Charité bien ordonnée…

Par Philippe David

Ainsi, il semble que le gouvernement péquiste est insatisfait de la façon que le gouvernement fédéral gère l’aide internationale à travers l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI). Au fait, les péquistes ont-ils déjà été satisfaits de quoique ce soit provenant du fédéral?  Le ministre Jean-François Lisée, cherchant probablement une raison pour justifier son salaire et sa limousine, a décidé que le gouvernement du Québec devrait créer sa propre agence d’aide internationale, l’Agence Québécoise de Solidarité Internationale. Une autre mauvaise idée parmi tant d’autres.

Charité bien ordonnée commence par soi-même

C’est un vieil adage que M. Lisée ne connaît apparemment pas. Pourtant, depuis deux semaines, nous lisons dans tous les journaux que le Québec vit déjà au-dessus de ses moyens et que ses dépenses sont insoutenables. Dans la réalité, le Québec est dans cette situation depuis plusieurs décennies, ce que M. Lisée nie énergiquement depuis des années en traficotant des chiffres à qui mieux mieux pour essayer de prouver son point, mais s’il avait raison et qu’il était faux que nous vivons au-dessus de nos moyens, pourquoi recevons-nous le plus gros chèque de péréquation de toutes les provinces, plutôt que d’être un des payeurs comme l’Alberta et la Colombie-Britannique? Pourquoi en fait, recevons-nous 16 milliards de plus du fédéral qu’il récolte en revenus d’ici?

Mais M. Lisée semble ne percevoir aucune contradiction à offrir de a charité sous forme d’aide internationale à d’autres gouvernements alors que nous sommes nous-même bénéficiaires de la « charité » canadienne que, même avec cette « charité », notre ministre des finances peine à boucler son budget sans déficit alors que l’économie n’est pas en récession. Diantre! Où est-ce que M. Lisée compte trouver le 50 millions qu’il voulait confier à cette nouvelle agence?

Quand on est cassés comme des clous et dans les dettes jusqu’au cou, avons-nous vraiment les moyens d’être « charitables »?

Même si nous avions les moyens

Même si nous avions les moyens de faire la charité. Même si nous ne vivions pas largement au-dessus de nos moyens et que nous n’avions pas une dette trop élevée, cette agence ne serait pas une bonne idée parce que l’aide internationale d’un gouvernement à un autre n’a toujours été qu’un énorme gaspillage d’argent et n’a jamais vraiment servi qu’à engraisser les gouvernements corrompus du tiers-monde. Rarement l’argent donné de cette façon a-t-elle abouti dans les mains de ceux qui en avaient vraiment besoin, un peu comme très peu de l’argent qui nous est extorqué par les Agences de Revenu Québécoise et Canadienne sert vraiment à aider les plus défavorisés ici. L’aide internationale, c’est piller les pauvres des pays riches pour le donner aux riches des pays pauvres.

D’ailleurs, la charité n’a jamais été autre chose qu’une solution temporaire et si nous avions vraiment à cœur d’aider les pays les plus pauvres, le meilleur moyen a toujours été de commercer avec eux et leur ouvrir notre marché. C’est comme ça qu’ils ont la possibilité de gagner leur pain honnêtement. La charité permanente n’a jamais fait autre chose que de cultiver une dépendance permanente. C’est plutôt à développer le commerce avec ces pays et abattre les barrières tarifaires que M. Lisée devrait concentrer ses efforts Ce serait plus profitable pour nous autant que pour eux.

Une question de priorités

Par Philippe David

Quand vous regardez les journaux, qu’est-ce qui vous préoccupe le plus? Êtes-vous inquiets de la situation dans le système de santé? Du taux de décrochage et du nombre alarmant d’illettrés fonctionnels. Êtes-vous inquiets des témoignages de corruption que nous entendons tous les jours à la Commission Charbonneau? Êtes-vous concernés par le fait que le Québec soit en peloton de queue au niveau de l’emploi, de l’investissement privé ou de la croissance économique, mais en tête dans les dépenses gouvernementales et la dette publique. Vous inquiétez-vous de l’intégrisme religieux et des accommodements? Puisque les ressources sont limitées, quels de ces problèmes sont plus urgents à régler?

Tout est une question de priorités, n’est-ce pas? Certainement que la montée de l’intégrisme est inquiétante et qu’il faut adresser ce problème, mais est-ce que ça devrait avoir priorité sur une réforme possible du système de santé?  Ou du système d’éducation? Ou l’économie? Qu’est-ce qui  affecte le plus votre quotidien? Que certains groupes religieux prennent plus de temps à s’intégrer et fassent des demandes d’accommodement (que nous ne sommes absolument pas obligés d’accepter d’ailleurs) ou que nous perdions des emplois alors que les autres provinces en créent et que le climat d’affaires au Québec est considéré par un grand nombre d’investisseurs comme étant aussi hostile que le Kazakhstan, ce qui fait que beaucoup trop d’entre nous vivent dans une plus grande pauvreté que dans le reste du Canada? Ou que si vous vous présentez à la salle d’urgence d’un hôpital, vous devrez attendre en moyenne 17 heures avant d’être vu par un médecin? Qu’est-ce qui est vraiment pressant et qu’est-ce qui devrait être reporté à plus tard? Qu’est-ce qui vous procurera le plus de satisfaction? Des baisses d’impôts et taxes qui vous laisseraient avec plus d’argent dans vos poches à dépenser ou épargner pour vos vieux jours ou d’avoir les symboles religieux bannis  pour tous les  employés de l’état?

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il serait plus important d’avoir plus d’argent dans mes poches, de ne plus attendre 17 heures à l’urgence, que mes enfants reçoivent une éducation de qualité, que je n’aie pas à me soucier que l’argent de mes impôts soit dilapidé et se retrouve entre les mains de la mafia et que le Québec figure parmi les provinces les plus prospères plutôt qu’être parmi les plus pauvres. Peut-être ai-je tort?

L’équation identitaire

fete nationaleQC

Par Philippe David

On m’a récemment confié que la droite, comptable et rationnelle, n’adressait pas adéquatement le problème identitaire.  Soit! Je vais y consacrer un papier. Pas uniquement pour vous parler de la charte, mais de l’identitaire tout court. Pour ce faire, je vais me référer à la vision identitaire de Mathieu Bock-Coté, sans contredit une autorité en la matière. Il a justement publié un papier là-dessus cette semaine.

Réarranger les chaises sur le pont du Titanic

M. Bock-Côté accorde en effet beaucoup d’importance à l’identitaire, mais son idée de la place accordée à celui-ci dans le débat politique n’est définitivement pas la mienne.  Mais nous avons tous le droit de diverger d’opinion, n’est-ce pas? Dans sa chronique, M. Bock-Côté monte une défense admirable de la stratégie identitaire du PQ. Bien entendu, il considère que le débat identitaire actuel est primordial, tout autant que l’économie ou le débat sur la corruption.

Il dément bien que pour le PQ de jouer la carte identitaire au point où il l’a fait, n’était absolument pas un complot pour servir de diversion. Quelle coïncidence quand même que le PQ ait présenté son projet de charte de laïcité au moment où on apprenait que nous perdions des emplois par dizaines de milliers et que la commission Charbonneau commençait à examiner les relations entre les syndicats et les partis politiques! Quelle coïncidence également qu’il se soit arrangé pour étirer le débat le plus longtemps possible de façon à ce qu’il oblitère tout autre sujet pendant plus de six mois! Quelle chance, tout de même,  que ce débat a virtuellement oblitéré tous les autres enjeux à cause de son caractère émotionnel! Qui pourrait croire que ce « timing » n’était pas tout à fait innocent? Important ce débat? Pour le PQ, c’est assurément  sa bouée de sauvetage, pour le reste d’entre nous, ça ressemble plus à réarranger les chaises sur le pont du Titanic. Le débat identitaire aurait facilement pu attendre qu’on renfloue le navire économique un peu, la situation économique du Québec commence à se faire plus urgente.

Ainsi, que le PQ choisisse de générer un débat autour de l’identitaire, au moment même où la soupe chaude se fait sentir sur ses deux plus gros talons d’Achille semble bien plus qu’une simple coïncidence. D’ailleurs, mon expérience m’a depuis longtemps appris que les coïncidences n’existent pas en politique. Je crois que M. Bock-Coté le sait aussi. On ne pourra jamais reprocher au PQ d’avoir un manque de talent pour le calcul politique. Les annonces récentes de « nananes » politiques en témoignent. Malheureusement, c’est le seul domaine où ils ont du talent.

Identité? Quelle identité?

Mais parlons quand même de la racine du débat, en supposant que ce soit le temps de le faire alors que la maison brûle autour de nous. C’est quoi au juste l’identité québécoise? Pourquoi y a-t-il tant d’immigrants qui semblent refuser de l’adopter? Pourquoi semble-t-il nécessaire d’utiliser la force (car c’est exactement de ça qu’on parle quand il s’agit de passer une loi) pour imposer cette identité quand ça devrait aller de soi pour les immigrants d’adopter l’identité de la société d’accueil? Est-ce à cause d’un individualisme rampant qui a perdu le sens du nous, comme le prétend M. Bock-Côté? Pourtant, je ne connais pas de pays plus fièrement individualiste que les États-Unis. Ont-ils vraiment eu de crise identitaire? Ont-ils perdu le sens de leur histoire? Demandez même aux immigrants musulmans aux États-Unis et la majorité vous dira être américains d’abord.  Pourquoi n’est-ce pas le cas au Québec? Je ne crois pas non plus que ce soit le multiculturalisme qui en soit la cause non-plus.  Ce serait plutôt un symptôme à mon avis.

Notre hymne national dit « Notre histoire est une épopée des plus brillants exploits » mais je serais curieux d’interroger des passants dans les rues pour voir combien seraient capables de m’en nommer. Car, à part pour les chapitres sur la colonisation française, la conquête britannique et la révolte des patriotes, assez grossièrement déformés par le prisme nationaliste, qu’avons-nous vraiment retenu des époques précédant  1960?

Voyez-vous, le problème serait bien plus que nous avons perdu notre identité. Nous l’avons renié collectivement quand nous avons virtuellement oblitéré notre histoire d’avant la révolution tranquille et nous l’avons baptisée « La grande noirceur ».  Nous l’avons perdue quand nous avons renié notre religion et évacué complètement son existence et les œuvres que l’Église menait dans les institutions publiques pour instaurer la religion du « tout état » à sa place.  Nous avons sciemment choisi d’oublier toutes les contributions qu’on fait les communautés religieuses dans notre société.  Pourtant, si nous avions un système de santé et un système d’éducation et un filet social dignes de ce nom dans les années ’60, c’est bien grâce au travail acharné de ces communautés. Si la séparation de l’état et de la religion et de l’état allait de soi, cela voulait-il dire qu’il fallait évacuer toutes les contributions des religions dans notre société? Car, il ne faut pas oublier que si l’Église catholique a largement dominé notre patrimoine, il n’en demeure pas moins que les communautés protestantes et juives ont aussi fait des contributions importantes. Contrairement à 80% de mes compatriotes, j’ai coché la case « athée » au recensement, mais je suis à même de reconnaître l’apport de notre religion à notre identité mieux que beaucoup de ceux qui cochent la case « catholique ».

Nous avons pris l’arbre de notre identité, nous l’avons déterré et tronçonné les racines pour ne pratiquement garder que la langue, que nous châtions à qui mieux mieux; et nous l’avons replanté dans l’espoir ou l’illusion que repousseront de nouvelles racines. Maintenant, nous sommes surpris que l’arbre se soit desséché et ne porte plus de fruit. Nous sommes à la dérive, ne sachant plus quoi communiquer à notre postérité que nous n’enfantons plus par ailleurs.   Nous sommes partout et nulle part. Nous avons tout oublié de qui nous étions et maintenant choqués que les immigrants n’adoptent pas nos « valeurs » et notre « identité ». Mais que voulez-vous qu’ils adoptent?

Notre histoire n’est définitivement pas une page blanche, comme le dit si bien Mathieu Bock-Côté,  mais  au nom de la modernité, nous avons définitivement choisi d’avoir la mémoire très sélective. Et d’où est provenue cette idée? Qui nous a amené à cette profonde rupture avec notre passé? Est-ce par hasard notre nouveau clergé? Celui-là même qui veut maintenant imposer une version aseptisée et homogénéisée de notre identité? Car la sombre réalité est que s’il y a eu une telle rupture, c’était probablement parce que certaines élites ont cherché à substituer notre identité par une autre.

 

Entre état de droit et tyrannie

Là où la chronique de Mathieu Bock-Côté devient vraiment dangereuse, c’est quand il commence à vous entretenir de sa conception des chartes de droits. Car voyez-vous, M. Bock-Côté les déteste. Il déteste qu’elles créent une barrière au pouvoir exécutif et législatif du gouvernement. Selon lui, elles sont une entrave à la volonté du peuple. Cette volonté étant exprimée par une majorité simple de 50%+1. Il exalte d’ailleurs les vertus de la charte québécoise, du fait qu’elle soit beaucoup plus facilement modifiable, par la seule Assemblée Nationale par un vote à majorité simple, contrairement à la charte canadienne qui nécessite un amendement constitutionnel. Ce qu’il néglige de vous dire c’est pourquoi c’est ainsi et pourquoi ça doit l’être.

Pour Mathieu Bock-Côté, un droit n’est pas une protection de l’individu, mais un privilège accordé ou révoqué au gré de l’état. Cette interprétation est fausse, mais très consistante avec la mentalité collectiviste pour laquelle le groupe, qu’on l’appelle « société » ou « nation » ou « patrie » est plus important que les individus qui le composent. Pourtant, que serait le groupe sans les individus? Il y a une raison pourquoi tous les gouvernements dans la civilisation occidentale sont inspirés du libéralisme classique. C’est que le libéralisme reconnait les failles de la démocratie et reconnait que même l’état le plus démocratique n’est pas à l’abri des abus et peut aisément sombrer dans la tyrannie et le meurtre de de masse. S’il y a une leçon que nous devrions tirer de l’histoire du XXe siècle, c’est bien ça. Il suffit seulement de se rappeler comment la République de Weimar a très démocratiquement basculé aux mains d’un des pires dictateurs de l’histoire et ce que cela a coûté en vies humaines.  C’est pour cette raison qu’un contrepoids est nécessaire au pouvoir législatif et exécutif d’un gouvernement. Ce contrepoids fait la différence entre un état de droit libre et démocratique et une république bananière du tiers-monde.

Un droit n’est pas un privilège accordé par l’état, c’est pourquoi on appelle ça un « droit ». Le droit vous appartient du simple fait que vous êtes un être humain, un individu unique, et le rôle de l’état n’est pas de vous les octroyer vos droits, encore moins de les révoquer, c’est de les protéger. La charte des droits est bien plus qu’un texte sacré, c’est un contrat entre vous et l’état qui garantit que la seule entité de notre société qui a le monopole légal de l’usage de la violence ne pourra pas aisément retourner ses fusils contre vous lorsque certaines personnes malveillantes tenteront de manipuler l’opinion publique en votre défaveur et c’est votre seule et unique garantie. Or, que vaut un contrat ou une garantie si le commerçant peut aisément en modifier les clauses sans votre consentement? C’est pourquoi une charte de droit est un document à caractère constitutionnel et qu’il ne doit être modifié qu’avec une très grande prudence et strictement observée. C’est votre seule protection contre une entité qui, l’histoire l’a maintes fois prouvé, a la capacité de tuer à coup de millions. Sans cette protection, la démocratie n’est ni plus ni moins qu’un viol collectif ou 50,1% de la population se donne le droit de victimiser l’autre 49.9%. C’est aussi pourquoi, si jamais le Québec accède à l’indépendance. Il devra lui aussi intégrer sa charte de droits à sa constitution et la rendre tout aussi difficile à modifier que la charte canadienne. À moins, bien sûr, que le projet de société souverainiste soit justement d’établir une république bananière qui s’octroie tous les droits au détriment de ses citoyens. Si c’est le cas, ils pourront le faire, mais sans moi.

Le Québec dans le rouge, une vidéo à voir absolument

qcdanslerouge-video

Par Philippe David

Depuis près de 10 ans, Joanne Marcotte livre un combat pour conscientiser les québécois sur notre modèle social-démocrate et ses conséquences inévitables d’appauvrissement et d’endettement. Après avoir produit un film et un livre (à ses propres frais) et des centaines de billets de blogues, nous voilà au point où le mur qu’elle s’efforçait de nous faire voir est maintenant droit devant. Elle s’est donc amusée à faire un petit montage. Visionnez-le et partagez-le avec tous vos amis et membres de votre famille.

 

Charte des contribuables : mon vote est à vendre !

Panneau_defense_des_contribuables

— Pierre Simard, professeur à l’ENAP et fellow senior de l’Institut Fraser

Je l’avoue, je suis un peu désabusé de la politique. Mais je n’hésiterai jamais à voter pour un parti politique qui veut me protéger contre les excès de nos gouvernements. J’applaudis donc l’idée d’une charte des contribuables proposée par la Coalition Avenir Québec.

Encore une promesse électorale? C’est ma crainte, mais j’ai pour principe qu’il ne faut jamais décourager un alcoolique qui est disposé à signer un contrat de sobriété. On doit seulement s’assurer qu’il ne puisse revenir sur sa signature.

Des économistes décrivent nos gouvernements comme des institutions qui maximisent leurs rentrées fiscales. J’en suis! Pour moi, les politiciens sont d’abord motivés par leur réélection et aucune dépense ne les rebute pour s’acheter des votes.

Donnez de l’argent à un politicien et il ne manquera pas de le dépenser, quitte à endetter les générations futures.

Il n’y a donc pas de mal à prendre au mot un parti politique disposé à sevrer la bête gouvernementale. Surtout lorsque le ministre des Finances d’un Québec surtaxé déclare (sans même sourire) ne pas avoir de problème de dépenses, mais un problème de revenus.

Mon vote est donc à vendre. En m’inspirant des propositions de mon collègue Jean-Luc Migué dans son ouvrage On n’a pas les gouvernements qu’on mérite, voici quelques éléments d’une charte que je serais disposé à acheter.

Réduisons et fixons la taille de l’État. Dans un Québec où le budget du gouvernement accapare 47 % de l’économie, la charte devrait prévoir une réduction significative de la taille de l’État et fixer le niveau maximal de dépenses du gouvernement en fonction du PIB.

À ce sujet, une étude de Schuknecht et Tanzi (2005), pour le compte de la Banque centrale européenne, montre que plusieurs pays ont réussi à réduire leurs dépenses publiques (parfois de plus de 10 %) sans contrecoup. Ces réductions à la taille de l’État n’ont pas affecté le bien-être des populations selon les grands indices macroéconomiques et de bien-être conventionnels. Au contraire, ces ambitieux programmes de réformes ont eu des effets positifs sur la croissance économique et l’innovation.

Imposons une discipline budgétaire. La charte devrait prévoir une réduction de l’impôt des contribuables et des entreprises, et imposer une discipline fiscale à nos élus. À l’instar de plusieurs États américains, la charte devrait obliger l’équilibre budgétaire et fixer des limites aux augmentations d’impôts, de taxes et de tarifs que peut décréter le gouvernement.

Restituons les surplus aux contribuables. La charte devrait également préciser qu’en cas de surplus budgétaire, ce qui est peu probable avouons-le, nos gouvernements devraient obligatoirement retourner ces surplus aux contribuables sous la forme d’une diminution des impôts ou en remboursement de la dette.

Imposons des règles de dérogation stricte. Enfin, pour s’assurer que cette charte ne soit pas modifiée au gré des humeurs politiciennes, elle devrait avoir un caractère constitutionnel. Elle ne devrait pouvoir être contournée qu’avec l’assentiment d’une supra majorité (voire l’unanimité) des élus de l’Assemblée nationale. Il serait trop facile de permettre à un gouvernement de s’y soustraire par un vote à la majorité simple.

Certains inconditionnels de l’État bienveillant rétorqueront qu’une telle charte peut conduire à une impasse budgétaire, une falaise fiscale comme celle vécue par le gouvernement américain à l’automne 2013. Ce sera alors une bonne nouvelle: la preuve que la charte fonctionne.

Quel contribuable se plaindra d’obliger les politiciens à se serrer la ceinture plutôt que d’avoir constamment à payer le coût de leurs excès?

L’électrification des transports : une autre lubie péquiste.

electrification des transports
La Leaf de Nissan

Par Philippe David

Dernièrement, le gouvernement du PQ a présenté sa « Stratégie nationale de mobilité durable ». Seulement, elle se heurte, selon Daniel Breton, à l’incapacité des fabricants automobiles à fournir la demande québécoise. Tant et si bien que si c’était de lui, le gouvernement devrait forcer ces fabricants à fournir plus de véhicules électriques au Québec. Passons sur le fait que sans les généreux rabais offerts à l’achat d’un véhicule électrique avec l’argent de contribuables, cette demande n’existerait pas ou presque,  et à moins d’une percée technologique majeure, les véhicules électriques ne pourront jamais supplanter les véhicules à essence, et même s’ils le pouvaient, ce ne serait pas nécessairement une bonne idée.

La voiture électrique a été inventée il y a 179 ans. Cela peut vous surprendre, mais elle existe depuis plus longtemps que les voitures avec moteur à combustion et pendant plusieurs décennies, elle supplantait celles-ci avant de sombrer dans les oubliettes avant qu’on la sorte de la boule à mite dans les années 60-70 et encore dans les années 1990 et 2000. Si elles étaient si populaires au tournant du 20e siècle, pourquoi ne sommes-nous pas tous en train d’en conduire une aujourd’hui? Certaines personnes vous jureront qu’il existe un complot unissant les constructeurs automobiles et les grandes pétrolières pour étouffer le développement de la voiture électrique. Aussi plausible que cela pourrait paraitre à première vue, l’explication est encore plus simple. L’obstacle auquel se heurte la voiture électrique n’est pas un complot quelconque, mais plutôt une certaine science qu’on appelle la physique.

La barrière des 160 km

Aujourd’hui, comme il y a cent ans, la voiture électrique se frappe à la même barrière: celle des 160 km (100 milles). Deux nouvelles voitures électriques, la Leaf de Nissan et la I-MiEV de Mistsubishi ont exactement cette même autonomie que la Fritchle Modèle A Victoria de 1908, c’est-à-dire 160 km sur une recharge. Les premières voitures électriques (avant 1900) avaient une autonomie de 32 à 64km, ce qui était toujours mieux que le 20 km qu’un cheval pouvait parcourir en une journée. La génération suivante offrait une autonomie de 80 à 130 km et la troisième génération offrait une autonomie de 120 à 160km, tout en transportant jusqu’à cinq passagers confortablement. Cent ans plus tard, et rien n’est changé.

En réalité, l’autonomie de la Leaf et de la I-MiEV est probablement moindre que la Fritchle. Lorsque l’autonomie de la Fritchle fut déterminée, c’était pendant une course de 2900 km pendant 21 jours pendant l’hiver de 1908. La voiture fut conduite à travers diverses conditions de terrain et météorologiques, sur des routes le plus souvent boueuses. L’autonomie moyenne enregistrée fût de 144km par recharge et le maximum fut 172km (sources: 1 / 2 ).

Par contraste, l’autonomie des voitures actuelles est déterminée dans des conditions de laboratoire idéales, sur des rouleaux plutôt que des vraies routes. De plus, les voitures actuelles comportent de l’équipement qui n’existait pas en 1908, mais qui peut grandement affecter l’autonomie. Par exemple, l’usage de la chaufferette, essentielle au Québec, peut couper l’autonomie de moitié. Ces facteurs ne sont pas inclus dans les tests de l’EPA, ce qui veut dire qu’en réalité l’autonomie annoncée de 160km est plutôt exagérée dans des conditions d’utilisation réelles.

La densité énergétique

Les piles, qui sont le réservoir à carburant des voitures électriques, sont une partie du problème. La Fritchle, comme ses contemporaines, utilisait des piles à l’acide et au plomb qui avaient une densité énergétique de 20Wh/kg à 40Wh/kg. Les voitures comme la Leaf et la I-MiEV utilisent des piles au lithium-ion à 140 Wh/kg. En guise de comparaison, la densité énergétique de l’essence est 13 200 Wh/kg. Puisque les véhicules comme la Leaf ont une pile de capacité de 3 à 7 fois plus grande que la Fritchle, on aurait pu s’imaginer qu’ils pourraient aller de 3 à 7 fois plus loin ou avoir des piles de 3 à 7 fois plus petites et légères, mais ce n’est pas le cas. Pourquoi? La pile de la Nissan n’est que 1.6 fois plus légère que celle de la Fritchle (220kg vs 360kg) mais le poids du Nissan est supérieur à celui de la Fritchle (1271kg vs 950kg). Alors que les voitures actuelles sont des moteurs développant 110 chevaux, les voitures de 1908 ne développaient que 10 chevaux. Les VE actuelles peuvent donc aller plus vite et accélérer plus rapidement que leurs ancêtres, mais ça a un prix. Une voiture consomme quatre fois plus de carburant pour rouler deux fois plus vite. Ce qui fait que les VE actuelles consomment l’énergie beaucoup plus rapidement que leurs ancêtres, ce qui élimine l’autonomie accrue que les avancements technologiques auraient pu amener. Nous sommes donc au même point. Pour faire compétition à des voitures à essence, les voitures électriques doivent avoir tous les mêmes conforts, ce qui exige un poids plus élevé et être capable de rouler aux mêmes vitesses, ce qui a pour effet de limiter leur autonomie. (La Tesla Roadster  a une autonomie de 392km, mais elle a une pile deux fois plus grosse et n’a que deux sièges, en plus de coûter plus de $100 000 !) Mais il y a d’autres problèmes.

Pas si vert que ça

On nous fait souvent miroiter que les véhicules électriques sont mieux pour l’environnement que les véhicules à l’essence. À première vue, ça semble tenir la route, mais ce qui est moins évident est le coût énergétique pour fabriquer les piles, ainsi que leur recharge. Quand on sait que la plus grande partie de l’électricité produite dans le monde est générée avec l’aide de carburant fossiles, on aurait tort de négliger cet aspect.

Par exemple, sachant que le coût d’une pile de Tesla Roadster est de $30 000. À l’aide de cette calculatrice de l’Université Carnegie Mellon, on peut calculer que $30 000 d’activité économique utilise 23 222 KW/h. C’est une quantité d’énergie considérable pour la fabrication d’une seule pile qui doit être remplacée aux 7 ans.

La recharge cause aussi un problème. Si tout le monde rechargeait son auto pendant la nuit, alors que les centrales électriques ont un surplus de capacité, il n’y aurait probablement pas lieu d’augmenter notre capacité de production électrique, mais voilà, pour beaucoup, ce sera insuffisant. Les fabriquant veulent dont avoir une infrastructure de chargeurs rapides, permettant de recharger son auto en 10 minutes. Seulement, s’il ne coûte que 3 125W pour recharger un véhicule durant 8 heures pendant la nuit, une recharge rapide de 10 minutes nécessite 155kW. Si nous considérons un parc automobile comme celui des États-Unis à 220 millions de véhicules, recharger tous ces véhicules simultanément nécessiterait 34 000GW, soit 34 fois la capacité totale des É-U. C’est certain que ce genre de situation ne se produira jamais, mais la question est combien de véhicules pourraient se trouver à se recharger simultanément à n’importe quel moment de la journée et combien de nouvelles centrales on devra ouvrir pour satisfaire la demande. Pensez aux journées de grand froid l’hiver quand Hydro-Québec vous supplie de ne pas faire votre lavage ou partir votre lave-vaisselle, et imaginez qu’il y ait seulement 100 000 véhicules électriques branchés à une borne de recharge rapide à ce moment-là. Cent mille véhicules en recharge rapide, qui ne représentent qu’une fraction du parc automobile du Québec, consommeraient un gargantuesque 15,5GW.  Il se pourrait qu’au Québec, le potentiel hydroélectrique de la province entière ne suffise pas si toutes les voitures étaient électriques.

Conclusion

La voiture électrique n’a pas besoin d’une collusion des pétrolières ou des gros fabricants d’automobiles pour freiner son développement. À moins que quelqu’un arrive à inventer une pile miracle avec 10 fois la capacité des piles actuelles, elle ne pourrait pas rivaliser avec les autos à essence en termes d’autonomie, ni en termes de coût énergétique. Alors que le gouvernement cherche à stimuler la demande pour ces véhicules à grand coups de subventions et même songe à forcer les fabricants à fournir cette demande artificielle tient de la lubie la plus complète. Mais d’un autre côté, de telles stupidités sont devenues des marques de commerce du PQ.

La crise économique: ses causes, ses solutions et comment en éviter une autre

money_610

Par Pierre-Guy Veer

Plusieurs étatistes continuent de dire que la déréglementation et le capitalisme (ajouter superlatif négatif du jour) ont causé la crise économique actuelle. Or, il n’en est rien; une crise économique de cette envergure ne peut avoir qu’une seule source : le gouvernement. Avec ses énormes pouvoirs de coercitions, il peut facilement forcer quiconque à adopter des comportements irrationnels allant à l’encontre de ses intérêts personnels. John Allison, président de l’Institut Cato et ancien PDG de la banque BB&T, a pu voir cette influence destructrice au cours de sa carrière à la tête de cette grosse banque de la côte Est. Il parle en long et en large de la crise économique, et propose d’excellentes solutions pour en éviter une autre, dans son fantastique livre The Financial Crisis and the Free Market Cure.

Dans la tradition des économistes autrichiens, il voit l’économie pour ce qu’elle est vraiment : une observation de l’action humaine. En résumé, les humains tendent à agir selon ce qui semble être leur meilleur intérêt d’après ce qu’ils voient autour d’eux – ce qui peut paraitre irrationnel avec le recul ne l’était pas quand le geste fut posé. C’est d’ailleurs cette irrationalité qui engendre des crises économiques puisque, comme en physique, toute action a sa réaction.

Et une des principales causes de la crise qui fait encore rage fut l’éclatement de la bulle immobilière en 2007-2008. Comme toute bulle, son origine peut être tracée vers des politiques gouvernementales, et elles sont nombreuses. Selon Allison, l’immobilier est le domaine qui a reçu le plus de subventions depuis le New Deal des années 30.

On voulait ainsi encourager tout le monde à s’acheter une maison, même si 1) ce n’est pas pour tout le monde, particulièrement pour les gens qui déménagent souvent et 2) ce n’est pas un investissement au sens économique du terme, c’est-à-dire qui permet de produire plus de valeur. Comme une maison ne produit rien une fois qu’elle est construite, elle est un bien de consommation au même titre qu’une voiture ou un sac de carottes. Sans compter que plusieurs emplois directs dans la construction, une fois que la bulle éclate, deviennent obsolètes, ce qui ajoute à la perte sèche quand la bulle éclate…

Dans les années 90, cet encouragement s’est fait (presque littéralement) à la pointe d’un fusil. En effet, soucieux d’entretenir sa base électorale noire, Clinton a soudainement décidé d’appliquer certains règlements qui empêchaient la discrimination raciale dans les prêts bancaires. Pour se faire, il s’est basé sur une étude plus que douteuse de la Fed (la banque centrale des EU), qui affirmait que les Noirs étaient discriminés en se voyant refuser un prêt qu’un Blanc avec un même ratio de dette obtenait.

L’ennui, c’est que le ratio d’endettement d’une personne est loin d’être le seul facteur pris en considération. Il y a également la durée des emplois ainsi le paiement ou non des dettes. Mais comme la quasi totalité des régulateurs ne connaissent rien aux prêts, ces « menus » détails étaient sans importance; les bonnes intentions ont préséance sur le gros bon sens des banquiers.

Et ce gros bon sens a fortement été affecté quand Clinton a forcé Fannie Mae et Freddie Mac, deux agences gouvernementales qui garantissent les hypothèques, à avoir jusqu’à 50% de prêts hypothécaires offerts aux gens à faible revenu qui ne peuvent normalement obtenir d’hypothèques(les fameux « subprimes »). En d’autres termes, au nom d’une politique « charitable » de vouloir voir plus de gens posséder une maison, l’administration Clinton (Bush, son successeur, n’a pas pu changer ces règles), a donc parti le bal dans le gonflement de la bulle immobilière en diminuant dramatiquement les pré requis pour obtenir une hypothèque.

Fin de la primauté du droit

Mais au-delà de la réglementation bancaire, Allisson montre à quel point la réglementation en général chamboule complètement les choix des dirigeants d’entreprise, peu importe le domaine. Un jour, tel règlement est sans importance parce que le contexte économique est favorable. Mais six mois plus tard, quand les choses vont mal, « The humble bureaucrats are then energized with the moral certainty and clarity of the Gestapo » (l’humble bureaucrate a maintenant l’énergie et la certitude morale d’un membre de la Gestapo). Ce dernier décide donc de blâmer le dirigeant d’entreprise pour ne pas avoir appliqué ledit règlement, ce qui peut, par exemple, forcer le refus d’un prêt. Pour ajouter l’insulte à l’injure, Allison affirme qu’un banquier ne peut pas dire à son client, si fidèle et fiable soit-il, que son prêt est refusé à cause d’un zèle bureaucratique soudain.

Cet arbitraire s’est également reflété dans le secours financier de certaines banques et pas d’autres. Normalement, sur le libre-marché, une compagnie mal gérée fait faillite, et ses avoirs sont redistribués de façon à mieux répondre à la demande. Mais quand le gouvernement rentre dans le portrait, il peut décider, en utilisant des raisons du genre « Le système va s’écrouler si nous ne faisons rien », de sauver une entreprise de la faillite. En clair, le gouvernement dit : « Ce n’est pas important si vous vous administrez mal, je vais vous secourir » – la fameuse mentalité « too big too fail » (trop gros pour faire faillite).

Par exemple, Paulson, secrétaire du Trésor quand la crise a commencé, était un gros actionnaire de Goldman Sachs, une des plus grosses compagnies financières à faire faillite. Il a évidemment tout fait pour secourir son investissement, tout en laissant Lehman Brothers faire faillite. Mais le fait qu’UNE compagnie ait été sauvée permet aux autres de penser que prendre des risques inconsidérés, surtout s’ils sont encouragés par le gouvernement, seront « récompensés » en bout de ligne…

Des solutions choquantes, mais nécessaires

Afin d’éviter une autre crise comme celle que nous subissons encore – Allison en prédit une autre majeure d’ici 10-15 ans si aucun changement majeur n’est apporté – des solutions radicales (mais ô combien nécessaires) doivent être apportées. La majorité de la réglementation bancaire, particulièrement la loi Dodd-Frank adoptée après la crise, doit être abolie au plus vite. Aussi, Mae et Mac doivent être liquidés et/ou privatisés, ce qui remettra du bon sens dans le marché hypothécaire – sans garantie du gouvernement, fini les prêts à risque. Il propose également, comme toute personne connaissant bien le pouvoir des incitatifs sur le comportement, de diminuer les impôts afin d’encourager la production. En effet, quand les impôts sont élevés, les gens passent plus de temps à tenter de les éviter qu’à tenter d’innover, bloquant ainsi la voie à une amélioration de notre niveau de vie.

Une autre solution radicale proposée par Allison vise à s’attaquer à la racine des crises économiques, qui est avant tout philosophique et non économique. Et cette philosophie de la crise est… l’altruisme, tel que Ayn Rand le définit, c’est-à-dire sacrifier autrui pour son propre bénéfice. C’est exactement ce qui a engendré la crise : parce tout le monde « a droit » à une maison, le gouvernement doit prendre les moyens nécessaires pour y arriver. Mais pour y arriver, il faudra « sacrifier » certaines personnes – les banquiers, en les forçant à prêter à n’importe qui et les contribuables, en les forçant à payer pour les fautes des banquiers. En laissant libre cours à l’égoïsme (objectiviste) des gens, une crise de l’ampleur de celle de 2008 n’a virtuellement aucune chance de se reproduire puisqu’il n’est pas dans l’intérêt personnel des banquiers de prendre autant de risque.

En conclusion, The Free Market Cure devrait faire partie de toutes les bibliothèques. Les explications très détaillées de l’auteur permettent de voir la crise du point de vue des « fautifs » et montre que leurs agissements étaient somme toute rationnels dans le contexte (quoi que certains aient pris moins de risques que d’autres, ce qui s’explique aussi par les incitatifs du gouvernement). Bien que certains passages soient difficiles à comprendre – sans doute parce que la réglementation elle-même est incompréhensible –, l’ouvrage est assez bien vulgarisé pour que Monsieur et Madame-tout-le-monde puisse facilement comprendre. Il vous donnera quelques munitions de plus pour répliquer à ces incessants c’est-la-faute-du-libre-marche qui polluent encore les pensées de trop de gens.

Les sacrifiés et les réfugiés

Battle-of-britain-copy
Image : Battle of Britain – de Mark Bromley

Par Philippe David

Je dois réellement remercier Mathieu Bock-Côté. C’est fou comment ses récentes chroniques m’inspirent. Plus précisément, c’est sa chronique « Ceux qui paient et ceux qui fuient » qui m’interpelle en ce moment.

Dans cette chronique, il pointe un doigt accusateur envers ceux qui « fuient » le Québec. Je soupçonne qu’il réprouve qu’un nombre de plus en plus élevé de québécois décident de partir vers des cieux plus cléments, ou s’ils ne peuvent partir, ils préparent leurs enfants à le faire, comme l’a récemment avoué Joseph Facal dans sa propre chronique. Selon M. Bock-Côté, ces gens souffrent d’un manque de patriotisme et de sens du sacrifice. Ils devraient plutôt se laisser saigner pour leur patrie.

Du sang, de la sueur et des larmes

Pour étoffer son argument, il cite le fameux « blood, sweat and tears » de Churchill, mais humblement, je lui rappellerais que le Québec ne souffre certainement pas des mêmes circonstances et il n’y a certainement pas un tyran d’outre-frontières qui fait pleuvoir des bombes sur la ville de Québec, comme ce fût le cas à Londres en 1939. Dans notre cas, l’ennemi ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Notre ennemi est notre propre classe politique et le gouvernement qu’elle contrôle, pas un mégalomane à la tête d’une nation étrangère. Lorsque votre patrie est attaquée, il est normal de la défendre jusqu’à la mort, mais quelle allégeance doit-on à un pays qui cherche à nous enchainer un maillon à la fois? Blâmait-on les réfugiés qui ont risqué leur vie en traversant le mur de Berlin ou le détroit de la Floride? J’admettrai  d’emblée que le Québec  n’est pas le bloc soviétique ou Cuba, du moins, pas encore; mais il est néanmoins engagé sur la même route qui conduit à la servitude.

Les réfugiés

Il est vraiment dommage que peu de québécois soient familiers avec les ouvrages « La Route de la Servitude » de Friedrich Hayek et « La Grève » d’Ayn Rand. Le premier explique où le Québec s’en va et le second pourquoi beaucoup décident très rationnellement de ne plus y participer. Ces deux ouvrages enseigneraient à nos cégépiens bien plus sur comment fonctionne le vrai monde que les brûlots de nos petits révolutionnaires en culotte courtes qui baignent depuis leur naissance dans la culture du « tout m’est dû ». Dans « La Grève » particulièrement, l’auteure nous décrit un monde qui a largement succombé aux conséquences de l’état-providence et où les États-Unis, dernier bastion, est en train de rejoindre le reste du monde à  vitesse grand V. Le personnage principal, John Galt, un inventeur de talent, décide qu’il ne veut plus participer à une société qui exploite son talent et se réfugie dans une vallée qu’il baptise Galt’s Gulch.  Il arrive à convaincre d’autres hommes de talent, financiers, industrialistes, ingénieurs, etc.,  à l’y rejoindre, causant un exode des cerveaux, mettant graduellement le pays en crise.

Sous bien des aspects, le Québec ressemble beaucoup au monde qu’a dépeint Ayn Rand en 1957. Avec  son gouvernement de plus en plus interventionniste qui dénigre l’investissement privé, tue très littéralement les opportunités entrepreneuriales et étouffe les entreprises par la paperasse et les taxes. Est-il surprenant que les prospects économiques soient si limités ici? Est-il vraiment surprenant qu’avec des opportunités restreintes d’enrichissement personnel  et un régime fiscal plus étouffant que partout en Amérique du Nord, que de plus en plus de québécois de talent décident d’imiter John Galt? Chose certaine, si je venais de graduer de l’université que je savais ce que je sais maintenant,  je considèrerais sérieusement de partir à la recherche de Galt’s Gulch.

Je comprends très bien cet attachement qu’ont les gens envers leur lieu de naissance. C’est généralement l’endroit où vivent  encore ceux qui nous sont chers et où sont enterrés nos parents et grands-parents.  C’est donc normal d’y être attaché.  Lorsque cette terre est menacée, ce sont nos familles et tous ceux qui nous sont chers qui sont menacés, il est donc normal de vouloir se sacrifier pour qu’ils soient sains et saufs. Comme père de famille, il n’y a rien que je ne ferais pas pour protéger les miens. Mais jusqu’où doit aller le sens du sacrifice? Doit-il aller jusqu’à s’enchainer pour payer une dette engendrée par la frivolité et l’irresponsabilité de ceux qui nous ont précédé?

C’est ce que Mathieu Bock-Côté voudrait que nous fassions. Il ne s’agit pas ici de simplement payer sa part, mais la part de nos parents et grands-parents qui a été pelletée par en avant depuis plusieurs décennies par une classe politique irresponsable.  Quel parent est en droit de faire ce genre de demande à ses enfants appauvris par sa faute? Peut-on blâmer les jeunes de fuir?

C’est l’économie, stupide! (Bill Clinton)

M. Bock-Côté a raison sur un point : l’économie n’est pas que des colonnes de chiffres. L’économie c’est tous les échanges volontaires  qui ont lieu entre les individus d’une société. C’est le fondement même d’une société puisque ce sont la production et les échanges qui amènent les individus à coopérer entre eux.  L’économie, c’est l’action humaine et sans action humaine, point de société.  Une de ses règles cardinales est que nous ne pouvons pas (moralement) consommer plus que nous produisons. Or, c’est ce que nous faisons depuis maintenant plus de 50 ans.  Nous avons dépassé de loin le stade où nous demandons à ceux qui paient  de payer un peu plus cher pour les services qu’ils reçoivent, nous leur demandons de payer même pour des services qu’ils n’ont même pas consommés et dont ils ne jouiront jamais sans qu’ils n’aient eu un mot à dire. Ceux qui seront sacrifiés ne seront pas seulement les riches, mais les jeunes qui sont plus mobiles que jamais.

Si la majorité d’entre nous avions une compréhension de l’économie, nous saurions tous quels incitatifs tordus le socialisme incorpore à notre société pour que les gens agissent comme ils le font présentement. Nous saurions tous qu’une fiscalité oppressive décourage le travail, que de taxer les entreprises équivaut tout simplement à taxer les particuliers une deuxième fois et décourage l’investissement et la création de richesse. Et plus encore, nous cesserions d’entretenir cette haine maladive de la richesse. Et personne n’aurait envie de fuir le Québec.

Rive Sud et Montréal : pourquoi ce clivage ?

rive-sud

Par Lisa Tremblay

Après avoir assisté à un spectacle humoristique récemment, pour ne pas le citer c’était l’excellent couscous comédie show, j’ai réalisé que dans toutes les régions, provinces et pays il y a des têtes de turques (pardonnez-moi l’expression), ou pourrait-on dire des boucs émissaires…

À Montréal, j’ai remarqué que les gens de la rive sud sont souvent l’objet des rizeries et petites moqueries amicales et gentilles (avec les français bien sûr !). Et souvent le débat est soulevé, notamment lorsqu’il s’agit d’immobilier… Cherchant à acheter justement, comme beaucoup de Montréalais je me pose la question d’un condo à Longueuil… Si si vraiment ! Alors pourquoi Longueuil ? Ou devrais-je dire, pourquoi pas ?

Beaucoup de gens vous dirons, et sûrement à raison

« la rive sud c’est mal desservi, c’est exilé, loin de toutes commodités, ce n’est pas Montréal quoi ! » Et pour cause, il vrai que la vie sur la rive sud est quelque peu différente de celle de l’île. Les transports sont dissociés pour commencer. Ils sont plus onéreux et se résument aux bus puisque le seul métro qui atteint la rive ne marque qu’un unique arrêt et repart dans l’autre sens délimitant ironiquement la « fin de la ville ». Remarquons que cet arrêt unique coûte cher à ceux qui veulent l’atteindre avec un modeste coût de 3$ le passage, même pour ceux qui ont un abonnement « illimité »!

La vie sur la rive sud c’est aussi (et logiquement) avoir besoin d’une voiture. Et avoir une voiture c’est bien… sauf dans Montréal ! Ce qui éloigne encore les « gens de là-bas » qui préfèreront sûrement (et à raison) rester sur leur « continent » où ils peuvent se parquer et dépenser moitié moins pour un verre, un resto, une sortie…

Oui mais…  

De cause à effet on en arrive aux arguments positifs. À Longueuil (par exemple) les logements sont moins chers ! Les prix sont égaux à ceux de Montréal il y a 20 ans. Avoir le double pour moitié moins. Les condos sont rénovés ou neufs, l’isolation est top qualité et les rues assez grandes pour se parquer sans tourner. Le train vous débarque à Bonaventure en 15 minutes et les magasins sont raisonnablement fréquentés ce qui vous offre le choix de magasiner en paix.

Alors pourquoi ce clivage ? 

Pourquoi ne pas faire la Rive Sud une partie intégrante de la ville de Montréal ? Radio Canada a même dédié une rubrique et une page Facebook dédiée pour « mieux comprendre votre milieu » ! Le projet de de péage sur le Pont Champlain n’est d’ailleurs pas fait pour arranger les choses… À se demander si le cloisonnement de la ville n’en arrangerait pas certains, maintenant une forte demande et un niveau de prix hauts sur l’île. Si la rive sud était mieux intégrée, c’est une chute de l’immobilier qui frapperait, pour le plaisir de beaucoup et le malheur (relatif) de certains.

Comme l’a très bien dit Guy Bertrand, conseiller linguistique à la radio française de Radio-Canada, le terme « Rive Sud » est mal employé car : « Montréal est une ville et les villes n’ont pas de rives ».

 montreal panorama

Sources images : www.postedecoute.ca , photopatcollin.com 

Museler la bête

copinage

Pierre Simard, professeur à l’ENAP et fellow senior de l’Institut Fraser

Dans son bilan annuel sur la performance économique du Québec, le Centre sur la productivité et la prospérité des HEC estime que le gouvernement pourrait revoir la structure de sa fiscalité en haussant la TVQ et en réduisant d’autant l’impôt sur le revenu. Les taxes à la consommation étant plus efficaces, c’est à dire moins nocives pour notre économie que l’impôt sur le revenu. Je suis d’accord, mais…

Il est vrai qu’une taxe générale comme la TVQ engendre moins de distorsions dans l’économie qu’un méli-mélo d’impôts et de privilèges ciblés. Le problème n’est pas là. Le hic, c’est que mes collègues des HEC semblent postuler que le gouvernement ne prélève par le fisc que les sommes dont il a besoin pour couvrir le coût des biens et des services publics. En conséquence, ils présument qu’une meilleure tarification des services publics et une amélioration de la fiscalité permettrait à l’État de rembourser notre énorme dette, voire de nous retourner les excédents sous la forme de baisses d’impôt.

Malheureusement, tout n’est pas si simple pour les économistes des choix publics. Dans leur ouvrage The Power to Tax, Geoffrey Brennan et James M. Buchanan (Nobel 1986) proposent une vision beaucoup plus pragmatique de la fiscalité. Ils décrivent nos gouvernements comme des institutions qui cherchent à maximiser leurs rentrées fiscales. Le but de l’État serait essentiellement de prélever chez le contribuable le plus de revenus possible. Le gouvernement ajusterait ses dépenses en conséquence, c’est-à-dire en fonction du maximum d’impôt qu’il peut nous soutirer.

Dans cette perspective, la proposition de mes collègues des HEC pourrait devenir une calamité pour le contribuable. En effet, des études empiriques ont montré que les taxes uniformes à large assiette fiscale favorisent la croissance des gouvernements. Parce qu’elle favorise l’apathie des contribuables et repousse leur seuil de tolérance face à la taxation, elle permet à nos gouvernements de toujours mieux se gaver à nos dépens.

La logique est simple : un contribuable n’offrira de résistance à une hausse de taxes qu’à partir du moment où l’investissement en temps ou en argent pour la combattre est inférieur au gain escompté. Or, aucun d’entre nous n’a intérêt à consacrer du temps et des énergies à cabaler contre des hausses de TVQ qui, chaque fois, nous apparaîtront minimes par rapport à nos revenus. On préfèrera attendre que d’autres le fassent à notre place… ce qui n’arrivera pas.

Aussi, la réforme proposée devrait s’accompagner d’une obligation de mettre en place des contraintes au pouvoir de dépenser des politiciens; des contraintes qui limitent le montant d’impôt que l’État peut nous prélever. Dans cette veine, des économistes suggèrent d’introduire des règles constitutionnelles ou statutaires pour limiter le pouvoir de taxer, de dépenser et de faire des déficits.

Il faut cesser d’attendre la conscientisation de politiciens motivés par leur seule réélection. Laissons les faire ce qu’ils savent faire le mieux : faire des promesses électorales et octroyer des faveurs politiques. Mais, soyons réalistes : obligeons-les à faire de la politique à l’intérieur d’une enveloppe budgétaire fermée.

J’en conviens, réformer la fiscalité est une voie intéressante pour mettre de l’ordre dans nos finances publiques. Toutefois, il faut garder à l’esprit qu’en confiant un système de taxation plus efficace et sans contraintes à des politiciens, c’est aussi courir le risque de se faire plumer.