Ô Pierre-Karl, conduis-nous vers la terre promise!

Par Philippe David

Depuis la fondation du PQ en 1968, ses militants recherchent la terre promise d’un Québec indépendant, tel les israélites dans le désert du Sinaï. Ça fait maintenant 47 ans qu’ils errent de cette façon sans jamais y parvenir. Nombreux sont les prophètes qui ont tenté de les y mener, nombreux sont-ils encore qui ont été crucifiés par leurs propres fidèles. Pierre-Karl Péladeau a choisi une position franchement très périlleuse. Une fonction avec un siège éjectable et il y a toujours quelqu’un dans les coulisses avec un doigt sur le bouton. 

Le nouveau messie

Pierre-Karl Péladeau arrivera-t-il à mener ses fidèles en terre de Canaan là où les René Lévesque, Jacques Parizeau, Bernard Landry, Lucien Bouchard et al. ont échoué? Rien n’est moins sûr. Beaucoup ont tenté de réunir les « conditions gagnantes » depuis 1995 et ils s’y sont tous plantés. Pierre-Karl Péladeau représente sans doute le dernier espoir des fidèles avant que la génération des boomers ne rende l’âme. Dans l’exode, Yahvé avait attendu que toute la génération qui avait péché contre lui [au Mont Sinaï] ne meure avant de les laisser entrer dans la terre promise. Cette fois-ci,  cette génération n’a presque pas de relève. Le rêve d’un pays mourra probablement avec elle. C’est la dernière chance, ils le savent et ils n’ont plus de patience. Beaucoup de pression attend le nouveau messie.

La grande illusion

Aujourd’hui, ils l’acclament tous comme un sauveur, mais la vérité est qu’il ne s’avérera peut-être pas l’homme de la situation et il y a fort à parier que dans le fond, il est hautement surestimé. En dehors des rangs du PQ, il n’est peut-être pas si apprécié. Déjà, Québec Solidaire le boude. Ils veulent la souveraineté, mais pas à tout prix et pas avec PKP.  Il va falloir que Péladeau pédale fort pour les convaincre. Il en va de même pour quiconque a un  penchant vers la droite. Pierre-Karl Péladeau à beau répéter que l’indépendance ne se fera ni à gauche, ni à droite, son discours dit tout le contraire quand il dit vouloir défendre le modèle québécois, qui, contrairement à ses prétentions, ne nous fait pas briller dans le monde mais nous embourbe plutôt de plus en plus. À l’entendre parler d’empêcher les fleurons québécois de quitter et de protéger notre culture dans son discours de victoire, laisse présager que son projet de pays consiste à se renfermer sur nous-même et devenir un petit village gaulois isolé entouré de méchants anglos néo-libéraux qui ne cherchent qu’à piller nos ressources. Certainement pas le message que la droite québécoise veut entendre. Rassembleur, vous dites? Il a encore bien des croûtes à manger.

Pierre-Karl Péladeau est aussi un novice en politique. Ça ne fait que quelques mois qu’il a été élu député et le voilà propulsé au statut de chef de l’opposition avec tous les périls que cela comporte et il a déjà démontré qu’il a autant de finesse qu’un éléphant dans un magasin de cristal. S’il croyait que les journalistes étaient harcelant pendant sa campagne au leadership, il n’a encore rien vu. C’est bien beau l’indépendance, mais il n’y a pas que ça comme sujets à traiter et dans le vrai monde, le quidam lambda n’a vraiment rien à foutre de la souveraineté. Il se soucie bien plus de nourrir sa famille et franchement, les choses étant comme elles sont, avec l’économie qui bat de l’aile, il voit mal comment la souveraineté va aider les choses. Au contraire, l’idée du pays a certainement l’heur de plaire aux « caribous », mais pour les autres, c’est beaucoup plus porteur de perturbations et d’instabilités dont on pourrait bien se passer. Ce n’est pas parce que PKP est à la barre du PQ que cette réalité va s’effacer et le radicalisme jusqu’au-boutiste de Péladeau risque de lui nuire plus qu’autre chose.

L’empire

Beaucoup s’inquiètent du fait que Pierre-Karl Péladeau possède le plus grand empire médiatique au Québec et évidemment, ça pose effectivement un problème d’éthique. La tentation pourrait être forte pour un politicien qui contrôle 40% des médias de s’en servir comme outil de propagande à ses propres fins. Il y a effectivement un danger que cela puisse se produire. Mais c’est aussi une arme à double-tranchant. Ça pourrait aussi engendrer une méfiance des électeurs qui pourront facilement imaginer le pire. Chose que les adversaires du PQ n’ignorent pas et c’est la raison qu’ils continuent d’attaquer sur ce point. Tout ce qui sera rapporté par les médias de Québécor pourra devenir suspect, en particulier s’ils divergent trop des autres médias en faveur de leur patron.  Mais cet épineux problème risque d’être résolu d’une façon comme d’une autre d’ici aux prochaines élections.

Conclusion

En se présentant pour devenir chef du PQ, Pierre-Karl Péladeau semble s’être investi d’une mission. Celle de faire du Québec un pays. Y arrivera-t-il? Rien n’est moins sûr. À mon avis, beaucoup de bien meilleurs hommes encore plus charismatiques y ont échoué. Le rêve du pays se fait vieux et qui-plus-est, il vieillit mal. De plus en plus de québécois réalisent l’échec de la Révolution tranquille et du modèle socio-économique qu’on s’est donné. Alors qu’au début des années 1960, le Québec figurait parmi les leaders dans les provinces canadiennes et qu’il était permis de rêver d’en faire un pays indépendant et prospère, il est s’est depuis enlisé dans le marasme économique le rêve se fait de plus en plus distant. Plutôt que de s’affranchir du reste du Canada, le Québec s’est enfoncé de plus en plus dans une dépendance dont il n’arrivera pas à se défaire facilement. Avant de couper les liens définitivement, il faudrait bien qu’il tente de se tenir debout sans cette béquille et je doute fort que Pierre-Karl Péladeau, avec son discours nationaliste rétrograde arrive à faire croire aux gens qu’il puisse renverser la situation en continuant à défendre un modèle désuet et dépassé. Quand PKP a levé le poing pendant la dernière campagne électorale, le PQ est passé d’une majorité probable dans les sondages aux pires résultats électoraux qu’il ait connu depuis les années 70. L’obsession du pays n’est pas nécessairement une stratégie gagnante.

Pierre-Karl Péladeau a bien du pain sur la planche et pas beaucoup de temps. Les caribous veulent la terre promise et ils n’ont que peu de patience. J’entends déjà les couteaux s’affûter et il y aura bientôt un autre messie dans les coulisses s’il ne livre pas la marchandise rapidement. Le PQ n’a jamais été tendre envers ses chefs. Je doute que PKP fasse exception. 

 

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Une réflexion au sujet de « Ô Pierre-Karl, conduis-nous vers la terre promise! »

  1. Le portrait de l’avenir du PQ est très sombre – Tel Panurge, il conduira les moutons du PQ à la falaise de la souveraineté manquée et ils s’y jetteront tous… PKP est le fossoyeur du PQ tel que je l’ai toujours pensé depuis que Pauline l’a amené sur l’avant-scène politique.

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