La charte de la discorde

burqua

Par Philippe David

Il y a des fois où je souhaiterais que plus de mes collègues de droite adhèrent au principe de non-agression. Ou du moins, que plus d’entre eux comprennent le concept. Ça m’éviterait bien des disputes avec des gens qui sont autrement mes alliés. J’ai beaucoup de respect pour eux, mais je resterai toujours fidèle à mes principes. S’ils perçoivent ça comme une trahison, qu’il en soit ainsi.

Il y en a, même à la droite du centre, qui ont des tendances collectivistes et pour qui la fin justifie souvent les moyens, même si ça viole des principes fondateurs de notre société libérale. Je ne les nommerai pas, mais ils se reconnaîtront sans doute. Je tiens à leur rappeler que les droits individuels ne sont pas sujets à compromis. Que toute violation de ces droits affaiblit notre société. Que nos principes ne comptent pour rien, si nous ne les appliquons pas même envers nos pires ennemis. Si nos actes ne suivent pas les paroles, alors les paroles ne valent rien.

Je me confesse, je suis athée. Je n’adhère à aucune religion, bien que j’ai été baptisé et confirmé dans l’Église catholique. J’ai depuis bien longtemps abandonné cette foi, et je conçois mal de pouvoir un jour y croire encore. Ça prendrait littéralement un miracle. Je considère toutes les religions comme étant des amas de superstitions parfois ridicules. Malgré tout, j’ai toujours accepté que d’autres puissent avoir ce besoin de croire en un être supérieur et j’admets même que ces croyances peuvent avoir un côté positif et qu’elles sont une source de réconfort pour certains. Alors loin de moi l’idée de vouloir imposer mon athéisme à qui que ce soit. Je ne prétendrai pas un seul instant que ce qui est bon pour moi, est automatiquement bon pour mon voisin. Je ne serai pas celui qui viendra vous dire en quel dieu croire ou ne pas croire et je n’ai aucun problème à vous laisser croire ce que vous voulez, tant que vous n’essayez pas de m’imposer vos croyances. La liberté de religion qui vous permet de croire à se que vous voulez et la liberté d’expression qui vous permet d’exprimer votre foi librement font partie de mes principes et jusqu’à récemment, je croyais que ces principes étaient partagés par la plupart des québécois. Cependant, je commence à en douter sérieusement. La soi-disant

« Charte des valeurs québécoises » est une des raisons de mes doutes. Non seulement cette charte est-elle un exemple patent de tyrannie de la majorité, mais elle ne résout même pas les problèmes qu’elle prétend résoudre.

La neutralité de l’État

Supposément, on veut implémenter cette charte afin de garantir la « neutralité » de l’état en matière religieuse. Selon cette logique, il serait donc inapproprié pour tout employé de l’état d’afficher sa croyance religieuse en portant des signes ostentatoires tels le hijab, la kippa ou le turban. Selon les partisans de cette charte, ces signes religieux affecteraient la qualité des services qu’ils reçoivent. Je me demande vraiment en quoi ça affecte la livraison de mon permis de conduire à la SAAQ si le type derrière le comptoir porte un turban? Est-ce que ça veut dire que sa croyance fera que la photo de mon permis aura une pire apparence que si elle était-prise par quelqu’un de foi catholique? Est-ce qu’un infirmier qui porte une kippa est moins apte à prodiguer des soins que celui qui n’en porte pas? Est-ce qu’une agente de bureau d’un ministère qui n’a aucun contact avec le public, mais qui porte un hijab, exercerait un biais quelconque qu’une qui n’en porte pas n’aurais pas? Un juge qui porte un crucifix assez grand pour être remarqué sera-t-il automatiquement moins impartial qu’un juge qui n’en porte pas? En d’autre mots, le simple fait qu’un employé de l’état affiche ses croyances religieuses affecte-t-il vraiment le principe de neutralité de l’état? Ce principe repose-t-il dans une apparence aseptisée de toute appartenance religieuse des employés de l’état, ou plutôt dans ses politiques?

La neutralité de l’état ne provient-elle pas surtout du fait que l’état doit traiter tous ses citoyens également peut importe sa race, son sexe, son orientation sexuelle ou sa religion? Est-ce que le fait que l’état permette à ses employés d’afficher leur croyance compromet ce principe? L’état ne devrait-il pas au contraire représenter la mosaïque des millions d’individus qu’il représente? N’est-ce pas pour ça que nous avons des programmes de discrimination positive? Alors, pourquoi voulons-nous subitement effacer cette diversité du visage de l’état? L’état ne peut-il pas être neutre et afficher sa diversité en même temps?

Le fond du problème

Quel est le fond du problème? Que cherche-t-on à résoudre? Pourquoi est-il soudainement nécessaire de piétiner la liberté de religion et la liberté d’expression, pourtant deux de nos valeurs fondamentales, afin de protéger nos soi-disant « valeurs »? N’est-ce pas un petit paradoxe? Percevons-nous la diversité des croyances religieuses comme une menace imminente? Ou succombons-nous à notre mentalité de village gaulois assiégé avec une réponse irrationnelle et disproportionnée?

Avouons-le maintenant. Le problème n’est pas le judaïsme, le sikhisme, le bouddhisme, l’hindouisme ou le christianisme. Le problème commence par un « i » et finit par un « slam », ou plus précisément l’instrumentalisation de cette religion à des fins politiques. Ce qu’on appelle l’islamisme. À croire certains de mes collègues de droite, les islamistes vont bientôt nous envahir et nous imposer la charia et si nous nous prononçons contre le projet de charte des valeurs, c’est parce que nous sommes des anti-péquistes hystériques. Au dernier recensement, il y avait 243 430 musulmans au Québec et 5.7 millions de catholiques (je ne compte même pas les autres religions qui comptent pour plus d’un million tous réunis). Autrement dit, même si on ouvrait très grand les vannes de l’immigration et qu’ils se reproduisent comme des lapins, c’est pas demain la veille qu’on verra un parti islamique faire campagne sur l’imposition de la charia et avoir une chance de gagner. Nous ne sommes même pas capable d’avoir un parti à la droite du centre capable de prendre le pouvoir à court-terme! C’est qui les hystériques?

Notre vrai problème n’est pas d’avoir des musulmanes voilées dans le secteur public. Ça s’est le moindre mal. Le problème c’est que nous admettons plus d’immigrants que nous pouvons intégrer et que nous les choisissons selon les mauvais critères. Nous priorisons le français par-dessus tout, ce qui nous condamne à accepter une part disproportionnée d’immigrants issus d’anciennes colonies françaises nord-africaines. Qu’est-ce que la charte du PQ fait pour ça? Absolument rien! Zip! Nada! Alors les mecs. Vous voulez une loi juste pour les apparences ou voulez-vous une loi qui s’attaque au vrai problème? Alors pourquoi vous vous êtes soudainement transformés en meneuses de claques pour le PQ?

Je n’ai pas de problème avec l’idée de combattre l’islamisme, mais encore faut-il qu’on emploie le bon remède. Être contre cette charte, ce n’est pas d’être doctrinaire et ce n’est pas d’être pro-islamisme, c’est réfléchir avec autre chose qu’avec ses gonades!

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9 réflexions au sujet de « La charte de la discorde »

  1. Récemment le maire de Huntington, Stéphane Gendron, a failli remettre les clefs de sa municipalité aux islamistes pour qu’ils forment une communauté. Il était prêt à leur offrir un cimetière bien à eux pour qu’ils viennent en grand nombre envahir sa petite ville en retour d’investissement de pétro dollars du Moyen-Orient. Comme idiot utile pour former un noyau d’islamistes on ne fait pas mieux.

    Il y a quelques années c’était le contraire à Hérouxville où l’on avertissait les nouveaux arrivants qu’Ils devraient se soumettre au code de vie légalement voté au conseil municipal.

    En si peu de temps, à t’on renié nos principes pour quelques millions ???

  2. Bon article.
    A mon humble et sincere avis toute personne qui parle POUR la charte temoignent d’un manque de jugement. Ils ignorent les vraies problemes du Quebec. Il temoigne d’un certain desespoir face a la poursuite de leur cause souverainiste. Iil sont pret a brimer les droits de leurs co-citoyens qui sont pas « de souche ». Il temoignent d’une inconscience et un egoisme. Ils comprennent pas et ne respectent pas l’identite de l’autre, ce qui provient, ironiquement de l’insecurite identitaire du Quebecois. Et il temoignent d’un oublie profond de l’importance de la liberte, la liberte d’expression et la liberte DE l’intervention gouvernementale dans nos vies, cause pour laquel nous avons faits plusieurs guerres.

  3. « La neutralité de l’état ne provient-elle pas surtout du fait que l’état doit traiter tous ses citoyens également peut importe sa race, son sexe, son orientation sexuelle ou sa religion?  » OUF! Pas mal désolant voir la religion placé dans le même contexte que des positions que ne son pas de CHOIX.

    On est NÉ homosexuelle, noir, infirme, femme… la religion n’est qu’une idée CHOISI comme une autre et aucunnement plus importante. Que l’idée soit politique, philosophique ou surnaturel AUCUNE ne mérite un statue privilégié sur l’autre et SURTOUT pas à égalité avec une personne.

    De plus, pourquoi est-ce que personne ne demande pas qu’on retourne le droit aux enseignant catholique de retourner avec le port de l’uniforme que leurs à enlevé dans les années soixante?

    Et ou est la défense pour que les employés de l’état puisse porter des couleurs politique au travail?

    Je suis vraiment tanné de voir la religion est placé sur un pied d’estale plus haut que d’autres idées et surtout la voir placé dans la même catégorie que des droits aux personnes. On est au 21ième siècle! Pas au 11ième.

    Les gens ont des droits, les idées ont pas de droits.

    1. @ Ricky

      « OUF! Pas mal désolant voir la religion placé dans le même contexte que des positions que ne son pas de CHOIX. »

      Ne vous en déplaise, la liberté de religion est reconnue comme un droit fondamentale par les Chartes des droits et libertés canadienne et québécoise, ainsi que par la déclaration universelle des droits de l’homme. C’est votre attitude liberticide qui est désolante.

      « Et ou est la défense pour que les employés de l’état puisse porter des couleurs politique au travail? »

      Puisque l’agenda de l’état est intimement lié la partisannerie politique, alors que la séparation de l’église et de l’état garantit qu’il n’est pas influencé par la religion, il est donc approprié que les agents de l’état soient politiquement neutres dans l’exercice de leurs fonctions.

      « Les gens ont des droits, les idées ont pas de droits. »

      Et un de ces droits est de croire ou ne pas croire en la religion de son choix sans risque de persécution.

  4. Vraiment désolant de voir à quel point tu catégorise tout les gens pour la laÏcité comme une gang d’ignorant.

    Je suis pour la laïcité mais pas pour une laïcité demi-mesure qui est incohérante. J’ai aucun problème à ce que les gens pratique les idées qu’ils veulent mais en aucun temps est-ce que j’accepte que des gens de certaines idées aient plus de droits que moi et en ce moment on a cela,

    La démocratie, la laïcité sont le fondement de toute bonne démocratie.

    1. « Je suis pour la laïcité mais pas pour une laïcité demi-mesure qui est incohérante. J’ai aucun problème à ce que les gens pratique les idées qu’ils veulent mais en aucun temps est-ce que j’accepte que des gens de certaines idées aient plus de droits que moi et en ce moment on a cela, »

      Vous avez le droit de croire ce que vous voulez et ils ont également ce droit. La laïcité est simplement le principe que l’état ne doit favoriser aucune religion particulière et c’est ce exactement qu’il fait au Québec depuis 1960.

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