Ne jamais gaspiller une bonne crise…

Par Philippe David

Dans les jours qui ont suivi la première élection de Barack Obama à la Maison Blanche, son chef de cabinet de l’époque, Rahm Emmanuel, a laissé tomber en entrevue une des règles cardinales, mais inédites, de la politique : Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Elle vous permettra toujours de passer des agendas que vous ne pouviez passer avant.

Nos libertés ont déjà beaucoup souffert grâce à ça. Depuis le 11 septembre 2001, nous devons nous soumettre aux pires inconvénients pour voyager et nous n’avons désormais aucun droit à la vie privée. Big Brother est partout qui nous écoute. En fait, aux États-Unis, on a lancé à la blague que la NSA est la seule agence gouvernementale qui écoute vraiment les citoyens. On pourrait probablement en dire autant du SCRS.

Malgré tout ça, deux convertis à l’islam, qui étaient pourtant sous surveillance policière et soupçonnés de liens terroristes, si bien que le passeport de l’un d’eux avait été révoqué, ont réussi tout de même à tuer deux membres des forces armées en l’espace de quelques jours. Ceci devrait suffire à vous convaincre du peu de capacité de l’état à vous protéger, mais il y en aura toujours, suite à de tels évènements qui réclameront plus de mesures de la part de l’état afin de les « protéger » malgré son incompétence manifeste en la matière. Mais les politiciens, suivant la même mentalité que ce bon vieux Rahm, ne seront que trop heureux de répondre à leurs supplications afin de passer pour des héros et naturellement, gagner en popularité et en influence. Que les droits restreints pour les uns, le sont aussi pour tous les autres et que ces même politiciens qu’ils supplient de les protéger aient causé le problème en premier lieu, importe peu à nos moutons. Tout ce qui importe, c’est cette illusion de sécurité.

Emprisonnons-les!!! (Rah!Rah!Rah!)

D’un peu partout fusent les demandes d’emprisonner à vue non-seulement ceux qui sont déjà sous surveillance, mais tous ceux qui sembleraient soutenir l’État Islamique de près ou de loin. Ça veut dire quoi ça, soutenir l’EI? Est-ce que ça veut dire de des policiers devraient venir défoncer ma porte en pleine nuit, terroriser ma famille et m’emmener, menottes aux poings parce que j’ai écrit dans mes articles que je suis en désaccord avec la mission militaire contre l’EI? Si Gilles Duceppe a ce qu’il souhaite (et que beaucoup appuient), pourrait-on même critiquer cette mission sans risquer de se faire jeter en prison? Tant qu’à faire, puisque certains musulmans ne dénoncent pas ces attaques et que qui ne dit mot consent, prenons tous les musulmans et enfermons-les dans des camps de concentration  comme les japonais en 1942! Tant qu’à être fasciste, autant l’être jusqu’au bout!  Ironique venant de quelqu’un qui a toujours dénoncé les arrestations arbitraires de la crise d’octobre 1970, vous ne trouvez pas?

On dirait que certaines personnes ne comprennent absolument pas c’est quoi les droits. Ils accusent la charte canadienne des droits et libertés de protéger les terroristes islamistes grâce à la liberté de religion. Ces gens sont incroyablement obtus. La charte ne donne aucun droit aux musulmans qu’elle ne donne pas également aux catholiques, aux protestants aux bouddhistes et aux hindous. Elle ne donne pas plus le droit de commettre des actes terroristes aux musulmans qu’au reste d’entre nous. Elle ne leur donne pas le droit non-plus de nous imposer la charia, donc ceux qui vivent dans la terreur irrationnelle de se retrouver dans un pays qui lapide les femmes adultères et décapite des homosexuels, peuvent donc dormir tranquille.

La charte des droits (canadienne et québécoise), n’en déplaise à certains, traite chaque citoyen également.  Alors si nous retirons un droit à un individu ou une certaine catégorie d’individus, il sera retiré pour tous. On ne peut pas dire qu’on va limiter la liberté d’expression aux islamistes, sans limiter celui des autres également, car une fois qu’on a établi le précédent, tout autre groupe qui déplait au gouvernement pourra aussi être bâillonné et emprisonné. Peut-être qu’à la prochaine crise, ce sera vous, parce que vous aurez critiqué telle ou telle décision du gouvernement.  C’est ce que vous voulez? Pourtant, une fois qu’on aura ouvert la porte à l’emprisonnement d’opinion, c’est toujours ce qui arrive.

Celui qui abandonnera ses libertés en échange de sécurité…

… Ne mérite ni liberté, ni sécurité et perdra les deux. Si c’est la sécurité totale que vous recherchez, enrobez-vous de papier-bulle, enfermez-vous à double-tour et ne bougez plus! C’est la seule façon de garantir que vous ne risquez rien (en autant qu’un avion ne s’écrase pas sur votre maison).  Mais quel genre de vie ce serait? Personnellement, je préfère avoir la liberté d’aller où je veux, quand je veux, avec qui je veux et pouvoir dire ou écrire ou penser ce que je veux, et vous? Le seul gouvernement qui pourrait vous garantir que vous ne serez pas tués par des terroristes est un état policier totalitaire, et encore! Pourtant, même après les évènements de cette semaine, vous avez plus de chance de mourir dans un accident de voiture, d’être frappé par un bus, ou même d’être frappé par la foudre que d’être tué par un terroriste.  Préférez-vous vivre un peu dangereusement, ou vivre dans une cage?

 

Honorons leur mémoire

Vous serez peut-être surpris de l’apprendre, mais pendant 3 ans de ma jeunesse, j’ai fièrement porté l’uniforme des forces canadiennes comme réserviste à l’escadrille 438 Montréal de réserve aérienne.  De ce passage, j’ai retenu une chose : peu importe que les forces canadiennes soient utilisée à bon ou mauvais escient pas ses maitres politiques, les hommes qui endossent cet uniforme, le font par amour de leur pays et ses valeurs parce qu’ils croient que le Canada est une terre de justice, de droit et de liberté.

Le port de l’uniforme demande beaucoup de sacrifices. Le service militaire brise souvent mariages et familles. Le taux de divorces et de suicides est très élevé chez les militaires. Beaucoup trop de ces hommes et femmes qui vont en mission à l’étranger reviennent marqués pour la vie et certains y ont fait l’ultime sacrifice.  Pour cela, ils méritent tout notre respect.

Cette semaine deux de ces hommes ont payé de leur vie le port de cet uniforme. Ils ont été spécifiquement ciblés parce qu’ils le portaient. Je ne connaissais pas l’adjudant  Patrice Vincent, ni le caporal Nathan Cirillo, mais nul doute qu’ils partageaient les mêmes sentiments qui m’ont animé naguère. La pire chose qu’on pourrait faire, serait de déshonorer leur mémoire en succombant à la tentation de sacrifier les valeurs et libertés pour lesquelles ils ont donné leur vie en cédant à la peur générée par leurs meurtriers. Nous devons plutôt honorer leur mémoire en nous tenant la tête haute et en préservant à tout prix ces valeurs et ces libertés qu’ils ont défendu de leur vivant.
[Crédit photo : Desktopnexus.com  « Always Remember » ]

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