Le moindre crosseur

Par Philippe David

Mardi matin on a entendu un grand soupir de soulagement collectif avec les résultats du plus récent sondage de Léger Marketing qui, avec un échantillonnage qui ne laisse qu’une faible marge d’erreur, confirme que le PQ est en chute libre et le PLQ pourrait remporter une majorité. Soupir de soulagement, non pas parce qu’un gouvernement libéral est bien meilleur qu’un gouvernement péquiste, mais parce que bien peu d’entre nous veulent vraiment avoir à supporter l’incertitude et la bisbille constitutionnelle inhérente de tout régime péquiste, et aussi l’incompétence patente que l’équipe de Pauline Marois a démontré depuis les derniers dix-huit mois.

Le spectre de la souveraineté et du référendum

Les partisans du PQ parlent toujours de campagne de peur, chaque fois que les autres partis brandissent le référendum comme épouvantail, et dans une certaine mesure, ils ont raison. Mais ils ne peuvent pas nier non-plus que la souveraineté et la possibilité d’un autre  référendum amène une bonne dose d’incertitude qui affectent les calculs des entrepreneurs et des investisseurs. Si vous vous demandez pourquoi l’emploi et l’investissement privé ont stagné pendant toute l’année 2013, demandez-vous quelle personne saine d’esprit irait risquer des millions là où le régime politique est instable et hostile au développement économique? Risqueriez-vous vos propres économies à démarrer une entreprise pendant que Pauline Marois et Nicolas Marceau sont à la barre de notre économie? Moi pas.

Veut, veut pas, la souveraineté aura toujours un coût économique en termes de peur du changement et d’incertitude de régime. L’entrepreneuriat et la création de la richesse sont des choses qui se planifient sur le long-terme et on ne peut faire ça lorsque la stabilité politique n’est pas au rendez-vous. Si nos élus s’amusent à tout faire pour créer des conflits entre les différents paliers de gouvernement pour tenter d’influencer l’opinion publique, les entrepreneurs et investisseurs mettront leurs projets en veilleuse et laisseront la poussière retomber avant de décider quoi faire. C’est naturel.

Pour en finir avec la charte de laïcité

Cette charte a toujours été un calcul électoraliste de part du PQ et un mauvais calcul en plus. Le PQ a tenté de jouer sur les peurs et l’ignorance de bien des québécois envers l’islamisme et l’immigration afin de se poser en grand défenseur de « l’identité québécoise ».  Tout d’abord, si vous croyez que baliser les accommodements religieux et bannir le port de signes religieux par les employés de l’état va résoudre le problème de la montée de l’islamisme et de l’intégrisme religieux, vous avez de sérieuses délusions. Alors à quoi bon essayer de nous l’enfoncer dans la gorge. D’autant plus, que nous savons d’avance, de l’avis du Barreau du Québec et de la Commission des Droits de la Personne, que ce projet de loi sera rejeté par la Cour Suprême. Donc, la seule raison de vouloir persister et refuser tout compromis sur un projet de loi qu’on sait déjà inconstitutionnel, et d’en faire un enjeu électoral, c’est simplement pour l’instrumentaliser pour gagner une majorité et créer de la zizanie avec le fédéral pour mousser la popularité de la souveraineté. Parce que Dieu sait que les souverainistes sont incapables de de vendre leur projet sur ses propres mérites. Le PQ a fait le pari que les électeurs seraient  si totalement hypnotisés et hébétés par le débat sur la charte pour tout oublier l’incompétence de son gouvernement. Heureusement, les gens ne sont pas aussi stupides.

Les crosseurs

Maintenant, des voix s’élèvent pour aller questionner l’intégrité des libéraux. Je serai certainement le dernier à les défendre, mais d’un autre côté, même si la Commission Charbonneau n’a pas encore dévoilé autant d’incidents impliquant le PQ, elle n’a encore que gratté la surface de la relation entre le PQ et les syndicats, je ne suis pas prêt à dire que le PQ est vraiment plus vertueux sur le plan éthique. N’oublions pas que Mme Marois a déclenché des élections en contravention de sa propre loi sur des élections à date fixe, alors qu’elle et son conjoint étaient convoqués à comparaitre en commission parlementaire pour expliquer le fameux « deal » avec la FTQ. Ça remet certainement en question l’éthique de Mme Marois. J’aurais tendance à croire qui si le PLQ n’est pas tout blanc, le PQ n’a certainement pas de supériorité morale à ce chapitre. Le pouvoir a corrompu également les deux partis, et la seule raison que les autres puissent revendiquer n’avoir aucun squelette dans leur placard, est qu’ils n’y ont jamais gouté.

Donc, si votre choix se limite strictement au tandem PQ-PLQ qui s’échange le pouvoir depuis 1976, vous pouvez peut-être croire que vous votez pour le moins crosseur, mais vous allez inévitablement voter pour un crosseur. Ce n’est pas un terriblement bon incitatif, si vous voulez mon avis. Peut-être que vous devriez considérer voter pour quelqu’un d’autre.

LA PANIQUE EST MAUVAISE CONSEILLÈRE

Par Daniel Paquet

Depuis le début, je me demande qui est la bolle qui a dit à madame Marois «Vas-y, Pauline, c’est le temps où jamais». Et depuis le début, je me dis que jeux veux être à la porte du bureau de chômage quand cette bolle déchue va s’y présenter sur son âne, encore enrobée de goudron et de plumes.

 Mais plus j’y pense, plus je me dis que cette bolle, c’est Pauline elle-même.

 Oh, elle planifiait un scrutin printanier… elle et ses bonzes y travaillaient sûrement, quotidiennement, minutieusement, dans le but de tenter d’obtenir leur majorité avec le dégel.

 Et là, les caquistes et les libéraux les ont convoqués, elle et son invisible conjoint Claude Blanchet, en commission parlementaire pour répondre aux questions de l’opposition sur le «DEAL».

 Et ce fut la panique.

 Si on attendait une journée de plus, la Première se voyait obligée d’ouvrir aux yeux de tous son panier de linge sale.

 Elle a donc appelé des élections.

Précipitamment.

 Tellement vite qu’on a refusé de répondre aux médias la première journée.

 Tellement vite qu’on en a oublié de mettre de l’avant la charte, pourtant incontournable, base péquiste de toute élection gagnante dans ce Québec divisé.

Ça a pris deux semaines pour qu’on s’en rappelle.

 Tellement vite qu’on a accordé derrière portes closes à Pierre Karl Péladeau le titre de Capitaine Québec, mettant ainsi entre les mains d’un riche héritier qui n’avait jamais fait de politique active les rennes de la campagne, ce qui a fait déraper une élection déjà bien mal partie.

 Tellement vite qu’entre deux débats, on a sorti les vieux livres d’histoires à la page 1995, et on a eu la brillante idée d’inventer une invasion d’étudiants ontariens qui veulent prendre le contrôle du Québec.

 

Regardez aller le PQ:

Vraiment, la panique est bien mauvaise conseillère!

Panique au PQ?

Par Philippe David

Le weekend a été dominé par une nouvelle assez surréaliste. Ainsi, le PQ craindrait se faire voler l’élection grâce à une hausse d’inscriptions d’étudiants provenant de l’extérieur du Québec dans cinq circonscriptions montréalaises.

La nouvelle est surréaliste parce que, comme le rapporte Benoit Aubin dans sa chronique, même le nombre total de ces étudiants est insuffisant pour influencer les résultats du scrutin dans ces circonscriptions, et aussi parce qu’après enquête, le DGEQ a conclu hier que les allégations étaient sans fondement et que seule la circonscription de Saint-Henri — Sainte-Anne aurait enregistré une légère hausse alors que les quatre autres ont enregistré une baisse. D’où provenaient les chiffres qui inquiétaient tant Pauline Marois? Semble-t-il qu’ils ont été rapportés par « un parti politique ». Je me demande lequel?

Le démenti du DGEQ ayant fait la manchette le 23 mars, il est surprenant de voir qu’encore ce matin, dans un texte publié le 23 mars à 23h55 et mis à jour à 00h01 le 24 mars, un média de Québécor persiste encore avec la nouvelle du vol d’élection.

Tout ceci s’inscrit encore et toujours au chapitre de l’incompétence de Pauline Marois et son équipe qui, se voyant glisser dans les sondages depuis le début de la campagne, semble être en mode panique et se cherche déjà un bouc-émissaire sur lequel blâmer ses mauvais résultats électoraux. C’est beaucoup plus facile que de prendre responsabilité pour ses propres actes.

Mme Marois a pris le pari que la charte allait transporter le PQ vers une majorité, mais il semble de plus en plus apparent qu’elle va perdre ce pari et que l’incompétence de son gouvernement va tout de même la rattraper.  Il est de plus en plus douteux que le PQ puisse obtenir une majorité de sièges à l’Assemblée et même qu’il est possible que le PLQ puisse prendre le pouvoir. À ce point-ci, même une majorité libérale est possible.

Si le PQ s’inquiète vraiment de perdre l’élection à cause d’une poignée d’étudiants anglophones, c’est vraiment signe que les stratèges du PQ s’accrochent à des pailles sur la berge pour éviter la noyade.

La souveraineté : Parce que la tyrannie québécoise a bien meilleur goût…

Par Philippe David

Avec l’annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau à Saint-Jérôme, le chat souverainiste est sorti du sac. On voit encore PKP, le poing en l’air, proclamant qu’il veut « un pays ». Si le PQ a un seul talent, c’est celui de diviser. Que ce soit la souveraineté ou la charte, ces débats qu’il engendre ont le don de nous inciter à nous sauter à la gorge. Et pourquoi au juste? À cause que certains pensent que la notion abstraite d’une « nation » ou d’un « peuple » leur donne le droit d’imposer leur façon de vivre et de penser aux autres qui vivent sur ce qu’ils considèrent « leur » territoire.

Il est parfaitement normal d’éprouver un  lien émotionnel envers le lieu de notre naissance ou celui où nous avons passé la plus grande partie de notre vie. C’est le lieu où vivent notre famille et tous ceux qui nous sont chers. Lorsqu’il est attaqué, il est normal de vouloir le défendre, même au prix de notre vie, parce que ce que nous défendons réellement, ce sont nos familles et nos amis, pas un territoire délimité par des lignes arbitraires sur une carte ou le gouvernement qui le contrôle. Ce sentiment, c’est ce que nous appelons le patriotisme. Le patriotisme ne se préoccupe pas de la foi religieuse ou de l’orientation sexuelle, ou du genre, ou de l’appartenance politique de vos voisins. Il se préoccupe de ce qui nous unit, pas ce qui nous divise. Le nationalisme, c’est tout autre chose

La plaie nationaliste

Comprenez-moi bien. Dans toute notre histoire, il n’y a probablement jamais eu de pire fléau que l’idéologie du nationalisme. Elle divise le genre humain depuis l’aube de son existence, motivant guerres et conquêtes. Son histoire est écrite avec le sang de ses victimes et nous n’avons toujours pas réussi à nous en débarrasser.  C’est l’idéologie du « nous » et du « eux », groupes définis selon les critères du jour.  Sa seule optique est de pointer les différences qui nous divisent plutôt que les points que nous avons en commun. Son seul objectif est de diaboliser et rejeter ce qui est « différent ». Poussée à l’extrême, elle nous pousse à vouloir soumettre ou exterminer ceux qui sont différents de nous.  Elle est le motif de tous les génocides de l’histoire.

Le nationalisme n’est pas du patriotisme, c’est le transfert du sentiment patriotique vers un groupe défini, centré autour d’une ethnie ou une langue ou une culture quelconque. Naturellement, ça implique que si vous ne partagez pas ces caractéristiques, même si vous vivez en dedans des mêmes lignes imaginaires, vous ne pouvez faire pleinement partie du groupe. Vous serez toujours un des « autres », parfois toléré, mais jamais accepté. Au Québec, faire partie de la « nation » québécoise ne veut pas dire vivre au Québec. Ça veut dire être blanc, francophone, catholique et avoir un arbre généalogique qui s’étend jusqu’avant la conquête britannique. Il tolère ceux qui ne sont pas blancs, pas catholiques mais chrétiens quand même et de descendance plus récente, tant qu’ils sont francophones, mais ne sont pas membres du club à part égale. Si vous êtes anglo ou non-chrétien, vous êtes tolérés, mais vous ne ferez jamais partie du « nous » québécois. Tough luck! Pour les nationalistes, vous êtes des citoyens de seconde classe si vous vivez au Québec. Si vous faites partie de ce groupe dans le reste du Canada, vous êtes « l’ennemi ».

Tyrannie québécoise ou tyrannie « canadian »

Les nationalistes québécois considèrent le fédéralisme canadien comme l’oppresseur. En quelque sorte, une tyrannie envers sa minorité francophone, mais pourtant,  avec des lois comme la loi 101 et la fameuse charte des valeurs, ils se sont montré tout aussi ou même plus tyranniques envers les minorités que la fédération canadienne. Le Canada ne m’impose pas de parler anglais ou d’afficher en priorité dans cette langue. Au contraire, il contraint les anglophones à parler français lorsqu’ils travaillent au gouvernement fédéral,  qualification qu’il serait sans doute utile d’avoir là où le nombre de francophones le justifie, mais pas nécessairement dans un coin de pays où il n’y en a aucun. Le nationaliste cherche non-seulement à imposer le français sur tout le territoire du Québec, mais il réprouve l’usage de l’anglais (ou toute autre langue d’ailleurs, même le créole), même si c’est dans un secteur majoritairement anglophone (comme l’ouest de Montréal, par exemple). Donc, ils s’offusqueront de se faire approcher avec un bonjour-hi par un vendeur dans un magasin, même si ce magasin est situé au Centre Fairview à Pointe-Claire, ou même au centre-ville où statistiquement, les chances soient à peu près égales au vendeur d’avoir affaire à un client anglophone que francophone. Oui, le français est la langue de la majorité au Québec, mais il y a une marge entre préserver une langue et être complètement intolérant des autres.

Maintenant, avec la charte des valeurs, on monte d’une autre coche dans l’intolérance. Il ne suffit plus maintenant de parler français pour être toléré par les nationalistes, il faut maintenant que vous cachiez votre appartenance religieuse. Encore une fois, c’est l’apanage du nationalisme de rejeter ce qui est différent.

La souveraineté du Québec, c’est en réalité le choix entre deux tyrannies. La tyrannie nationaliste québécoise et la tyrannie relativement plus « soft » du fédéralisme canadien. Et dire que les nationalistes s’étonnent que ceux qui sont attachés au libéralisme, comme le sont une grande partie de la droite québécoise, n’embarquent pas. Désolé de vous décevoir. Si ce n’était que de moi, j’abolirais les deux, mais si je dois choisir une ou l’autre, le choix n’est pas trop difficile. Je choisirai celle des deux qui est la plus tolérante.

Pierre-Karl Péladeau, un libertarien?

Par Philippe David

J’ai failli recracher mon café (et plusieurs de mes amis aussi, d’ailleurs)  sur mon écran en lisant cet article ce matin dans le Devoir. Pas nécessairement parce que  j’étais en désaccord avec  l’article comme tel, mais quand je suis passé sur ce petit paragraphe :

« Berlusconi, c’est un drôle de numéro, explique le professeur de l’université d’Ottawa. S’il y en a un qui ressemble à Pierre Karl Péladeau, c’est plus Murdoch. Lui aussi est libertarien. Lui aussi s’est retiré des conseils de presse, en Australie et en Angleterre. Lui aussi a acheté des chaînes de télé importantes et concentré ses médias. Mis à part le scandale des écoutes téléphoniques que nous n’avons pas ici, c’est le baron des médias qui ressemble le plus à M. Péladeau. »

Murdoch? Péladeau? Des libertariens? Quelle blague!  Ce n’est pas que je veuille être pointilleux,  mais ni l’un, ni l’autre ne correspondent à des adeptes du libertarianisme.  Ils sont plutôt de ce qu’on pourrait appeler  la droite corporatiste. Ce sont des hommes d’affaires qui,  pour la réussite de leur entreprise, se collent au pouvoir politique afin d’obtenir des faveurs, des contrats ou des avantages règlementaires. Ainsi, Pierre-Karl Péladeau tète profusément les mamelles de l’état et bénéficie amplement de ses largesses. Rappelons que sa vache à lait, Vidéotron, bénéficie d’un monopole de câblodistribution protégé par l’état et dont l’achat a aussi été financé par l’argent des contribuables.  Dois-je aussi vous rappeler le nouvel amphithéâtre de Québec? Deux bons exemples de copinage avec le pouvoir politique.

Le libertarianisme est généralement opposé à toute intervention de l’état dans l’économie. C’est donc douteux qu’un libertarien puisse utiliser le pouvoir de l’état pour s’enrichir sans renier ses principes. Ayn Rand avait un terme pour caractériser ces hommes d’affaires qui s’enrichissent aux crochets de l’état : des pillards.

Une autre caractéristique de Pierre-Karl Péladeau qui ne correspond pas du tout au profil d’un libertarien est son nationalisme. Le nationalisme est une doctrine collectiviste qui consiste à exalter l’appartenance à une nation. Étant fièrement  individualiste, le libertarien n’éprouve aucun véritable attachement au concept de « nation », qu’il considère comme une abstraction artificielle. Peu de libertariens s’impliquent en politique, sauf quelques exceptions comme Ron Paul aux États-Unis ou Maxime Bernier au gouvernement fédéral, qui le font probablement  dans l’espoir de changer le système de l’intérieur. Pour le libertarien, l’indépendance du Québec ne représente tout simplement que  de passer d’une tyrannie fédérale à une tyrannie provinciale. Et puisque notre gouvernement provincial a des tendances beaucoup plus socialistes et totalitaires, en particulier quand le PQ est au pouvoir, il est plutôt invraisemblable qu’un libertarien milite activement pour l’indépendance, encore moins de se présenter pour le PQ. Un libertarien souhaite plutôt  abolir les deux niveaux de gouvernement.

Sachant maintenant cela, vous conviendrez que de considérer PKP comme un libertarien est plutôt absurde, mais qu’un journal de la trempe du Devoir fasse cette erreur est quand même intéressant. Il n’y a pas si longtemps, on se serait simplement contenté de caractériser M. Péladeau comme étant « de droite ». Le fait qu’on utilise maintenant le terme « libertarien », même si c’est à tort et à travers, signifie que cette philosophie politique s’est infiltrée dans le « mainstream » et n’est plus considérée comme marginale. D’une certaine façon, le fait que des médias de gauche utilisent maintenant des libertariens comme des épouvantails démontre qu’ils considèrent cette philosophie comme ayant une base plus solide et plus légitime dans le paysage politique québécois. Pour moi, il y a certainement de quoi se réjouir.

Manipulation médiatique?

Par Philippe David

L’annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau dans le comté de Saint-Jérôme a causé bien du questionnement quant à l’indépendance des médias dans cette campagne. Joanne Marcotte l’a appris à ses dépens alors que son blogue hébergé sur le site du Journal de Montréal et de Québec a été retiré après qu’elle eut publié un texte comparant la une de plusieurs journaux et remarquant que celle du Journal de Montréal avait une saveur très pro-nationaliste. Apparemment, les patrons du journal l’ont pris comme un manque de loyauté, mais il n’empêche qu’elle disait vrai.

Ce mardi, un article de nouvelle apparait dans le site du Journal de Montréal qui m’apparait plus qu’un peu biaisé. Signé par Sarah-Maude Lefebvre, l’article  était titré « Élections: deux Montréalais payés par le PLQ pour l’installation de pancartes ».  Je vous cite un passage :

« Alors que la plupart des partis récompensent la pose de pancartes au mieux «d’un café et d’un beigne», le Parti libéral du Québec a donné 1000 $ à deux personnes pour 15 heures de travail.

C’est ce qu’a révélé au Journal sous le couvert de l’anonymat un citoyen qui a été engagé la semaine dernière par le PLQ pour installer une centaine de pancartes. »

Si on en croit la teneur de l’article, il serait positivement scandaleux que le PLQ paye deux personnes $1000 pour poser une centaine de pancartes électorales alors que la plupart des partis dépendent de bénévoles qui reçoivent au mieux « un beigne et un café » pour leurs efforts. Fort bien ! Seulement l’article mentionne au sujet du PQ:

« 35 000 pancartes électorales posées pendant la présente élection -Elles seront toutes installées par des bénévoles, à l’exception de 3600 pancartes relevant de la campagne nationale qui seront posées par une firme privée pour un montant de 61 500$. »

$61 500 pour installer 3600 pancartes, mais la journaliste ne semble s’indigner que pour le $1000 dépensé par le PLQ? Pas qu’il y ait vraiment de quoi s’indigner en premier lieu. De part et d’autre,  je crois que les montants sont amplement dans les limites permises par le DGEQ. Mais il semblerait que certains ont l’indignation hautement à géométrie variable. Encore plus étonnant que cet article moins qu’objectif soit passé par le pupitre et soit publié. Il s’agit quand même d’un article de nouvelle et non un texte d’opinion.

C’est peut-être juste moi, mais avec leur grand patron dans la course électorale, il me semble que le personnel du Journal de Montréal et du Journal de Québec devrait faire de grands efforts pour ne pas sembler vouloir manipuler l’opinion publique en la faveur de M. Péladeau ou celle du PQ. On pourrait facilement  s’imaginer que M. Péladeau tire leurs ficelles. Lorsqu’un magnat des médias aspire au pouvoir politique, il existera toujours un doute quant à l’indépendance de ces médias.

Comment battre le PQ à son propre jeu

Par Philippe David

Maintenant que Pauline Marois nous a plongé en élections, malgré le fait que son parti avait voté une loi sur les élections à date fixe spécifiquement pour empêcher que le gouvernement puisse déclencher des élections par pur opportunisme politique (comme quand les sondages disent que ton parti pourrait gagner une majorité, par exemple); il faut que les partis qui opposent le PQ trouvent une stratégie gagnante pour les battre. C’est clair que le PQ mise surtout sur la charte pour le mener à la victoire et oblitérer tous les autres enjeux. Quoiqu’on puisse penser de la charte, c’est effectivement l’enjeu sur lequel le Parti Québécois est le plus fort et il a effectivement eu du succès a faire complètement oublier son incompétence des dix-huit derniers mois  grâce à elle.  Si les autres partis veulent avoir l’ombre d’une chance de contrer le PQ, ils doivent adresser le problème de front. 

 Je ne suis pas un stratège politique, mais si j’en était un, j’aurais quelques idées comment battre le PQ à son propre jeu. 

Tout d’abord, force est de reconnaitre que de simplement dénoncer  la charte ou d’essayer de l’ignorer en disant que c’est un problème inventé de toutes pièces à des fins électoralistes ne fonctionne pas.  La majorité des électeurs croient qu’un problème existe et on ne les convaincra pas du contraire. En fait, côté identitaire, il se trouve qu’un grand nombre de québécois sont inconfortables avec ceux qui sont, commen dire, différents? Réflexe compréhensible, il faut le dire. Cet inconfort est l’instrument démagogique avec lequel le PQ joue en ce moment.  Le truc, c’est de montrer aux gens qu’on peut faire mieux que le PQ.

Si vous discutez avec les pro-charte, la plupart vous diront que selon eux, la charte ne vas pas assez loin. Je suis partiellement d’accord. Partiellement parce que selon moi, la charte ne fait absolument rien, mis-à part d’aliéner les gens, en particulier l’interdiction du port de symboles religieux par les employés de l’état. Nous savons tous que le véritable problème est la montée de l’intégrisme islamique et non les symboles religieux comme tel. En bannissant tous les symboles religieux  pour tous les employés de l’état, nous nous aliénons des gens qui autrement seraient des alliés naturels pour combattre l’islamisme, comme les juifs, par exemple. Mais l’état ne pourrait pas viser que les voiles sans perdre sa neutralité, pas vrai? De plus, côté juridique, il y de fortes chances que cette partie de la charte ne passe pas le test à la Cour Suprême. Super si notre motivation est de créer de la zizanie avec Ottawa, mais pas si votre but est de freiner la montée de l’islamisme. À quoi sert une loi qui sera vouée à être invalidée dès le départ? 

Cependant, il y a beaucoup de mesures que le gouvernement pourrait prendre qui seraient beaucoup plus efficaces que l’interdiction des symboles religieux, qui n’est somme-toute qu’une mesure cosmétique. Voici donc les mesures que les partis opposés au PQ devraient promettre afin de dérailler le train identitaire du PQ:

  1.  Refuser tout accommodement religieux à l’encontre de nos valeurs, y compris l’égalité des sexes, dans toutes les institutions publiques.
  2.  Améliorer les critères de sélection des immigrants en fonction de leur compatibilité à nos valeurs et leurs compétences professionnelle, plutôt que la langue.  
  3. Améliorer les services d’intégration des immigrants pour la reconnaissance des compétences, l’intégration à l’emploi et l’apprentissage du français.  
  4. Améliorer les services d’aide aux femmes victimes de violence et faire un suivi particulier après des femmes immigrantes pour prévenir les crimes d’honneur.  
  5. Interdire du port de tout vêtement couvrant le visage à tous les employés de l’état et interdire du port de signes religieux ostentatoire aux employés de l’état en position d’autorité seulement.  
  6. Abolir toute subvention aux écoles à caractère religieux  
  7. Abolir le cours d’Éthique et Culture religieuse à tous les niveaux du système d’éducation publique.

Si vous êtes sérieux au sujet de la protection de nos valeurs et de l’intégration des immigrants à notre culture, vous devez reconnaître que ces mesures vont beaucoup plus loin que la charte péquiste  et seront beaucoup plus efficaces contre la montée de l’islamisme, mais contrairement à la charte, ces mesures ont de bien meilleures chances de passer le test constitutionnel. Les entorses aux droits et libertés sont minimes et plus facilement justifiables puisqu’elles ont été suggérées par la Commission Bouchard-Taylor.

Elles adressent aussi bon nombre de problèmes que la charte n’adresse même pas et limitant l’influx de musulmans, en assurant une meilleure intégration à l’emploi et en prévenant les crimes d’honneur.

En vendant bien cette solution, on pourrait finalement mettre le débat identitaire de côté et parler des autres enjeux un peu.