Déséducation

 

Par Philippe David

Deux nouvelles récentes attirent mon attention cette semaine. La première est qu’on a appris que 18% des diplômés universitaires sont fonctionnellement illettrés. Nouvelle absolument désolante. La seconde est la controverse autour des écoles juives subventionnées qui refusent d’enseigner le curriculum prescrit par le MELS.

Ces deux nouvelles ne sont en réalité que deux facettes du même problème : l’éducation étatisée. D’un côté, une société devrait sérieusement s’interroger comment des personnes incapables de lire et comprendre un texte simple arrivent à s’enrôler à, encore moins de graduer de, l’université. Comment peuvent-ils seulement passer à travers sept années d’école élémentaire (n’oublions pas la maternelle), cinq années de secondaire et deux années de Cegep (quand ce n’est pas quatre ou même six!) et ne pas être en mesure de lire un article de journal et encore moins d’en écrire un sans trop faire de fautes? Être illettré après quatorze ans de scolarité, faut le faire! Comment est-ce même possible! Ça en dit long sur notre « système d’éducation », vous ne trouvez pas?

Pendant ce temps, on déplore que certains enfants juifs hassidiques ne reçoivent pas une éducation adéquate dans des écoles juives à vocation religieuse. Vous savez quoi? Je n’ai pas grands contacts avec des juifs ultra-orthodoxes, quoique j’en ai rencontré plusieurs professionnellement, mais je parie que ces jeunes peuvent probablement lire et écrire mieux que beaucoup de gradués du Cégep dans notre système laïc et dans bien des cas, en trois langues : anglais, français et hébreu. Je me demande alors qui souffre d’une si mauvaise éducation?

Un système désuet

Imaginez un instant les remous qu’il y aurait si on vous disait qu’à partir de demain matin vous n’aurez accès qu’à des médias contrôlés par l’état. Télévision d’état, radio d’état, journaux et magazines d’état et seulement des livres publiés par l’état. Le « wet dream » d’Amir Khadir et Françoise David, quoi! Descendrait-on dans les rues? N’hurlerions nous pas à la censure? Ne déplorerions-nous pas le manque d’accès à d’autres sources d’information? Ne nous insurgerions nous pas contre cette soviétisation des médias? J’ose espérer que oui!

Pourtant, c’est exactement ce genre de modèle que nous suivons lorsque nous confions le monopole de l’éducation à l’état. Un modèle où il n’y a qu’un seul curriculum accepté et où tout le monde doit tenter d’entrer dans le même moule. L’état ne peut pas répondre à des besoins particuliers. Ce serait faire de la discrimination, et l’état doit toujours traiter les gens également, n’est-ce pas? (Dans la réalité, c’est faux puisque l’état fait de la discrimination positive à qui mieux-mieux dans les autres domaines, mais pas vraiment en éducation) À preuve, essayer d’exposer un autre point de vue que la théorie anthropique du réchauffement climatique dans nos écoles et voyez si vous recevez beaucoup d’invitations. Je connais des gens qui en ont fait les frais. Pourtant, ne devrait-on pas enseigner et débattre de tous les points de vue dans nos écoles? Pas seulement la version approuvée par les bureaucrates?

L’erreur est de croire que l’éducation, c’est seulement ce qui doit être enseigné à l’école. Apprend-t-on à équilibrer un chéquier à l’école? Est-ce que certains individus pourraient apprendre mieux dans un environnement autre qu’une classe? Dans les entreprises, il existe déjà toutes sortes de méthodes de formation pour les ressources humaines.

Dans certains cas, ne serait-il pas mieux qu’une école se concentre sur les compétences de base comme la lecture, l’écriture et les mathématiques et que le reste de l’apprentissage se poursuive sur le marché du travail (pour les corps de métiers comme plombier, menuisier ou électricien) ou une école technique? Pourquoi ne pourrait-on pas avoir des écoles avec des choix de matières au-delà des compétences de base, et où les étudiants pourraient apprendre à leur propre rythme avec un enseignant simplement pour répondre à leurs questions? Tant qu’on y est, pourrait-on s’éduquer via internet à la maison? Pourquoi devrait-on se plier à un curriculum fixe et rigide? Comment faire pour savoir quelle méthode est la plus appropriée pour votre enfant? Le niveau d’illettrisme fonctionnel effarant de 49% au Québec est-il dû au fait que nous sommes plus stupides que les autres ou est-ce dû au fait que près de la moitié de la population n’entre pas dans le moule du MELS? Ne devrions-nous pas être libres de pouvoir faire des choix dans l’éducation de nos enfants plutôt que de nous faire imposer du « one-size-fits-all »?

La liberté de choix

Il y en a qui croient que l’éducation est une mission trop importante pour être confiée à autre chose que l’état, pourtant, mon grand-père, par exemple, était un homme très cultivé malgré le fait qu’il a quitté l’école en 6e année pour aller travailler au CN pour aider à soutenir sa famille, ayant 20 frères et sœurs. Ce qu’il n’a pas appris à l’école, il l’a appris de façon complètement autodidacte. Ayant débuté au CN comme « call-boy » (celui qui allait réveiller les équipages de train), il est devenu chauffeur, puis ingénieur, puis un poste de cadre au siège social. Pas mal à l’époque pour un canadien français. Tout ça sans aucune aide du MELS. Anecdotique, j’en conviens, mais juste pour dire que nous ne deviendrions pas forcément une nation d’illettrés si ce n’était pas l’état qui contrôlait l’éducation. Dans les faits, c’est plutôt le contraire qui se produit.

Nous vivons dans une société de diplômes à rabais dont la valeur va en diminuant de plus en plus avec le nivellement par le bas. De nos jours, il est presqu’impossible d’obtenir un emploi sans un diplôme d’études secondaires, ce qui est supposé assurer que nous arrivions sur le marché du travail avec au moins un minimum de compétences. Dans la réalité, notre système rigide produit tellement de décrocheurs qu’on doit abaisser les critères d’évaluation pour arriver à maintenir le taux de décrochage assez bas. Le résultat est que le diplôme ne vaut pas plus que du papier de toilette. Peut-être que les entreprises devraient être moins obsédées par les diplômes et faire plus de formation elles-mêmes?

Quoiqu’il en soit, nous serions certainement mieux servis si quelque chose d’aussi important que l’éducation n’était pas dans les seules mains de l’état. Une mission aussi importante dans les mains de n’importe quel monopole devient assez vite un outil d’endoctrinement. Contrôlez l’éducation d’une nation et vous pourrez en faire des moutons dociles qui ne questionnent pas l’autorité. C’est indéniablement dans l’intérêt de la classe dirigeante de maintenir ce genre de situation. Une libéralisation de l’éducation, avec le chaos d’idées qui en résulterait serait très dangereuse pour nos maitres. C’est pourquoi nous ne verrons pas cette idée prendre racine de sitôt.

Ce qui me ramène aux écoles juives. Dans un système d’éducation libre, ce genre d’école aurait certainement le droit d’exister mais pas aux frais des autres. Que les juifs hassidiques veuillent éduquer leurs enfants à leur manière est leur droit autant que d’éduquer nos enfants à notre propre manière. Aussi marginaux qu’ils puissent être, ils ne peuvent tout de même pas complètement échapper au « mainstream ». Même les amish de Pennsylvanie doivent quand même faire certaines concessions à la vie moderne. Mais il ne nous appartient pas de leur imposer notre mode de vie. En revanche, nous n’avons aucune obligation de financer leurs écoles. Je crois que ce serait certainement mieux ainsi.

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