Une question d’autorité

Par Philippe David

Si vous l’avez manqué, un intéressant débat opposait Richard Martineau (ici, ici et ) et Denise Bombardier (ici) dans les pages du Journal de Montréal. En bref, Richard Martineau ridiculise les religions et les accuse de nombreux carnages alors que Denise Bombardier, elle, évoque le besoin de transcendance de l’être humain et le réconfort qu’apporte la croyance en un être suprême. Hier, Nathalie Elgrably-Lévy y a ajouté son grain de sel avec un excellent texte. Selon elle, si la religion a effectivement été responsable de millions de morts au fil des siècles, elle n’a pas le monopole de la barbarie. Pour appuyer son argument, elle cite Staline, Mao, Pol pot et Hitler en exemple et explique que le véritable problème provient plus de mégalomanes qui imposent leurs croyances. Elle dit que la Foi en tant que tel est inoffensive et que le grand danger vient plutôt de la volonté de certains d’imposer une croyance particulière, qu’elle soit religieuse ou non. Elle n’a pas tort, mais elle m’a laissé sur ma faim. Je crois qu’elle aurait dû aller plus loin dans sa réflexion. Elle n’a pas voulu s’avancer dans le comment ni le pourquoi certains sociopathes arrivent à s’élever à une position où ils sont en mesure d’imposer ces croyances et commettre ces méfaits. Si vous me le permettez, j’aimerais creuser le sujet pour elle.

La soif du pouvoir

Comment des despotes comme Mao ou Hitler arrivent-ils à se hisser complètement en haut de l’échelle du pouvoir pour ensuite infliger leurs sévices à leurs propres populations et aux autres? Lord Acton disait que le pouvoir corrompt et le pouvoir corrompt absolument. Dans son roman «Dune», l’auteur Frank Herbert a complété cette pensée en disant que le problème n’est pas tant que le pouvoir corrompt, mais qu’il est magnétique aux corruptibles. En d’autre mots, l’attrait du pouvoir attire bien plus les sociopathes, psychopathes et manipulateurs de ce monde que les saints. Les gens honnêtes et justes n’ont pas généralement le désir de dominer leurs semblables et souvent, ils ont conscience que l’exercice du pouvoir est un énorme fardeau.

Dans la trilogie du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, l’Anneau pour les gouverner tous et le symbole du pouvoir qui est confié à un innocent. Frodon Sacquet n’a aucune soif de pouvoir. Il ne cherche qu’à vivre une vie simple et paisible jusqu’à ce qu’on lui confie la mission de détruire l’Anneau. Lorsque Frodon tente de s’esquiver et offre l’Anneau au magicien Gandalf, celui-ci le refuse en disant «Non ne me tentez pas Frodon. Je n’ose le prendre ! Même pour le mettre en sureté. Comprenez-moi Frodon. J’utiliserais cet Anneau en souhaitant faire le bien. Mais à travers moi, il pourrait atteindre un pouvoir trop grand, trop terrible à imaginer.» Mais tout au long du récit, Frodon confronte d’autres personnages qui, pour le bien ou le mal, veulent se saisir de l’Anneau: Boromir, Saruman, Galadriel. Tout au long, Frodon sent aussi l’anneau devenir toujours plus lourd. Jusqu’à son ultime destruction. À travers sa trilogie, Tolkien essaie de nous mettre en garde contre les aléas de l’exercice du pouvoir, même pour de bonnes intentions. Parce que le pouvoir a toujours des effets pervers. Les sages en sont conscient, mais un sociopathe s’en fiche. Il désire ardemment ce pouvoir et ne s’arrêtera devant rien pour y parvenir. Josef Staline a dit un jour «Une mort est une tragédie, un million de morts. c’est une statistique». Ça illustre bien la fibre morale d’un tyran pour qui faire tuer des millions ne pose aucun dilemme.

L’hallucination collective

Tous les tyrans de l’Histoire auraient été totalement inoffensifs, si ce n’était que pour une croyance aveugle: la croyance que nous avons collectivement en l’autorité. Ces despotes étaient tous des criminels et ce qu’ils dirigeaient était un exemple ultime de crime organisé. Le nec plus ultra d’une mafia. À la différence que personne n’hallucine que la violence perpétrée par la mafia est légitime, alors que tous s’imaginent que l’appareil étatique que dirigeaient les Staline, Hitler, Napoléon et César de ce monde avait la légitimité de commettre ses méfaits. Laissez-moi le répéter pour être certain que vous compreniez pleinement la portée de ce que je vous dis: Alors que ces tyrans perpétraient leurs crimes, peu de gens à l’époque ne questionnaient leur autorité considérée comme légitime. L’État, après tout, est la seule institution qui a le droit l’égal d’initier la violence contre des individus paisibles. Les chefs d’état sont donc au-dessus des lois. Mao disait que le pouvoir provenait de la bouche d’un fusil et les tyrans contrôlaient tous les fusils.

Notre société est basée sur la prémisse hobbesienne que puisque l’homme est un loup pour l’homme, nous devons céder nos pouvoirs individuels à un Léviathan qui maintiendra la paix. Sauf que j’imagine que Hobbes n’avait pas prévu que son Léviathan devienne criminel. Pourtant, il aurait dû savoir que si certains hommes désirent exploiter leurs semblables, la position à laquelle ces hommes vont aspirer sera le haut de l’échelle politique. Quoi de mieux pour un psychopathe de se retrouver au-dessus des lois et pouvoir ainsi victimiser et exploiter les autres impunément. Peu importe les protections constitutionnelles instituées pour éviter une telle éventualité, ce n’est vraiment qu’une question de temps pour qu’un mégalomane se retrouve aux rennes du pouvoir. L’Histoire l’a pourtant amplement démontré. Malgré cela, nous refusons obstinément d’apprendre ces leçons et nous continuons de les placer en position d’autorité. Nous avons tellement peur de tomber sous la coupe de criminels que nous leur construisons le parfait instrument pour nous dominer et nous victimiser: l’État dont, par patriotisme, nous faisons une vénération quasi-religieuse.

Le vrai problème

Mme Elgrably-Levy a parfaitement raison de dire que nous devons construire une société où les droits des uns se terminent là où les droits des autres commencent. Le vrai problème qu’elle n’a pas voulu aborder est qu’une telle société ne pourra jamais exister tant et aussi longtemps que nous sentirons le besoin, au nom de la sécurité, d’élever certains hommes au-dessus de nous et de leur donner le pouvoir de gérer nos vies et nous imposer leur vision par la force.



Les socialistes et le salaire minimum

Par Philippe David

«Si les socialistes comprenaient l’économie, ils ne seraient plus socialistes.»
Friedrich Hayek – Nobel d’économie, 1974

Le premier mai, le salaire minimum va augmenter à $10,75 de l’heure. Cependant pour les socialistes de Québec Solidaire et les diplômés de sciences sociales sans math de l’Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques (IRIS), c’est insuffisant. (L’IRIS, un think tank économique presque totalement dénué d’économistes. C’est un peu particulier, non?)

Selon l’IRIS, un travailleur à temps plein devrait gagner en moyenne $15,10 de l’heure pour «vivre dignement». Selon Manon Massé de Québec Solidaire qui a l’intention de déposer une motion à l’Assemblée Nationale pour rehausser le salaire minimum à $15 de l’heure,  « Ça leur permettrait d’avoir assez d’argent dans leurs poches pour pouvoir subvenir à leurs besoins et sortir la tête de l’eau ».

Nul doute que leurs intentions sont bonnes, mais elles trahissent une fois de plus la dislocation de la gauche québécoise avec le fonctionnement de l’économie et de la nature du salaire minimum. Et le chemin de l’enfer a toujours été pavé de bonnes intentions

Qu’est-ce que le salaire minimum?

Le salaire minimum est le salaire choisi arbitrairement en-dessous duquel il est illégal pour un employeur de payer un employé. Règle générale, c’est un prix-plancher qu’on payera à quelqu’un qui a une éducation minime, une expérience de travail minime et/ou des aptitudes minimes afin que cette personne puisse acquérir expérience et connaissances «sur le tas» en milieu de travail, lui permettant d’accéder plus tard à un salaire plus élevé. En d’autres mots, c’est le premier échelon du marché du travail. Ce n’est pas supposé être un salaire qu’on conserve en permanence.  Selon cette étude de l’institut Fraser basée sur les données de Statistique Canada:

  • 58% des travailleurs au salaire minimum sont âgés de 15-24 ans et 85% d’entre eux vivent avec leurs parents ou un autre membre de leur famille.
  • 54% ont un diplôme du secondaire ou moins
  • 58% sont des travailleurs à temps partiel
  • 88% des travailleurs au salaire minimum ne font pas partie d’une famille à faible revenu.
  • Seulement 2% sont des familles monoparentales avec des jeunes enfants.

Contrairement à ce qu’on peut croire, peu de familles à faible revenu au Canada dépendent du salaire minimum.

Comment sont fixés les salaires dans le marché du travail?

Ça amène la question:Combien vaut le travail d’une personne sans grandes connaissances ou expérience de travail? Ça dépend vraiment de combien de travailleurs de ce niveau cherchent un emploi et combien d’employeurs ont besoin de ce type particulier de main d’œuvre. Si la vaste majorité des personnes recherchant un emploi avait un diplôme collégial au minimum, cela voudrait dire que seule une petite minorité n’ayant pas un diplôme collégial serait disponible pour accepter les emplois qu’on trouve typiquement au salaire minimum. Si le nombre de compagnies voulant embaucher des employés non-qualifiés excède le nombre des travailleurs recherchant ce type d’emploi, les employeurs n’ont pas d’autre choix que d’offrir des salaires plus élevés, s’ils veulent avoir assez de travailleurs pour leurs besoins. Cependant, s’il y a trop de travailleurs non-qualifiés pour le nombre d’emplois de ce type disponibles, les employeurs auront tendance à offrir des salaires moins élevés.

Ça dépend également de la productivité d’un employé. Si la tâche de l’employé est de «flipper» des boulettes de viande, on peut calculer, selon le prix du hamburger fini et la quantité de boulettes produites dans un temps donné, la productivité d’un travailleur. Il est naturel qu’un travailleur plus expérimenté arrivera à produire plus qu’un qu’il l’est moins. C’est donc naturel qu’un employeur voudra payer plus à l’employé plus expérimenté que celui qui l’est moins. Tout ça pour dire que le salaire qu’un employeur offrira est généralement en fonction de la productivité que l’employeur attend de l’employé en tenant en ligne de compte la rareté ou l’abondance de travailleurs avec des qualifications comparables. Les salaires ne sont pas fixés arbitrairement par les employeurs, mais en fonction de critères spécifiques qui varient selon les conditions du marché. Si l’employeur calcule qu’en moyenne, un employé produira des hamburgers pour l’équivalent de $10 de l’heure, tout autre chose étant égale par ailleurs, il offrira ce taux horaire. S’il estime qu’un candidat sera capable de produire plus parce qu’il est plus expérimenté, il offrira un salaire un peu plus élevé parce que son concurrent recherche aussi des employés et qu’il veut lui aussi attirer des employés plus qualifiés et offrira des salaires en conséquent.

Qu’arrive-t-il quand on fixe un salaire minimum trop élevé?

Au Québec, de passer à un salaire minimum de $15 de l’heure signifie une augmentation de 39,5% d’un coup. Imaginez votre réaction si à l’épicerie le bœuf haché passait de $4,99/lb à $6,99/lb? Allez-vous en acheter plus ou moins? Alors imaginez ce que vous feriez si vous étiez patron d’entreprise et que, du jour au lendemain, tous vos employés avec des salaires de moins de $15/h doivent être augmentés à $15 ou plus (faut pas oublier que si vous aviez des employés à $14/h, il mériteront certainement d’être payés plus que $15. Vos échelles salariales devront s’ajuster). Que feriez-vous? Pour la plupart des entreprises, absorber une augmentation de presque 40% des coûts de main d’œuvre est tout simplement impossible. Vos options sont soit de couper dans le nombre d’employés et faire des mises à pied, ou réduire les heures de chaque employés ou augmenter vos prix ou toutes ces réponses.

Remplacer des employés par une machine? Pourquoi pas? Adieu les McJobs pour aider les étudiants à payer leurs frais de scolarité et se faire un peu d’argent de poche. Un des premiers effets sera que le taux d’emploi des 15-24 ans et des minorités visibles tomber comme des briques. C’est ce qu’on commence déjà à observer dans les endroits où de telles augmentations du salaire minimum ont été imposées. Plutôt que d’aider les travailleurs précaires, on vient de les mettre au chômage en permanence. Parce que si un employeur est obligé de payer 40% de plus, il voudra en avoir pour son argent. Il augmentera donc ses exigences pour l’embauche. Peut-être auraient-ils donné une chance au jeune de 16 ans sans expérience à $10/h, mais pas à $15. Comment ce jeune pourra-t-il acquérir de l’expérience? Bref, une telle augmentation nuirait carrément  aux travailleurs que les bien-pensants prétendent vouloir aider.

Le salaire minimum n’a rien à voir avec l’idée de «vivre dignement» puisque la plupart de ceux qui gagnent ce salaire ne vivent pas de ce salaire seul et ce n’est pas supposé être un salaire qui permet de vivre. Donc d’argumenter pour une augmentation du salaire minimum parce que personne ne peut vivre sur ce salaire rate complètement le point.



Uber… Parce qu’on est en 2016?

Par Philippe David

La bataille opposant les taxis et Uber s’envenime et fait couler beaucoup d’encre (ou exciter des électrons sur les écrans, c’est selon). Il y a ceux qui disent qu’Uber devrait être carrément interdit parce que de toute façon, c’est illégal, puis ceux qui disent que Uber devrait être légalisé et règlementé comme les taxis, et puis enfin, il y a ceux qui, comme moi, croient que le problème n’est pas Uber, mais plutôt la cartellisation du système de taxi comme tel. Comme toujours, les politiciens ne savent pas sur quel pied danser. Jacques Daoust entend présenter un projet de loi avant le 12 mai, mais il a de la difficulté à rallier ses hauts fonctionnaires à sa vision.

Comme toujours, en particulier au Québec, la controverse est surtout une chicane de territoire et cherche à protéger les groupes d’intérêt et les régulateurs au détriment des consommateurs. Mais quand est-ce que notre gouvernement se soucie des consommateurs au juste? Ici on s’acharne toujours à étouffer les innovations qui sont au bénéfice du consommateur pour protéger les amis confortablement incrustés dans un système qui les enrichit sur le dos de tout le monde. Qu’Uber vienne ébranler les colonnes de ce temple est une bouffée d’air frais.

Remettons les pendules à l’heure

Uber n’est pas un service de taxi, mais un service de co-voiturage. À l’aide d’une application sur les téléphones intelligents, il permet de mettre en contact des chauffeurs indépendants qui utilisent leur propre voiture et des gens qui ont besoin d’aller du point A au point B. Uber ne dessert pas les aéroports, les gares, etc. comme les taxis le font. Ce que fait Uber est plutôt de supplémenter les taxis. Ses chauffeurs ne sont pas des employés,  mais des travailleurs autonomes, assujettis aux lois sur les travailleurs autonomes et paient les taxes selon les mêmes règles que tous les autres travailleurs autonomes. Uber paie les impôts au Québec comme toute autre compagnie qui y opère. Ceux qui racontent le contraire sont de mauvaise foi. Si Uber ne payait pas sa «juste part» d’impôt, il y a belle lurette que Revenu Canada et Revenu Québec seraient venus frapper à sa porte. Le problème n’est pas que Uber et ses chauffeurs ne paient pas de taxes, c’est que le cadre règlementaire qui régit l’industrie du taxi inflige des coût supplémentaires aux opérateurs et chauffeurs de taxi, les rendant moins compétitifs. Ainsi, les règles et les permis de taxi font en sorte qu’un chauffeur de taxi qui gagne $60 000 de revenu se retrouve avec un maigre $22 000 après toutes les dépenses qui lui sont imposées.

Niveler vers le bas ou vers le haut?

Comme solution nous avons le choix de soit niveler par le haut ou niveler vers le bas. Niveler vers le bas signifierait imposer les règlementation onéreuses qui affectent les taxis à des services comme Uber ou Lyft. Règlementations qui existent justement pour limiter l’entrée de nouveaux joueurs dans le marché, sabordant ainsi tout avantage en faveur du consommateur ou même des chauffeurs. Ou nous pouvons niveler vers le haut en libéralisant l’industrie du taxi, ce qui permettait aux taxis de mieux faire concurrence avec Uber, autant au niveau du prix que du service à la clientèle et permettrait aux chauffeurs d’en garder plus dans leurs poches. Dérèglementer l’industrie du taxi est un win-win pour les chauffeurs de taxis autant que pour Uber et les consommateurs. C’est à se demander pourquoi ce n’est pas déjà fait ici comme ça commence à être fait dans beaucoup d’autres villes où Uber et Lyft ont été implantés.

Pour une fois, ce serait bien d’avoir une solution qui serait à l’avantage du consommateur, non? Me semble que ça nous coûterait un peu moins cher que de financer des taxis électriques à grand coups de millions en fonds publics. Pourquoi freiner le progrès? Après tout, n’est-on pas en 2016?



Merci Joanne et au revoir…

Par Philippe David

Aux ondes du FM93 à Québec ce matin, mon amie Joanne Marcotte a annoncé qu’elle prenait une année sabbatique des chroniques et des médias, suivi d’une explication et d’un bilan des ses réalisations sur son blogue. J’accueille cette nouvelle avec un petit pincement de cœur, je l’avoue.

J’ai connu Joanne Marcotte au travers de mon implication au Réseau Liberté Québec. Ce fût un plaisir et un honneur de travailler avec elle. Je demeure d’ailleurs un fan inconditionnel. C’est une grande dame qui, je crois, a été pendant 15 ans une des principales figures de proue du libéralisme au Québec. Ses réalisations sont multiples. Son documentaire, «L’Illusion Tranquille» et son livre «Pour en Finir avec le Gouvernemaman» sont encore plus pertinents que jamais aujourd’hui. Malgré le fait que le RLQ est maintenant inactif, ce qu’elle a créé avec Ian Sénéchal, Éric Duhaime et Roy Eappen a permis à une certaine droite de sortir du placard et de s’affirmer alors qu’avant elle ne consistait que de quelques voix seules et isolées dans les blogues et les médias sociaux. À travers sa visibilité médiatique, elle a beaucoup contribué à amener le libéralisme et le conservatisme fiscal sous les projecteurs et populariser ces idées encore méconnues.

Lorsque j’ai commencé à bloguer en 2006, on ignorait encore ce que c’était une idéologie de droite au Québec, encore moins ce qu’est le libéralisme classique ou le libertarianisme, tellement le débat constitutionnel occupait l’espace médiatique. Avec son documentaire, son blogue et ses interventions dans les médias, Joanne a su partager avec le Québec des idées politiques jusque-là très obscures. Elle a aussi accueilli le blogueur marginal que j’étais à l’époque et m’a fait sentir que mes écrits étaient appréciés et m’a inclus dans certains projets au RLQ. Pour cela je lui serai toujours reconnaissant. Si j’écris encore, c’est un peu grâce à elle.

Je crois que je peux dire que sa présence va me manquer, quoique je suis sûr qu’on aura l’occasion de se jaser sur Facebook de temps en temps. Son absence des ondes va créer un vide qui sera difficile à remplir. Cependant, je peux comprendre que la célébrité a un certain coût. Ça finit par user à la longue. Un petit repos lui fera certainement le plus grand bien.

Merci infiniment Joanne pour ta ténacité et ton intelligence et pour tout ce que tu as fait pour nous qui continuons de se battre pour nos idées. Tu vas nous manquer. Mais malgré tout, je conserve l’espoir que ce n’est qu’un au revoir plutôt qu’un adieu.

Une nouvelle mine à tarir

Pierre Simard

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a annoncé qu’elle irait de l’avant avec la construction d’un train électrique à Montréal. Un investissement de l’ordre de 5,5 milliards de dollars. Dommage pour son « scoop », le premier ministre Couillard avait déjà éventé la nouvelle.

Ce n’est pas que la CDPQ investisse des milliards de dollars de l’épargne des retraités du secteur public et parapublic dans les infrastructures publiques qui est troublant. Investir dans les infrastructures intéresse la plupart des grands fonds de retraite.

D’ailleurs la CDPQ, détient dans son portefeuille une dizaine de milliards de dollars de placement de cette nature hors du Québec.

Pourquoi devrait-on douter des capacités de la Caisse de mener à bien ce projet ? Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et laisser profiter les Québécois d’un investissement utile de leur épargne? Pourquoi investir au Québec serait-il plus risqué qu’à l’étranger?

Simplement parce que j’adhère à l’adage populaire voulant qu’aucune personne sensée et saine d’esprit ne devrait jamais confier ses économies à un politicien. Parce que la Caisse, avec ce projet de train électrique, vient de s’ouvrir à une politisation de ses décisions d’investissements.

La politisation des investissements

On aura beau me dire que la Caisse est officiellement indépendante du pouvoir politique, il n’en reste pas moins que la récente annonce a d’abord été faite par le premier ministre Couillard, en marge de l’élection partielle de Chicoutimi.

Par quelle coïncidence lui revenait-il de livrer cette primeur, sinon pour s’en attribuer le mérite? Jusqu’où s’étendra dorénavant son pouvoir d’intervention sur les investissements de la CDPQ?

On peut bien nous marteler que la Caisse reste maîtresse de ses décisions, il faut craindre que cette indépendance soit remise en cause lorsque viendra le temps d’octroyer les mandats de conception et de réalisation des ouvrages; lorsqu’elle devra sélectionner l’option la plus économique et rentable pour faire fructifier l’épargne des retraités.

On peut présumer que les pressions politiques et syndicales seront très fortes pour que cette manne de 5,5 milliards de dollars (pour l’instant du moins) soit partagée entre un fleuron de l’ingénierie locale et BT Holdco, dans laquelle la CDPQ vient par hasard de prendre une participation de 1,5 milliards de dollars.  Ce ne serait pas une première : on se souvient tous du faramineux contrat sans appel d’offres octroyé à Bombardier Transport pour la construction des wagons du métro de Montréal.

Une mine à tarir

En devenant bâilleuse de fonds et gestionnaire de projets d’infrastructures au Québec, la CDPQ s’expose au piège politique, et ce n’est pas les partis d’opposition qui la protègeront des pressions politiques.

Il y a longtemps que la Coalition avenir Québec (CAQ) salive à l’idée d’utiliser la Caisse comme soi-disant levier de développement économique. Quant au Parti Québécois, il ne lui a suffit que quelques heures pour revendiquer, au nom d’un équilibre dans l’offre de transport, un prolongement de la ligne bleue du métro pour l’Est de Montréal.

Au Québec, c’est la norme. Les politiciens s’intéressent davantage aux milliards de dépenses qu’à l’usage qui est fait de l’épargne des Québécois.

Pendant ce temps, à l’autre bout de la 20, le maire Labeaume, qui voulait hier un tramway et aujourd’hui un service d’autobus rapide (SRB), réfléchit à des infrastructures olympiques. Pourquoi ai-je le sentiment que les politiciens ont trouvé dans l’épargne-retraite des Québécois de l’argent frais et une nouvelle mine à tarir?

Les p’tits trains électriques

Par Philippe David

Des p’tits trains électriques, cadeau de Philippe Couillard,
Financés par la Caisse pour $5,5 milliards,
Une grande nouvelle, personne ne dit le contraire,
Mais entre Fillion et Taillefer,
C’est passé sous l’radar.

$5,5 milliards n’est pas une modique somme,
Faut croire que les contribuables ont du cash à la tonne,
De payer $82 millions le kilomètre,
Pour que notre P-M satisfasse sa lubie verte.

C’est beaucoup de fric, il va sans dire,
Mais ils ne vous ont pas dit le pire,
Car chaque année pour payer les intérêts,
Il faudra vendre 55 millions de tickets,

Évidemment avec ces sommes coquettes,
Les syndicats feront la fête,
Et un p’tit $10 je vous parie,
Que Laurent Beaudoin aussi,
Travailler si fort pour gagner son pain,
Pour le retrouver dans les poches de Couillard et ses copains.

Si ça leur prend absolument un chemin de fer,
J’ai une petite suggestion à faire,
Ce petit train pas cher, pas cher.

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Grand merci à Luc Harvey pour l’inspiration.



Une leçon de libéralisme pour Jeff Fillion

simard et belzile

Par Pierre Simard (ENAP) et Germain Belzile (HEC)

La liberté d’expression est-elle le point central de l’affaire Fillion? Pas vraiment : Jeff la récupérera dès lundi matin sur Radio Pirate. C’est plutôt une leçon de libéralisme qu’a reçue l’animateur pro-liberté.

Jeff Fillion n’ira pas en prison pour son malheureux « tweet ». Personne ne l’a d’ailleurs forcé à l’effacer ou à fermer son compte Twitter. Il serait même hasardeux de faire la démonstration que ce gazouillis dépasse les limites légales de la liberté d’expression. On ne parle pas ici d’obscénité, de diffamation ou d’incitation à la haine.

Mais que s’est-il passé? L’affaire Fillion n’est qu’une banale histoire de droit de propriété; une affaire de relation contractuelle avec son employeur. Rien de vraiment exceptionnel.

Une société dite libérale protège la liberté en général. La liberté d’expression doit cohabiter avec les droits de propriété et la liberté de contrat. Ce qui veut dire qu’on peut tenir les propos que l’on veut, à condition de n’agresser personne, de respecter la propriété des autres et les contrats qu’on a volontairement signés.

Sur les ondes de Radio Pirate, Jeff Fillion assume lui-même le coût de ses propos désobligeants, car il est propriétaire de son entreprise. Sur Radio Énergie, c’est Bell qui assume le coût de ses errances, puisque Jeff n’est qu’un employé.

Au lendemain du fameux gazouillis, ses employeurs ont simplement exercé leur droit de propriété. Bell a estimé que le coût de confirmer Fillion dans son emploi dépassait les avantages anticipés de le garder au micro. Même chose pour les propriétaires du restaurant Le Cosmos, qui ont mis fin à leur association avec lui et retiré de leur menu le « Burger à Jeff ».

Est-il besoin de rappeler que Radio Énergie et le Cosmos sont des entreprises privées, dont les gestionnaires cherchent généralement à maximiser les profits? La programmation et le menu sont choisis en ce sens.

Aujourd’hui, Jeff Fillion peut encore exercer sa liberté d’expression, mais il doit se résigner à accepter la liberté de Bell de ne plus lui confier de tribune pour le faire. Le 98,9 est toujours maître de sa programmation et du choix de ses animateurs.

Quant aux clients mécontents du congédiement de l’animateur ou du changement de menu au Cosmos, ils sont libres de voter avec leurs jambes (ou leurs oreilles!). Et c’est bien ainsi. Il n’y a que dans les pays totalitaires où c’est l’État qui décide ce que l’on peut entendre ou manger.

Le seul cheval de bataille de Jeff Fillion, c’est de vérifier si Bell a failli à ses engagements contractuels. Pour le reste, ses admirateurs pourront toujours l’écouter à Radio Pirate aussi longtemps que des commanditaires accepteront de s’y associer. Parce que c’est aussi ça, la liberté, Jeff!

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Les auteurs sont respectivement professeur à l’ENAP Québec et maître d’enseignement à HEC Montréal.



Jour de la Terre : l’écofascisme a infiltré les gouvernements

Par Pierre-Guy Veer

Aujourd’hui est Jour de la Terre, une énième célébration des réchauffistes pour dénigrer la civilisation moderne avec leur ordinateur et vénérer Gaïa. Mais à partir de désormais, ils méritent pleinement leur titre d’écofasciste – l’utilisation de la coercition pour faire avancer l’agenda vert et faire taire la dissension.

Ils n’ont pas réussi à complètement convertir l’attorney general (ministre de la Justice) à Washington pour enquêter les « négationnistes. » Ils ont eu plus de chance avec ses pairs au niveau des États par contre. En effet, 16 AG se sont récemment réunis dans une coalition afin de recréer l’Inquisition et faire taire les hérétiques du climat. Ils étaient flanqués du Grand Inquisiteur Al Gore, dont le pamphlet a été complètement débusqué depuis sa sortie.

Une récente fuite de courriels a montré que cette réunion a été orchestrée par des groupes écofascistes tel Union of Concerned Scientists. Ils ont déjà envoyé un subpoena au Competitive Enterprise Institute, qui a juré de se battre farouchement contre cette attaque patente à la liberté d’expression.

Il ne sera pas en reste puisqu’une autre fuite de courriel montre une campagne écofasciste imminente. Sous l’égide du mot-clic #standwithscience, Climate Feedback va envahir les médias pour dénigrer les « négationnistes » et promouvoir les « héros » comme le menteur invétéré Michael Mann.

Et ce n’est pas tout! D’autres fuites ont montré que des écofascistes ont orchestré des attaques contre l’industrie des énergies fossiles, et particulièrement Exxon Mobil. La campagne #Exxonknew fut menée en partie par Bill McKibben, activiste qui a participé à la campagne contre le pipeline de Keystone. Curieusement, il n’a pas parlé très fort contre tous les autres pipelines construits aux ÉU…

Toutefois, lui et ses sbires ne se contentent pas de vouloir étouffer le débat et dénigrer les énergies fossiles. Ils n’auront de repos tant que toutes les énergies fossiles seront abandonnées. C’est ce qui explique en partie la faillite récente du géant du charbon Peabody Energy. Mais comme la compagnie a encore quelques sous, il faut la traire jusqu’à la dernière goutte. En effet, le Sierra Club a baveusement demandé sur sa page Facebook que Peabody s’acquitte de ses « obligations » envers la communauté.

Il aurait pu le faire si les données de température fiables des satellites étaient largement disponibles. Oui, elles montrent des températures très chaudes pour mars, mais c’est au niveau des températures de 1997, le précédent record de chaleur.

Il aurait également pu le faire s’il s’était tenu debout pour se défendre. Alex Epstein, le courageux auteur de The Moral Case for Fossil Fuels, a récemment comparu devant un comité sénatorial. Il y a confronté le très écofasciste Sheldon Whitehouse en l’accusant d’immoralité pour son dénigrement contre les compagnies d’énergie fossile. Il l’a même exhorté à s’excuser ou à démissionner.

Je ne retiens pas mon souffle sur ses souhaits. Néanmoins, il faut espérer qu’un autre Démocrate ne rentre pas dans la Maison Blanche. Si cela se produit, les attaques contre ceux qui aliment notre civilisation deviendront la norme, et les lumières de New York pourraient bien s’éteindre…



Le déni d’Alexandre Taillefer

Par Philippe David

Revenons si vous le voulez bien sur l’entrevue d’Alexandre Taillefer à Tout le Monde en Parle. Hier j’ai exprimé mon opinion sur le gazouillis de Jeff Fillion en rapport avec cette entrevue et vous avez été extrêmement nombreux à me lire. Cette chronique a établi un record de visionnement qui n’est probablement pas près d’être battu et je remercie de tout cœur tous ceux qui l’ont lu. J’espère que vous reviendrez. C’est plaisant de savoir que je n’écris pas pour rien. Cette fois-ci par contre je voudrais me concentrer sur Alexandre Taillefer lui-même, mais pas pour faire du « bashing », mais j’aimerais essayer de jeter un coup d’œil un peu plus  « objectif » sur cette entrevue. Il y a beaucoup trop de madeleines éplorées qui manquent d’objectivité quand il est question de cette controverse. J’en ai lu dans les journaux, entendu à la radio et je me suis buté à plusieurs sur Facebook.

Je déteste «Tout le Monde en Parle» et je trouverai toujours quelque chose d’autre à regarder les dimanche soir et donc, comme Jeff Fillion, je n’avais pas écouté l’entrevue d’Alexandre Taillefer dimanche, mais je me la suis tapée plus tard pour être sûr de ce qu’il a dit plutôt que de me fier à de l’information de seconde main. J’ai donc pu voir un Alexandre Taillefer très souriant et à l’aise le temps qu’il discutait de ses entreprises (et écorchait Uber au passage). Un Alexandre Taillefer qui s’est gardé une petite gêne quand on lui a demandé ce qu’il valait, disant qu’il se considérait «chanceux». Naturellement, les autres personnes en présence se sont biens gardés de mentionner que les entreprises de M. Taillefer sont subventionnées à l’os et que son avoir net a été largement accumulé des impôts soutirés par la force des poches des contribuables québécois (d’où mon antipathie pour le personnage, je ne le nierai pas). Il peut bien être souriant. Puis, Guy A. Lepage l’interroge sur son fils, et sa mine s’est bien évidemment assombrie. Compréhensible. Perdre un enfant est une chose tragique. L’adolescence est une période difficile à vivre et il semble que de plus en plus d’adolescents ont des pensées suicidaires. Beaucoup plus, il me semble, que dans ma jeunesse (et croyez-moi, je ne l’ai pas eu facile). Je ne saurais vous expliquer pourquoi.  Je crois qu’elle est là la vrai tragédie. Thomas est loin d’être seul.

Venons-en, si vous le voulez bien, aux propos d’Alexandre Taillefer qui sont à l’origine de la controverse:

«Mon fils a envoyé des signaux d’aide au mois de mai, a envoyé des signaux très clairs avec le mot “suicide” dans la note et Amazon, qui détecte que vous êtes sur le site pour chercher des souliers rouges, fait rien aujourd’hui par rapport à ça. Je pense qu’il va falloir qu’il y ait une modification. Si j’avais été alerté à ce moment-là d’une quelconque façon au mois de mai, mon fils s’est tué le 6 décembre, six mois plus tard… Je pense que ça aurait changé le cours des choses et j’ai l’intention de contacter Amazon pour les responsabiliser par rapport à ça»

Peut-être que j’interprète mal (mais je ne crois pas), mais ça ressemble pas mal à quelqu’un qui est encore dans la première phase du deuil, le déni. Alexandre Taillefer a beau nier qu’il ne cherche pas à blâmer Amazon, je trouve que ça ressemble beaucoup à ça. Décortiquons un peu.

«Amazon, qui détecte que vous êtes sur le site pour chercher des souliers rouges, fait rien aujourd’hui par rapport à ça

Faire quoi au juste?  Jouer à Big Brother? Est-ce vraiment son rôle de contrôler les états d’âme de leurs utilisateurs? Est-ce que les autres réseaux sociaux ont ce « devoir » également? Sont-ils même qualifiés pour déterminer si quelqu’un est suicidaire? Pourtant Alexandre Taillefer semble assumer que c’est une responsabilité de l’entreprise de se soucier du bien-être de son fils plutôt que juste lui fournir un mode d’expression personnel.

«Je pense qu’il va falloir qu’il y ait une modification

Vraiment? Pourquoi? Qui va payer pour ces «modifications»?

«Si j’avais été alerté à ce moment-là »

Et comment auraient-ils su qui contacter? Je ne connais pas le site Twitch, mais généralement, les réseaux sociaux ne demandent pas à leurs utilisateurs qui contacter en cas d’urgence.

«j’ai l’intention de contacter Amazon pour les responsabiliser par rapport à ça»

Et il s’attend à ce qu’ils fassent quoi, dans le concret?

Pendant l’entrevue, Alexandre Taillefer admet qu’il n’a pas vu de signes avant-coureurs  de la part de son fils que le seul signal a été ses messages sur Twitch et le post-it sur son ordinateur six mois plus tard. Je ne suis pas psychologue ou psychiatre, mais je crois que c’est plutôt rare qu’une personne dépressive ne sonne aucun signal, aucun appel à l’aide. Le plus souvent, c’est plutôt son entourage qui n’est pas à l’écoute ou qui est incapable de déchiffrer les signaux. Taillefer a mentionné que son fils était très accaparé par son ordinateur. Il n’a probablement pas réfléchi au fait que l’isolement est peut-être un signe. Quand un ado préfère interagir avec le monde virtuel que le monde réel, c’est probablement qu’il a de la difficulté avec le monde réel. Qu’il sent le besoin de fuir, de s’évader.

M. Taillefer a-t-il tenté de s’intéresser aux activités de son fils sur son ordinateur? L’ordinateur était-il dans une aire commune ou laissait-il Thomas s’enfermer dans sa chambre avec? Quand M. Taillefer a-t-il su que son Thomas utilisait Twitch? A-t-il déjà abordé le sujet avec son fils? Ah ouin? Twitch? C’est quoi ça? Ah, c’est un réseau social? Un peu comme Facebook? Est-ce qu’il y a des trucs cool là-dessus que Facebook n’a pas? Tu peux me montrer? M. Taillefer a-t-il tenté d’encourager son fils à s’intéresser à d’autres activités? Sports, lecture, n’importe quoi! Thomas n’avait-il pas des amis? (S’il n’en avait pas, Ça aussi ça devrait tirer des sonnettes d’alarmes). Comment étaient ses résultats scolaires? Son comportement à l’école?

Je veux bien lui laisser le bénéfice du doute car il ne dit pas ce qu’il a fait avec son fils, mais quelque chose me dit qu’Alexandre Taillefer n’a rien fait de tout ça s’il croit qu’Amazon aurait dû l’appeler pour lui signaler que son fils parle de se suicider. Appelez-ça une intuition. J’dis ça, j’dis rien mais pour qu’un jeune s’enlève la vie en ne laissant qu’un post-it avec le mot «Bye», il faut vraiment qu’il ait perdu tout espoir de communiquer avec ses parents. Peut-être que la tragédie elle est là?

Ajout: Au cas où on voudrait m’accuser d’être mesquin envers Alexandre Taillefer, ce n’était pas du tout mon intention. Comme tout parent, je sais qu’il est très facile d’être absorbé par le train-train quotidien au point d’oublier ses proches. Pour des hommes d’affaires comme Alexandre Taillefer, c’est d’autant plus vrai qu’ils sont pour la plupart des bourreaux de travail. Facile de ne pas voir la détresse de ton fils quand tu travailles comme un fou. Il n’est qu’un humain après tout. Si par hasard il vient qu’à lire ce texte, j’espère qu’il le prendra dans l’esprit d’une critique constructive et qu’il en profitera pour revoir ses priorités et examiner comment il pourrait se rapprocher des êtres chers qu’il lui reste.

Ajout 2: Quelques précisions s’imposent. J’aimerais que vous compreniez que ce texte n’est pas à propos de donner des quelconques reproches à Alexandre Taillefer et de lui dire ce qu’il aurait du faire ou ne pas faire, mis-à-part peut-être de lui faire remarquer que son jugement au sujet d’Amazon est faux. Je n’ai pas non-plus écris ce texte pour analyser une situation familiale dont je ne sait absolument rien. J’essaie plutôt de transmettre un message un peu plus large.

Premièrement, beaucoup de gens ont écouté ce qu’Alexandre Taillefer a dit au sujet d’Amazon et qui se disent qu’il a raison, il devrait y avoir plus de contrôle sur des sites comme Twitch et les compagnies comme Amazon ont une «responsabilité sociale». La prochaine chose qu’on sait c’est qu’il y a une campagne qui démarre pour imposer des mesures de surveillance onéreuses à ces compagnies. Le gouvernement canadien ne pourrait rien imposer aux compagnies qui n’opèrent pas au Canada, mais pourrait le faire aux compagnies canadiennes, les mettant en désavantage par rapport à la concurrence extérieure. C’est comme ça que ces choses-là commencent. Une mise en garde s’imposait là-dessus.

Deuxièmement, j’ai tiqué quand M. Taillefer a mentionné que son fils était «très proche de ses ordinateurs». Je travaille dans ce domaine et je suis conscient à quel point il y a des activités sur l’internet qui sont extrêmement addictives. Je ne peux que faire des suppositions au sujet de Thomas. Je ne connais certainement aucun détail de son environnement familial et, mis à part Twitch, rien de ses activités sur son ordinateur, mais je sais par expérience que tout parent averti devrait s’inquiéter si son enfant commence à laisser l’ordinateur prendre trop de place dans sa vie au détriment de ses liens familiaux et de ses autres activités. C’est pourquoi je me suis servi de son cas comme exemple pour mettre en garde d’autres parents qui sont peut-être aux prises avec un ado qui vit un peu trop dans le virtuel et je donne des trucs que je connais.

Pour ce qui est des animateurs de radio de Québec, j’en ai rien à battre personnellement, ce que je défend, c’est la liberté d’expression en général.



Jeff Fillion, Alexandre Taillefer et la liberté d’expression

Par Philippe David

Grande controverse suite à un commentaire sur Twitter à propos de du passage d’Alexandre Taillefer sur l’émission Tout le Monde en Parle ce dimanche soir.

Fillion tweet Taillefer

Pas que je veuille excuser les propos de Jeff Fillion, mais une mise en contexte s’impose. Le lendemain, Jeff Fillion s’est expliqué en ondes. Grosso modo, il explique qu’il n’avait pas regardé l’entrevue de M. Taillefer et qu’il ne réagissait pas à l’entrevue comme tel, mais plutôt à ce compte-rendu dans le Journal de Québec. Plus précisément ces passages:

«Mon fils a envoyé un signal sur internet en mai. C’était par le site internet Twitch, qui appartient maintenant à Amazon. Il a envoyé des signaux d’aide très clairs, avec le mot suicide dans la note, sur ce site.»

Et

«Amazon, qui est capable de détecter que tu veux des souliers rouges par les mots-clés, ne fait rien si tu écris suicide. Je pense qu’il faut changer les choses. J’ai l’intention de contacter Amazon pour les sensibiliser à ce sujet.»

Je ne suis pas nécessairement un grand fan de Jeff Fillion, mais il m’arrive à l’occasion d’écouter des extraits de ses émissions lorsqu’ils se retrouvent sur mon fil de nouvelles. Je suis souvent d’accord avec ses opinions. Il est reconnu pour émettre des propos controversés et ce n’est certainement pas sa première fois. Je crois que dans le fond, c’est un type qui est d’une franchise brutale et il ne mâche pas ses mots, ce qui a le don de le mettre trop souvent dans l’eau chaude, mais qui est apprécié de ses fans, semble-t-il. Son gazouillis (utilisons le bon terme pour le bénéfice de l’OLF) trahissait définitivement son manque de filtre dans toute sa brutalité.

Je me confesse, j’ai beaucoup d’antipathie pour Alexandre Taillefer. Je crois qu’il représente tout ce qu’il y a de plus abject dans le capitalisme de connivence qui prévaut au Québec. J’ai donc de la difficulté personnellement à avoir de la sympathie pour cet homme. Ceci dit, le suicide d’un enfant est un drame tragique que je ne souhaite à personne, même pas lui. Cependant, en lisant ces citations de l’entrevue, je n’ai pas pu m’empêcher de penser également qu’Alexandre Taillefer semblait vouloir blâmer Amazon au moins partiellement pour le suicide de son fils en disant que Twitch était parfaitement capable de détecter que tu veux des souliers rouges, mais pas que tu veux de suicider, même si le terme apparaît explicitement et qu’il avait l’intention de «sensibiliser» Amazon. Je lui donne le bénéfice du doute quant à sa réelle intention et certainement, il peut exprimer le souhait que ce serait vraiment bien si les réseaux sociaux exerçaient ce genre de surveillance, mais j’ai aussi très bien compris comment ses propos auraient pu être interprétés comme Jeff Fillion les a interprétés. Il aurait peut-être dû s’abstenir, mais apparemment, ce n’est pas son genre.

Aussi, M. Taillefer peut bien souhaiter que les réseaux sociaux exercent une surveillance pour prévenir le suicide, mais est-ce vraiment leur rôle de déployer des ressources à cet effet? C’est discutable, mais la première ligne de défense demeure dans la cour des parents. C’est premièrement à eux qu’il convient de surveiller les activités de leurs enfants sur l’internet, incluant les réseaux sociaux et un des moyens les plus efficaces est de ne pas installer l’ordinateur dans un lieu isolé comme la chambre de leur enfant, mais dans une aire commune où ils peuvent voir ce qui se passe à l’écran.  Ce n’est pas si difficile aussi pour un parent d’être également inscrit sur le même site que sont enfant et de s’arranger pour pouvoir voir ce que l’enfant y partage sans nécessairement être trop intrusif. Peut-être M. Taillefer aurait-il vu l’appel à l’aide de son fils s’il avait fait ça? C’est certainement permis de poser la question. Devrait-il exister un quelconque outil pour aider les parents à mieux surveiller les activités de leurs enfants sur les réseaux sociaux? Ce serait définitivement un filon intéressant à examiner pour un entrepreneur…

Y a-t-il une limite à la liberté d’expression?

Je suis l’un de ceux qui croient que la liberté d’expression est sacrée et que la seule limite qui devrait pouvoir s’imposer est la diffamation, parce que ça cause un préjudice. Les propos de Jeff Fillion ne tombent certainement pas dans cette catégorie et il est certainement libre de critiquer Alexandre Taillefer, même dans les circonstances. Il n’existe pas de droit à ne pas être offensé. Après tout, la liberté d’expression existe pour permettre aux gens de dire ce que les autres préfèrent ne pas entendre. Aussi, que je sois d’accord ou non avec l’opinion exprimée, ça ne m’empêche pas de défendre le droit de quiconque d’exprimer sa pensée, même si c’est de mauvais goût.

Un bâillon pour Fillion?

Honnêtement, je crois que la réaction au gazouillis de Fillion est excessive, c’est une tempête dans un verre d’eau. Cependant, la décision de Bell Média de suspendre Fillion est normale. Voyez-vous, la liberté d’expression a beau être un droit inaliénable, mais elle est aussi une question de propriété. Pour pouvoir s’exprimer, ça prend une tribune. Autrefois, on ne pouvait le faire qu’au bon gré des propriétaires de médias traditionnels. De nos jours, c’est plus facile que jamais d’exprimer une opinion et de rejoindre des milliers de personnes. En restant sur Radio Pirate, sa propre propriété, Jeff Fillion était libre de dire tout ce qu’il voulait et il était le seul à subir les conséquences. En acceptant de travailler pour NRJ. il doit composer avec le fait que maintenant, ses propos peuvent éclabousser ses employeurs et que ceux-ci ont le droit de se dissocier et protéger leur propriété.  Qu’ils décident de terminer son contrat ou non leur appartient et ne porte pas vraiment atteinte à la liberté d’expression. Ça ne fait que priver Jeff Fillion d’une tribune. C’est donc inutile à mon avis de déchirer sa chemise et proclamer «Je suis Jeff!».  C’est complètement à côté de la plaque. La raison de l’existence de la liberté d’expression est d’empêcher que Jeff Fillion soit arrêté ou agressé pour ses opinions, mais pas pour préserver son emploi.

En guise de conclusion, je suis parfaitement d’accord pour dire que Jeff Fillion dépasse fréquemment les limites du bon goût, mais je ne crois certainement pas qu’il mérite d’être lynché publiquement pour ses propos non plus. Je crois que nous devrions tous prendre une grande respiration et nous calmer le pompon un tout petit peu.