La peur bleue

Par Philippe David

Les post-mortem de la campagne ont commencé à défiler et déjà, dans le camp péquiste, les excuses commencent à fuser pour se déresponsabiliser de la raclée qu’ils ont reçu lundi dernier. On blâme les médias, la charte des valeurs ou Pauline Marois, mais l’excuse la plus souvent citée est la peur. La peur d’un référendum ou la peur de la souveraineté.

Ainsi, selon un grand segment de l’intelligentsia péquiste, le bon peuple québécois ne sait pas ce qui est bon pour lui. Il ne réalise pas à quel point le fédéralisme canadien est une menace. Il est ignorant du péril qui menace le français à Montréal (après tout, se faire accueillir dans un magasin par un « bonjour/hi » est tellement agressant). Ils ne réalisent pas que les islamistes sont sur le point de nous submerger et nous imposer leur religion (au moment où je tape ces lignes, il y en a probablement un million qui arrivent à l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau maintenant que leur marionnette, Philippe Couillard, est en poste. Si, si, sérieusement!) Sauvez-vous! Nous serons sûrement devenus une théocratie musulmane d’ici les prochaines élections! Nous ne réalisons pas à quel point les libéraux sont corrompus. Bref nous ne réalisons pas à quel point il est urgent de devenir un pays.

Selon eux, c’est parce que nous avons peur. Peur du changement. Peur de la faillite. Peur de perdre nos petits conforts. Peur de perdre la péréquation. Peur de « perdre nos Rocheuses ». Peur d’avoir peur? Pour ces messieurs, j’aurais une autre théorie…

Et si la peur n’avait rien à voir? Les récents sondages apportent quelques indices révélateurs. Ils démontrent particulièrement que l’électorat du PQ se situe surtout dans le segment d’âge des 50 à 65 ans. Il récolte très peu d’appuis dans tous les autres groupes d’âge. On a souvent dit que le PQ était le parti d’une seule génération, nous en avons désormais la preuve. Ils n’arrivent tout simplement pas à soulever l’enthousiasme chez les jeunes. Pourtant, s’il y a un qualificatif qui s’applique plus aux jeunes qu’aux plus vieux, c’est la témérité. Règle générale, ce sont les jeunes qui foncent tête baissé sans trop s’attarder aux conséquences. Nécessairement, si on veut mener à bien un projet comme l’indépendance d’un pays, c’est normalement les jeunes qui forment le fer de lance du mouvement. Mais voilà, les jeunes ne sont tout simplement pas intéressés. Le PQ n’a pas réussi à vendre son projet.  Ce n’est pas qu’ils ont peur, c’est plus qu’ils n’en ont rien à cirer. Le discours identitaire et victimaire du PQ ne les touche pas et ils ne conçoivent pas le fédéralisme comme un obstacle ou une contrainte. Le PQ devra trouver d’autres arguments pour les convaincre. Or, le disque du PQ est tellement usé qu’il ne cesse de sauter. En poursuivant ce même discours, le PQ a autant de chance d’exciter les jeunes qu’en leur faisant écouter du Pat Boone.

En bref, le problème du PQ n’est pas tant la peur de la souveraineté ou d’un référendum, mais la lassitude et l’écœurantite aigüe après 45 ans du même débat. Nous ne sommes tout simplement plus intéressés par l’option souverainiste, à part pour ce nœud dur de 30-35%, et nous sommes carrément écœurés d’en entendre parler. Il serait peut-être temps que le PQ nous écoute. Il me semble que le message est clair.

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