Archives de catégorie : Divertissement

La leçon du coq de St-Victor

Par Philippe David

Je dois vous faire une confession. Depuis que jeune enfant, j’ai vu mon premier film d’animation de Disney, je suis tombé amoureux de cet art. Cependant, ça fait un peu bizarre de voir un homme adulte aller voir seul un film d’animation au cinéma.  C’est pourquoi être parent a ses avantages. Avec ma fille, j’ai pu voir des centaines de ces films sans trop me sentir coupable.

Les producteurs d’animations savent bien cela et c’est pourquoi nous trouvons dans ces films de nombreux messages s’adressant autant aux adultes qu’aux enfants. Je ne m’attarde pas généralement à faire de la critique de films, mais j’ai eu la chance récemment de voir un film qui me valait la peine de commenter et de surcroit, c’est une production québécoise.

Depuis 7 ans, les habitants du petit village de St-Victor se font réveiller tous les matins à 4h par le coq du maire. Tant qu’à être réveillés, les villageois se lèvent et se mettent à l’ouvrage. Le village est prospère et fait l’envie du village voisin de St-Benoit. Mais les habitants de St-Victor sont agacés d’être toujours réveillés si tôt le matin. Le maire, lui, attribue la prospérité de son village à son coq et lui érige une statue dans la place du village. C’en est trop et les citoyens font part au maire et au coq de leur déplaisir. Le coq sombre dans une dépression qui l’afflige d’insomnie qui lui fait réveiller les villageois à toute heure de la nuit. Le vase déborde et les villageois réunissent le conseil municipal, réclamant de passer le pauvre coq à la casserole.

C’est alors qu’intervient le maire du village de St-Benoit, qui propose de débarrasser St-Victor de leur coq en échange de son âne « porte-bonheur ».  Les St-Victoriens, charmés par l’idée d’enfin pouvoir faire la grasse matinée, acceptent d’emblée.

Pendant quelques jours, ils firent effectivement la grasse matinée, et tant qu’à perdre leur matinées, choisissent aussi de s’adonner à tous les loisirs dont ils ne profitaient pas auparavant. Cependant, ça n’a pas pris très longtemps aux villageois à réaliser que plus rien ne se faisait à St-Victor. Des trous dans la chaussée ne sont plus réparés. Le blé n’est plus récolté dans le champ et les tomates pourrissent sur leurs vignes. Le moulin ne produit plus de farine et la boulangère n’a plus que du pain sec sur ses étagères que le menuisier tarde à finir d’installer. L’épicier local aussi n’a plus rien à vendre et lorsqu’il se blesse, le médecin du village est parti à la pêche. Comble de malheur, le boulanger de St-Benoit s’amène avec sa charrette et commence à vendre du pain et des brioches aux St-Victoriens, au grand désespoir de la boulangère.  Quelques villageois ont tenté de se remettre au travail, mais sans coq pour les réveiller, le blé, la farine et le pain étaient toujours trop tard pour faire concurrence au boulanger de St-Benoit, toujours présent sur la place du village à 5h le matin pour vendre son pain. C’est alors que les St-Victoriens ont réalisé que de sauter du coq à l’âne n’était pas une si bonne idée.

Une poignée d’entre eux ont donc tenté de récupérer le coq à St-Benoit, mais il était si bien traité à St-Benoit, qu’il n’était pas très enclin à vouloir retourner à St-Victor. L’histoire se termine bien toutefois alors que le maire de St-Benoit fait don à St-Victor du fils du coq original.

Qu’est-ce que cette histoire a de si spéciale? Bien, on voit rarement des films sortir qui exaltent des valeurs comme l’ardeur au travail et l’assiduité, encore moins dans un dessin animé. Le coq de St-Victor offre à travers une petite histoire rigolotte, une bonne leçon d’économie.  Toutes mes félicitations au réalisateur Pierre Gréco et son équipe.

Guillaume Wagner et la liberté d’expression

 

Par Philippe David

J’ai décidé aujourd’hui de vous donner mon petit grain de sel sur l’affaire de Guillaume Wagner et de la géométrie variable dont nous faisons quelque fois preuve en matière de liberté d’expression. Lors de son passage à «Tout le monde en parle», Guillaume Wagner s’est montré critique  de Radio X. C’est son droit le plus strict, mais voilà. Guillaume Wagner est aussi l’auteur de bien des blagues de mauvais goût. Personnellement, je n’ai pas vu son spectacle, mais toutes les blagues que j’ai entendues de lui, y compris celles qui ont été montrées à «Tout le monde en parle», (qui, je m’imagine, devaient être ses meilleures), je les ai trouvées plates. En écoutant ces quelques clips, je m’ennuyais beaucoup de la belle époque d’Yvon Deschamps et des Cyniques. Ça c’était de l’humour. Mais je ne veux pas vraiment critiquer l’humour ou le manque d’humour de Guillaume Wagner, c’est aussi son droit de faire des blagues douteuses.

Quand Sophie Durocher a écrit une chronique critiquant Wagner, plusieurs se sont portés à sa défense. Il aurait été cité hors-contexte dans sa blague sur Marie-Élaine Thibert dit-on. Ah oui? Et celle de Marie-Mai, c’était hors-contexte aussi? Mais je crois que ses défenseurs ont raté le point que Sophie Durocher tentait de faire. Elle ne critiquait pas la blague comme telle, aussi insultante soit-elle. Elle ne remettait pas en question le droit de Wagner de faire cette blague non plus. La liberté d’expression n’existe pas uniquement pour les propos bénins, elle existe surtout pour les propos qui choquent. Wagner a le droit absolu d’être insultant. D’autres humoristes le font aussi (Mike Ward me vient à l’esprit). Non, le problème n’est pas là.

Imaginez un instant le tollé si Éric Duhaime ou Dominic Maurais avaient fait la même blague en y substituant Françoise David ou Pauline Marois? Je suis certain que des hordes d’enragés avec des torches et des fourches auraient été aux portes des studios de Radio X à Montréal pour réclamer leur tête sur une pique. En bref, quand on fait de l’humour poubelle, on est bien mal placé pour critiquer.  Si tu veux critiquer les dérives passées de Radio X, t’as intérêt à ne pas faire pareil. C’est un point très simple, mais que beaucoup de défenseurs de Guillaume Wagner ont complètement raté. Guillaume Wagner et ses comparses devraient donc se souvenir que s’ils ont la liberté d’expression, d’autres qu’eux ont aussi ce droit.

Montréal ouvre un nouvel espace d’art : L’Arsenal

Par Noémie L.

 

Ce 17 mars 2012, Montréal a inauguré un nouvel espace dédié à l’Art contemporain, l’Arsenal. Cet espace est prévu pour héberger deux galeries d’art commerciales, soit la Galerie Division et la Galerie René Blouin. La nouvelle salle de 1800 mètres carrés accueille pour son lancement l’exposition Travers : L’Art de collectionner. Onze collections privées québécoises sont ainsi à l’honneur pour cette première exposition officielle, avec un florilège d’offre de Stan Douglas, Carl Bouchard, Anselm Kiefer, Irène F. Whittome,  ou encore Marc Séguin. Le concept repose sur le dévoilement des passions des collectionneurs, comme expression de leur intimité artistique, notamment Jacques Champagne, Jean Michel Ross, ou encore François Rochon. La diversité mène l’exposition et prend effet dans le cadre du projet Collectionner, présenté par le Réseau Accès Culture, du 13 au 17 juin 2012. L’exposition, quand à elle, est présentée à l’Arsenal jusqu’au 25 mai 2012.

En parallèle du vernissage, l’OSM donnait un concert lors d’une soirée bénéfice le 15 mars, ayant pour thème, la musique et l’art, avec des pièces d’igor Stavinski et Pierre Boulez, sous la direction de Peter Eötvös.

L’Arsenal annonce la revitalisation du quartier de Griffingtoown, mais surtout la vitalité actuelle du marché de l’art et des galeries qui accueille des artistes contemporains comme Normand Rajotte, Marc Aurèle Fortin , ou encore Laurent Craste.

Redécouvrir Griffingtown

L’Arsenal est situé dans le très privilégié quartier de Griffingtown, au 2020 rue William. Comme son nom l’indique, l’Arsenal est un chantier naval construit en 1843, dont la vocation a été plusieurs fois révisée au cours du siècle. Cet ancient quartier industriel, entre les hautes tours du centre ville et la convivialité du marcé Atwater comme du Canal Lachine est en pleine revivification urbaine depuis quelques mois. Les projets domiciliaires sont nombreux et les investissements on ne peut plus importants. Le redéveloppement du quartier Griffintown de Montréal Un consortium formé de Devimco, du Groupe Cholette et du Fonds immobilier de solidarité FTQ a hier un investissement de 261 millions de dollars pour deux nouvelles phases du projet District Griffin. Une fois terminées, les trois premières phases de District Griffin comprendront 2103 condos, un hôtel ALT de 154 chambres, près de 300 000 pieds carrés de bureaux et plus de 328 000 pieds carrés de surfaces commerciales.

De l’art à l’urbanisme, il n’y a souvent qu’un pas, or, le quartier Griffingtown semble bien emprunter le chemin le plus rapide, séduisant les citadins avides de beaux espaces et les amateurs d’arts friands de belles galeries où rendre hommage à leurs artistes préférés ou aux talents émergents.

Le déclin du « modèle québécois »

Cela fait maintenant 5 ans, presque jour pour jour, que Joanne Marcotte a lancé son film, L’Illusion Tranquille. Ce documentaire politique avait fait bien des remous à l’époque et force est d’avouer qu’il est encore tout aussi d’actualité aujourd’hui qu’il y a 5 ans. Maintenant Joanne Marcotte récidive avec son premier livre, « Pour en finir avec le Gouvernemaman ».

Si vous entretenez encore l’illusion que les choses vont bien au Québec, et honnêtement il faut être sérieusement dans sa bulle pour le croire, ce livre vous causera un choc nerveux.  De la première à la dernière page, Joanne Marcotte vous guide à travers une démolition contrôlée de tous les mythes de la société québécoise. Suivant un modèle similaire à celui de L’illusion Tranquille, elle s’exprime par la plume de divers chroniqueurs, éditorialistes et écrivains afin de démontrer les lacunes de notre état-providence et ses effets pervers sur notre société.

Elle commence par montrer comment notre état-nounou nous infantilise et nous déresponsabilise.  Puis elle nous amène à constater la source de notre immobilisme, ce qu’elle appelle « la pathologie de l’auto-diagnostic ».  Elle nous parle de tout ces rapports qui ont été commandés au fil des ans et qui proposaient des solutions diverses, mais qui se sont tous retrouvés sur les tablettes, comme le sera probablement celui de la Commission Charbonneau.

Elle nous démontre comment différents acteurs y trouvent aussi leur compte et obtiennent des privilèges de l’état au détriment de tous, que ce soit par des programmes d’aide à l’entreprise trop généreux ou par l’hyper-bureaucratisation de l’état et l’hyper-syndicalisation. Elle démasque ces pillards qui vivent au dépens des contribuables.

Par la bande, elle nous sert également un excellent exposé des philosophies politiques de l’étatisme et du libéralisme et une des meilleures descriptions de l’axe gauche-droite que j’ai vu jusqu’ici.

Elle termine en nous donnant une description de ce que pourrait être le Québec en 2025 si nous nous réveillons et que nous commençons à repenser le rôle de l’état. J’ose dire ici que je ne suis pas aussi optimiste qu’elle. Je crois effectivement que si un changement vient, il nous sera imposé de l’extérieur. Il ne viendra pas de nous. Rien dans l’attitude des différents partis politiques et des électeurs ne laisse présager un réveil collectif avant que nous frappions un mur.

J’ai trouvé le livre extrêmement bien structuré et facile à lire. Aucun besoin d’être un expert en science politique pour s’y retrouver. Ce livre s’adresse plus au néophyte et le guide très efficacement à travers le b-a-ba de la politique et l’économie québécoise. Je crois même que si les indignés de Montréal et Québec venaient à le lire, ils sauraient enfin pourquoi ils protestent, et leurs tentes se retrouveraient devant l’Assemblée Nationale, plutôt que dans les districts financiers.

Le lancement officiel de « Pour en finir avec le Gouvernemaman » s’est passé ce mardi et mercredi à Québec et Montréal et le livre sera disponible en librairie le 15 novembre. En attendant, vous pouvez vous le procurer sur le blogue de Joanne Marcotte ou sur le site du Réseau Liberté-Québec.

Ajout:

Entrevue de Joanne Marcotte à Franchement Martineau

 

Too-big-to-fail: le film

J’ai récemment visionné le film-documentaire « Too big to fail » de Curtis Hanson et tiré du livre de Andrew Ross Sorkin. Voici mes commentaires.

Le générique du début commence bien mal, c’est-à-dire en indiquant à tort que la dérèglementation du système bancaire (sic) est à la source de la crise financière. Comme je l’expliquais ici, au moment de la crise, l’industrie financière n’avait jamais été autant règlementée. La seule exception est le Glass-Steagall Act, qui empêchait les banques commerciales de fusionner avec des banques d’investissement, qui fut éliminé en 1999. Est-ce que cette loi aurait pu empêcher les fiascos de Bear Stearns, Lehman Brothers et Merrill-Lynch, qui sont au coeur du documentaire? Absolument pas!

Premièrement, même avant l’abolition de cette loi, les banques d’investissement étaient déjà autorisées à commercer et à détenir les actifs financiers au centre de la crise financière tels que les titres basés sur des prêts hypothécaires (RMBS, CMBS), les Credit Default Swaps (CDS) et les Collateral Debt Obligations (CDO).

Deuxièmement, très peu de sociétés financières ont décidé de combiner les activités d’investissement et les activités de banque commerciale, ce que permettait l’abolition de Glass-Steagall. Les deux banques d’investissement dont la déroute symbolise la crise financière, soit Bear Stearns et Lehman Brothers, n’étaient affiliées à aucune institution de dépôt. Au contraire, si Bear Stearns ou Lehman Brothers avait eu une source importante de dépôts assurés, elles auraient probablement survécu à leurs problèmes de liquidité de court terme. En outre, les grandes banques qui combinent des activités d’investissement et des activités commerciales ont traversé la crise en meilleure santé que les autres.

La loi Gramm-Leach-Bliley (qui abolissait Glass-Steagall) en elle-même n’a eu que peu d’impact sur les activités de trading des banques d’investissement. Les activités hors-bilan de Bear Stearns et Lehman étaient autorisées avant l’adoption de la loi. Je ne comprends donc pas pourquoi beaucoup de « pseudo-experts » du système financier s’acharnent sur ce point; c’est ridicule.

 

Les choses deviennent plus intéressantes par la suite, alors que ce même générique montre des discours de Georges W. Bush vantant les mérites de l’accession à la propriété. Dommage que le documentaire n’ait pas été plus en détails et ne parle pas de ces politiques gouvernementales qui ont littéralement créé l’industrie des hypothèques subprimes et contribué à gonfler la bulle immobilière (Fannie/Freddie, CRA, HUB, etc, voir ceci).

L’histoire commence par tourner autour de Dick Fuld, alors PDG de Lehman. Ce dernier harcèle les politiciens (Paulson et Geithner notamment) pour obtenir de l’aide. On constate rapidement à quel point le système était infesté par le risque moral. Les interventions multiples du gouvernement dans le passé, notamment durant la crise des « savings-and-loans » en 1991, ont engendré une anticipation néfaste que l’État se porterait infailliblement au secours des grandes institutions. Ce risque moral induit par les politiques du gouvernement est une cause fondamentale de la crise. Il est important de noter que suite à ce que le gouvernement ait aidé JP Morgan à acquérir Bear Stearns, Dick Fuld s’attendait au même traitement de faveur. Il a donc agi de façon laxiste et commis beaucoup d’erreurs, comme celle de refuser l’offre de Warren Buffet. Fuld aurait peut-être aussi été moins exigeant envers les Coréens s’il avait été convaincu que le gouvernement ne viendrait pas à son secours.

D’ailleurs, il est fascinant de constater à quel point les politiciens ont été profondément impliqués dans les événements. Cela est troublant lorsque l’on entend à tort et à travers que les États-Unis sont un des pays les plus capitalistes. Pour ma part, s’il y a une chose que ce film fait bien c’est de démontrer ce qu’est le « capitalisme de copinage ».

Durant la première moitié du film, on sent que Paulson est déterminé à ne pas utiliser de fonds publics pour renflouer les banques. Il met tout en oeuvre pour organiser une solution « privée » à la crise, de façon à préserver les apparences d’un système de libre-capitalisme. Une fois le deal entre Merrill et Bank of America scellé et les chances d’une transaction entre Barclays et Lehman anéanties, Paulson se résigne donc à laisser faillir Lehman Brothers. C’était effectivement la bonne chose à faire, mais est-ce que Paulson était prêt à faire face à la musique et à assister une profonde purge du système bancaire américain? Il s’est avéré que non!

La faillite de Lehman a pesé sur l’accélérateur du broyeur à déchet de la crise financière. C’est que beaucoup d’institutions avaient des relations d’affaires avec Lehman et cette entreprise avait des engagements envers eux. Ensuite, les investisseurs ont retirés leurs billes des autres banques d’investissement, craignant qu’elles ne subissent le même sort que Lehman. Cela a eu un impact déflationniste et mis un stress supplémentaire sur le système.

Lorsqu’il s’est avéré que l’assureur AIG était en situation critique, ayant assuré un grand nombre de mauvaises créances hypothécaires adossées, les politiciens ont paniqué. Le gouvernement a alors nationalisé Fannie Mae et Freddie Mac, qui ont joué un rôle central dans la formation de cette crise, puis il a pris une grande participation dans AIG. Paulson a ensuite convaincu les banques d’accepter des fonds gouvernementaux dans le cadre du TARP, qu’elles en aient de besoin ou non (pour ne pas que celles qui en ont vraiment de besoin ne soient identifiables, minant leur crédibilité).

Lorsque la conseillère en communications de Paulson lui demande pourquoi ils n’ont pas régulé l’exposition d’AIG et des assureurs « monolignes » aux CDS, la réponse de ce dernier (dans le film) est que « c’était bien trop payant ». La réalité est que les régulateurs sont contaminés par ceux qu’ils régulent et ne sont pas assez compétents pour comprendre ce qu’il se passe. Néanmoins, ils confèrent aux clients de ces institutions un faux sentiment de sécurité et contribuent au risque moral dans le système. C’est pourquoi la règlementation n’est pas la solution.

À noter que Bernanke a convaincu les politiciens d’accepter le TARP en leur brandissant le spectre de la Grande Dépression de 1929, qui fut aussi marquée par une crise du crédit. Cependant, lorsque l’on sait que la déflation du boum de crédit est une étape nécessaire au processus de rémission, on comprend que cet argument n’est pas valide.

La cause la plus fondamentale de la crise financière, soit le système bancaire à réserves fractionnaires et la création de monnaie ex nihilo par la banque centrale, n’est qu’effleurée dans une scène où Paulson se confie à son épouse dans sa cour arrière, alors qu’il souffre d’insomnie. Si ma mémoire est bonne, Paulson mentionne :

« Aucune banque au monde n’a suffisamment d’argent pour rembourser tous ses déposants. Tout le système n’est basé que sur la confiance. »

Le réalisateur n’a malheureusement pas élaboré sur ce point, ignorant probablement que toutes les crises financières sont causées par les réserves fractionnaires. Paulson explique ensuite à sa femme ce qu’il craint qu’il arrive s’il ne fait rien :

« …dans les deux semaines qui suivraient, il n’y aurait plus de lait sur les tablettes des épiceries ».

En quoi est-ce que des faillites de grandes banques d’investissement pourraient-elles faire en sorte qu’il n’y ait plus de lait dans les épiceries? L’inventaire de l’épicier ou du grossiste était-il financé à crédit par du papier commercial dont personne ne voulait? Ceux-ci auraient fini par financer leurs inventaires à l’aide de leur flux monétaires d’opération, ce qui serait nettement plus sain que d’utiliser le crédit.

Ceci étant dit, si c’est un « credit crunch » que Paulson craignait, le TARP n’a pas réussi à l’éviter. Selon le sondage de la Federal Reserve, de moins en moins de banques ont augmenté la sévérité de leurs critères d’octroi de prêts suite au bailout (voir premier graphique ci-bas). Cependant, cela ne signifie pas qu’ils aient abaissé ces critères et ouvert les vannes du crédit pour autant. D’ailleurs, ceux-ci étaient probablement très élevés à l’époque. Ils n’ont cependant pas tant augmenté comme l’affirme l’épilogue du film (sauf pour les subprimes évidemment).

Néanmoins, c’est véritablement suite à l’annonce du TARP (octobre 2008) que le crunch s’est produit (voir le second graphique ci-bas). Certains disent que c’est parce que les banques ne voulaient pas prêter, ayant un problème de capital, alors que d’autres affirment que les banques ne pouvaient pas prêter car il n’y avait pas suffisamment de demande pour le crédit. C’est un peu des deux. En fait, ce que les banques ont fait avec l’argent du TARP a été tout simplement de stationner les fonds dans leur compte à la Federal Reserve sous forme de bonds du Trésor (le troisième graphique ci-bas montre les réserves excédentaires des banques à la Fed).

Donc le sauvetage n’a pas réussi à éviter le crunch de crédit et il n’a pas réussi à stabiliser le marché immobilier. Ce qu’il aura réussi à faire par contre aura été de 1) permettre à AIG de rembourser les $13 milliard qu’elle devait à Goldman Sachs, l’ancien employeur de Paulson, 2) rendre les grandes banques encore plus grosses qu’elles ne l’étaient déjà alors que Wells Fargo a acheté Wachovia et que BofA a acheté Merrill, pendant que les petites banques ont fait faillite par centaines, 3) engendrer encore plus de risque moral, que les régulateurs tentent de minimiser en augmentant le niveau de règlementation, ce qui est voué à l’échec.

La facture cinématographique du film est bonne, les acteurs sont fort ressemblants aux personnages réels, mais les dialogues sont parfois ridicules et caricaturaux (on tente de faire paraître les banquiers trop arrogants et cupides; ils le sont, certes, mais peut-être pas à ce point). Je recommande le film à tous ceux qui s’intéressent à cette fameuse crise, mais je vous mets en garde à l’égard du fait qu’il comporte de sérieuses lacunes.

Conclusion :

Est-ce que la dérèglementation est responsable de la crise? Non!

Quelles sont ses causes alors?

                Les politiques gouvernementales favorisant l’accession à la propriété.

                Une politique monétaire trop expansionniste par la Federal Reserve.

                Le système bancaire à réserves fractionnaires.

                Le risque moral induit par l’intervention étatique.

Est-ce que le TARP était nécessaire? Non!

A-t-il permit d’éviter un crunch de crédit? Non!

A-t-il eu des effets pervers? Oui, plusieurs.

Est-ce que l’économie en a bénéficié? Pas vraiment. Le marché immobilier continue de se dépérir, le chômage demeure élevé et les États-Unis sont en train de devenir une économie de zombies contrôlés par le gouvernement (voir ce qui est arrivé au Japon depuis 20 ans).

Qu’aurait-on dû faire alors? Rien! Laisser le système se nettoyer de lui-même en le purgeant de ces grandes banques mal gérées et de tout ce crédit inflationniste. Le choc aurait été brutal, mais la rémission serait venue plus rapidement, aurait été plus brève et durable.

En lecture complémentaire, voir ceci et ceci.

La Guilde canadienne des réalisateurs souligne le talent canadien lors de l’édition 2011 du Festival international du film de Toronto

TORONTO, le 2 sept. 2011 /CNW/ – La Guilde canadienne des réalisateurs (GCR) est heureuse de se joindre au TIFF pour célébrer le cinéma canadien. En tout, seize membres de la GCR à l’échelle nationale sont représentés parmi les quelque 30 longs métrages et 50 courts métrages sélectionnés dans le cadre de l’édition 2011 du TIFF. Aussi, les centaines de films internationaux qui seront présentés lors du festival incluent de nombreuses oeuvres canadiennes de grande qualité créées par des membres de la Guilde partout au pays. Ces films inscrits à la programmation du TIFF pourront être visionnés lors de nombreux événements, dont : Contemporary World Cinema (Cinéma international contemporain); Special Presentation (Présentation spéciale); Canada First; ainsi que les galas. Pour obtenir la liste complète des films canadiens présentés lors du TIFF 2011, visitez le www.tiff.net.

« Lorsque je constate le niveau de qualité des oeuvres canadiennes et le dévouement de leurs créateurs, je ne puis qu’éprouver une grande fierté et beaucoup d’optimisme face à notre industrie du cinéma, de la télévision et des médias numériques, a indiqué Gerry Barr, directeur général national et PDG de la GCR. TIFF constitue une excellente opportunité pour la Guilde de mettre en valeur sa mission, qui est de servir les intérêts de ses membres en tant que syndicat et force créative, tout en militant pour notre industrie. »

Le président de la GCR Sturla Gunnarsson a été invité par TIFF à se joindre au prestigieux jury chargé de récompenser les longs métrages canadiens. « J’anticipe avec plaisir cette occasion de visionner ce que le cinéma canadien a de mieux à offrir cette année, a-t-il dit. Étant moi-même cinéaste, je sais fort bien que chaque film est un défi en soi, et que sa réalisation constitue une sorte de miracle. J’entends donc me consacrer à la tâche avec tout le respect que ce rôle exige. »

En prévision du grand nombre de visionnements des plus excitants qui auront lieu dans le cadre du TIFF, la revue Montage, publiée par la GCR, sera en kiosque dès aujourd’hui. On retrouvera notamment dans cette édition des entrevues en profondeur avec certains cinéastes dont l’oeuvre sera présentée en grande première lors du festival, dont Sarah Polley (Take this Waltz), Leonard Farlinger (I’m Yours) et Ingrid Veninger (i am a good person/i am a bad person). Aussi dans les pages de la revue : des entrevues, des éditoriaux ainsi que divers articles couvrant une variété de sujets de l’heure destinés aux membres, à l’industrie et à tous ceux et celles qui s’intéressent au paysage culturel du pays.

Pour de plus amples renseignements sur la revue Montage, la GCR ou l’édition 10e anniversaire des Prix de la GCR qui aura lieu prochainement, visitez le www.dgc.ca.

À propos de la Guilde canadienne des réalisateursLa Guilde canadienne des réalisateurs (GCR) est une organisation syndicale nationale représentant les services artistiques et logistiques clés de l’industrie cinématographique, télévisuelle et des médias numériques. L’organisme compte plus de 3 800 membres oeuvrant dans 47 catégories artistiques et professionnelles couvrant tous les secteurs de la réalisation, de la production, du montage et de la conception de productions cinématographiques, télévisuelles et des médias numériques au Canada.