De la « dénaturation des droits » selon Bock-Côté

Bock-Cote

Par Philippe David

Encore une fois, dans sa critique de la réponse du Barreau du Québec au sujet du projet de loi 60, Mathieu Bock-Côté fait preuve soit d’ignorance, soit de mauvaise foi et pour un homme de son érudition, la thèse de l’ignorance est difficile à avaler.

Selon lui, nous serions en proie à une « dénaturation des droits et du droit » par une idéologie radicale.  De dire Bock-Côté :

«Il y a, dans notre société, des «intégristes» de la Charte des droits. Ils la traitent comme un texte sacré. Celui qui refuserait de s’y convertir deviendrait un ennemi du genre humain. Mais vivions-nous en dictature avant la Charte des droits de Trudeau? Les pays européens vivaient-ils en tyrannie avant que la Cour européenne des droits de l’homme n’étende peu à peu son empire?»

Par cette description, Bock-Côté est très démagogique et il s’attaque à tout ce qu’il y a de plus fondamental dans un état de droit. Tout d’abord, je questionne même son interprétation de la nature des droits. Ces droits ne nous proviennent pas des Chartes de Droits et Libertés (canadienne ou québécoise), ils les précèdent.  Les droits et libertés ne proviennent d’aucun gouvernement, d’aucun politicien ou bureaucrate, ils proviennent de notre statut d’être humain et rien d’autre. Les chartes de droits ne sont que l’affirmation d’un état de droit à vouloir respecter ce principe et protéger les droits de tous ses citoyens. D’ailleurs, il accuse la charte canadienne des droits, sans mentionner que le projet de loi 60 ne passe pas non-plus le test de la charte québécoise telle qu’elle est écrite présentement.

Selon lui, nous devrions remettre les chartes de droits en question comme étant l’empêchement du peuple d’atteindre ses aspirations. Pourtant, combien de fois avons-nous été témoins de peuples qui se sont soumis démocratiquement à une tyrannie. Il ne faut jamais oublier que la démocratie n’a jamais été garante de la liberté et que sans le droit pour mettre un frein aux caprices de la majorité, elle n’est en réalité que le viol collectif de 49% de la population par l’autre 51%.  Un mal ne devient pas subitement un bien parce que la majorité veut qu’il le soit.

La défense des  droits ne provient pas d’une forme de radicalisme, elle provient d’un impératif moral. Que tous les individus sont égaux devant la loi et bénéficient des mêmes droits. Que les états, s’il doit y en avoir, sont institués pour protéger ces droits et non les bafouer. La branche judiciaire existe non pas pour instituer une « dictature des juges » mais pour protéger l’individu de son propre gouvernement, parce que des mauvais gouvernements existent et même ceux qui ont une longue tradition libérale peuvent subitement devenir tyranniques par pur électoralisme.

S’il existe une raison pour laquelle Mathieu Bock-Côté s’obstine à défendre l’indéfendable, c’est qu’il chérit le projet souverainiste plus que la primauté du droit. Je crois qu’il est impossible qu’il ne sache pas que la charte des valeurs péquiste n’est autre qu’une manœuvre électoraliste qui permettrait au PQ d’élire un gouvernement majoritaire. Il est trop intelligent pour ne pas savoir que cette charte a été faite expressément pour être contestable afin de donner des munitions contre le gouvernement fédéral et alimenter la ferveur pour un nouveau référendum lorsque la charte sera inévitablement rejetée par la Cour Suprême. Non, il est certainement trop intelligent pour ne pas savoir qu’il se fait complice de cette manœuvre en défendant cette charte bec et ongle. Après tout, la fin justifie les moyens.

Cependant, ce qui devient de plus en plus apparent dans ce genre d’attitude, c’est que le projet souverainiste commence à ressembler de plus en plus à une république bananière. Quand le PQ et ses sbires en sont à de telles manœuvres pour mousser leur option, je me dis qu’il serait grand temps de mettre fin à leur projet une fois pour toute.

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Une réflexion au sujet de « De la « dénaturation des droits » selon Bock-Côté »

  1. Mille fois hélas vous avez raison de fous questionner sur les intentions du PQ et de plusieurs souverainistes ! C’est alarmant de voir cette montée d’un nationalisme ethnique ici comme en France d’ailleurs … Je me demande parfois si les souverainistes si proches de leur mère patrie ne voit pas dans le Front Natinal et leurs succès grandissant, une porte vers leur propre salut ? Mais il n’y a pas de porte au nationalisme ethnique , il n’y a qu’un mur …

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