Mon corps, mon choix.

Par Philippe David

C’est un débat éthique très intéressant. Devrait-on forcer les gens à donner leurs organes?  La famille de Marie-Ève Fontaine de Windsor croit que oui. Marie-Ève Fontaine est en attente d’une greffe de poumons. Je compatis avec elle, mais ce n’est pas si simple. Il y a beaucoup de considérations éthiques en jeu. La première est l’intégrité de la personne, un droit garanti par nos deux chartes des droits et libertés.

Simplement dit, nous sommes tous propriétaires de notre corps et de notre esprit. C’est la première condition de la liberté et c’est de là que découlent tous nos autres droits. Que d’autres personnes soient propriétaires de votre personne signifierait que vous êtes esclave de ces personnes et cela leur confère le droit de contrôler votre vie.  Sans l’auto-propriété, dites au revoir à la liberté d’expression, de religion, etc. puisque votre vie ne vous appartient plus. Mais comment cela s’applique-t-il aux dons d’organes?  Si vous êtes le propriétaire de votre corps, ça veut dire que vous êtes également propriétaire de ses composantes tout comme les vêtements que vous portez, ou votre maison et tout son contenu, ou votre voiture. Qu’arriverait-il si on venait vider votre maison de tout ces meubles sans votre consentement? Ce serait du vol, n’est-ce pas? Et si vous étiez mort, cela donnerait-il le droit à n’importe qui d’aller se servir dans vos biens? Bien sûr que non! Est-ce que ça fait une différence si on vole vos biens pour aider des nécéssiteux? Moralement, non. Un vol est un vol, peu importe les motivations du voleur. Alors d’où prenons-nous cette idée qu’il serait moral et éthique de confisquer vos organes sans votre consentement explicite?

Mais des gens meurent faute d’avoir des organes à greffer!

Oui, c’est vrai, mais le fait d’avoir un besoin ne vous donne pas le droit d’aller voler le bien d’autrui pour le satisfaire. Ce genre de comportement, c’est la loi de la jungle où le plus fort prend ce qu’il veut par la force et au diable les autres. Dans une société libre, la propriété des autres doit être respectée. Donc, que quelqu’un consente à faire don de ses organes est une chose, mais de prélever les organes sans son consentement en est une autre entièrement.

Et si on assumait que vous consentez à moins d’avis contraire?

Beaucoup de pays fonctionnent avec le principe du consentement implicite. C’est l’idée que plutôt que de signifier votre consentement explicitement en signant une carte de donneur (au Québec, c’est à l’endos de votre carte de la RAMQ), on assume que vous y consentez, à moins que vous ne signiez un refus. «Mais quelle différence ça fait?», me demanderez-vous. Une très grosse différence. Imaginez si on faisait une loi disant que vous léguez tous vos biens au gouvernement à votre mort, à moins de signer un papier quelconque pour que ceux-ci aillent à votre succession. Seriez-vous d’accord? Moi pas!  Alors pourquoi voudriez-vous qu’on fasse la même chose pour vos organes? Y aviez-vous seulement réfléchi?

Y a-t-il une autre alternative?

Nous arrivons encore à la conclusion que le seul choix éthique pour obtenir des organes est un consentement volontaire explicite. Mais n’y aurait-il pas un moyen d’inciter plus de gens à consentir à se qu’on prélève leurs organes après leur mort? Bien sûr, on pourrait sensibiliser les gens au besoin criant pour ces organes et les encourager à signer mais après on fait quoi? Y aurait-il un moyen plus efficace que de compter sur l’altruisme?

Et si on pouvait vendre nos organes? «Quoi?!?» dites-vous avec indignation, «Marchandiser nos organes? Mais c’est immoral!!»

Vraiment? Si j’offre mes reins volontairement et que quelqu’un voulait payer un certain montant pour les rendre disponible à des gens qui ont besoin d’une greffe et qu’on signe un contrat détaillant toutes les modalités, nous aurions une entente qui est mutuellement bénéfique aux deux parties. Quelqu’un obtiendrait un rein qu’il a besoin et moi, ou plus probablement ma succession, obtiendrait une compensation financière. Puisque c’est complètement volontaire, qu’est-ce qu’il y a de si immoral là-dedans, comparativement à prélever les organes de de force ou avec le consentement implicite qui est tout aussi douteux, côté éthique? N’ai-je pas le droit de disposer de mon corps comme je le veux ou est-ce que ça ne s’applique qu’aux partisans de l’avortement?

Cette approche, bien qu’elle rebutterait certaines personnes, serait un incitatif autant pour le donneur, qui pourrait être motivé par autre chose que par pur altruisme, et pour sa famille qui souvent résiste, même si le donneur a consenti.

Entre la carotte et le bâton, moi je préfère la carotte, pas vous?

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6 réflexions au sujet de « Mon corps, mon choix. »

  1. Un nouvel item à ajouter à l’inventaire: revenus de la vente des organes?

    Pourquoi pas? C’est une façon posthume de « valoriser » les gens.

    Si c’est valable une fois mort, il faudrait que ce le soit aussi lorsque vivant. Cela ne pose-t-il pas problème? Des gens pauvres pourraient être tentés de se départir d’un rein ou d’un poumon pour le fric?

    1. Cela ne pose-t-il pas problème? Des gens pauvres pourraient être tentés de se départir d’un rein ou d’un poumon pour le fric?

      Supposons qu’un pauvre vende un de ses reins, quelqu’un quelque part obtient un rein dont il a besoin et l’autre reçoit une compensation financière, contrairement à un don. Ce que je vois, c’est une transaction qui est mutuellement bénéfique considérant que les risques pour la santé à donner un organe de son vivant sont les même que si on donne l’organe gratuitement. Autant au moins se faire un peu de fric.

  2. Je comprends vos points de vues et en partie je suis en accord.

    Par contre pour ce qui est des biens et de l’argent, le gouvernement et les créanciers passent AVANT la succession. La différence entre les biens et les organes c’est que lorsque vous mourrez, vos avoirs peuvent bénéficier à vos proches. Vos organes un peu moins. Je ne tripe pas très fort à avoir l’ovaire de ma mère ou le pancréas de mon père sur mon bureau en souvenir. 🙂

    Lorsque l’on est mort, seul ceux qui ont besoin d’organes peuvent en bénéficier, sinon c’est une forme de gaspillage, d’égoïsme même. En nos temps moderne voyons cela comme du recyclage! 🙂 Mais plus sérieusement c’est vrai que c’est un réel dilemme moral. La question est : Est-ce que vous vous appartenez toujours une fois décédé? Si oui le choix doit rester à l’individu sinon le gouvernement peut le faire à notre place. Surtout pour sauver d’autre vie.

    Pour ce qui est de la vente nous n’avons pas beaucoup de choix. Nous n’avons pas beaucoup d’organes en double alors ça ce limite à un poumon ou un rein.

    Mais vous avez raison de soulever la question et nous devons en débattre intelligemment.

    Louis

    1. @ Louis Deschênes

      Ici, je fais une réflexion plus sur le plan éthique que sur le plan légal. J’expose sur ce qui, selon moi, devrai être, pas sur ce qui est. Sur le plan éthique, le principe de souveraineté individuelle exige un consentement explicite. Mon argument est que celui-ci s’étend au-delà de la mort à la disposition posthume de son corps. Moralement, avons-nous le droit de violer la dépouille de quelqu’un pour prélever des organes, même si la personne n’y a pas explicitement consenti. Je considère que non.

      Il est certain que de consentir à donner ses organes volontairement est un acte juste et bon. Je m’interroge surtout sur l’idée de le faire contre la volonté du défunt ou de sa famille. Est-ce que le droit de souveraineté individuelle excède le besoin d’un autre à reçevoir un organe pour lui sauver la vie? Vous remarquerez que je ne parle pas ici de droit à un organe car nul n’a droit à ce qui, en principe, appartient à quelqu’un d’autre. J’argumente donc que oui, la souveraineté individuelle prime. Faites ce que vous voulez pour convaincre l’individu à vous donner ses organes, mais au bout du compte, c’est à lui de décider. Gaspillage ou pas.

      Pour ce qui est de la vente d’organes, il y a certains avantages. Aù-delà de la vente d’organes de son vivant, qui pourrait nous profiter dans l’immédiat, divers arrangements contractuels pourraient être faits pour vendre nos organes après la mort, les montants étant versés à la succession. Les organe en eux-même n’ont effectivement aucune valeur, mais s’il est permis de les vendre, ça devient un leg dont même les plus pauvres peuvent bénificier et c’est un incitatif pour recruter plus de donneurs sans utiliser de coercition.

      1. Le problème de la souveraineté individuelle c’est que nous ne la respectons pas présentement. Selon se que vous dîtes, je devrais avoir le dernier mot à ce qui me concerne même après la mort.

        Malheureusement même si je consens à donner mes organes, ma famille peut empêcher le prélèvement, ce qui va à l’encontre de cette souveraineté individuelle dont vous parlez.

        Aussi, les pays qui inverse le consentement donne toujours le dernier mot à la famille.

        Mais je vous donne raison qu’au point de vue éthique, l’individu doit avoir le dernier mot.

        1. Règle générale, la famille respecte les dernières volontés du défunt. Le problème est qu’elles ne sont pas toujours informées de cette volonté. La solution est de s’assurer que votre famille comprenne que c’est vaiment ce que vous voulez faire.

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