Le droit à l’auto-défense

Par Philippe David

Je ne peux pas m’empêcher de voir une touche d’ironie quand je vois les gens acclamer Kevin Vickers en héros. C’est vrai qu’il a agit avec bravoure pour protéger les gens d’un dangereux tireur fou, ce qui démontre encore une fois que la meilleure façon de stopper un mauvais homme avec un fusil, c’est avec un bon homme avec un fusil. Les mauvais se moquent bien des registres d’armes à feu et des restrictions sur celles-ci. Une personne voulant commettre un crime peut trouver assez aisément trouver une arme avec numéro de série limé sur le marché-noir, même au Canada. Donc, les restrictions d’armes n’ont jamais servi, en réalité, qu’à empêcher les honnêtes gens d’en posséder.

L’ironie est que pendant que Kevin Vickers est acclamé en héros, beaucoup de citoyens ordinaires doivent consacrer beaucoup de temps et d’argent à se défendre devant les tribunaux. Leur crime? Avoir tenté de protéger leur vie, leur famille et leur propriété.

En janvier 2011, j’avais publié un texte sur le Minarchiste Québécois, relatant quelques exemple. Je le partage avec vous aujourd’hui.

Quand les victimes sont traitées en criminels

Par Philippe David • 27 janvier 2011

On dit souvent en dérision que lorsque les secondes comptent, la police sera là dans quelques minutes. En fait, dans la plupart des grandes villes canadiennes, le temps de réponse de la police à un appel au 911 est en moyenne dix minutes. Si vous faites face à un attaquant armé, ça veut dire que les policiers arriveront à temps pour tracer le contour de votre cadavre à la craie. Aussi, peut-on blâmer un citoyen qui cherche à se protéger lui-même, sa famille et sa propriété? Apparemment, les policiers croient que oui. Je vous cite quelques exemples:

En août dernier à Port Colbourne en Ontario, trois hommes masqués ont lancé six cocktails molotov sur la résidence d’ Ian Thomson alors qu’il dormait à l’intérieur. Réveillé par le bruit et apercevant les intrus, il récupère un de ces révolvers de son coffre-fort, le charge et sort à l’extérieur, tirant deux ou trois fois dans les airs pour effrayer ses agresseurs qui ont pris la fuite. Il a ensuite avertit la police et leur a remis les enregistrements de ses caméras de sécurité (apparemment ce n’était pas la première fois qu’on commettait des actes de vandalisme sur sa propriété). Deux des suspects furent appréhendés peu après et on passa les menottes aussi à M. Thomson pour usage négligent d’une arme à feu. L’ironie est qu’Ian Thomson est un instructeur de tir et aurait très bien pu tuer ou blesser ses agresseurs s’il l’avait voulu. Les procureurs de la couronne réclament une peine de prison pour M. Thomson.

En 1995, James Morrow d’Ottawa dû faire face à un homme avec qui il avait eu une dispute d’affaires. L’homme en question, ivre,  a défoncé la porte de l’immeuble dans lequel M. Morrow habitait et est monté à son appartement en disant être armé d’un révolver et menaçant de lui brûler la cervelle. M. Morrow a immédiatement téléphoné au 911 et a passé 9 longues minutes avec le répartiteur alors que les secours n’arrivaient toujours pas. L’intrus a finalement défoncé la porte et est entré dans l’appartement où M. Morrow, qui possédait une arme, l’a tué d’une balle. Malgré le fait qu’il s’agissait d’un cas parfait de légitime défense, James Morrow a dû se défendre  pendant deux ans et demi contre des accusations de meurtre avant que, finalement, un juge rejette les accusations.

En mars 2010, averti par ses voisins de la présence de trois intrus dans sa cours arrière, Lawrence Manzer du Nouveau Brunswick, sort de sa maison avec un fusil de chasse non-chargé pour faire fuir les intrus. M. Manzer était fréquemment la victime de vandalisme. Jusqu’ici la police locale s’en était très peu préoccupé, mais cette fois-ci elle a agi, arrêtant M. Manzer pour avoir troublé la paix publique.

Finalement, en avril 2009, après avoir souffert des visites quotidiennes de voleurs à l’étalage et l’indifférence totale de la police, David Chen, un marchand de Toronto, décide de faire une arrestation citoyenne d’un de ses voleurs, le ligotant en attendant l’arrivée de la police. L’ont-ils remercié? Non. Ils l’ont plutôt accusé de voies de fait et séquestration. Il fût acquitté en octobre dernier.

Qu’auraient dû faire ces hommes? Laisser leurs agresseurs faire leur sale boulot? Il est certain que ce n’est pas une très bonne idée de laisser des citoyens prendre la loi dans leurs mains, mais nous avons un droit de nous défendre, non? Ce droit est d’ailleurs un corollaire au droit à la vie et à celui à la propriété. C’est notre droit légitime, dans une situation où on est agressé, d’utiliser autant de force qui soit nécessaire pour repousser une attaque contre notre personne, notre famille et notre propriété. Il serait grand temps de laisser le gros bon sens prévaloir et que la police et les procureurs de la couronne se contentent de poursuivre les vrais criminels et cessent de traiter les victimes en criminels.

 

 

N’était-ce pas eux aussi des héros? Ne méritaient-ils pas un tout autre traitement que d’avoir à débourser des milliers de dollars en frais d’avocats?

Il est grand temps qu’on puisse jouir de notre droit à l’auto-défense comme M. Vickers, n’est-ce pas?

Ne jamais gaspiller une bonne crise…

Par Philippe David

Dans les jours qui ont suivi la première élection de Barack Obama à la Maison Blanche, son chef de cabinet de l’époque, Rahm Emmanuel, a laissé tomber en entrevue une des règles cardinales, mais inédites, de la politique : Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Elle vous permettra toujours de passer des agendas que vous ne pouviez passer avant.

Nos libertés ont déjà beaucoup souffert grâce à ça. Depuis le 11 septembre 2001, nous devons nous soumettre aux pires inconvénients pour voyager et nous n’avons désormais aucun droit à la vie privée. Big Brother est partout qui nous écoute. En fait, aux États-Unis, on a lancé à la blague que la NSA est la seule agence gouvernementale qui écoute vraiment les citoyens. On pourrait probablement en dire autant du SCRS.

Malgré tout ça, deux convertis à l’islam, qui étaient pourtant sous surveillance policière et soupçonnés de liens terroristes, si bien que le passeport de l’un d’eux avait été révoqué, ont réussi tout de même à tuer deux membres des forces armées en l’espace de quelques jours. Ceci devrait suffire à vous convaincre du peu de capacité de l’état à vous protéger, mais il y en aura toujours, suite à de tels évènements qui réclameront plus de mesures de la part de l’état afin de les « protéger » malgré son incompétence manifeste en la matière. Mais les politiciens, suivant la même mentalité que ce bon vieux Rahm, ne seront que trop heureux de répondre à leurs supplications afin de passer pour des héros et naturellement, gagner en popularité et en influence. Que les droits restreints pour les uns, le sont aussi pour tous les autres et que ces même politiciens qu’ils supplient de les protéger aient causé le problème en premier lieu, importe peu à nos moutons. Tout ce qui importe, c’est cette illusion de sécurité.

Emprisonnons-les!!! (Rah!Rah!Rah!)

D’un peu partout fusent les demandes d’emprisonner à vue non-seulement ceux qui sont déjà sous surveillance, mais tous ceux qui sembleraient soutenir l’État Islamique de près ou de loin. Ça veut dire quoi ça, soutenir l’EI? Est-ce que ça veut dire de des policiers devraient venir défoncer ma porte en pleine nuit, terroriser ma famille et m’emmener, menottes aux poings parce que j’ai écrit dans mes articles que je suis en désaccord avec la mission militaire contre l’EI? Si Gilles Duceppe a ce qu’il souhaite (et que beaucoup appuient), pourrait-on même critiquer cette mission sans risquer de se faire jeter en prison? Tant qu’à faire, puisque certains musulmans ne dénoncent pas ces attaques et que qui ne dit mot consent, prenons tous les musulmans et enfermons-les dans des camps de concentration  comme les japonais en 1942! Tant qu’à être fasciste, autant l’être jusqu’au bout!  Ironique venant de quelqu’un qui a toujours dénoncé les arrestations arbitraires de la crise d’octobre 1970, vous ne trouvez pas?

On dirait que certaines personnes ne comprennent absolument pas c’est quoi les droits. Ils accusent la charte canadienne des droits et libertés de protéger les terroristes islamistes grâce à la liberté de religion. Ces gens sont incroyablement obtus. La charte ne donne aucun droit aux musulmans qu’elle ne donne pas également aux catholiques, aux protestants aux bouddhistes et aux hindous. Elle ne donne pas plus le droit de commettre des actes terroristes aux musulmans qu’au reste d’entre nous. Elle ne leur donne pas le droit non-plus de nous imposer la charia, donc ceux qui vivent dans la terreur irrationnelle de se retrouver dans un pays qui lapide les femmes adultères et décapite des homosexuels, peuvent donc dormir tranquille.

La charte des droits (canadienne et québécoise), n’en déplaise à certains, traite chaque citoyen également.  Alors si nous retirons un droit à un individu ou une certaine catégorie d’individus, il sera retiré pour tous. On ne peut pas dire qu’on va limiter la liberté d’expression aux islamistes, sans limiter celui des autres également, car une fois qu’on a établi le précédent, tout autre groupe qui déplait au gouvernement pourra aussi être bâillonné et emprisonné. Peut-être qu’à la prochaine crise, ce sera vous, parce que vous aurez critiqué telle ou telle décision du gouvernement.  C’est ce que vous voulez? Pourtant, une fois qu’on aura ouvert la porte à l’emprisonnement d’opinion, c’est toujours ce qui arrive.

Celui qui abandonnera ses libertés en échange de sécurité…

… Ne mérite ni liberté, ni sécurité et perdra les deux. Si c’est la sécurité totale que vous recherchez, enrobez-vous de papier-bulle, enfermez-vous à double-tour et ne bougez plus! C’est la seule façon de garantir que vous ne risquez rien (en autant qu’un avion ne s’écrase pas sur votre maison).  Mais quel genre de vie ce serait? Personnellement, je préfère avoir la liberté d’aller où je veux, quand je veux, avec qui je veux et pouvoir dire ou écrire ou penser ce que je veux, et vous? Le seul gouvernement qui pourrait vous garantir que vous ne serez pas tués par des terroristes est un état policier totalitaire, et encore! Pourtant, même après les évènements de cette semaine, vous avez plus de chance de mourir dans un accident de voiture, d’être frappé par un bus, ou même d’être frappé par la foudre que d’être tué par un terroriste.  Préférez-vous vivre un peu dangereusement, ou vivre dans une cage?

 

Honorons leur mémoire

Vous serez peut-être surpris de l’apprendre, mais pendant 3 ans de ma jeunesse, j’ai fièrement porté l’uniforme des forces canadiennes comme réserviste à l’escadrille 438 Montréal de réserve aérienne.  De ce passage, j’ai retenu une chose : peu importe que les forces canadiennes soient utilisée à bon ou mauvais escient pas ses maitres politiques, les hommes qui endossent cet uniforme, le font par amour de leur pays et ses valeurs parce qu’ils croient que le Canada est une terre de justice, de droit et de liberté.

Le port de l’uniforme demande beaucoup de sacrifices. Le service militaire brise souvent mariages et familles. Le taux de divorces et de suicides est très élevé chez les militaires. Beaucoup trop de ces hommes et femmes qui vont en mission à l’étranger reviennent marqués pour la vie et certains y ont fait l’ultime sacrifice.  Pour cela, ils méritent tout notre respect.

Cette semaine deux de ces hommes ont payé de leur vie le port de cet uniforme. Ils ont été spécifiquement ciblés parce qu’ils le portaient. Je ne connaissais pas l’adjudant  Patrice Vincent, ni le caporal Nathan Cirillo, mais nul doute qu’ils partageaient les mêmes sentiments qui m’ont animé naguère. La pire chose qu’on pourrait faire, serait de déshonorer leur mémoire en succombant à la tentation de sacrifier les valeurs et libertés pour lesquelles ils ont donné leur vie en cédant à la peur générée par leurs meurtriers. Nous devons plutôt honorer leur mémoire en nous tenant la tête haute et en préservant à tout prix ces valeurs et ces libertés qu’ils ont défendu de leur vivant.
[Crédit photo : Desktopnexus.com  « Always Remember » ]

Un débat qui ne devrait pas en être un

Par Philippe David

Beaucoup d’encre a coulé récemment au sujet de la candidature possible de Pierre-Karl Péladeau à la chefferie du PQ. Cette candidature, si jamais PKP finit par se brancher, soulève certaines questions d’éthique, principalement parce que M. Péladeau contrôle 40% des médias québécois. C’est donc facile d’imaginer les conflits qu’il pourrait y avoir s’il devenait premier ministre. On imagine facilement que les médias de Québécor deviennent les Pravda du PQ et se mettent à promouvoir activement l’option souverainiste, comme si Radio-Canada et le Devoir ne suffisaient pas. Aussi je voudrais ajouter mon grain de sel.

Il y en a qui voudraient que la question soit examinée par un comité supervisé par le président de l’Assemblée Nationale. C’est vrai qu’au Québec, on est fort pour créer des comités inutiles. C’est si compliqué de dire que fondamentalement, la presse est supposée être le gardien de la démocratie et qu’en tant que tel, il se doit d’être indépendant du pouvoir s’il veut être libre de le critiquer? Quel journaliste de QMI oserait être critique de son patron, s’il était également premier ministre?

Ceux qui doutent de l’influence des médias n’ont qu’à regarder à quel point nous sommes terrorisés de façon cyclique. Pendant 45 ans, le croque-mitaine était l’URSS, puis ce fût les terroristes, Saddam Hussein, les serbes en Bosnie, des maladies comme le sida, le sras, la grippe aviaire, la grippe H1N1 et maintenant, l’ébola. Ils ont même réussi à nous convaincre qu’une force de 30 000 hommes en pickup représente une menace existentielle aux démocraties de l’occident. Regardez aussi le rôle qu’ont joué les médias dans le débat de la charte des valeurs. Ça c’est du pouvoir! Déjà que simple député, Pierre-Karl Péladeau est déjà intervenu en faveur de l’achat des studios Mel’s par Québécor, imaginez s’il était premier-ministre.

On se soucie déjà des conflits d’intérêts potentiels lorsqu’un homme d’affaires se lance en affaires, on devrait s’en soucier encore plus quand ses affaires lui permettent de contrôler l’opinion publique.

Ça ne devrait pas être matière à débat. Pierre-Karl Péladeau devra choisir un jour s’il veut être un magnat des médias ou le premier ministre du Québec et les premiers à lui demander de faire ce choix devraient être les membres de son propre parti. Qu’il soit les deux pourrait vite compromettre le processus démocratique.