L’ONU va-t-elle prendre le contrôle de l’internet?

Par Philippe David

Depuis le 1er octobre dernier, le gouvernement des États-Unis a abandonné son contrôle de l’organisme ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) qui est l’organisme qui gère le système DNS (Domain Name Service) de l’internet, provoquant des peurs que le contrôle de cet organisme passe sous le contrôle des Nations Unies.

Qu’est-ce que ICANN et le système DNS?

ICANN est la société privée à but non-lucratif qui opère un monopole sur la gestion des adresses des différents équipements qui composent l’internet. Ces adresses sont normalement exprimées dans un format numérique du genre 192.168.1.1. Naturellement, ce genre d’adresse est difficile à retenir pour nous pauvres humains. C’est beaucoup plus facile pour nous de retenir un nom comme Google.com, Facebook.com ou Contrepoids.com. Pour cette raison, on a inventé un espèce d’annuaire appelé DNS. Il existe tout un réseau de serveurs dans l’internet qui sont chargés de convertir les noms de domaine comme Contrepoids.com et y substituer son adresse IP correspondante, permettant ainsi de se connecter au serveur qui sert de plateforme au site web.

Si vous avez déjà un site web, vous savez déjà que pour enregistrer votre domaine, il vous faut faire affaire avec un registraire. Il y en a des milliers. Ce sont ces registraires qui communiqueront avec ICANN afin d’enregistrer le nom de domaine et attribuer une adresse correspondante.  ICANN  détient donc la clef de tout le système d’adressage de l’internet.

Qu’est-ce que ça change?

En principe, rien du tout. ICANN contrôle déjà l’adressage sur l’internet depuis une vingtaine d’années avec très peu d’interférence de la part du gouvernement américain et continuera de le faire en étant chapeauté par un consortium composé de gouvernements et de corporations privées. Ce qui suscite des craintes est que selon les lois anti-trust, pour conserver son monopole légal, ICANN doit être supervisé par un organisme gouvernemental quelconque (et je n’ai pas trouvé d’information qui dit si le consortium est qualifié selon la loi) et des pays comme la Chine et la Russie font pression pour que cette supervision soit assurée par l’ONU. Considérant que l’ONU tend à faire diriger son Conseil des droits de l’homme par des dictature à la réputation peu reluisante dans le domaine comme L’Arabie Saoudite ou la Libye, la perspective d’une supervision d’ICANN par cet organisme donne un peu froid dans le dos. Est-ce que ça se produira? Rien n’est encore joué et il semble que pour l’instant, ICANN demeure indépendant et aucun gouvernement ne peut lui imposer ses volontés. Mais pour combien de temps? Je connais bien des dictateurs en puissance qui aimeraient bien pouvoir contrôler le puissant médium qu’est l’internet. Même ici au Québec, certains politiciens salivent à l’idée de pouvoir réguler l’internet à leur guise. Un danger bien réel existe.

Mais il y a une alternative…

Heureusement, là où il y a un besoin, on peut toujours compte sur des entrepreneurs astucieux pour trouver une solution et cette alternative existe déjà, basée sur la même technologie sur laquelle est basée Bitcoin, la blockchain. Cette alternative s’appelle Namecoin et c’est ni plus ni moins qu’un système de DNS décentralisé qui n’est contrôlé par personne, et donc qui n’est pas censurable. De la même façon qu’aucune nation ne peut contrôler, Bitcoin, le même est vrai de Namecoin et le Top Level Domain (TLD) qu’il contrôle (.bit).

Vous pouvez donc enregistrer un domaine .bit, le faire pointer dur votre serveur et même si l’ONU prenait le contrôle d’ICANN et lui faisait supprimer votre domaine, Il pourrait continuer de subsister et fonctionner avec Namecoin. Car, voyez-vous, rien n’empêche vraiment qu’ICANN ait des compétiteurs et on pourrait parier que si cet organisme venait finalement à être contrôlé par l’ONU, nous aurions une pléthora de concurrents pour lui faire concurrence qui ne pourront être contrôlés par rien ni personne. Encore une fois, le libre-marché est là pour nous sauver du totalitarisme onusien.

Ajout:

Tout l’argument de la prise de contrôle d’ICANN par l’ONU repose sur la prémisse qu’ICANN doit être supervisée par un organisme gouvernemental pour maintenir une exemption des lois anti-trust. Après une petite vérification, il s’avère que c’est faux. ICANN n’a pas et n’a jamais eu d’exemption aux lois anti-trust tel qu’expliqué par John Jeffrey, Conseil Général et Secrétaire d’ICANN dans une lettre à l’éditeur au Wall Street Journal:

«ICANN is not, and never has been exempted from antitrust laws.In 1998, the Department
of Commerce stated that the nonprofit organization to be created to fulfill the U.S.
Government’s directive to privatize the domain name system (ICANN) would be
subject to antitrust laws: »Applicable antitrust law will provide accountability to and
protection for the international Internet community. » If the U.S. Department of Commerce’s stewardship of the IANA functions is transitioned to the Internet Community, ICANN will have no mandate, need or reason to seek to be overseen by another governmental group for protection.»

Alors à moins de vouloir croire à une théorie du complot…

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6 réflexions au sujet de « L’ONU va-t-elle prendre le contrôle de l’internet? »

    1. Bien sûr qu’elle n’existe pas dans dans la liste de ICANN, elle n’est pas gérée par ICANN! Avez-vous pris le temps de suivre le lien ver le site de Namecoin que j’avais pris la peine d’inclure dans mon texte?

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