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Budget de la Colombie-Britannique: des leçons pour le Québec

Par David Boudeweel-Lefebvre

Alors que la majorité des provinces sont aux prises avec des contraintes budgétaires et un endettement chronique, certaines d’entre-elles choisissent de prendre le taureau par les cornes afin de remédier à la situation. Le récent budget de la Colombie-Britannique est un cas intéressant dont le Québec devrait s’inspirer le mois prochain.

 Déposé par le ministre des finances Kevin Falcon, ce budget vise à réduire drastiquement l’augmentation des dépenses, augmenter certaines taxes discrétionnaires à la consommation en plus de vendre certains actifs détenus par la province. Ce budget cadre avec un plan de réduction des dépenses amorcé il y a quelques années dans la province. L’objectif est de dégager un surplus budgétaire dès l’an prochain. En réalité, le budget du ministre Falcon est la première étape d’un plan basé sur trois ans qui veut mettre à contribution l’ensemble des citoyens et de l’appareil d’État en évitant à la classe moyenne le fardeau de toutes les compressions.

 Alors qu’au Québec on ne fait que parler de réduction de l’État, la Colombie-Britannique agit. Au cours des trois prochaines années, il est prévu que les dépenses en santé n’augmenteront en moyenne que de 3,2% et celles en éducation de 0,6%. Ces augmentations sont en dessous de la moyenne canadienne et inférieures à ce qui se fait au Québec. La Colombie-Britannique entend aussi poursuivre la réduction de sa fonction publique en recourant davantage à la sous-traitance et non simplement par attrition de fonctionnaires lors des mises à la retraite.

 La province de l’ouest réévalue aussi son rôle dans l’économie et dans certains secteurs d’activités. La mesure la plus visible sera la mise en vente de son réseau de distribution d’alcool, l’équivalent de sa SAQ, afin d’augmenter ses revenus et de se départir d’une mission non-essentielle. Je pense que le Québec pourrait s’inspirer de cette réflexion et revoir à son tour l’ensemble des missions qu’il se donne de même que leur pertinence.

 Pour ce qui est de l’augmentation des revenus, la Colombie-Britannique compte sur la reprise économique et les investissements pour améliorer sa situation. La province augmente également les taxes sur le tabac, une mesure de moins en moins contraignante en raison des baisses de vente de produits du tabac. De plus, le gouvernement revient en arrière sur une promesse de baisse des impôts corporatifs pour les petites entreprises, ce qui est certes l’aspect le plus négatif de son exercice budgétaire. Notons toutefois que l’impôt sur les corporations de la province est un des plus faibles au pays et que la mesure présentée ne remet pas en cause la compétitivité fondamentale de la province pour attirer les petites entreprises..

 L’un dans l’autre, le budget de la Colombie-Britannique montre bien que le gouvernement de cette province comprend les enjeux actuels de notre économie et la nécessité d’avoir de bonnes assises pour une croissance stable et durable. Au lieu de faire preuve d’une audace mal mesurée et de se lancer dans de folles dépenses, nos voisins de l’ouest se concentrent à maintenir le cap vers un État plus petit et plus efficace tout en épargnant la classe moyenne.

 Le ministre Falcon, dans sa présentation, estime que « le temps ou les marchés toléraient les dépenses excessives du gouvernement est révolu ». Il serait grand temps que le Québec le comprenne également, avant de voir sa liberté d’action compromise par son incapacité à se discipliner et à enrayer l’augmentation galopante de ses dépenses de programmes et de sa dette publique.

Le Québec a perdu les moyens de son indépendance

 

 

Par David Boudeweel-Lefebvre

Le Québec a perdu les moyens de son indépendance 

Depuis des décennies, souverainistes et fédéralistes s’affrontent dans un lutte politique qui n’en finit plus de finir. À coup de chiffres, de campagnes électorales, de référendums, d’appuis et de conversions, chaque camp tente d’avoir l’avantage et de tirer la couverte de son côté. Ce débat lasse de plus en plus les Québécois et, heureusement, la majorité des gens ont envie de parler d’autre chose. Le mouvement souverainiste a perdu son sens en cours de route, si bien que maintenant il s’entredéchire quotidiennement sur la place publique.

Il est de mon avis qu’avec la dépendance grandissante de la province face au reste du pays, le débat est, à tout de fin pratique, officiellement terminé.

Alors que Pauline Marois et ses acolytes parlent aujourd’hui de gouvernance souverainiste, ils doivent se rendre compte que ce sont justement certaines initiatives nationalistes mal choisies qui ont rendu l’indépendance impossible. Déjà que l’argumentaire pour quitter le Canada est faible, à trop étendre l’État québécois et à le faire se mêler de choses qui ne le regarde pas, les souverainistes ont torpillé leur propre cause.

 

La dépendance

Pour l’exercice 2010-2011, le gouvernement du Québec a reçu un transfert de 8,35 milliards de dollars directement du gouvernement fédéral par le biais du programme de péréquation. Les dépenses totales du Québec pour ce même exercice était de 69,1 milliards de dollars. Un total de 12% des dépenses publiques du Québec, soit un dollar sur huit, sont financées par les taxes et impôts du reste du Canada. Cette somme représente environ le montant consacré au service de la dette québécoise qui était de 8 milliards. Bref, on peut dire que le reste du Canada paie les intérêts sur ce que le Québec a emprunté pour financer ses programmes sociaux et une partie de son développement économique. C’est Ottawa qui finance la carte de crédit du Québec.

 Les souverainistes peuvent bien débattre tant qu’ils le veulent, promettre des lendemains qui chantent et des économies par élimination des dédoublements, leur rhétorique économique n’a simplement plus aucun sens. Le Québec est devenu dépendant du reste du pays comme jamais et il ne pourrait se passer de l’argent canadien sous peine d’une baisse radicale du niveau des services offerts aux citoyens. Pauline Marois parlait de cinq années de turbulences advenant la souveraineté. Il apparaît évident que ce serait bien plus long que cela.

En raison de la taille démesurée de son État et de son besoin insatiable de se mêler de tout, y compris des champs de compétence fédéraux ou partagés, le Québec a perdu les moyens de son indépendance. À cet égard, les gouvernements péquistes sont responsables d’une grande partie du problème.

En plus d’endetter le Québec, tout comme leurs adversaires libéraux, les péquistes ont nui aux finances publiques de la province d’une manière toute spéciale. En effet, ils ont été les grands responsables de l’hypertrophie de l’État par la création de nouveaux programmes, souvent dans des champs de compétences fédéraux ou partagés. Il est dans la fibre péquiste de vouloir que l’État prenne beaucoup de place et le parti de René Lévesque a toujours voulu lui trouver de nouvelles missions, surtout si le gouvernement fédéral était impliqué, afin d’y faire concurrence dans le grand dessin chimérique du pays à venir.

Le Québec a des programmes spéciaux en immigration, en culture, en développement d’entreprises, en environnement, etc. Ceux-ci coûtent tous plus cher ici que dans les autres provinces canadiennes. Tout cela, au nom de la spécificité du Québec! C’est bien beau, mais ça coûte cher et ce n’est pas nécessairement plus efficace. C’est tellement cher, que cette espèce d’affirmation nationale en est venue à rendre le Québec dépendant du reste du pays.

Pendant que le reste du Canada investissait dans son développement économique et ses infrastructures, une partie du budget du Québec servait à entretenir des guerres de drapeaux et de compétences avec le gouvernement fédéral. Le Québec a voulu avoir ses propres programmes dans plusieurs domaines jusqu’alors occupés par le gouvernement fédéral. Pourquoi avoir tant investi en immigration, en environnement, en culture, en communication alors que les autres provinces faisaient d’autres choix? Pourquoi avoir voulu à ce point des programmes gouvernementaux plus généreux qu’ailleurs? Pourquoi avoir laissé les syndicats prendre le contrôle du modèle québécois?

Le Québec nationaliste a voulu être une province différente des autres. Pour affirmer sa différence, elle a cependant fait de mauvais choix. Une conséquence des choix identitaires du Québec réside en une dette contraignante dont les intérêts sont maintenant entièrement financés par le reste du pays. Cette dette a été construite par un aveuglément nationaliste et de mauvais calculs politiques dont nous payons aujourd’hui le fort prix.

Si au moins le Québec s’était orienté davantage vers le développement économique plutôt que de faire pencher la balance en faveur du développement social et identitaire, il aurait pu générer des revenus suffisants pour financer ses extravagances. Mais non! La province a préféré avoir des impôts plus élevés que ses voisins, plus de réglementation, moins de développement de ses ressources naturelles, mettre sur pied des institutions qui limitent davantage le développement économique et la création d’emplois ainsi que des programmes sociaux plus généreux que le reste du pays. Et de ces maux, les gouvernements souverainistes sont largement responsables.

Il est vrai que les impôts des Québécois ont servi ailleurs au Canada, à travers le budget général du gouvernement fédéral. Toutefois, il y a infiniment plus d’argent du reste du pays qui a été dépensé ici, comme en fait foi le paiement de péréquation annuel dont profite le Québec. Terre-Neuve a été la risée du Canada pendant des années en raison de sa dépendance des transferts fédéraux. Et bien aujourd’hui, Terre-Neuve paie plus qu’elle ne reçoit!

L’espoir souverainiste

Désormais, il ne reste au Parti québécois et aux souverainistes que les arguments identitaires et linguistiques pour faire la promotion de leur option. Malheureusement, ces arguments tiennent plus du repli sur soir que de l’ouverture sur le monde. Économiquement, le Québec n’a pas les moyens de faire l’indépendance et ses citoyens comprennent les avantages à évoluer dans un système fédéral moderne, ouvert et profitable. Tous les espoirs de séparation résident désormais dans des chicanes avec le gouvernement fédéral ou une éventuelle crise constitutionnelle sortie de nulle part qui remettrait les aspects identitaires à l’avant-scène. L’indépendance ne peut plus se faire que par une réaction épidermique à un quelconque affront.

Le Québec n’a jamais réellement été près de se séparer, hors mis en temps de crise. En 1980, malgré une question peu engageante (un mandat de négocier), René Lévesque a perdu 60-40. En 1995, même les crises de Meech et Charlottetown. Jean Chrétien au pouvoir à Ottawa et l’utilisation de l’appareil d’État complet du Québec au service de la cause n’ont pas réussi à faire pencher la balance pour la séparation.

Depuis près de vingt ans, le Canada anglais a finalement compris que le statu quo est probablement la meilleure option pour tout le monde. Le fédéralisme canadien a prouvé qu’il peut évoluer sans nécessairement entreprendre une refonte constitutionnelle majeure. . À preuve, le règlement du déséquilibre fiscal de même que l’harmonisation des taxes de vente et l’entente illustrent cette réalité.

Le Québec et le reste du pays ont d’autres chats à fouetter que de ressasser les vieilles rancunes et les débats des quarante dernières années. Il serait temps que nos élites politiques comprennent cette situation tout comme des millions de Québécois et Québécoises l’ont fait depuis longtemps. Les citoyens ordinaires comprennent les avantages du Canada et les possibilités économiques que nous avons en en faisant partie.

Le débat est terminé, la cause est entendue.

 

 

Keystone XL: un projet qui doit voir le jour

Quelques milliers de manifestants disparates se sont réunis devant la Maison Blanche dimanche afin de s’opposer au projet d’oléoduc Keystone XL. Ce projet vise à permettre le transport du pétrole de l’ouest canadien vers les raffineries du Golfe du Mexique. Il est un complément d’oléoducs déjà existants. L’objectif des manifestants est de faire pression sur le Président Obama afin qu’il s’oppose au projet et qu’il encourage des solutions énergétiques supposément plus vertes.

 

Alors que la production de pétrole est en déclin aux États-Unis, les Américains se tournent de plus en plus vers leur voisin du nord afin d’assurer leur approvisionnement en hydrocarbures. Le Président Obama fait de l’indépendance énergétique une des priorités de son administration et le partenaire canadien est préféré aux fournisseurs traditionnels du Moyen-Orient. Le Canada est un État stable et un partenaire commercial démocratique de premier plan. De plus, notre nation a un intérêt énergétique complémentaire évident avec son voisin.

 

En réalité, il est fondamentalement dans l’intérêt national des deux pays que l’oléoduc Keystone XL soit mis en oeuvre rapidement. Les Américains ont besoin de pétrole et le Canada en a à exporter. Pour le Canada, exporter ses matières premières est essentiel; c’est un aspect important de toute sa stratégie économique et du développement des ses industries. Le marché américain est vaste et ses besoins en énergie sont gigantesques.

 

Comme on peut s’en douter, ce projet, comme tout ceux qui impliquent le pétrole, engendre une levée de bouclier de la part des environnementalistes. Ceux-ci craignent la pollution et de potentielles fuites de l’oléoduc. Or, la technologie moderne réduit les risques à une fraction des autres modes de transport. L’oléoduc prévu est une construction de routine pour l’industrie. L’entreprise impliquée dans le projet, TransCanada Pipelines, estime qu’il y a environ 200 000 miles de telles structures aujourd’hui aux États-Unis. Quand entendons-nous parler de problèmes et de fuites? Le transport par bateau, de son côté, est beaucoup plus risqué. En plus du trajet du navire, il implique le remplissage et le déversage des hydrocarbures.

 

Les environnementalistes s’attaquent aussi au pétrole en lui-même en affirmant que le pétrole des sables bitumineux est sale et polluant. À ce niveau, on peut parler de mauvaise foi et de protectionnisme américain mal placé. Les sables bitumineux ne sont certes pas plus nocifs que les gisements américains de pétrole lourd. De plus, les États-Unis ont largement recours au charbon et à l’éthanol dans l’ensemble de leur production énergétique. On ne peut pas dire que ces deux sources d’énergie soient moins polluantes que le pétrole canadien.

 

En raison des intérêts nationaux des deux pays, les hydrocarbures canadiens seront acheminés vers les États-Unis d’une manière ou d’une autre. Il serait donc ridicule de freiner la mise en oeuvre de l’oléoduc Keystone XL alors qu’il est le mode de transport le plus économique et le plus sûr.

La dictature des associations étudiantes

 

Le débat sur la hausse des frais de scolarité est de nouveau d’actualité au Québec. Au cours des prochaines semaines, une pléthore d’associations étudiantes collégiales et universitaires tiendront des votes de grève. Dans un premier temps, elles veulent tenir une journée de grève le 10 novembre afin de manifester en grand nombre à Montréal. Dans un deuxième temps, elles désirent avoir un mandat de grève générale illimitée pouvant être mis en application durant le mois de janvier. Cette mesure menacerait la session de tous les étudiants.

Alors que le consensus social québécois reconnaît enfin la nécessité de hausser substantiellement les frais de scolarité, une poignée de militants étudiants continue de vouloir faire la pluie et le beau temps sur les campus universitaires. Bien entendu, ces étudiants ont droit à leur opinion et ils ont le droit de l’exprimer. Toutefois, le problème est qu’ils se servent des associations étudiantes afin de se draper d’une légitimité représentative qu’ils n’ont que rarement.

La très grande majorité des étudiants universitaires québécois sont des gens sensés et raisonnables. Ils comprennent que l’éducation a un coût et ils acceptent d’y participer. Si payer plus leur donne un meilleur service, soit. Tous ne sont pas heureux de la hausse des frais de scolarité. Toutefois, l’obtention de leur diplôme et l’apprentissage sont plus importants que de perdre du temps à revendiquer. Leur objectif est de compléter leurs études et d’aller vers autre chose. Quand les frais d’immatriculation augmentent, ils ne vendent pas leur voiture. Quand les frais de scolarité sont majorés, ils n’abandonnent pas la moitié de leurs cours.

La majorité des étudiants comprennent que leur statut est transitoire et que l’école n’est qu’un tremplin vers autre chose. Payer une partie de leurs études est vu comme un investissement et non un frein à l’accessibilité. Bien sûr ils aimeraient payer moins cher, mais on peut dire la même chose pour tous les biens et services qu’ils consomment. Plusieurs étudiants travaillent, parfois même à temps plein, tout en poursuivant leurs études selon leurs moyens et contraintes (famille, travail, disponibilité, etc). Les cohortes actuelles dans nos universités sont tout sauf homogènes. Certains sont parents, d’autres habitent loin de l’Université, d’autres étudient le soir. Bref, presque chaque étudiant est désormais presque un cas unique.

Les étudiants qui travaillent ou qui ont d’autres obligations que les études sont souvent plus conscients de ce que la réalité du travailleur exige. En ce sens, ils sont peut être mieux préparés que ne le sont ceux qui ne font qu’étudier, dans un environnement clos dans lequel les études occupent toute la place. Les frais de scolarité très bas, en ce sens, ne rendent pas toujours service aux étudiants qui ont alors plus ou moins conscience de la valeur de leur formation.

Les associations étudiantes sont peu adaptées à cette réalité. Dans les faits, les exécutifs d’associations sont majoritairement investies de jeunes étudiants à temps plein qui ne travaillent pas et qui ont le temps de s’impliquer. Or, la plupart de ces personnes ne connaissent rien des réalités de vie de leurs collègues. Pour eux, une grève est un moment de manifester, de revendiquer. Ils ne se préoccupent pas de la perte de cours ou de temps puisque, de toute manière, ils sont là à temps plein et n’ont rien d’autre à faire que d’étudier. Pour les gens qu’ils disent représenter, par contre, une grève et un arrêt de cours posent plus de problèmes.

Une grève prolongée retarde la réussite des cours et l’attribution du diplôme tout en nuisant à la qualité de l’enseignement pour tous. En cas de grèves mineures, les professeurs doivent ajuster leurs cours, souvent au détriment de l’évaluation et de la quantité de matière enseignée. Si les associations étudiantes sont sérieuses, pourquoi ne font-ils pas leurs manifestations et leurs assemblées en dehors des heures de cours? Si elles sont sérieuses, pourquoi ne pas manifester la fin de semaine, comme la CSN vient de le faire? Ainsi, tout le monde pourrait y participer, sans perte de cours. C’est le monde à l’envers, les permanents des associations étudiantes font les manifs la semaine car ils travaillent la fin de semaine!

La même logique s’applique aux réunions étudiantes. Quels étudiants peuvent aller à une assemblée générale le mardi à 11h? Certainement pas ceux qui travaillent à temps plein ou qui suivent des cours du soir. La contribution à l’association est toutefois obligatoire. Les gens paient alors qu’on sait très bien qu’ils ne pourront jamais participer.

Malheureusement, les institutions d’enseignement se font complices de cette réalité. Elles laissent les étudiants parler de la grève au début des cours et permettent aux associations de distribuer leur propagande sur les heures de cours et dans les salles de classe. Cette situation est unique dans notre société au plan de la démocratie représentative. Bien entendu, aucun temps n’est accoré au point de vue opposé à celui des apparatchiks des associations.

Aucun syndicat qui se respecte ne procèderait ainsi. Si un syndicat agissait comme une association étudiante, il perdrait rapidement sa légitimité auprès de ses membres. Les activités de militantisme syndical qui ne sont pas des moyens de pression se tiennent hors des heures de travail et, bien souvent, hors des lieux de travail. Depuis quand ferme-t-on l’épicerie au complet pour discuter de ses problèmes avec le gérant? Depuis quand arrête-t-on une usine, ne serait-ce que quinze minutes, pour discuter de la convention collective? On ne le fait pas. Alors pourquoi tolérons-nous des processus semblables dans les universités?

L’université est un lieu d’apprentissage privilégié et un tremplin vers le monde professionnel. On dit souvent que l’éducation est la meilleure voie pour améliorer son sort et qu’elle représente un facteur important de mobilité sociale. En ce moment, une poignée d’étudiants veulent remettre en cause le parcours académique de leurs collègues au nom d’un idéal utopiste dépassé. Les étudiants ont droit à une formation correcte. Or, dispenser cette formation, nos universités ont besoin de plus de moyens.

En dollars constants, les études universitaires au Québec sont moins chères qu’en 1968, même avec la hausse de frais prévue. De plus, l’éducation au Québec coûte bien en deça de la moyenne canadienne. Enfin, le Québec a un généreux programme de prêts et de bourses qui permet aux jeunes moins fortunés d’étudier. Il est absurde de prétendre que l’accès à l’université est freiné par les coûts au Québec. Le Québec a les frais universitaires les plus bas et une fréquentation universitaire plus basse que le reste du pays. La gratuité n’est en aucun cas une garantie d’accessibilité.

 Le citoyen surtaxé ne peut contribuer davantage et c’est au tour des étudiants de faire leur part. Après tout, ils seront les premiers à bénéficier de leur formation. La priorité des étudiants devrait être de compléter leurs études dans les temps. Il est inconcevable qu’un petit groupe d’activiste menace de paralyser le parcours scolaire de milliers d’étudiants qui ne demandent pas mieux que de terminer ce qu’ils ont entrepris et de pouvoir contribuer à l’ensemble de la société par leurs talents et connaissances.

Grèce: faillite d’un État-providence

Grèce, Portugal, Espagne, Italie. Ces quatre pays défraient la manchette depuis plus d’un an en raison des difficultés économiques qu’ils traversent. Par le biais de divers programmes de stabilisation et une imposante aide directe, leurs confrères européens sont jusqu’à maintenant toujours venus à leur secours. Tellement, que c’est aujourd’hui l’Europe toute entière qui menace de se trouver en difficulté. Et tout ça, dans le but de soutenir des États démesurés et incapables de vivre selon leurs moyens.

Aujourd’hui, tant en Allemagne que dans d’autres pays, des voix s’élèvent pour que le support absolu aux nations en difficulté cesse ou qu’il s’accompagne à tout le moins de réelles exigences en matière de redressement des finances publiques.

 

La Grèce: symbole du modèle étatiste en faillite

Ne nous faisons pas d’illusions, la Grèce demande actuellement au reste de l’Europe de payer son épicerie et de régler sa carte de crédit. Toutefois, elle n’en est pas moins dépensière et ses citoyens demeurent tout aussi gourmands. La somme de 8 milliards de dollars promise la semaine dernière par les partenaires européens, vise à ce que la Grèce paie ses employés du secteur public et effectue les paiements dûs aux retraités. Comment justifier d’endetter ou de prendre de l’argent à des citoyens slovaques, belges ou allemands afin de payer le salaire et la retraite de gens qui ont vécus au dessus de leurs moyens durant des décennies? Le reste de l’Europe devrait marcher dans les rues pour que cesse cette mascarade.

Dans un système capitaliste qui se respecte, la Grèce aurait due être laissée à elle-même depuis des lunes afin de régler ses problèmes budgétaires et d’assumer ses propres comportements. Les institutions publiques et privées qui lui ont prêté auraient alors pu librement continuer de le faire afin de garantir leur investissement initial. Ces mêmes institutions auraient aussi pu refuser de réinvestir tout en exigeant des garanties plus solides. L’impact se serait avéré été minimal sur les citoyens du reste de l’Europe. La Grèce regimbe à assainir ses finances publiques depuis le début de son adhésion au marché commun. L’erreur de l’Europe aura été de laisser traîner les choses et de ne pas avoir su couper le cordon ombilical à temps.

Au nom d’une stabilité artificielle, l’Europe a toléré les écarts grecs et s’est ensuite mobilisée pour régler la facture. Le problème est que ce type de soutien manque de crédibilité et qu’il va à l’encontre des principes fédératifs de responsabilité économique. De toute évidence, la Grèce pense encore que le robinet financier de l’Europe est ouvert à vie et qu’elle peut continuer d’agir comme bon lui semble, que les autres seront toujours là pour la renflouer. Non seulement cette pensée magique n’aide pas la Grèce à se responsabiliser mais elle incite d’autres États comme l’Espagne et le Portugal à choisir également la fuite en avant.

Comme tout processus de redistribution de richesse, celui entre les États d’une même fédération vise à prendre de l’argent aux plus productifs et responsables afin de le donner aux moins efficients et à ceux qui vivent au dessus de leurs moyens. Les problèmes surviennent quand une telle situation passe de conjoncturelle à structurelle. Les motifs de support peuvent être fort louables mais à moyen terme la résultante en est inévitablement un nivellement par le bas et une déresponsabilisation des assistés. Pourquoi la Grèce se prendrait-elle en mains quand elle peut compter sur la cagnotte de ses voisins?

 

Échec de l’État tout-puissant

Les Grecs ont collectivement et individuellement choisi des orientations qui les ont mené sur le chemin de la faillite. Malgré l’ouverture du marché européen, ils n’ont pas su profiter de la nouvelle économie afin de se développer. Comme plusieurs autres nations d’Europe, la Grèce a préféré conserver son modèle traditionnel d’un gigantesque État, d’une couverture sociale mur-à-mur et de retraites dorées garanties. Le secteur public représente à lui seul 40% de l’ensemble de l’économie grecque et il est aujourd’hui largement dépendant de ses créanciers internationaux. Un État qui devient aussi gros et aussi endetté est un État qui perd son indépendance et sa souveraineté réelle.

Les grecs ont cultivé un modèle de dépendance des citoyens envers un État tentaculaire jumelé à un régime fiscal d’impôts élevés pour nourrir la bête. La faillite du modèle est aujourd’hui révèlée au grand jour. C’est maintenant le pays tout entier qui, à genoux, doit quémander l’aide de ses voisins.

L’Europe devrait évincer la Grèce hors de la zone euro afin d’arrêter de traîner son marasme économique, tel un boulet à ses pieds. Cela pourrait aussi servir de leçon aux autres États qui ne respectent ni la prudence budgétaire ni les règles de l’Union européenne. Les grandes nations d’Europe doivent trouver de nouveaux moyens de forcer les États membre de l’Union à respecter leurs engagements envers leurs partenaires.

Sans cela, la Grèce ne s’avérera finalement que le début d’un infernal jeu de dominos.

Occupation de Wall Street: beaucoup de bruit pour rien

Depuis plusieurs semaines déjà, des centaines de personnes campent à proximité de Wall Street, à New York, afin de dénoncer ce qu’ils perçoivent comme des abus de la part des politiciens et des financiers américains et internationaux.

Les médias ont sympathiquement relayé les images de cette occupation en plus de donner la parole à plusieurs manifestants. Encore une fois, nous avons eu droit à une longue litanie de récriminations contre des personnes et des organisations perçues essentiellement comme riches, égoistes et malveillantes.

Depuis le début du vingtième siècle, Wall Street est le plus puissant symbole américain de la finance et du développement des affaires. Il est aussi un bouc émissaire facile pour les gens ayant des difficultés économiques. Depuis la récession de 2008-2009 et la chute de quelques grosses institutions financières, il est de bon ton de casser du sucre sur le monde financier américain et ses employés. Il est vrai que plusieurs personnes ont perdu gros lors de la débâcle d’il y a quelques années et que certaines institutions ont abusé de leur position. Toutefois, il faut faire attention à ce que l’on choisi comme cible de son mécontentement. Il est certes plus facile de blâmer les autres, surtout quand il s’agit de corporations, que de se regarder soi-même.

Les manifestants de New York se plaignent que l’État, les banques, les agences de notation et je ne sais qui encore ne font rien pour eux et nuisent à leur situation économique. De plus, ils ajoutent que leurs concitoyens plus riches devraient être solidaires de leur situation précaireet que le système financier devrait leur remettre une plus grande part des revenus générés par son activité économique (via des taxes et impôts plus importants). Mais que font ces gens pour leurs prochains? Que font-ils pour s’aider eux-mêmes et aider leurs compatriotes? Qu’en est-il de leur responsabilité individuelle?

En ce moment, des centaines, parfois des milliers de personnes parfaitement aptes au travail utilisent leur temps pour manifester contre un ennemi virtuel et chimérique dans les rues de New York. Et après? Pourquoi ces gens n’utilisent-ils pas leur inventivité et leur talent pour améliorer leur propre sort et celui des autres? La ville de New York compte une myriade d’organisations sociales et communautaires venant en aide aux plus démunis. Pourquoi les manifestants ne vont-ils pas les aider au lieu de camper dans les rues?

La réponse est que le type d’occupation comme celle qui a lieu à Wall Street n’a que peu à voir avec de réelles demandes, de légitimes frustrations ou de vraies exigences démocratiques. La véritable motivation des manifestants, dont plusieurs sont des professionnels et n’ont aucun problèmes financiers, est de participer à un événement glamour et hip, à une sorte de fête de l’anticapitalisme au sein d’une des villes les plus libres et démocratiques du monde. Leur but est de pouvoir dire “j’y étais”, photos et page facebook à l’appui.

Le maire de New York a déclaré que les gens avaient le droit de manifester, qu’il trouverait de bonnes places dans sa ville pour que leur démonstration ait lieue. On ne parle certainement pas ici d’un régime répressif. En ce sens, le choix des organisateursde se référer au printemps arabe a quelque chose d’indécent et de choquant. Ce choix nous montre aussi queles jeunes manifestants s’accrochent plus au sens global de leur présence narcissique à l’occupation qu’à de réelles demandes ou exigences. On a l’impression qu’ils agissent plus par mimétisme qu’à partir d’un réel sentiment de révolte.

Au lieu de glorifier ces gens, nous devrions les considérer pour ce qu’ils sont. Des adolescents en mal de sensations fortes qui préfèrent blâmer les autres plutôt que d’accepter leur propre rôle et responsabilités dans le déroulement de leur vie.