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Budget de la Colombie-Britannique: des leçons pour le Québec

Par David Boudeweel-Lefebvre

Alors que la majorité des provinces sont aux prises avec des contraintes budgétaires et un endettement chronique, certaines d’entre-elles choisissent de prendre le taureau par les cornes afin de remédier à la situation. Le récent budget de la Colombie-Britannique est un cas intéressant dont le Québec devrait s’inspirer le mois prochain.

 Déposé par le ministre des finances Kevin Falcon, ce budget vise à réduire drastiquement l’augmentation des dépenses, augmenter certaines taxes discrétionnaires à la consommation en plus de vendre certains actifs détenus par la province. Ce budget cadre avec un plan de réduction des dépenses amorcé il y a quelques années dans la province. L’objectif est de dégager un surplus budgétaire dès l’an prochain. En réalité, le budget du ministre Falcon est la première étape d’un plan basé sur trois ans qui veut mettre à contribution l’ensemble des citoyens et de l’appareil d’État en évitant à la classe moyenne le fardeau de toutes les compressions.

 Alors qu’au Québec on ne fait que parler de réduction de l’État, la Colombie-Britannique agit. Au cours des trois prochaines années, il est prévu que les dépenses en santé n’augmenteront en moyenne que de 3,2% et celles en éducation de 0,6%. Ces augmentations sont en dessous de la moyenne canadienne et inférieures à ce qui se fait au Québec. La Colombie-Britannique entend aussi poursuivre la réduction de sa fonction publique en recourant davantage à la sous-traitance et non simplement par attrition de fonctionnaires lors des mises à la retraite.

 La province de l’ouest réévalue aussi son rôle dans l’économie et dans certains secteurs d’activités. La mesure la plus visible sera la mise en vente de son réseau de distribution d’alcool, l’équivalent de sa SAQ, afin d’augmenter ses revenus et de se départir d’une mission non-essentielle. Je pense que le Québec pourrait s’inspirer de cette réflexion et revoir à son tour l’ensemble des missions qu’il se donne de même que leur pertinence.

 Pour ce qui est de l’augmentation des revenus, la Colombie-Britannique compte sur la reprise économique et les investissements pour améliorer sa situation. La province augmente également les taxes sur le tabac, une mesure de moins en moins contraignante en raison des baisses de vente de produits du tabac. De plus, le gouvernement revient en arrière sur une promesse de baisse des impôts corporatifs pour les petites entreprises, ce qui est certes l’aspect le plus négatif de son exercice budgétaire. Notons toutefois que l’impôt sur les corporations de la province est un des plus faibles au pays et que la mesure présentée ne remet pas en cause la compétitivité fondamentale de la province pour attirer les petites entreprises..

 L’un dans l’autre, le budget de la Colombie-Britannique montre bien que le gouvernement de cette province comprend les enjeux actuels de notre économie et la nécessité d’avoir de bonnes assises pour une croissance stable et durable. Au lieu de faire preuve d’une audace mal mesurée et de se lancer dans de folles dépenses, nos voisins de l’ouest se concentrent à maintenir le cap vers un État plus petit et plus efficace tout en épargnant la classe moyenne.

 Le ministre Falcon, dans sa présentation, estime que « le temps ou les marchés toléraient les dépenses excessives du gouvernement est révolu ». Il serait grand temps que le Québec le comprenne également, avant de voir sa liberté d’action compromise par son incapacité à se discipliner et à enrayer l’augmentation galopante de ses dépenses de programmes et de sa dette publique.

Le Québec a perdu les moyens de son indépendance

 

 

Par David Boudeweel-Lefebvre

Le Québec a perdu les moyens de son indépendance 

Depuis des décennies, souverainistes et fédéralistes s’affrontent dans un lutte politique qui n’en finit plus de finir. À coup de chiffres, de campagnes électorales, de référendums, d’appuis et de conversions, chaque camp tente d’avoir l’avantage et de tirer la couverte de son côté. Ce débat lasse de plus en plus les Québécois et, heureusement, la majorité des gens ont envie de parler d’autre chose. Le mouvement souverainiste a perdu son sens en cours de route, si bien que maintenant il s’entredéchire quotidiennement sur la place publique.

Il est de mon avis qu’avec la dépendance grandissante de la province face au reste du pays, le débat est, à tout de fin pratique, officiellement terminé.

Alors que Pauline Marois et ses acolytes parlent aujourd’hui de gouvernance souverainiste, ils doivent se rendre compte que ce sont justement certaines initiatives nationalistes mal choisies qui ont rendu l’indépendance impossible. Déjà que l’argumentaire pour quitter le Canada est faible, à trop étendre l’État québécois et à le faire se mêler de choses qui ne le regarde pas, les souverainistes ont torpillé leur propre cause.

 

La dépendance

Pour l’exercice 2010-2011, le gouvernement du Québec a reçu un transfert de 8,35 milliards de dollars directement du gouvernement fédéral par le biais du programme de péréquation. Les dépenses totales du Québec pour ce même exercice était de 69,1 milliards de dollars. Un total de 12% des dépenses publiques du Québec, soit un dollar sur huit, sont financées par les taxes et impôts du reste du Canada. Cette somme représente environ le montant consacré au service de la dette québécoise qui était de 8 milliards. Bref, on peut dire que le reste du Canada paie les intérêts sur ce que le Québec a emprunté pour financer ses programmes sociaux et une partie de son développement économique. C’est Ottawa qui finance la carte de crédit du Québec.

 Les souverainistes peuvent bien débattre tant qu’ils le veulent, promettre des lendemains qui chantent et des économies par élimination des dédoublements, leur rhétorique économique n’a simplement plus aucun sens. Le Québec est devenu dépendant du reste du pays comme jamais et il ne pourrait se passer de l’argent canadien sous peine d’une baisse radicale du niveau des services offerts aux citoyens. Pauline Marois parlait de cinq années de turbulences advenant la souveraineté. Il apparaît évident que ce serait bien plus long que cela.

En raison de la taille démesurée de son État et de son besoin insatiable de se mêler de tout, y compris des champs de compétence fédéraux ou partagés, le Québec a perdu les moyens de son indépendance. À cet égard, les gouvernements péquistes sont responsables d’une grande partie du problème.

En plus d’endetter le Québec, tout comme leurs adversaires libéraux, les péquistes ont nui aux finances publiques de la province d’une manière toute spéciale. En effet, ils ont été les grands responsables de l’hypertrophie de l’État par la création de nouveaux programmes, souvent dans des champs de compétences fédéraux ou partagés. Il est dans la fibre péquiste de vouloir que l’État prenne beaucoup de place et le parti de René Lévesque a toujours voulu lui trouver de nouvelles missions, surtout si le gouvernement fédéral était impliqué, afin d’y faire concurrence dans le grand dessin chimérique du pays à venir.

Le Québec a des programmes spéciaux en immigration, en culture, en développement d’entreprises, en environnement, etc. Ceux-ci coûtent tous plus cher ici que dans les autres provinces canadiennes. Tout cela, au nom de la spécificité du Québec! C’est bien beau, mais ça coûte cher et ce n’est pas nécessairement plus efficace. C’est tellement cher, que cette espèce d’affirmation nationale en est venue à rendre le Québec dépendant du reste du pays.

Pendant que le reste du Canada investissait dans son développement économique et ses infrastructures, une partie du budget du Québec servait à entretenir des guerres de drapeaux et de compétences avec le gouvernement fédéral. Le Québec a voulu avoir ses propres programmes dans plusieurs domaines jusqu’alors occupés par le gouvernement fédéral. Pourquoi avoir tant investi en immigration, en environnement, en culture, en communication alors que les autres provinces faisaient d’autres choix? Pourquoi avoir voulu à ce point des programmes gouvernementaux plus généreux qu’ailleurs? Pourquoi avoir laissé les syndicats prendre le contrôle du modèle québécois?

Le Québec nationaliste a voulu être une province différente des autres. Pour affirmer sa différence, elle a cependant fait de mauvais choix. Une conséquence des choix identitaires du Québec réside en une dette contraignante dont les intérêts sont maintenant entièrement financés par le reste du pays. Cette dette a été construite par un aveuglément nationaliste et de mauvais calculs politiques dont nous payons aujourd’hui le fort prix.

Si au moins le Québec s’était orienté davantage vers le développement économique plutôt que de faire pencher la balance en faveur du développement social et identitaire, il aurait pu générer des revenus suffisants pour financer ses extravagances. Mais non! La province a préféré avoir des impôts plus élevés que ses voisins, plus de réglementation, moins de développement de ses ressources naturelles, mettre sur pied des institutions qui limitent davantage le développement économique et la création d’emplois ainsi que des programmes sociaux plus généreux que le reste du pays. Et de ces maux, les gouvernements souverainistes sont largement responsables.

Il est vrai que les impôts des Québécois ont servi ailleurs au Canada, à travers le budget général du gouvernement fédéral. Toutefois, il y a infiniment plus d’argent du reste du pays qui a été dépensé ici, comme en fait foi le paiement de péréquation annuel dont profite le Québec. Terre-Neuve a été la risée du Canada pendant des années en raison de sa dépendance des transferts fédéraux. Et bien aujourd’hui, Terre-Neuve paie plus qu’elle ne reçoit!

L’espoir souverainiste

Désormais, il ne reste au Parti québécois et aux souverainistes que les arguments identitaires et linguistiques pour faire la promotion de leur option. Malheureusement, ces arguments tiennent plus du repli sur soir que de l’ouverture sur le monde. Économiquement, le Québec n’a pas les moyens de faire l’indépendance et ses citoyens comprennent les avantages à évoluer dans un système fédéral moderne, ouvert et profitable. Tous les espoirs de séparation résident désormais dans des chicanes avec le gouvernement fédéral ou une éventuelle crise constitutionnelle sortie de nulle part qui remettrait les aspects identitaires à l’avant-scène. L’indépendance ne peut plus se faire que par une réaction épidermique à un quelconque affront.

Le Québec n’a jamais réellement été près de se séparer, hors mis en temps de crise. En 1980, malgré une question peu engageante (un mandat de négocier), René Lévesque a perdu 60-40. En 1995, même les crises de Meech et Charlottetown. Jean Chrétien au pouvoir à Ottawa et l’utilisation de l’appareil d’État complet du Québec au service de la cause n’ont pas réussi à faire pencher la balance pour la séparation.

Depuis près de vingt ans, le Canada anglais a finalement compris que le statu quo est probablement la meilleure option pour tout le monde. Le fédéralisme canadien a prouvé qu’il peut évoluer sans nécessairement entreprendre une refonte constitutionnelle majeure. . À preuve, le règlement du déséquilibre fiscal de même que l’harmonisation des taxes de vente et l’entente illustrent cette réalité.

Le Québec et le reste du pays ont d’autres chats à fouetter que de ressasser les vieilles rancunes et les débats des quarante dernières années. Il serait temps que nos élites politiques comprennent cette situation tout comme des millions de Québécois et Québécoises l’ont fait depuis longtemps. Les citoyens ordinaires comprennent les avantages du Canada et les possibilités économiques que nous avons en en faisant partie.

Le débat est terminé, la cause est entendue.

 

 

Keystone XL: un projet qui doit voir le jour

Quelques milliers de manifestants disparates se sont réunis devant la Maison Blanche dimanche afin de s’opposer au projet d’oléoduc Keystone XL. Ce projet vise à permettre le transport du pétrole de l’ouest canadien vers les raffineries du Golfe du Mexique. Il est un complément d’oléoducs déjà existants. L’objectif des manifestants est de faire pression sur le Président Obama afin qu’il s’oppose au projet et qu’il encourage des solutions énergétiques supposément plus vertes.

 

Alors que la production de pétrole est en déclin aux États-Unis, les Américains se tournent de plus en plus vers leur voisin du nord afin d’assurer leur approvisionnement en hydrocarbures. Le Président Obama fait de l’indépendance énergétique une des priorités de son administration et le partenaire canadien est préféré aux fournisseurs traditionnels du Moyen-Orient. Le Canada est un État stable et un partenaire commercial démocratique de premier plan. De plus, notre nation a un intérêt énergétique complémentaire évident avec son voisin.

 

En réalité, il est fondamentalement dans l’intérêt national des deux pays que l’oléoduc Keystone XL soit mis en oeuvre rapidement. Les Américains ont besoin de pétrole et le Canada en a à exporter. Pour le Canada, exporter ses matières premières est essentiel; c’est un aspect important de toute sa stratégie économique et du développement des ses industries. Le marché américain est vaste et ses besoins en énergie sont gigantesques.

 

Comme on peut s’en douter, ce projet, comme tout ceux qui impliquent le pétrole, engendre une levée de bouclier de la part des environnementalistes. Ceux-ci craignent la pollution et de potentielles fuites de l’oléoduc. Or, la technologie moderne réduit les risques à une fraction des autres modes de transport. L’oléoduc prévu est une construction de routine pour l’industrie. L’entreprise impliquée dans le projet, TransCanada Pipelines, estime qu’il y a environ 200 000 miles de telles structures aujourd’hui aux États-Unis. Quand entendons-nous parler de problèmes et de fuites? Le transport par bateau, de son côté, est beaucoup plus risqué. En plus du trajet du navire, il implique le remplissage et le déversage des hydrocarbures.

 

Les environnementalistes s’attaquent aussi au pétrole en lui-même en affirmant que le pétrole des sables bitumineux est sale et polluant. À ce niveau, on peut parler de mauvaise foi et de protectionnisme américain mal placé. Les sables bitumineux ne sont certes pas plus nocifs que les gisements américains de pétrole lourd. De plus, les États-Unis ont largement recours au charbon et à l’éthanol dans l’ensemble de leur production énergétique. On ne peut pas dire que ces deux sources d’énergie soient moins polluantes que le pétrole canadien.

 

En raison des intérêts nationaux des deux pays, les hydrocarbures canadiens seront acheminés vers les États-Unis d’une manière ou d’une autre. Il serait donc ridicule de freiner la mise en oeuvre de l’oléoduc Keystone XL alors qu’il est le mode de transport le plus économique et le plus sûr.