L’extrémisme religieux et la liberté d’expression

Les quatre conférenciers de l’évènement du collectif 1ndépendance (de gauche à droite et de haut en bas) : Mohammed Patel, Nader Abou Anas, Farid Mounir et Mohammed François.
Les quatre conférenciers de l’évènement du collectif 1ndépendance (de gauche à droite et de haut en bas) : Mohammed Patel, Nader Abou Anas, Farid Mounir et Mohammed François.

Par PhilippeDavid

 

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour votre droit de le dire »  -Voltaire

 

Pour moi, cette citation de Voltaire a toujours été le summum de ce que signifie la liberté d’expression. C’est un droit naturel absolu qui permet à quiconque d’exprimer sa pensée, sans peur de représailles. C’est probablement le meilleur témoin de la liberté d’un pays. Plus cette liberté est attaquée, moins le pays  est libre. Dernièrement, je crois que cette liberté au Québec est de plus en plus mal amochée.

Un exemple plus que pertinent s’est produit la semaine dernière, alors qu’Agnès Maltais, qui est entre autres choses l’actuelle  Ministre de la condition féminine, a envoyé une lettre à son homologue fédéral afin d’interdire l’entrée au Canada de quatre prédicateurs islamistes radicaux qui doivent livrer une conférence au Palais des Congrès de Montréal prochainement. J’ai depuis participé à de nombreux débats sur Facebook à ce sujet et j’ai été surpris de voir plusieurs de mes collègues de droite appuyer la démarche de la ministre et je dois m’insurger contre cette tactique qui consiste à utiliser la force de l’état pour bâillonner ceux qu’on ne veut pas entendre.

Des positions mysogines et rétrogrades

Je ne suis pas un fan des extrémistes religieux.  Loin s’en faut. En fait je les trouve ridicules. Je trouve leur pensée rétrograde et diamétralement opposée à toutes les valeurs qui ont fait du Canada et du Québec des endroits où il fait généralement bon vivre. C’est parce que nous avons embrassé les idées libérales d’égalité devant la loi, de liberté de conscience, d’expression et de religion, de respect de la propriété et des droits humains et de séparation de l’Église et de l’État. Ces idées sont issues tout droit de l’humanisme et du libéralisme classique qui sont le fondement de la civilisation occidentale et qui n’aurait pu se développer que dans une culture judéo-chrétienne. Ces valeurs sont enracinées dans le plus profond de mon être et je ne crois pas être le seul. Je suis donc très offensé par des gens qui cherche à m’imposer une culture qui traite les femmes comme des citoyens de seconde classe et qui exécute les homosexuels et persécute les autres religions, y compris le choix de n’adhérer à aucune religion. Je déteste ceux qui font du prosélytisme. Ça m’irrite au plus haut point. Et je me dis souvent que s’ils ne veulent pas épouser les valeurs sur lesquelles notre pays est fondé, que diable font-ils ici? Ceci dit, comme Voltaire, je me battrai jusqu’à la mort pour qu’ils aient le droit de dire ce qu’ils veulent.

 

Offenser les gens n’est pas un crime

Si c’était le cas. Il y a longtemps que je purgerais une peine de prison parce que j’ai certainement offensé un grand nombre de personnes dans mes chroniques et si j’ai le droit d’offenser les autres, pourquoi pas eux? Je déteste quand on accuse quelqu’un de « discours haineux ». Je considère que c’est un terme vaseux qui peut être interprété de mille et une façons et qui peut tout aussi bien être retourné contre vous que d’être utilisé contre eux. Essayez de critiquer les islamistes et eux aussi vous accuseront de discours haineux. Les mêmes arguments qui sont utilisés pour empêcher ces quatre prédicateurs d’entrer au Canada, ont été utilisés pour interdire le plus grand pourfendeur de l’islamisme, Geert Wilders et des personnalités de la droite américaine comme Ann Coulter.  Quand on laisse le choix à l’état de décidé quel discours peut être entendu et quel ne le peut pas, ne soyez pas trop surpris si un jour vous êtes vous-même persécuté pour vos idées. Si nous restreignons la liberté d’expression, pour quelque raison que ce soit, même si les intentions sont bonnes, il n’y a plus de liberté d’expression. Il n’en restera plus qu’une illusion. Un pays n’est pas libre si les gens ne peuvent penser comme ils veulent et s’exprimer librement.

Que cherchons-nous à accomplir au juste?

Croyons-nous pouvoir nous protéger de leurs idées en les empêchant de franchir nos frontières ou en les jetant en prison, comme certains me l’ont suggéré? Vous croyez qu’ils ne pourraient pas livrer leur discours par vidéoconférence sur un écran géant s’ils le voulaient. Ils pourraient le faire à partir de n’importe quel point du globe et vous ne pourriez rien faire pour les en empêcher. Quant à l’idée de la prison, vous en feriez simplement des martyrs. Mais pire encore, si le but est de leur enseigner que nos valeurs sont meilleures que les leurs et qu’ils devraient plutôt les accepter, c’est plutôt raté. Comment allez-vous les convaincre d’embrasser des valeurs que vous reniez? Comment allez-vous leur enseigner la tolérance en étant vous-mêmes intolérants. Si vous voulez défendre vos valeurs et vos principes, encore faut-il que vous les respectiez. Vous ne pouvez pas vous permettre de les compromettre.

Diversion 101

Que cherche à accomplir Agnès Maltais et le PQ selon vous? Pourquoi Agnès Maltais a-t-elle demandé l’assistance du fédéral alors qu’elle aurait pu agir dans sa propre juridiction en interdisant la conférence au Palais des Congrès, qui est un édifice public après tout? Était-ce peut-être parce qu’elle compte sur le fait que les conservateurs risquent fort de ne pas donner suite à sa demande liberticide? Est-ce aussi parce que cet évènement est aussi un parfait préliminaire à l’introduction de la fameuse Charte des valeurs québécoises? N’est-ce pas qu’un autre psychodrame identitaire serait une merveilleuse diversion pour faire oublier aux québécois la façon totalement inepte que le PQ a géré notre économie jusqu’ici et que nous avons perdu 38 000 emplois juste le mois dernier? Chose certaine, ça a fonctionné!

 

Gagner les cœurs et les esprits

Dans la bataille contre l’extrémisme religieux, la répression n’a jamais été la solution. Il faut gagner les cœurs et les esprits par la force des idées.  Nos valeurs ont fait de notre société une société juste qui protège le faible et valorise la vie. Il n’appartient qu’à nous de démontrer que notre voie est la meilleure et nous ne pouvons faire ça en reniant nos principes fondamentaux.  Montrez-leur que grâce à ces principes, vous êtes libres, alors qu’eux sont esclaves. Plutôt que d’interdire le voile, montrer leur que c’est mieux d’avoir la liberté de ne pas le porter. Plutôt que de les empêcher d’entrer, montrez-leur plutôt que vous êtes prêts à défendre vos propres convictions et affronter les leurs.  C’est ce qu’on fait dans un pays libre.

 

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8 réflexions au sujet de « L’extrémisme religieux et la liberté d’expression »

  1. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour votre droit de le dire » (et ces multiples variantes) est attribué, à tort, à Voltaire. Il ne l’a jamais écrit, jamais dit… je sais bien que cette fausseté a tellement été dite et même rabâchée, qu’on a l’impression qu’elle est devenue une vérité. Mais le fait est qu’il ne s’agit pas d’une citation de Voltaire.

    Pour le reste, je n’ai pas encore de position claire… pour avoir vécu une vingtaine d’année en Europe, je connais les véritables dangers du « laisser-aller » quand on parle d’islamisation. Durant les années 70-80, il FALLAIT laisser les gens s’exprimer à tout prix et venir s’installer dans nos démocraties aux pieds d’argile. Alors, l’Europe a ouvert les portes, l’Europe a laissé faire… au non de la liberté et de l’expression libre.

    Mais aujourd’hui, des filles qui osent ne pas porter de voile se font insulter, bousculer et même parfois violenter dans les quartiers nord de Marseille ou dans la banlieue de Lille.

    À Lyon, un homme qui osait boire un café durant le Ramadan s’est fait tabasser, en plein jour, à la terrasse d’un bar.

    À Paris et à Londres, on commence à voir des rues qui sont mis sous le contrôle de la Charia (non officiellement, bien-sûr), mais où l’on interdit l’alcool, les jupes courtes et tout ce qui n’est pas Halal.

    Mais là, on fait quoi ? … Les Français, après trente années de laisser-faire ont imposé certaines restrictions. Mais il est déjà trop tard quand on connaît la situation. Alors ce sont les affrontements : l’on voit des asiatiques s’en prendre à des musulmans qui les menaçaient, je lisais encore hier que des asiatiques en France comptaient faire appel à la mafia pour contrer les groupes d’extrémistes musulmans, à d’autres endroits, ce sont des habitants installés depuis plusieurs générations qui sont obligés de partir… rendus minoritaires, ils se font harcelés parce qu’ils ne sont pas musulmans…

    On l’a vu venir, depuis les années 80… mais lorsqu’on dénonçait cette dérive fascislamiste, on passait pour des intolérants. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à quitter la France, pour bien des raisons, certes, mais quand on leur demande, ils finissent par parler de la « liberté d’expression » que l’on a donné aux autres… en échange de la leur.

    Lorsque je regarde le Québec et le Canada, je revois la France de la fin 70, début 80… les années où l’on se sentait pas menacé, où certains trouvaient ça même « cool » de voir des femmes voilées (alors que ce n’était même pas permis dans certains pays à majorité musulmane).

    Il FAUT faire quelque-chose. Est-ce que la solution péquiste est la bonne ? On en sait rien, on ne connaît même pas le contenu de leur proposition !

    1. @ Dirty Harry

      Make my day!

      « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour votre droit de le dire » (et ces multiples variantes) est attribué, à tort, à Voltaire. Il ne l’a jamais écrit, jamais dit… je sais bien que cette fausseté a tellement été dite et même rabâchée, qu’on a l’impression qu’elle est devenue une vérité. Mais le fait est qu’il ne s’agit pas d’une citation de Voltaire.

      Qu’elle soit attribuée à Voltaire à tort ou non n’en change pas la justesse. C’est le message qui compte et non le messager, ou n’aviez-vous pas compris ce point dans mon texte?

      Pour le reste, je n’ai pas encore de position claire… pour avoir vécu une vingtaine d’année en Europe, je connais les véritables dangers du « laisser-aller » quand on parle d’islamisation. Durant les années 70-80, il FALLAIT laisser les gens s’exprimer à tout prix et venir s’installer dans nos démocraties aux pieds d’argile. Alors, l’Europe a ouvert les portes, l’Europe a laissé faire… au non de la liberté et de l’expression libre.

      Laissez-moi vous aider à clarifier votre position alors. L’Europe n’est pas dans la merde à cause de la libre expression mais par un manque de libre expression. L’Europe est dans la merde à cause de la doctrine multiculturaliste qui dit que toutes les cultures s’équivalent et qui a bâillonné les opposants à l’islamisme en les taxant de racisme et d’islamophobie. L’Europe est dans la merde parce que les européens se sont fait berner en votant des lois contre le discours haineux qui les ont laissé sans défense contre les islamistes, qui ont joué aux victimes et ont retourné ces lois contre eux.

      Le discours des islamistes a été protégé pendant que leurs opposants comme Geert Wilders ont été bâillonnés et honnis.

      1. Qu’elle soit attribuée à Voltaire à tort ou non n’en change pas la justesse. C’est le message qui compte et non le messager, ou n’aviez-vous pas compris ce point dans mon texte?

        À aucun moment, dans ma réponse, je ne m’en suis pris à la justesse de la citation.

        Il s’agit juste d’un fait : non, cette citation n’est pas de Voltaire, contrairement à ce qui est indiqué. Il faut savoir rendre à César ce qui appartient à César… et inversement. Il s’agissait JUSTE d’apporter une correction, sans plus… je n’aurais jamais pensé avoir à revenir là-dessus.

        Maintenant, d’après le ton de votre réponse, il semblerait qu’il s’agisse plus d’un excès de susceptibilité… désolé, mais si chacun commence à présumer de la pensée des autres, ou d’attribuer des idées à un grand personnage juste pour un « effet de manche », le débat n’en sortira pas grandi, bien au contraire.

        Mais voilà, au lieu d’acquiescer et, pourquoi pas, d’apporter une correction à cette erreur (je n’attendais pas nécessairement de remerciements), vous sous-endendez que je suis peut-être trop stupide pour avoir compris le sens du texte. Soit.

        Disons que ça n’incite pas trop à poursuivre la discussion… n’est-ce pas ?

        1. Mais voilà, au lieu d’acquiescer et, pourquoi pas, d’apporter une correction à cette erreur (je n’attendais pas nécessairement de remerciements), vous sous-endendez que je suis peut-être trop stupide pour avoir compris le sens du texte. Soit.

          Désolé, ce n’était pas mon intention. J’ai cru à tort que vous attaquiez la citation en questionnant son origine.

          1. L’essentiel est que les doutes sont maintenant dissipés. Surtout que, de mon point de vue, toutes les idées peuvent être discutés… débattues… Il n’y a bien que ceux qui ne sont pas certains de leurs opinions qui peuvent craindre la véritable liberté d’expression.

            … mais ils sont dans les deux camps. C’est ça le problème ! Combien de fois j’ai pu voir des gauchistes, ou des libertariens, refuser ou censurer le débat lorsqu’ils arrivent à court d’arguments. « Ce ne sont pas de vrais libertariens » me direz-vous ? Sans doute, mais c’est leur problème pas le mien !

            Quand je vois que l’on ridiculise des opinions, parce qu’on ne parvient pas à argumenter… ou que l’on fuit le débat, pour les mêmes raisons, j’avoue que ça ne m’impressionne pas… et ça, que cela vienne d’un gauchiste (mais on s’y attend), d’un conservateur ou d’un libertarien.

            C’est pour cela que, oui, PLUS de liberté d’expression devrait, logiquement, être la solution… sauf que l’on est loin d’être prêts pour ça. Et quand je dis « on », j’inclus tout le monde, car il y a toujours une part d’intolérance et d’orgueil en nous. Il est juste plus ou moins présent… et à un moment donné, la liberté d’expression s’arrête là… puis quelqu’un est brimé.

            Bref, personnellement, j’ai toujours considéré cette idée comme faisant partie des « vaines » utopies et plus ça va, plus j’en suis convaincu.

            On fait quoi donc ? Là est la question !

          2. @ Dirty Harry

            C’est pour cela que, oui, PLUS de liberté d’expression devrait, logiquement, être la solution… sauf que l’on est loin d’être prêts pour ça. Et quand je dis « on », j’inclus tout le monde, car il y a toujours une part d’intolérance et d’orgueil en nous. Il est juste plus ou moins présent… et à un moment donné, la liberté d’expression s’arrête là… puis quelqu’un est brimé.

            Les États-Unis ont bien des problèmes, mais ils n’ont pas de gros problème d’islamisation et les immigrants s’intègrent mieux là qu’ici. Une des raisons est qu’ils n’ont pas une doctrine multiculturaliste enchâssée dans leur constitution et une autre est que leur 1er amendement dit spécifiquement « Congress shall make no laws ton infringe on freedom of expression ». Il n’ont aucune loi contre le discours haineux parce qu’elle serait inconstitutionnelle. On peut effectivement y critiquer l’islam et ne pas avoir à se préoccuper de se faire trainer devant un tribunal des droits de la personne. Il y a une leçon là.

  2. « Le discours des islamistes a été protégé pendant que leurs opposants comme Geert Wilders ont été bâillonnés et honnis. » N’est-ce pas ce que vous êtes en train de faire en laissant des islamistes radicaux venir semer la haine de nos valeurs si chèrement acquises. L’égalité homme-femme n’est elle pas une notion incluse dans les chartes des droit (canadienne et québécoise)? Pourquoi laissons-nous des individi=us piler à deux pieds sur nos chartes des droits ??? La laïcité chèrement acuise qui fait que nos églises se vident et que les mosquées foisonnent est-elle en danger grâce à ces extrémistes qui exigent des lieux de prièeres dans les lieux publics et nos écoles non confessionnneles (on y a enlevé nos crucifiX), n’ont-ile pas assez de mosquées pour prier ??? Le laisser faire que vous reprochez aux européens, êtes vous en train de le glorifier ???

    1. @ Fernand Trudel

      « Le discours des islamistes a été protégé pendant que leurs opposants comme Geert Wilders ont été bâillonnés et honnis. » N’est-ce pas ce que vous êtes en train de faire en laissant des islamistes radicaux venir semer la haine de nos valeurs si chèrement acquises.

      Le problème n’est pas que les islamistes radicaux sèment la haine de nos valeurs, c’est que nous nous bâillonnons nous-mêmes grâce au multiculturalisme. Essayer d’empêcher les islamistes de parler ne résoudra pas le problème. Ils ont mille et une façons de passer leur message par l’internet, par des publications distribuées dans les mosquées et les madrassa. Vous ne pouvez et ne devriez pas les faire taire. Ce que nous devrions faire, c’est d’être capables de leur répliquer sans se faire taxer d’islamophobes et de racistes. Il faudrait aussi que nous cessions de laisser les islamistes nous intimider et intimider nos médias.

      Il n’y a pas de danger que leure idéologie soit adoptée par une majorité de musulmans, encore moins par une majorité de québécois. Ce qui pousse les jeunes musulmans à se radicaliser est le plus souvent un sentiment d’exclusion dans la société d’accueil. Des choses comme interdire les prédicateurs de venir ici ou la soi-disant charte des valeurs québécoises ne vont qu’exacerber ce sentiment d’exclusion. Ce que nous devons faire c’est de laisser les radicaux se marginaliser eux-mêmes et faire la promotion active de nos propres valeurs, pas faire comme si nous avions honte de notre propre culture comme nous faisons présentement.

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