Ce cancer qui ronge la Grèce

Par Philippe David

Il est évident que la Grèce est aux soins palliatifs et que tous ceux qu’on considère les plus grands cerveaux économiques n’arrivent pas à trouver un remède mais s’efforcent seulement d’essayer de prolonger sa vie un peu plus et ce faisant, ils ne font que prolonger l’agonie. Mais la mort viendra inévitablement puisque la vraie cause du mal y demeure entière. Ce qui est fait présentement avec plan de sauvetage par-dessus plan de sauvetage ne fait que maintenir le patient en vie pour quelques heures de plus et, qui plus est, rend cette agonie de plus en plus souffrante.  

Il est probablement déjà trop tard pour la Grèce. Il aurait probablement fallu intervenir il y a des années, voire des décennies avant pour pouvoir la guérir, mais beaucoup d’autres pays souffrent du même mal, du même cancer. Il n’est pas au même stade de développement dans ces autres pays, mais il se développera inexorablement jusqu’à sa phase terminale tout de même si rien n’est fait pour le contrer. Votre pays est-il infecté? Probablement! Mais contrairement à la Grèce, peut-être est-il encore temps de le sauver, mais encore faudrait-il faire le bon diagnostic. Ne comptez pas sur les Krugman et les Stiglitz pour le faire. Leurs prescriptions ne feront qu’accélérer les choses.

Les symptômes

On fait grand cas de l’endettement chronique de la Grèce. De l’attachement de ses citoyens à leurs acquis sociaux ou des excès de ces acquis par rapport à ses voisins. Mais ce ne sont là que des symptômes. Le véritable mal est bien plus profond. Les autres symptômes sont une méfiance de l’économie de marché, la diabolisation des entrepreneurs et l’intervention toujours croissante de l’interventionnisme d’état dans l’économie, ainsi qu’une adulation du politique comme solution à tout. (Oh non! Il est arrivé X! Ça n’a pas de bon sens! Il faut absolument que le gouvernement intervienne! Vous connaissez ce refrain?)

Tous ces symptômes sont causés en réalité par une mentalité dont la prémisse principale est la haine de l’individu et l’adulation du collectif. Elle tient pour vérité que tout ce qui est bon pour la société doit forcément venir d’un effort collectif plutôt qu’une initiative individuelle. Elle ne perçoit pas les entrepreneurs  comme étant des gens au service de leur clientèle, mais plutôt des scélérats au service du profit et du capital. Pas des innovateurs dont le travail nous rend la vie plus aisée, mais des égoïstes à abattre ou à contrôler.

Cette mentalité ne jure que par l’idée que l’individu n’est pas digne de confiance et que par conséquent, il doit être contrôlé et réglementé et par extension, tout ce qu’il produit doit l’être également. Malheureusement, elle oublie que ceux qui exercent le contrôle sur leurs semblables sont aussi des individus qui par on ne sait quel prodige, sont supposés être plus dignes de confiance que leurs semblables, mais qui dans la réalité, sont tout aussi faillibles.

Un environnement toxique

L’activité économique est supposée rendre nos vies meilleures. C’est elle qui met le pain sur notre table et produit ce pain de façon toujours plus efficace et moins coûteuse par l’innovation. Pendant des siècles nous faisions économiquement parlant, du sur-place. N’arrivant à produire que ce qui est nécessaire pour la subsistance, mais sans plus. Puis, certaines idées sont venues changer la donne et ont amené l’époque des lumières et la révolution industrielle.  Ces idées nous ont permis de produire plus que nous n’avions jamais réussi à produire jusqu’alors. Bien au-delà de la simple subsistance. Notre niveau de vie s’est alors élevé. Des innovations en agriculture et en production industrielle nous ont aussi permis de produire en plus grande quantité, mais avec moins de ressources. Cela nous a rendu beaucoup plus riches collectivement, que nous ne l’avions été. Même les masses pouvaient s’offrir des commodités que même les riches d’antan ne pouvaient avoir parce qu’elle n’existaient tout simplement pas.

La somme de ces idées, maintenant largement oubliées est ce que nous avons appelés le libéralisme et le capitalisme.  Or l’essence du libéralisme est l’idée de l’individu comme moteur du progrès plutôt que le collectif et de la productivité et création de la richesse comme solution aux problèmes plutôt que la politique. Tout le contraire de ce que nous vivons présentement dans la plupart des démocraties occidentales.

Dans un tel environnement, l’individu possède tout les incitatifs et la liberté d’innover, de s’enrichir et de poursuivre son propre bonheur. La seule façon de s’enrichir honnêtement est de produire ce qui est désirable à suffisamment de consommateurs pour permettre de prospérer puisque personne n’a le pouvoir de forcer quiconque à acheter ce que l’on produit. C’est donc le consommateur qui, par ses choix décident quels producteurs prospèrent et quels font faillite.  Dans un environnement où c’est le politique qui contrôle et réglemente la production, c’est tout autre chose.

Quand les producteurs doivent répondre à des impératifs politiques, le consommateur n’est plus au centre des préoccupations. Il est relégué à un rôle bien plus loin sur la liste des priorités. Un homme d’affaire voulant s’enrichir a plus d’intérêt à maintenir ses contacts politiques pour protéger son petit fief de ses compétiteurs ou financer ses opérations par subvention,  que de bien servir ses clients ou de suivre un bon plan d’affaires pour obtenir du financement bancaire. Pour obtenir des faveurs des politiciens, ils doivent aussi retourner l’ascenseur pour assurer que les politiciens qui lui sont favorables, restent en place. Nous obtenons alors une économie de plus en plus orientée vers la satisfaction de groupes d’intérêt revendicateurs qu’envers les besoins des consommateurs. Un des meilleurs exemples actuellement est le conflit qui oppose Uber aux cartels de taxi dans diverses villes. Il est plutôt clair que l’intérêt du consommateur n’a que très peu d’importance aux yeux des cartels de taxis et lequel des deux partis est défendu par l’état? Devinez! Je vous laisse trois chances.

Nous assistons alors à l’avènement d’une vision économique à très cout-terme. Les objectifs politiques changeant au gré des partis au pouvoir, l’horizon temporel du politicien typique se termine à la date des prochaines élections, après lesquelles il peut concevablement être chassé du pouvoir. Il a donc très peu d’intérêt à planifier des politiques dont ses adversaires politiques pourraient s’approprier les fruits s’ils mûrissent trop tard. À long-terme, nous sommes tous morts, disait Keynes, sauf que tôt ou tard, nous finissons par aboutir dans le long-terme des politiques à courte-vue et nous en subissons les conséquences. Ainsi, Lord Keynes est bel et bien mort aujourd’hui, mais nous vivons les conséquences à long-terme des ses idées court-termistes.

Une des conséquences de cette vision, le clientélisme politique, a mené à l’accaparement de plus en plus de services et de ressources par le secteur public au détriment du privé afin d’offrir des programmes sociaux de plus en plus onéreux offerts gratuitement ou semi-gratuitement.  La gratuité ou semi-gratuité de ces services entraînant naturellement une surconsommation et le surendettement de l’état qui ne pas mathématiquement suffire à une demande infinie.  Mais, à long-terme, nous sommes tous morts, n’est-ce pas? Il faut vivre dans le présent et nos petits-enfant trouveront bien le moyen de réparer nos bavures.  Pas vrai?

Le remède

Même si, d’un coup de baguette magique, on effaçait la dette grecque, la Grèce ne serait pas guérie pour autant.  L’Histoire est replète d’exemples de pays qui ont fait faillite et qu’une fois libérés de leurs dettes, ont laissé le naturel revenir au galop et se sont retrouvés une fois de plus dans la même situation. La mentalité collectiviste anti-capitaliste est une drogue qui promet une vie facile aux dépens des autres et qui vous donne un sentiment euphorique jusqu’à ce que la réalité vienne nous rattraper. Comme toute addiction, le seul remède est de reconnaître la source du problème et de briser le cercle vicieux.  Cessez de croire que l’état peut tout vous donner gratuitement indéfiniment. Il n’y aura jamais rien de gratuit en ce monde. Tout doit être payé d’une façon comme d’une autre. Ne comptez pas sur les politiciens pour vous aider, ce sont eux qui vous fournissent la drogue. La solution est dans un changement d’attitude dans chacun de vous.

Entrevue exclusive avec le politologue français, Guy Milliere

Par Simon Leduc

Je me suis entretenu avec notre collaborateur Guy Milliere. Cette entrevue va porter sur la tuerie de Charleston, sur la course à l’investiture du GOP, sur l’espionnage de présidents français par les États-Unis, sur l’accusation de crimes de guerre contre l’État hébreu et sur la montée de l’État islamique.

Q : À la suite de la tuerie de Charleston, plusieurs Américains souhaitent que le drapeau confédéré soit banni de l’espace public. La gouverneure de la Caroline du Sud veut que le drapeau sudiste soit retiré du Parlement local et Wal-Mart ne va plus vendre des produits liés au drapeau sudiste. Que pensez-vous de cela?

R : Je pense que ces réactions sont tout à fait excessives. Le drapeau confédéré est considéré dans le Sud des États-Unis comme faisant partie de l’histoire. Quasiment personne ne considère le drapeau confédéré comme un signe de racisme ou de nostalgie pour la ségrégation raciale. La Caroline du Sud, où les noirs sont minoritaires, a un sénateur noir, républicain, Tim Scott. Un jeune assassin dépravé et abominablement raciste a commis un massacre abject : il est l’objet d’une réprobation unanime. Plutôt que d’avoir rappelé les valeurs du pays, les Démocrates, l’administration Obama, et Obama lui-même ont utilisé ce massacre abject pour incriminer un racisme censé être toujours omniprésent dans la société américaine. Des Républicains ont fait, en ce contexte, des gestes d’apaisement, et Nikki Haley a été l’un (l’une) de ces Républicains. C’est à mes yeux une erreur. C’est donner un peu raison aux Démocrates, à l’administration Obama, et à Obama lui-même, et dire que le drapeau concerné est un signe de racisme, et que partout où il flotte encore, il y a des racistes. Dès lors que le Sud est largement républicain et conservateur aujourd’hui, c’est prêter le flanc aux accusations de racisme contre Républicains et conservateurs. Les Démocrates ne cessent de se présenter comme le parti qui défend les noirs : c’est une falsification de l’histoire. C’est Abraham Lincoln, républicain, qui a aboli l’esclavage. Le Sud ségrégationniste a voté démocrate pendant très longtemps. Les Démocrates achètent le vote de la population noire aujourd’hui avec des aides sociales massives qui entretiennent une sous-culture de la dépendance, tissée de criminalité et de dissolution des familles. Cela risque de durer encore longtemps, hélas. Le résultat, ce sont des villes comme Detroit ou Baltimore. La société américaine aujourd’hui est largement aveugle aux couleurs, Le parti républicain est aveugle aux couleurs : parmi les candidats cette année, il y a un noir, un indien, deux hispaniques. Les démocrates ont un président noir qui dit que le peuple américain a toujours le racisme dans son ADN. Wal-Mart a cédé au mouvement d’opinion créé par les démocrates.

Q : Selon vous, quel serait le meilleur ticket pour le Parti républicain pour les présidentielles de novembre 2016 ?

R : C’est difficile à dire aujourd’hui. Les élections primaires sont très ouvertes. Je crains que Jeb Bush incarne une ligne trop modérée pour mobiliser, et, en supplément, je ne suis pas certain que les Américains aient envie de voir un troisième Bush à la Maison Blanche : cela aurait des allures de dynastie. Il est impératif que les Républicains emportent la Floride et une fraction de voix hispaniques : Marco Rubio est implanté en Floride, et hispanique. Il faut aussi que les Républicains gagnent des États du Middle West : Scott Walker est gouverneur du Wisconsin, et populaire dans des États tels que l’Iowa, et l’Ohio, qui est crucial. Une candidature Walker-Rubio me semblerait la plus à même de l’emporter. Ce sera difficile : en termes d’États et de grands électeurs, les Démocrates sont quasiment assurés d’avoir deux cent quarante voix. Ils leur en manqueraient trente pour l’emporter ; si la Floride tombe du côté démocrate, les Républicains tombent. Malgré les scandales et le parfum de corruption qui l’entoure, Hillary Clinton reste favorite. Si elle était élue, ce serait une sorte de troisième mandat d’Obama et, sans doute, une transformation irréversible des États-Unis en une puissance déclinante et socialisante.

Q : Des médias français ont annoncé que les trois derniers présidents français (Chirac, Sarkozy et Hollande) ont été espionnés par la NSA. Êtes-vous surpris de ces révélations?

R : C’est une histoire grotesque et montée en épingle artificiellement. Nous sommes dans un monde où tous les pays qui le peuvent pratiquent le renseignement, qui passe par les écoutes. Cela fournit à la gauche française une occasion d’injecter une dose d’antiaméricanisme supplémentaire dans l’opinion. En dehors de cet aspect, cela n’a, à mes yeux, aucun intérêt. Les États-Unis écoutent les Présidents français ? Quelle surprise ! Ce qui a été publié est, en outre, d’une insignifiance totale. La France et les États-Unis sont, a priori, dans le même camp politique et géopolitique, et je ne vois pas ce que la France aurait à cacher. Les sorties de François Hollande en scooter peut-être. La France est une puissance de second ordre qui aime se donner de l’importance, et, outre l’injection d’une dose d’antiaméricanisme, cette histoire permet à ceux qui la ressassent d’imaginer et faire imaginer que la France a beaucoup d’importance et a des choses essentielles à cacher aux États-Unis. Si les médias français s’intéressaient davantage aux ennemis réels de la France, ils feraient un travail plus intéressant.

Q : Selon un rapport commandé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Israël pourrait être accusé de crimes de guerre lors du conflit à Gaza en 2014. Quelles sont vos impressions sur cela ?

R : Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU est une imposture et aucun pays occidental ne devrait y siéger. Accorder le moindre crédit à une organisation où des dictatures plus ou moins criminelles et plus ou moins antisémites disposent d’une majorité automatique est moralement condamnable. Les journalistes et les dirigeants politiques qui accordent du crédit au Conseil des droits de l’homme de l’ONU sont moralement condamnables. Au vu de ce qu’est le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il n’est pas étonnant que le seul pays qui y soit régulièrement accusé de crimes soit Israël. Une organisation qui a accueilli avec enthousiasme Mahmoud Ahmadinejad, antisémite négationniste aux projets génocidaires devrait être traitée par le dégoût et le mépris. Mahmoud Ahmadinejad, désoeuvré désormais devrait en devenir le président : ce serait seyant. Qu’en un moment où des crimes sont commis sur tous les continents par des islamistes, la seule chose que trouve à faire cette organisation soit de s’en prendre à Israël est abominablement significatif. Israël a été attaqué pendant l’été 2014 par une organisation terroriste islamiste aux projets tout aussi génocidaires que ceux d’Ahmadinejad et de tous les dirigeants iraniens. Israël s’est défendu et a tout fait pour anéantir les capacités de frappe de l’ennemi. Si un Conseil des droits de l’homme digne de ce nom existait, il incriminerait le Hamas pour ses tirs à l’aveugle contre Israël, pour l’utilisation de sa population au titre de boucliers humains, et pour ses projets génocidaires, mais un Conseil des droits de l’homme digne de ce nom n’existe pas.

Q : Hillary Clinton a déclaré que la tuerie de Charleston est un acte terroriste raciste. Êtes-vous d’accord avec cette affirmation?

R : J’ai, un peu, répondu à cette question en parlant des Démocrates, de l’administration Obama et d’Obama. Hillary Clinton a raison de dire que c’est un acte terroriste raciste. Elle a tort d’insister sur le sujet, et de traiter le tueur de Charleston autrement que comme un être abject, méprisable, unanimement réprouvé, et qui mérite la peine de mort. Évoquer un racisme anti-noirs aujourd’hui largement inexistant est nauséabond, aiguise les tensions, alimente le racisme anti-blanc que des agitateurs noirs, tels Al Sharpton, entretiennent. Cela permet d’attirer des voix noires, et c’est le but d’Hillary Clinton. Cela conduit aussi, parfois, à des émeutes raciales, à l’incrimination abusive de policiers, et à des hausses de la criminalité dont les noirs sont les premières victimes. L’essentiel des noirs assassinés aux États-Unis le sont par d’autres noirs : cela, Hillary Clinton ne le dit et ne le dira pas.

Q : La droite française a changé le nom de sa formation politique, l’UMP est maintenant le Parti républicain. Que pensez-vous de cela?

R : L’UMP est, exactement, les Républicains. Cela a été perçu par la gauche en France comme une façon d’américaniser l’UMP, et la gauche n’a pas apprécié. Cela a aussi été perçu par la gauche comme une façon pour l’UMP de s’approprier la république : la gauche a porté plainte et a perdu. Je pense que Nicolas Sarkozy a voulu laisser au passé le nom de l’UMP, entaché par des scandales et se placer dans la perspective d’un deuxième tour en 2017 où il affronterait Marine Le Pen et se présenterait comme le candidat de tous les « républicains ». C’est de la politique politicienne. Le plus important à mes yeux n’est pas là. Il est de savoir si la droite française aura un programme à même de redresser le pays après cinq années d’enlisement désastreuses, et si elle présentera un candidat à même d’être élu et d’appliquer le programme. Nous n’en sommes pas là. Pour l’heure, François Hollande est en campagne, et fera tout pour être réélu. Il a été un président médiocre, qui a accentué le déclin de la France, et n’a pas su répondre au danger islamiste. Cinq années supplémentaires de Hollande seraient cinq années sombres, et si Hollande était réélu, Marine Le Pen pourrait avoir toutes ses chances la fois suivante. Les Républicains, et Nicolas Sarkozy seront-ils à la hauteur de la situation ? On le saura bientôt.

Q : La semaine dernière, trois pays ont été frappés par des attentes terroristes. Selon vous, qu’est-ce que l’Occident doit faire pour éliminer l’État islamique ?

R : Entre ce que l’Occident devrait faire et ce qu’il fera, je crains qu’il y ait une immense différence. La montée en puissance de l’État Islamique et du djihadisme est le résultat des années Obama. Fin 2008, l’Irak était stabilisé, Al-Qaïda en Irak quasiment éliminé. Les djihadistes étaient partout sur la défensive. Obama a détruit cette situation. En retirant les troupes américaines d’Irak, il a créé un vide, abandonné Bagdad à l’Iran, suscité des tensions en régions sunnites, permis la renaissance d’Al-Qaïda en Irak sous la forme de ce qui est aujourd’hui l’Etat Islamique. En encourageant le printemps arabe, qui était en fait un hiver islamique, il a déstabilisé l’Egypte, où Sisi essaie de remettre de l’ordre, difficilement. Il a rendu la Tunisie plus vulnérable, car les appareils de sécurité y ont été démantelés. Il a renversé Kadhafi (en partenariat avec Sarkozy), et livré la Libye aux djihadistes et, maintenant à l’État Islamique. Il a contribué au soulèvement en Syrie, pays maintenant largement détruit. Il a une lourde responsabilité dans l’émergence et le renforcement de l’État Islamique et dans le renforcement du djihadisme. Il ne fera rien pour détruire l’État Islamique. Les Européens ne feront rien non plus, car ils n’ont pas les moyens d’agir sans les États-Unis. Si un président des États-Unis digne de ce nom arrivait à la Maison Blanche, il devrait bombarder les positions de l’État Islamique (les frappes actuelles sont insignifiantes), couper les routes de commerce et d’approvisionnement de l’État Islamique, qui passent par la Turquie, exiger de la Turquie qu’elle cesse son appui à l’État Islamique, et exiger la même chose du Qatar. Des forces spéciales devraient sans doute être déployées sur le terrain. Un appui à l’Égypte de Sisi, confrontée à l’État Islamique dans le Sinai serait aussi indispensable, ainsi que des frappes sur les côtes libyennes, occupées par l’État Islamique. Un président des États-Unis digne de ce nom arrivera-t-il à la Maison Blanche, c’est toute la question. Si ce n’est pas le cas, le futur proche s’annonce très âpre.

Vivre à crédit

Par Philippe David

C’est étonnant, mais la situation en Grèce et les réactions à cette crise que j’observe me font réaliser à quel point certains peuvent être ignorants du côté sombre du crédit. Par exemple beaucoup en Grèce et ailleurs s’imaginent que si les grecs font un doigt d’honneur aux banques européennes et leur «austérité», les grecs pourront maintenir leur beau train de vie et que les retraités continueront d’empocher leur retraites et que le gouvernement grec pourra continuer à fonctionner comme il l’a fait depuis plus de trois décennies, c’est à dire en vivant à crédit. Il faut vraiment croire aux licornes parce que rien ne pourrait être plus farfelu. Si c’est votre croyance, une petite leçon de crédit 101 s’impose. Commençons par les bases.

La nature d’une dette.

Vous avez besoin d’argent pour quelque chose que vous jugez important (pour l’instant, nous allons faire abstraction du besoin comme tel).  Vous n’avez pas l’argent maintenant, mais vous savez que vous l’aurez dans le futur et épargner pour ramasser la somme serait trop long.

Votre voisin, lui, a le montant d’argent que vous avez besoin, vous aimeriez lui demander de vous le prêter, mais autrement que par charité, pourquoi le ferait-il? Pendant le temps que vous prendrez à lui rembourser cet argent, il y a mille et un usages auxquels il aurait pu mettre cet argent beaucoup plus plaisant ou profitable que de vous le prêter. Pour le convaincre, vous devez lui offrir un incitatif pour compenser la perte de jouissance de son argent pour le terme du remboursement. Rendre la chose «intéressante» pour lui, si on peut dire. C’est pourquoi nous avons appelé cet incitatif «l’intérêt».  Vous allez donc négocier avec votre voisin pour le taux d’intérêt pour lequel il consentira  à vous prêter son argent. Puisqu’il n’est pas le seul qui pourrait vous prêter l’argent, il ne peut pas vous demander un taux abusif parce qu’il vous suffit d’aller demander à quelqu’un d’autre.

Cependant, qu’est-ce qui lui prouve que vous lui rembourserez la somme dans les délais prévus? S’il vous connaît et sait que vous êtes une personne honorable à laquelle il peut faire confiance, votre poignée de main pourrait lui suffire, sinon il vous faudra peut-être fournir le témoignage d’une personne qui vous connaît et qui sait que vous êtes digne de confiance ou un endossement formel d’un tiers de bonne réputation ou à l’extrême, vous devrez peut-être offrir quelque chose en collatéral. Bref, ça prend un certain lien de confiance. Si votre réputation est bonne, ce n’est pas un gros problème, mais si elle ne l’est pas, c’est possible que vous ayez plus de difficulté à trouver quelqu’un qui voudra vous prêter et vous aurez probablement à payer un taux d’intérêt plus élevé pour arriver à convaincre quelqu’un à vous prêter l’argent dont vous avez besoin.

Je vois souvent des gens pester contre les intérêts. Certains voudraient même les abolir. Maintenant vous savez à quoi ils servent et pourquoi ils existent.  Vous ne pourriez tout simplement pas emprunter s’il n’y avait pas d’intérêt.  Donc les abolir serait illogique.

Jusqu’ici nous n’avons discuté que d’emprunts entre individus, mais le principe est le même le même lorsqu’on parle d’emprunts par une firme ou par un état. L’emprunt est une entente contractuelle où une partie prête un montant d’argent qui est sa propriété à une autre partie. En échange la seconde partie promet de rembourser le montant intégral, plus un certain pourcentage d’intérêt. Essentiellement, de négliger de rembourser équivaut à de la fraude, puisque l’emprunteur se trouve à voler la propriété du prêteur. Si vous faites ça, les prêteurs y penseront probablement deux fois avant de vous prêter une autre fois et avec raison. Mais tant que les deux parties respectent les termes du contrat, c’est profitable aux deux.

Bonne dette, mauvaise dette

Maintenant, il existe de bonnes et de mauvaises dettes. Les bonnes dettes vous enrichissent à long-terme, les mauvaises vous appauvrissent. Si vous empruntez pour investir dans une entreprise qui est profitable et qui vous rapporte un montant plus grand que l’emprunt et l’intérêt, c’est un bon prêt. Si par contre vous empruntez pour quelque chose qui ne vous rapportera rien, un bien consommable, par exemple, c’est une mauvaise dette. Si c’est une excellente idée d’emprunter pour investir, emprunter pour consommer est une chose à éviter le plus possible. Si vous voulez vous procurer un bien consommable qui n’est pas d’une absolue nécessité, il serait bien plus intelligent d’économiser et attendre d’avoir le montant en poche avant de l’acheter. Emprunter pour s’acheter une nouvelle télé quand l’ancienne fonctionne encore ne serait pas terriblement intelligent. 

Le problème est que ça fait belle lurette que nous accumulons les mauvaises dettes, tant individuellement que collectivement. Tout partisan de développement durable devrait prendre note que si toute mauvaise dette devrait être à proscrire dans vos finances personnelles, vous devriez aussi considérer que la même situation dans les finances publiques est toute aussi néfaste. Pourtant, quand avez-vous déjà entendu Greenpeace ou Équiterre se prononcer contre l’endettement excessif des états? Pourtant, quand nous avons des gouvernements qui contrôlent plus de 50% du PIB d’un pays, c’est un facteur qui ne peut pourtant pas être négligé. 

Et pourtant, il est plutôt rare que les états font des emprunts qui créent de la richesse puisque les gouvernements ne créent aucune richesse, ils ne font que la redistribuer. Tout ce que le gouvernement vous donne, il doit d’abord le confisquer de quelqu’un d’autre. Plus souvent qu’autrement, une bonne partie des montants collectés en taxes et impôts est également gaspillé et ne rapporte absolument rien en termes de biens et services réels. Donc, mis à part l’argent emprunté pour certains biens immobiliers, représenté par la dette nette, tout le reste est une perte sèche qui ne peut être remboursée que par le prélèvement de taxes et impôts futurs. Donc, quelque part dans le futur, ces taxes et impôts seront prélevés en plus de ceux qui auraient déjà été prélevés pour les besoins courants. Encore une fois, si vous croyez que ce genre de consommation de ressources s’inscrit dans le registre du développement durable, vous vous mettez le doigt dans l’oeil parce que c’est littéralement tout le contraire: nous dévorons aujourd’hui ce qui sera produit demain plutôt que de consommer ce qui a été produit hier (c’est ça le développement durable). Ce que nous faisons, autant en tant qu’individus qu’à travers nos gouvernements c’est de la surconsommation. C’est s’empiffrer dans un buffet et laisser la facture aux générations futures.

Pile je gagne, face tu perds.

aujourd’hui, les grecs ont voté massivement non aux mesures d’austérité que voulaient leur imposer leurs créditeurs. Je ne sais pas ce qu’ils s’imaginent que ça va leur donner de faire le doigt d’honneur à leurs créanciers. Le choix qui leur était donné dans ce référendum était équivalent à choisir entre le peloton d’exécution et la chaise électrique.

On les voit célébrer et on peut se demander pourquoi ils fêtent. S’ils s’imaginaient gagner quelque chose en votant non, ils rêvent en technicolor. Ce qui les attend sera un effondrement bancaire et une dépression économique dont ils ne seront pas près de se relever et ils n’auront pas d’autre choix que de réviser leur niveau de vie à la baisse de toute façon. L’austérité s’imposera que ce soit par leurs créanciers ou autrement parce que ça prendra un certain temps avant que quelqu’un prête de l’argent au gouvernement grec. Ça a toujours été un no-win scenario, du moins à court-terme. 

La bonne nouvelle, c’est qu’après une sévère correction, l’économie grecque va sûrement reprendre sur des bases plus solides. On ne peut qu’espérer que les grecs auront appris la leçon que leur gouvernement ne peut pas tout leur payer indéfiniment et que le nôtre va réaliser que lui non-plus ne le peux pas avant que nous nous retrouvions dans la même situation. J’espère que nous réaliserons tous que l’endettement chronique, autant personnel que collectif est une sorte d’esclavage volontaire et de s’en libérer sera toujours pénible.

La Grèce: un canari dans la mine de charbon

Par Philippe David

Un drame désolant se déroule sous nos yeux en Grèce. Dans une entrevue radiophonique, Germain Belzile, professeur d’économie aux HEC (entre autres), l’a décrit comme un « slow motion train wreck » ou un déraillement ferroviaire au ralenti pour les fanatiques du français.  Nous le voyions arriver depuis longtemps, mais la Grèce va finalement amener le socialisme à son aboutissement logique. Car contrairement à ce que certains peuvent prétendre, les grecs ne sont pas victimes des banques et d’un capitalisme débridé, ils sont les victimes du socialisme débridé et des vendeurs de rêves de leur gouvernement qui les avait convaincu qu’on pouvait vivre la belle vie avec seulement un minimum d’effort et en vivant indéfiniment à crédit. 

Le rêve

Il y a une raison pourquoi le socialisme est toujours aussi populaire, c’est parce qu’il nous fait rêver d’un monde magique d’abondance sans travail. Un monde où l’argent pousse dans les arbres et il ne suffit que de le distribuer. La richesse  n’a pas besoin d’être créée, elle existe tout simplement et il ne suffit que de la prendre dans les banques et dans les poches des riches. Dans ce monde, il n’est pas nécessaire de produire quoi que ce soit, si nous le demandons, il apparaitra par magie et nous n’avons qu’à le prendre sur les tablettes. Le problème, c’est qu’on peut bien ignorer la réalité pendant un certain  temps, mais la réalité, elle, ne nous ignorera pas.

La réalité

La logique dicte que si vous voulez pouvoir consommer quoique ce soit, quelqu’un doit déjà avoir produit ce que vous désirez et de plus, afin de pouvoir l’acheter, vous devez également avoir produit quelque chose de valeur suffisante vous-même. Du moins, si on parle de consommation responsable et soutenable. S’il peut être utile parfois de consommer à crédit, la sagesse a toujours dit de ne pas en abuser. Ce n’est certainement pas cette sagesse qui pousse les individus de s’endetter à 150% de leur revenu disponible et ce n’est pas plus débordant de sagesse pour un état d’en faire autant.

On entend souvent une certaine gauche dire que nous ne pouvons pas comparer l’état à une famille. D’une certaine façon, ils ont raison. Quand un état s’endette à outrance, c’est des millions  de familles qui sont ruinées, pas seulement une. C’est donc mille fois pire quand un état fait faillite, que lorsqu’une famille fait faillite. Certains ici croyaient que ce n’était pas possible. Il étaient ignorants de l’histoire car non-seulement de nombreux pays ont fait faillite avant ça, mais la Grèce elle-même a déjà fait faillite plus d’une fois auparavant. Vous croyiez que l’austérité était terrible? Attendez un peu que la faillite vienne détrousser les grecs de toutes leurs épargnes et leur pouvoir d’achat. Vous n’avez encore rien vu!

Le clientélisme à outrance

«Une démocratie est toujours temporaire par nature, elle ne peut tout simplement pas exister comme une forme permanente de gouvernement.

Une démocratie existe jusqu’au jour où les électeurs découvrent qu’ils peuvent se voter de généreux cadeaux provenant du Trésor Public.

A partir de ce moment là, la majorité vote toujours pour les candidats qui promettent le plus d’avantages provenant du trésor public et le résultat, c’est que toute démocratie se termine toujours par un effondrement en raison d’une politique fiscale laxiste ».

Alexander Fraser Tytler

Les grecs ont découvert qu’ils pouvaient se voter des largesses du trésor public autour de 1980. Depuis, les politiciens qui ont été élus à la tête de ce pays ont été ceux qui ont offert le plus de « nananes » aux électeurs. Ce clientélisme effronté a donné lieu à la création de programmes gouvernementaux onéreux à souhait, à des subventions à outrance aux entreprise et une économie de la recherche de la rente. Ceci devrait sembler plutôt famillier au Québec. C’est notre sport préféré après le hockey.

Les conséquences de ce genre de jeu politique sont facile à prédire comme le député et économiste français Frédéric Bastiat l’a fait en 1848:

«L’Etat ne peut avoir beaucoup d’argent qu’en épuisant tout le monde et les masses surtout. (…) Aujourd’hui qu’on a admis en principe que l’Etat est institué pour distribuer la richesse à tout le monde, il est naturel qu’on lui demande compte de cet engagement. Pour le tenir, il multiplie les taxes et fait plus de misères qu’il n’en guérit. Nouvelles exigences de la part du public, nouvelles taxes de la part de l’Etat, et nous ne pouvons que marcher de révolution en révolution. (…) Le peuple sera écrasé d’impôts, on fera emprunt sur emprunt; après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir. (…) On verra le peuple tout entier transformé en solliciteur. Propriété foncière, agriculture, industrie, commerce, marine, (…) tout s’agitera pour réclamer les faveurs de l’Etat. Le Trésor public sera littérallement au pillage.»

Ce sera toujours le résultat inévitable du mariage de la démocratie et du socialisme. Et il ne fonctionne, comme l’avait souligné Margaret Thatcher que jusqu’au jour où l’argent des autres vient à manquer. 

Le gouffre

Tsipras s’imagine sauver les grecs alors qu’il n’a qu’appuyé plus fort sur l’accélérateur du train qui roule vers un pont démoli au dessus d’un gouffre. Il entrainera probablement plus d’un autre état à sa suite. La Grèce, c’est le fameux canari dans la mine de charbon qui signale quand un coup de grisou est imminent et toutes les démocraties occidentales devraient prendre des notes parce qu’elles jouent toutes au même jeu à divers degrés et suivent la même trajectoire qui les mènera tôt ou tard au même destin.

Le Québec n’est pas la Grèce, mais…

Considérez ceci:

  • Le même clientélisme politique qui existe en Grèce, existe ici.
  • Comme les grecs, nous avons la dette la plus élevée du Canada,
  • des programmes sociaux plus généreux et onéreux que les autres provinces,
  • le plus grand nombre d’employés publics par habitant avec des salaires et avantages bien au-delà de la moyenne du secteur privé.
  • Nous subventionnons les entreprises 3 fois plus que l’Ontario, compte denu de notre population et il n’y a que peu de secteurs de l’économie où le gouvernement n’intervient pas.
  • Nous partons aussi à la retraite plus tôt que le reste des canadiens.
  • Et comme les grecs, nous sommes allergiques à la responsabilité fiscale, au point que nous descendons dans les rues pour protester contre une austérité qui, comparativement à celle imposée à la Grèce, est inexistante. Notre gouvernement n’a absolument pas coupé dans ses dépenses, seulement dans croissance de ses dépenses et notre bonne gauche syndicaliste hurle et déchire sa chemise. Imaginez s’il y avait de vraies coupures.

C’est beaucoup de points communs que nous avons avec les grecs, vous ne trouvez pas? Vous croyez peut-être que nous pouvons continuer à les imiter et que ça ne nous rattrappera pas un jour? Que nous ne subirons pas le même sort?

Pour être honnête, il y a une chose qui a fait que nous ne sommes pas encore arrivés à la même destination que la Grèce, c’est notre appartenance à la fédération canadienne. Contrairement à la Grèce, nous bénéficions d’un programme de répartition de richesse entre les provinces pauvres et les provinces riches. Nous sommes les plus gros bénéficiaires de ce programme, d’ailleurs.  Sans la péréquation, nous aurions une dette encore plus élevée (à moins bien sûr de réduire nos dépenses drastiquement et d’étrangler encore plus le contribuable)

Nous bénéficions aussi de la cote AAA du Canada également parce que, de la même façon que Québec est garant des dettes de ses villes et municipalités, Ottawa est garant des dettes de ses provinces et c’est la seule et unique chose qui nous a sauvé de plus grosses décotes des agences de notation, ce qui aurait augmenté considérablement nos coûts d’emprunts.

Certains, comme Mathieu Bock-Côté m’accuseront d’hair le Québec, parce que bien sûr, dans leur esprit, quiconque a le culot de critiquer leur bien-aimé système social-démocrate basé sur le tout à l’état, doit nécessairement être un anti-patriote et un anti-nationaliste primaire . Il faut forcément haïr le Québec et être à la solde du colonialisme « canadian ». Il faut forcément vouloir nier les aspirations légitimes du peuple québécois d’avoir un pays pour affirmer que sans le reste du Canada, la cigale québécoise serait dehors au froid et sur les bords du même gouffre que la Grèce, n’est-ce pas?

Pourtant, qui aime plus le Québec? Celui qui lui proclâme un amour infini et qui, sciemment ou non fait l’autruche? Ou celui qui tente de le détourner de son autodestruction? Désolez-vous pour ces pauvres grecs autant que vous voulez, mais tôt ou tard, si nous continuons sur la même route, ce sera de nous qu’on se désolera.