Les sacrifiés et les réfugiés

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Image : Battle of Britain – de Mark Bromley

Par Philippe David

Je dois réellement remercier Mathieu Bock-Côté. C’est fou comment ses récentes chroniques m’inspirent. Plus précisément, c’est sa chronique « Ceux qui paient et ceux qui fuient » qui m’interpelle en ce moment.

Dans cette chronique, il pointe un doigt accusateur envers ceux qui « fuient » le Québec. Je soupçonne qu’il réprouve qu’un nombre de plus en plus élevé de québécois décident de partir vers des cieux plus cléments, ou s’ils ne peuvent partir, ils préparent leurs enfants à le faire, comme l’a récemment avoué Joseph Facal dans sa propre chronique. Selon M. Bock-Côté, ces gens souffrent d’un manque de patriotisme et de sens du sacrifice. Ils devraient plutôt se laisser saigner pour leur patrie.

Du sang, de la sueur et des larmes

Pour étoffer son argument, il cite le fameux « blood, sweat and tears » de Churchill, mais humblement, je lui rappellerais que le Québec ne souffre certainement pas des mêmes circonstances et il n’y a certainement pas un tyran d’outre-frontières qui fait pleuvoir des bombes sur la ville de Québec, comme ce fût le cas à Londres en 1939. Dans notre cas, l’ennemi ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Notre ennemi est notre propre classe politique et le gouvernement qu’elle contrôle, pas un mégalomane à la tête d’une nation étrangère. Lorsque votre patrie est attaquée, il est normal de la défendre jusqu’à la mort, mais quelle allégeance doit-on à un pays qui cherche à nous enchainer un maillon à la fois? Blâmait-on les réfugiés qui ont risqué leur vie en traversant le mur de Berlin ou le détroit de la Floride? J’admettrai  d’emblée que le Québec  n’est pas le bloc soviétique ou Cuba, du moins, pas encore; mais il est néanmoins engagé sur la même route qui conduit à la servitude.

Les réfugiés

Il est vraiment dommage que peu de québécois soient familiers avec les ouvrages « La Route de la Servitude » de Friedrich Hayek et « La Grève » d’Ayn Rand. Le premier explique où le Québec s’en va et le second pourquoi beaucoup décident très rationnellement de ne plus y participer. Ces deux ouvrages enseigneraient à nos cégépiens bien plus sur comment fonctionne le vrai monde que les brûlots de nos petits révolutionnaires en culotte courtes qui baignent depuis leur naissance dans la culture du « tout m’est dû ». Dans « La Grève » particulièrement, l’auteure nous décrit un monde qui a largement succombé aux conséquences de l’état-providence et où les États-Unis, dernier bastion, est en train de rejoindre le reste du monde à  vitesse grand V. Le personnage principal, John Galt, un inventeur de talent, décide qu’il ne veut plus participer à une société qui exploite son talent et se réfugie dans une vallée qu’il baptise Galt’s Gulch.  Il arrive à convaincre d’autres hommes de talent, financiers, industrialistes, ingénieurs, etc.,  à l’y rejoindre, causant un exode des cerveaux, mettant graduellement le pays en crise.

Sous bien des aspects, le Québec ressemble beaucoup au monde qu’a dépeint Ayn Rand en 1957. Avec  son gouvernement de plus en plus interventionniste qui dénigre l’investissement privé, tue très littéralement les opportunités entrepreneuriales et étouffe les entreprises par la paperasse et les taxes. Est-il surprenant que les prospects économiques soient si limités ici? Est-il vraiment surprenant qu’avec des opportunités restreintes d’enrichissement personnel  et un régime fiscal plus étouffant que partout en Amérique du Nord, que de plus en plus de québécois de talent décident d’imiter John Galt? Chose certaine, si je venais de graduer de l’université que je savais ce que je sais maintenant,  je considèrerais sérieusement de partir à la recherche de Galt’s Gulch.

Je comprends très bien cet attachement qu’ont les gens envers leur lieu de naissance. C’est généralement l’endroit où vivent  encore ceux qui nous sont chers et où sont enterrés nos parents et grands-parents.  C’est donc normal d’y être attaché.  Lorsque cette terre est menacée, ce sont nos familles et tous ceux qui nous sont chers qui sont menacés, il est donc normal de vouloir se sacrifier pour qu’ils soient sains et saufs. Comme père de famille, il n’y a rien que je ne ferais pas pour protéger les miens. Mais jusqu’où doit aller le sens du sacrifice? Doit-il aller jusqu’à s’enchainer pour payer une dette engendrée par la frivolité et l’irresponsabilité de ceux qui nous ont précédé?

C’est ce que Mathieu Bock-Côté voudrait que nous fassions. Il ne s’agit pas ici de simplement payer sa part, mais la part de nos parents et grands-parents qui a été pelletée par en avant depuis plusieurs décennies par une classe politique irresponsable.  Quel parent est en droit de faire ce genre de demande à ses enfants appauvris par sa faute? Peut-on blâmer les jeunes de fuir?

C’est l’économie, stupide! (Bill Clinton)

M. Bock-Côté a raison sur un point : l’économie n’est pas que des colonnes de chiffres. L’économie c’est tous les échanges volontaires  qui ont lieu entre les individus d’une société. C’est le fondement même d’une société puisque ce sont la production et les échanges qui amènent les individus à coopérer entre eux.  L’économie, c’est l’action humaine et sans action humaine, point de société.  Une de ses règles cardinales est que nous ne pouvons pas (moralement) consommer plus que nous produisons. Or, c’est ce que nous faisons depuis maintenant plus de 50 ans.  Nous avons dépassé de loin le stade où nous demandons à ceux qui paient  de payer un peu plus cher pour les services qu’ils reçoivent, nous leur demandons de payer même pour des services qu’ils n’ont même pas consommés et dont ils ne jouiront jamais sans qu’ils n’aient eu un mot à dire. Ceux qui seront sacrifiés ne seront pas seulement les riches, mais les jeunes qui sont plus mobiles que jamais.

Si la majorité d’entre nous avions une compréhension de l’économie, nous saurions tous quels incitatifs tordus le socialisme incorpore à notre société pour que les gens agissent comme ils le font présentement. Nous saurions tous qu’une fiscalité oppressive décourage le travail, que de taxer les entreprises équivaut tout simplement à taxer les particuliers une deuxième fois et décourage l’investissement et la création de richesse. Et plus encore, nous cesserions d’entretenir cette haine maladive de la richesse. Et personne n’aurait envie de fuir le Québec.

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