Merci pour ton livre, Éric Duhaime

Par Nathalie Roussy
Collaboration spéciale

Merci Éric Duhaime pour ton livre « La fin de l’homosexualité et le dernier gay ». Sincèrement. Je l’ai aimé, savouré même. Trouvé qu’il était utile pour lancer des réflexions, des débats de sociétés. Il n’y a pas d’arrogance ni de sarcasme. J’ai vraiment apprécié ton livre. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu as écrit, évidemment (quelqu’un l’est?). Mais Éric, je dois te dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ton initiative.

Je suis pas mal agacée moi aussi tout comme toi par tout ce discours de victimisation. Je n’aime pas quand on a tendance à pointer toujours la faute sur l’extérieur à soi. Et je parle dans le sens large.

J’encourage les gens à lire ton livre pour éviter les épouvantails que j’ai pu lire déjà seulement quelques jours après la sortie de son livre. Éric, tu n’es pas pour moi un modèle de sagesse et de nuance. Par contre, tu n’es pas pire que la moyenne des ours et tes idées sont souvent intéressantes, car singulières par rapport à ce qu’on entend. Ceci étant dit, tu es beaucoup plus articulé et nuancé que ce que veulent nous faire croire nombre de tes détracteurs et «haters». Je te lève mon chapeau d’avoir la couenne aussi dure de supporter autant de critique et de haine.

Permets-moi dans cette lettre-ci de me concentrer sur les points pour lesquels je suis en désaccord avec toi. Tout d’abord, je trouve étonnant que tu ne voies pas la contradiction, aussi évidente qu’un éléphant dans une pièce, à dire que l’homosexualité est quelque chose de bien ordinaire tout en en faisant un livre, mais surtout en disant que c’est la plus grande sortie de ta carrière après être resté dans le placard pendant près de cinquante ans, que tu perds beaucoup en crédibilité et démontre le contraire de tes propos. Tes paroles disent le contraire de tes actes et le pire est que tu sembles ne pas t’en rendre compte. Malaise.

J’ai été à la fois un peu, je ne sais quel mot employer, embarrassée, dégoûtée, choquée, de lire les extraits où tu nous montres les avantages d’être un gai sans enfant. Tu connais l’extrait, je ne suis pas la première à te poser la question là-dessus. Dutrisac t’a challengé un peu là-dessus, ainsi que Isabelle Craig à Radio-Canada. Mais à chacune des deux fois, tu changeais de sujet et on n’a pas insisté.

Je n’ai pas lu suffisamment sur le sujet de l’intimidation. Je suis sensible toutefois à cette réalité. L’intimidation est grave et peut mener jusqu’au suicide chez les jeunes à l’école. Je me trompe peut-être en ayant confiance que Jasmin Roy, que je perçois non pas comme un militant comme les autres, mais qui a tout mon respect depuis le début, s’appuyant sur de bonnes données statistiques. Il dit que l’intimidation est très fréquente. Je n’ai toutefois aucune raison de remettre en question ses chiffres. Pas même après avoir lu ton livre, puisque tu n’as fait aucun effort pour nous démontrer, preuves à l’appui, que la fondation Jasmin Roy nous trompe avec ses chiffres.

À ton émission et dans ton livre, tu parles des tendances en faveur du droit des femmes, parfois même au détriment du droit des hommes. Je te suis. Dommage que tu ne reconnaisses pas la tendance à l’islamophobie grandissante au sein de la population québécoise, et ailleurs aussi. Je parle de «musulmanophobie», la haine des musulmans, celle qui mène tout droit vers la violence dans le pire des cas, ou simplement dans les propos haineux émis sur les réseaux sociaux.

Dommage que tu ne voies pas la magnifique tendance des musulmans sur toute la planète à devenir plus libéraux. Tariq ramadan en parle dans son livre Mon intime conviction : « Les problèmes du moment peuvent parfois nous faire perdre de vue la perspective historique, et nous faire sombrer dans un pessimisme pourtant peu justifié. En moins de deux générations, on a pu observer des évolutions extraordinairement rapides dans la pensée comme dans la compréhension que les musulmans avaient de l’environnement occidental et européen ».

Pour terminer, je voudrais témoigner avoir constaté, en côtoyant en ligne sur FB des gens proches du mouvement libertarien que ces personnes envoyaient souvent des commentaires montrant qu’ils semblent dérangés par la liberté et l’acceptabilité sociale de plus en plus grandes face à l’homosexualité. Ils étaient bien sûr « tolérants » envers les homosexuels. Je trouve que tu pousses le bouchon un peu loin à, encore une fois, frapper sur les musulmans dans ton livre. Si certains conservateurs et libertariens ont le droit d’être mal à l’aise avec l’homosexualité, il faut reconnaître que les musulmans aussi en ont le droit. L’important pour un minimum de vivre ensemble est de respecter les droits et libertés de chacun. Si t’es d’accord comme moi, comme tu l’as déjà dit à l’émission Franc-Tireurs, pour dire que les propriétaires d’entreprises privées devraient avoir le droit d’être imbéciles et de refuser l’entrée dans leur commerce de noirs, de femmes ou de gais, si tu es conséquent il me semble que tu devrais reconnaître le droit à des imams de mosquées privées d’en faire autant.

Mes étiquettes sont entre autres :

Bisexuelle en relation de couple homosexuelle,
libertarienne, auditrice régulière de ton émission,
citoyenne de la grande région de Montréal, droitière et bouddhiste agnostique

 

Soyez sympa! Partagez!

Qu'en pensez-vous?