C-10 malgré le fait que la majorité de la population était pour une telle loi?

R : Il y a deux mesures dans C-10 auxquelles le Québec a virulemment dénoncé : des peines minimales pour les délinquants sexuels et la loi sur les jeunes contrevenants. Je crois que c’est une question politique. Le PLQ allait très mal dans les sondages et cela lui prenait une poignée politique afin de faire diversion. C’est pour cela que Jean-Marc Fournier est venu à Ottawa pour dénoncer la loi conservatrice. Quand Québec attaquait la loi C-10, c’était une question purement politique parce qu’il n’avait pas de contenu juridique pour défendre sa position. Je pense que l’opposition des élus à cette mesure démontre bien leur tolérance face à la criminalité. Au Québec, on est plus enclin à prioriser la réhabilitation des criminels que de protéger les enfants. Tandis que dans le reste du Canada, on protège d’abord la population et ensuite la réhabilitation.

Q : Qu’est-ce qui explique l’impopularité générale et véhiculée par les médias du gouvernement ?

R : Le gros défi du Parti conservateur du Canada au Québec, c’est la communication. Je pense qu’on a de la difficulté à apprivoiser la province francophone. On arrive souvent avec des politiques qui sont rejetées par la population parce que les politiciens provinciaux les rejettent. On a de la difficulté à expliquer et à faire comprendre aux Québécois, les bienfaits de nos politiques. Cela s’explique par le fait que l’on communique mal avec la population du Québec. Au niveau de la loi et l’ordre, on a bien expliqué nos réformes aux Québécois et ceux-ci nous ont majoritairement appuyé. On n’a pas réussi à faire la même chose en économie, en environnement et sur la réforme de l’assurance-emploi car on n’a pas de porte-paroles crédibles à ces niveaux-là. Le Québec représente un gros défi pour notre parti, on devra mieux communiquer avec les Québécois et on a deux ans pour le faire.

Q : Que pensez-vous de la réaction M. Harper face à l’affaire Duffy ?

R : Le premier ministre n’aurait pas pu sortir et dénoncer rapidement les gestes de M. Duffy et de son chef de cabinet. M. Harper a dit qu’il était déçu et en colère. Je pense que le premier ministre n’avait pas le droit de sortir et dire, je condamne. C’est à la justice de faire cela. Une fois que celle-ci a dit qu’un tel sénateur n’a pas respecté les règles, c’est le rôle du premier ministre de condamner et d’expulser le sénateur en question. Le chef conservateur a jugé sévèrement la situation. Aurait-t-il pu sortir plus rapidement ? Ce n’est pas son style de condamner tout azimut dès qu’il arrive un événement. Mais, je crois que l’on aurait dû être plus présent dans les médias pour expliquer la situation.

Q : Plusieurs observateurs affirment que Stephen Harper est un chef autoritaire qui ne laisse pas de lassitude à ses députés et sénateurs. Que répondez-vous à cela ?

R : M. Harper n’est pas un chef autoritaire. Jamais le bureau du premier ministre n’a été fermé aux députés et aux sénateurs. J’ai toujours pu parler à M. Harper sans obstruction de la part de ses proches conseillers. Il veut faire respecter la confidentialité du caucus. Il faut laver notre linge sale en famille et non pas le faire sur la place publique. Le premier ministre laisse toute la liberté à ses députés, ses ministres et ses sénateurs de parler. Le PCC est le parti politique qui a le plus de projets de loi qui émanent de députés. Cela veut quand même dire quelque chose.

Q : Vous êtes un sénateur très populaire au Québec. Est-ce que cela vous intéresserait de devenir un candidat vedette pour le Parti conservateur au Québec?

R : Cela ne m’intéresse pas du tout de me présenter aux prochaines élections. Mon projet phare est l’adoption d’une charte des droits des victimes. J’ai réussi à convaincre le gouvernement d’adopter une telle charte. Le printemps dernier, M. Harper a annoncé qu’il irait de l’avant avec ce projet important. Le Canada va devenir le neuvième pays à adopter une charte des droits des victimes. C’est vraiment l’héritage que je vais laisser de mon passage au Sénat. Quand je vais quitter la Chambre haute, je vais retourner travailler pour l’AFPAD. Je vais continuer de faire des conférences dans les écoles et rencontrer des jeunes décrocheurs car la graine qui sème la délinquance est le décrochage scolaire. Cela est important pour moi t’aider ces jeunes-là. Donc, toute candidature aux élections est totalement exclue pour moi.

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2 réflexions au sujet de « Entrevue exclusive avec le sénateur conservateur : Pierre-Hugues Boisvenu »

  1. Entrevue complaisante et décevante. En quoi Contrepoids remplit son mandat « d’alternative à la pensée unique médiatique » si c’est pour lancer de la balle donnée ?

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