Le déficit de responsabilité

Par Philippe David

Le premier budget du gouvernement de Justin Trudeau est finalement arrivé et sans surprise, puisque ça fait des semaines qu’il nous y prépare, il vient avec un énorme déficit du genre qu’on avait pas vu depuis très longtemps. Si on avait encore des doutes que Justin soit le fils de son père, nous voilà certainement fixés. Il vient amplement nous démontrer que pour lui, le Canada est ce pays magique où l’argent pousse dans les arbres et qu’il ne peut pas possiblement y avoir de conséquences négatives à un endettement excessif. Dépensons comme s’il n’y avait pas de lendemain car à long-terme, nous serons tous morts après tout. C’est ce que John Maynard Keynes disait. Pour la gestion responsable des fonds publics, on repassera. Pourtant Keynes ne recommandait de faire des déficits que pendant des récessions, pas pendant les périodes de croissance. Il recommanderait  plutôt d’engranger des surplus pendant ces périodes pour mieux faire face à la prochaine récession à venir (parce que vous pourrez être assurés qu’il y en aura d’autres).  Mais au-delà du fondement économique douteux et les risque que ça comporte, il y a un autre aspect de l’idée des dépenses et de l’endettement gouvernemental à tout crin que peu de gens considèrent. C’est plutôt de ça que j’aimerais vous entretenir.

C’est quoi le développement durable?

Au Québec, on se targue d’être tellement plusse meilleurs que les autres au point de vue écologique. Nous, on ne produit pas de pétrole sale! Non môsssieur! Notre électricité, elle est propre, propre, propre! On noie des caribous et on découpe des oiseaux en lamelles pour la produire, mais ça c’est pas grave. On en a en masse des caribous et des oiseaux! On est fiers que notre gouvernement fasse la promotion de moyens de transports électriques, quitte à vouloir augmenter le prix de l’essence pour qu’on prenne des taxis électriques et offrir de l’électricité gratuite pour les autos électriques via des bornes de recharge subventionnées. Nous, on fait du «développement durable», môssieur!

Mais c’est quoi au juste du développement durable? Si on se fie aux grands clercs verts, le développement durable semble plus s’opposer à tous les méchants projets capitalistes qui pourrait abattre un arbre ou obliger des couleuvres brunes à déménager. Dans ce cas, le terme «développement durable» est plus un oxymore. C’est pas du développement, c’est de l’anti-développement.

Pour ma part, j’aime mieux aller à contre-courant et croire que la définition de développement durable devrait aller plus dans le sens de faire plus avec moins. Puisqu’il y aura toujours une demande pour des biens et services qui devra être comblée, il faut la combler, mais en utilisant le moins de ressources possible. Mais où est-ce que je veux en venir avec tout ça? Patience! J’y arrive!

À quoi sert l’économie?

À quoi ça sert l’économie au juste? La réponse courte et simple est tout simplement de produire des biens et services que les consommateurs demandent. La dernière partie de cette définition est probablement plus importante que vous ne croyez parce que si vous la négligez, les gens n’achèteront pas ce que vous produisez et si personne n’achète ce que vous produisez, tout ce que vous avez utilisé pour le produire est perdu, gaspillé. Comment le sait-on? Parce que si vous êtes un entrepreneur et que personne ne veut acheter ce que vous avez produit, vous n’aurez réalisé aucun profit et plus probablement, vous avez essuyé une perte. C’est comme ça que l’entreprise privée détermine si elle utilise ses ressources de façon efficace. Si l’entreprise est capable de produire quelque chose que les consommateurs veulent acheter à un prix supérieur à ce que ça vous a coûté pour le produire, elle aura créé de la richesse. Elle aura créé quelque chose qui vaut plus aux yeux des consommateurs que la somme de ses parties. On décrit souvent le profit comme quelque chose de vil et immoral. Le profit représente l’avarice abject dans l’esprit de plusieurs. Je me demande comment ces gens conçoivent qu’une entreprise puisse survivre sans réaliser de profits? Mais, je diverge. Suffise de dire que le profit est comment on peut mesurer l’efficacité d’une entreprise privée. Plus elle en fait, plus elle est efficace. Dans la réalité, nous ne devrions pas punir une entreprise parce qu’elle fait des profits, nous devrions plutôt souhaiter qu’elle en fasse le plus possible parce que ça veut vraiment dire qu’elle produit le maximum de richesse pour les ressources qu’elle consomme.

Laissez mijoter cette information un moment, on y reviendra un peu plus loin.

C’est quoi un dollar?

Ça peut vous paraître  bizarre comme question, mais c’est très pertinent parce que selon mon expérience, peu de gens ont une idée claire de ce que représente l’argent. Donc, lorsqu’on leur envoie un chiffre de $30 milliards, c’est très abstrait pour eux. Alors permettez-moi d’ouvrir une parenthèse pour tenter de concrétiser la chose dans votre esprit. En terme très concrets, l’argent ne sert qu’à une chose: c’est un médium servant à l’échange de biens et services. Alors lorsque vous regardez ces petites pièces dorées dans vos poches, dans votre esprit vous devriez visualiser les produits et services que ce dollar peut vous procurer. Si votre imagination a besoin d’aide, allez faire un tour dans un Dollarama. Maintenant que vous pouvez visualiser un dollar de biens et services, essayez d’en visualiser 30 milliards. Assez concret pour vous? Maintenant, imaginez toutes les matières premières, la main d’oeuvre, l’outillage, etc. nécessaires à produire ces biens et services. Avez-vous maintenant une idée plus précise combien de ressources représentent $30 milliards? C’est énorme!

Maintenant une question-piège, que représente un déficit de $30 milliards? Vous l’avez presque! C’est $30 milliards de biens et services que nous produiront quelque part dans le futur qui seront pris dans vos poches. En d’autres mots, ce sont une quantité énorme de biens et services qui seront consommés dans le présent, mais qui seront prélevés quelque part dans le futur sous forme de taxes. C’est ça un déficit budgétaire. Ce sont des taxes différées.Une autre petite pièce d’information à classifier.

Une raison «écologique» de s’opposer aux déficits

Maintenant que nous avons établi certains faits, j’aimerais vous faire réfléchir à quelque chose. Comme je le mentionnais au début de cette chronique, les québécois se soucient beaucoup de l’environnement, du développement durable et de la sur-consommation et ils ont raison de s’en soucier. Pourtant ce qui est étrange, c’est que ceux qui se disent le plus soucieux de ces enjeux sont également ceux qui seront les plus susceptibles de proposer des solution impliquant une intervention gouvernementale et les plus susceptibles d’approuver qu’un gouvernement creuse des déficits. Pourtant, en toute logique, ça devrait être tout le contraire. Si vous vous souciez vraiment de préserver les ressources pour l’avenir. Si vous êtes vraiment inquiets de la surconsommation par le genre humain, le gouvernement est probablement la dernière chose à laquelle vous devriez faire appel.

Le plus gros gaspilleur de ressources

Il existe quatre façons de dépenser de l’argent.

quadrant-Friedman-2

Comme vous pouvez le constater, la façon la plus efficace de maximiser la valeur est quand on dépense son argent pour soi-même et la moins efficace est lorsqu’on dépense l’argent des autres pour les autres. Alors comment pouvez-vous croire que confier vos ressources au gouvernement est la façon la plus efficace de régler les problèmes de la société? Vous n’avez qu’à ouvrir un journal pour voir tous les exemples de gaspillage éhonté des fonds publics. Vous croyez sincèrement que les fonctionnaires savent mieux gérer votre argent que vous?

De plus, le gouvernement est absolument incapable de faire une analyse coût/bénéfice. Vous vous souvenez qu’au début de ce texte, j’ai mentionnée qu’une entreprise mesure l’efficacité de son utilisation des ressources par les profits? Le gouvernement ne fait pas de profit. Il ne crée aucune richesse. Il ne peut que consommer ou redistribuer. Quand il consomme, les ressources consommées sont perdues. Lorsqu’il redistribue, c’est généralement des plus productifs aux moins productifs. Lorsque le gouvernement subventionne par exemple, il le fait en taxant les entreprises les plus profitables pour renflouer des entreprises qui ne le sont pas (sinon pourquoi auraient-elles besoin de subvention?).  Bref, le gouvernement n’a aucune façon empirique d’évaluer s’il gère les ressources efficacement alors comment le pourrait-il?

Vous qui prêchez pour un développement durable, pourquoi insistez-vous que le plus grand gaspilleur de ressources règle vos problèmes. Vous qui vous vous souciez tant de la surconsommation, pourquoi ne vous souciez-vous pas que le gouvernement consomme les précieuses ressources dont vos enfants et petits enfant auront besoin pour résoudre leurs propres problèmes. N’est-ce pas déjà assez de dévorer le ici et maintenant? Il faut aussi engloutir le demain? C’est ça pour vous une gestion soutenable et responsable de vos ressources?

Essentiellement, le budget que Justin Trudeau et son gouvernement ont présenté consiste à récompenser ses supporteurs sur le dos des générations futures sans vraiment garantir aucun gain économiques pour l’ensemble du Canada. Le supposé cadeau aux familles de la classe moyenne est un cadeau empoisonné. M. Trudeau leur distribue ces nananes en disant «Allez-y! Consommez!» Et lorsqu’elles auront fait ça, leurs enfants devront réparer les pots cassés. Mais pourquoi s’en faire? Rendus là, ça ne sera plus le problème de Justin Trudeau, pas vrai?