Archives de catégorie : Économie et Finance

Le délire hebdomadaire à Lauzon

Chaque semaine, Léo-Paul Lauzon sévit de sa démagogie sans pareil dans les pages de Métro Montréal. Chaque semaine, il y va « d’explications » « montrant » que le capitalisme est plein de failles et que la réponse est plus d’intervention de l’État. Cette semaine, il tente de déboulonner le « mythe » voulant que l’État est toujours trop gros 1.

 

Selon lui, « la droite » (puisque nous pensons tous pareil) approuve l’aide aux entreprises. Qui ici est d’accord avec cette affirmation grotesque? Y a-t-il un libertarien qui se respecte qui accepte que son argent puisse aider une entreprise qui n’aurait pas besoin d’aide si elle était compétente? N’oublions pas que durant la crise actuelle, Ford n’a pas, ou si peu, reçu de deniers publics et est en pleine santé. GM et Chrysler, de leur côté, en arrache toujours malgré l’intervention massive des pouvoirs publics (fait intéressant : Chrysler en est déjà à son second sauvetage).

En plus de subventionner l’incompétence, l’aide aux entreprises existe pour acheter des votes ou pour remercier les électeurs de leur fidélité au parti au pouvoir. Ce n’est certainement pas un hasard si la fromagerie Perron a reçu une subvention, alors que son député fédéral est ministre 2.

Cet achat de vote est très onéreux. Lors du dernier budget de l’Ontario, on vantait les emplois sauvés aux usines de St. Catharines et d’Ingersoll dans le domaine de l’automobile. Ce sont respectivement 245 M $ et 96 M $ qui ont été gaspillés dans ces usines pour y sauver les emplois. À St. Catharines, il en a couté 306 250 $ par emploi; ceux d’Ingersoll auront couté 320 000 $ chacun.

En d’autres termes, l’aide aux entreprises n’est qu’une version moderne du sophisme de la vitre cassée identifié par Frédéric Bastiat il y a 170 ans. Pour ceux qui ne le connaissent pas : ce sophisme affirme qu’une vitre cassée est une bonne chose puisqu’elle amènera de l’emploi au vitrier. Oui certes, mais cet argent aurait pu être dépensé ailleurs. Aucune nouvelle richesse n’est créée; elle est simplement déplacée. Et l’aide aux entreprises est exactement ça : on voit son effet immédiat (des emplois créés/maintenus), mais pas son effet caché, souvent pire que son effet immédiat (plus de taxes et d’impôt, et donc moins d’innovations à long terme) 3.

 

Faciliter la vie aux contribuables

 

M. Lauzon poursuit ses élucubrations en affirmant (sarcastiquement) que nous devons bien « traiter » les riches, sans quoi ils vont partir et appauvrir l’endroit qu’ils délaissent. Ne lui en déplaise, c’est effectivement le cas. L’Alberta, avec une population estimée à 3,7 M personnes, a plus de gens gagnant 100 000 $ et plus que le Québec, qui a 8 M d’habitants 5. Aussi – j’ignore si c’est une simple coïncidence –, les plus pauvres Albertains gagnent 4000 $ que leurs pairs Québécois 6. Enfin, il faut en moyenne cinq Albertains pour recueillir autant d’impôts que huit Québécois 7.

Le fait que l’Alberta ait un taux d’imposition unique (10 % du revenu imposable) a sans doute à y voir. Les particuliers n’ont ainsi pas à se casser la tête pour remplir leur déclaration de revenu provinciale. Et malgré ce faible taux, et une absence de taxe provinciale, la province de la rose sauvage avait des revenus à ne plus quoi savoir en faire jusqu’en 2008, où les déficits sont réapparus. C’est tout le contraire du Québec, qui a trois paliers d’imposition – le plus bas taux d’imposition est plus élevé que le plus haut taux de huit provinces et territoires 8 –, qui a une taxe de vente qui augmentera encore en 2012 et qui, malgré tout, croule sous les dettes. Simple hasard?

 

Paiement volontaire, paiement obligatoire

 

Enfin, pour tourner en dérision les « faussetés » sur l’obésité de l’État, M. Lauzon mentionne que la famille Walton, propriétaire de Wal-Mart (WM), a des revenus bruts de 422 G $, soit six fois plus que le Québec et 1,5 fois plus que le Canada. Il se demande pourquoi une famille peut contrôler autant d’argent, contrairement à une entité comme le Québec ou le Canada…

Comme tout bon gauchiste, M. Lauzon ne se concentre que sur les revenus. Il oublie de dire que le revenu net après impôts de WM s’élève à 16,4 G $ 9, pour une marge de profit de 3,9 %. À titre de comparaison, la marge de profit dans les télécommunications dépasse les 20 % 10.

Si WM fonctionne si bien, c’est uniquement parce qu’il sait satisfaire ses clients et qu’il trouve les meilleurs fournisseurs. Personne n’est forcé d’y faire ses achats, et aucun fournisseur n’est forcé d’y faire affaire. Jusqu’à preuve du contraire, ces derniers sont toujours libres d’accepter ou de refuser les prix demandés par WM.

Les revenus de WM sont tout le contraire des revenus d’un gouvernement. Nous sommes obligés de payer taxes et impôts, sous peine de pénalités sévères. De plus, ces revenus sont un vol légalisé du moment que l’argent ne sert pas aux tâches pour lesquelles l’État a été créé, soit la sécurité publique (police, armée) et la justice. Chaque dollar perçu au-delà de ces tâches est un dollar en moins dépensé par un particulier en biens et services, en épargne ou en investissement. Un État plus gros sera donc une nuisance pour ses citoyens.

D’ailleurs, les juridictions les plus mal en point sont les plus dépensières, et le monde actuel le prouve : le Québec, le Japon, les États-Unis, la Grèce, le Portugal, etc. Dans un ou plusieurs des cas, les impôts sont fortement progressifs et parfois même prohibitifs (jusqu’à 45 % en Grèce), le chômage est haut (plus de 9 %), l’épargne est à la baisse quand elle n’est pas négative, le taux d’endettement du secteur public approche/dépasse les 100 % du PIB et la confiance des entreprises et des consommateurs est en chute libre.

 

En conclusion, Môssieur Lauzon devrait accepter de voir la vérité en face : la grosseur d’un État est inversement proportionnelle avec la force de son économie. Le Québec le montre depuis 50 ans maintenant : une intervention du gouvernement dans l’économie affaiblit cette dernière et la rend moins compétitive. Au contraire, un désengagement de l’État (coupe d’impôts et de dépenses publiques) aide l’économie, comme l’ont bien démontré Warren Harding en 1921 11 et l’Irlande jusqu’en 2000 12. On peut donc prédire des temps très difficile, pour les États-Unis et le reste de la planète, si Obama met sa menace à exécution d’opposer son véto à tout plan ne comprenant pas de hausse d’impôts 13.

3 Hazlitt, Henry. « Economics in One Lesson » Ludwig Von Mises Institute, Auburn, Alabama, 2008

Human Action: Un résumé, partie 4.2

Ludwig von Mises

Human Action, ce chef-d’œuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. Je vous invite dans l’univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu’il m’est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j’espère bien parvenir à y faire ressortir l’essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma  compréhension. J’espère que vous apprécierez. Bonne lecture! 

 

 

PARTIE 4: LA CATALLAXIE OU L’ÉCONOMIQUE D’UNE SOCIÉTÉ DE MARCHÉ

 

On continue donc dans cette section qui traite des lois du marché en tant que tel.

 

L’action dans le passage du temps

 

J’ai touché le sujet des préférences temporelles dans un billet précédent. On entend par préférences temporelles la préférence que les gens ont par rapport à une jouissance tout de suite contre une jouissance plus grande dans le futur. Il faut bien sûr que la jouissance soit plus grande dans le futur, car sinon pourquoi attendre et se priver d’un plaisir maintenant plutôt que plus tard. Les gens, en reportant leur jouissance à plus tard, accumule donc du capital. Si on se refuse un produit aujourd’hui c’est dans le but de pouvoir l’utiliser à bon escient pour obtenir plus dans le futur. Ce produit qu’on utilise pour produire autre chose est du capital. Plus on accumule de capital, plus notre capacité à produire augmente. C’est en se privant aujourd’hui qu’on arrive à avoir plus, plus tard. Prenons un exemple, Bob est sur une île. Il est capable, en une journée, de pêcher un poisson et cueillir une pomme pour combler sa fin. Il n’a pas de temps pour faire autre chose. Il décide de se priver pendant 2 jours. La première journée il va manger que le poisson et le lendemain, la pomme. Il vient donc d’épargner une journée de travail qu’il peut utiliser à autre chose. Il utilise cette journée pour se fabriquer un outil de pêche qui lui permet de pêcher deux poissons par jour. Il a dû se priver pendant deux jours, mais ça lui a permis d’être plus efficace pour la pêche. Donc, dorénavant il n’utilise que 50% de son temps pour se nourrir. L’autre 50% peut être utilisé à autre chose. Se construire un abri, par exemple. S’il continue le processus, il améliorera toujours sa condition. 

 

L’accumulation de capital implique une capacité de production supérieure à la consommation. Tant et aussi longtemps que c’est le cas, on accumule du capital et on augmente la productivité du travail. On y revient plus loin. Dès que les données du marché font qu’on consomme plus qu’on produit, on observe une consommation du capital, la réduction de celui-ci. Donc, on crée une régression économique plutôt qu’une progression. Comme l’humain cherche à constamment améliorer sa situation, la tendance est le plus souvent à l’accumulation. Il faut mentionner également que, dans un marché sans entrave, le capital sera toujours dirigé vers les activités qui répondent le plus efficacement aux besoins des consommateurs, car c’est de cette façon que le capitaliste peut espérer retirer le maximum d’intérêt de son investissement. Son capital étant plus en demande que dans d’autres secteurs  économiques. Pour accumuler du capital, l’homme a recourt au calcul économique, car c’est avec cet outil qu’il peut évaluer la valeur d’une consommation immédiate ou futur. 

 

De plus, il est important que l’acteur soit en mesure de récolter toutes les fruits de sa privation. Par exemple, si le coût de la privation repose sur un homme seul et que les bénéfices sont répartis à plusieurs personnes, l’acteur va être moins porté à la privation, car ses bénéfices personnels sont moins grands. À l’inverse, si le coût est minime, car réparti sur un groupe, et que le bénéfice est personnel, le groupe ne sera pas tenté à se priver, car il n’est retire rien. Les bénéfices s’en trouvent donc réduit. Si on se trouve dans le cas extrême où les coûts et les bénéfices sont répartis au groupe en entier, on se retrouve dans une situation où chacun essaie de retirer le maximum en se privant du minimum. Arrive les conflits, car chacun peut se permettre d’imposer sa volonté à son voisin. On vient de nuire aux processus inhérents à la division du travail et à l’échange volontaire.

 

Le taux d’intérêt

 

Le taux d’intérêt se divise en trois parties. Le taux originaire (originary interest), le profit entrepreneurial et le supplément de prix. Ces trois taux se mesurent à l’aide la monnaie, car notre société est basée sur l’échange à l’aide la monnaie. On calcule en monnaie la valeur qu’on accorde aux différents composants du taux d’intérêt.

 

Le taux originaire est la valeur de la préférence temporelle des gens. Autrement dit, c’est le niveau désiré d’augmentation du bonheur futur contre le bonheur actuel. Pour que Jean se prive de consommation immédiate, il faut qu’il est quelque chose de plus dans le futur. Ce plus est le taux d’intérêt originaire. Ce taux est déterminé par le marché selon les actions des acteurs. Ces actions reposent sur des jugements de valeur des individus et sont donc difficilement prévisible. Le marché fixe le taux selon la loi de l’offre et la demande de capital.

 

Comme d’accumuler du capital comporte sa part de risque, car on ne sait pas si nos prévisions sur le futur seront exact, le taux d’intérêt comporte une partie de profit entrepreneurial. On encaisse un profit sur notre épargne si notre vision était juste et on encaisse une perte si elle était erronée. Le niveau de ce profit est déterminé par le niveau de risque appréhendé de l’activité d’épargne et vient s’ajouter au taux originaire.

 

Viens ensuite le supplément de prix. Il peut être négatif ou positif. Le supplément de prix s’explique par la variation des prix dans le temps. Comme nous l’avons vu précédemment, il existe dans le marché des phénomènes d’inflations et de déflations causé par le changement du pouvoir d’achat de la monnaie. Si on prévoit de l’inflation dans le futur, nous exigerons un taux d’intérêt supérieur sur notre épargne, car la valeur de cette accumulation de capital diminuera avec le temps. On veut être compensé pour cette perte, en plus de la perte de jouissance. Si on prévoit de la déflation, le supplément de prix de trouvera à être négatif, car le simple fait d’épargner augmente la valeur de ce capital dans le temps.

 

La somme de ces trois taux nous donne le taux d’intérêt qu’on retrouve sur le marché pour obtenir du capital. Comme pour tout le reste, le marché tend vers l’équilibre sans toutefois l’atteindre à cause des changements constants dans l’environnement. Ce taux équilibre l’offre de crédit et la demande de crédit. Il est très difficile, voir impossible de savoir à quel taux se situe les différentes composantes. On connait seulement le taux final où le désir des prêteurs et des emprunteurs coïncide. Un bas taux signifie que les gens sont portés vers l’épargne. Un faible gain leur suffit à reporter leur consommation à plus tard. Un haut taux signifie que les gens sont portés vers la consommation. Ça leur prend un plus grand gain pour se priver maintenant.

 

L’intérêt, l’expansion monétaire et les cycles économiques

 

Le marché du capital se matérialise dans notre société par le marché du crédit. Même si quelqu’un épargne pour lui-même et utilise son propre capital pour améliorer sa productivité c’est qu’il considère que le bénéfice est supérieur que s’il prêtait ce capital à quelqu’un d’autre. Donc, sa décision est influencée, de toute façon, par le marché du crédit. Donc, c’est par celui-ci qu’on commence le cheminement qui explique le comportement du marché face à l’inflation et la déflation.

 

Dans un marché inflationniste, le taux d’intérêt devrait être plus élevé que dans un marché neutre (sans inflation/déflation). Ça s’explique en grande partie par le supplément de prix du taux d’intérêt qui est plus élevé. Donc si, dans un marché libre de toute entrave, on prévoit une courbe inflationniste dans le futur, le taux d’intérêt sur un prêt sera plus élevé que si on ne prévoit pas de changement dans la valeur de la monnaie. Ainsi, le marché continue de répondre aux besoins le plus urgent des consommateurs en tenant compte de leur jugement de valeur, incluant leurs préférences temporelles. À l’inverse, une prévision déflationniste fera baisser le taux d’intérêt, car le supplément de prix baisse entraînant le taux d’intérêt avec lui.

 

Une des choses qui peut entraîner de l’inflation/déflation est un changement dans la quantité de monnaie. L’utilisation d’une monnaie fiduciaire, qui peut être créé ex nihilo, peut amplifier le phénomène, car on est plus limité par quelque chose de physique comme l’extraction de l’or dans une mine. Comme le changement dans le pouvoir d’achat de la monnaie ne se fait pas sentir de façon simultanée dans l’ensemble du marché et que la création ou destruction de monnaie ne peut être fait, en toute fin pratique, que par les banques centrales ou commerciales, le premier secteur à ressentir les effets est le marché du crédit. Je vais parler d’une addition dans la quantité de monnaie pour représenter le phénomène, mais le principe inverse peut s’appliquer pour la destruction.

 

En augmentant la quantité de monnaie, le marché du crédit y voit l’augmentation de la quantité d’épargne, car personne ne voit la différence entre la vraie épargne (la privation d’une jouissance immédiate) à la fausse épargne. De plus, les prêteurs vont s’empresser de profiter de l’opportunité de profit relative à cette nouvelle épargne avant que les répercussions du changement de valeur de la monnaie est terminées de faire leur travail dans l’économie. Ainsi, comme l’offre de crédit augmente, le taux d’intérêt descend. La demande de prêt augmente jusqu’à l’équilibre. Comme une partie de cette épargne est fausse (pas basée sur une privation), on n’utilise pas une partie du surplus de production sur la consommation, mais on consomme une partie du capital déjà accumulé. En plus, ceux qui ont contractés des prêts, les premiers intervenants dans le marché suite à la création de monnaie, font augmenter le prix des produits qu’ils acquièrent produisant des pertes dans d’autres secteurs où l’activité était plus profitable i.e. servait le mieux les consommateurs.

 

En effet, dans un marché libre d’entrave, le taux d’intérêt permet de diffuser l’information sur la quantité de capital disponible pour augmenter la productivité. Comme on fausse le taux d’intérêt, on court-circuite cette précieuse source d’informations en fournissant une mauvaise information quant à la quantité de ce capital disponible. Comme le bas taux indique, comme vu plus haut, que les gens ont une tendeance à l’épargne, le marché comprend que du capital est disponible pour investissement. Malheureusement, une partie de cette épargne ne provient pas réellement de privation, mais bien d’une augmentation de la quantité de monnaie. L’inflation devrait faire monter le taux d’intérêt, comme vu plus haut, alors qu’il descend. Ça accentue le phénomène. Nous observons alors à une consommation du capital plutôt qu’une accumulation i.e. des mauvais investissements. La consommation peut aussi être vue comme  du capital qui ne sera pas utilisé au sortir de l’ajustement. Du capital qui n’est pas utile après le rééquilibre du marché qui aurait pu être utilisé plus efficacement ailleurs.

 

Si l’événement ne se produit qu’une fois, les premiers à profiter de la manne en sortent gagnant et les derniers acteurs du marché en sortent perdants, mais les effets sont ensuite éliminés, car le marché s’est restabilisé. Le résultat est un recul dans la quantité de capital qui aurait pu être disponible en bout de ligne et une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie. Les grands gagnants sont ceux qui ont produit la nouvelle monnaie, car ils ont encaissé les profits du réajustement complet du processus de production. Les banquiers en sortent gagnant. Le plus gros problème c’est quand ce processus perdure encore et encore. On passe aux générations suivantes notre consommation immédiate, car c’est dans le futur que la consommation de capital va nuire, car l’accumulation de capital sert à augmenter la productivité du futur. Si on consomme toujours du capital, on arrive ultimement à l’effondrement du système.

 

L’injection de monnaie, principalement, crée une bulle économique. La croissance semble plus grande qu’elle ne l’est en réalité, car on a l’impression qu’on accumule plus de capital. S’en suit l’inévitable réajustement à la réalité, la récession. On blâme le libre-marché pour les périodes de récession alors qu’en fait elles ne sont que les conséquences du véritable problème, les bulles, causées entres autres par la création de monnaie.

 

Travail et salaire

 

Le travail, d’un point de vue de la catallaxie, est un facteur de production comme les autres. Cependant, c’est le facteur de production le plus rare. C’est par le travail qu’on arrive à produire. Sans travail, aucune production n’est possible. Un tracteur de ferme n’est d’aucune utilité si personne ne le conduit. Un train n’est qu’aucune utilité si personne ne peut le charger ni le conduire. Le niveau de production est influencé par la disponibilité du travail. Le choix des  investissements en capital est beaucoup influencé par la disponibilité de personne pour opérer ce capital. Bien que nous améliorons toujours notre machinerie, il faut toujours quelqu’un pour assurer son bon fonctionnement.  La combinaison capital/travail utilisé dans la production d’un bien est déterminée par l’utilité marginale des facteurs de production. On va utiliser le facteur travail tant et aussi longtemps qu’il est plus rentable qu’une unité de capital supplémentaire. À l’équilibre, la dernière unité de travail est aussi productive que la dernière unité de capital. Donc, plus on accumule de capital et plus la valeur du travail utilisé augmente, car la productivité de notre capital augmente également. Ce qui fait augmenter le salaire des travailleurs est l’accumulation de toujours plus de capital.

 

Comme tous les autres facteurs de productions, on observe un prix d’équilibre pour ce facteur qui fait que l’offre rejoint la demande. Dans un marché libre d’entrave, le prix pour une sorte spécifique de travail, de qualité égale, devrait être égale dans l’ensemble du marché. L’offre est déterminée par les travailleurs. Ce sont eux qui, par leurs décisions, déterminent de la quantité du facteur travail disponible dans une industrie. La demande est déterminée par les employeurs qui ont besoin de travail dans leur ligne de production. Le niveau des deux détermine le prix du facteur travail dans un secteur donné. Ce prix oriente la décision des acteurs quant à la production comme pour tout le reste. Ce prix permet l’allocation la plus optimal possible de la capacité de travail comme pour tous prix tel que vu précédemment.

 

Comme la satisfaction complète des besoins est chose impossible pour l’humain, il y aura toujours quelque chose à faire dans une économie. Ainsi, dans un marché libre d’entrave, le chômage est, sauf pour les personnes totalement inaptes, une chose volontaire du point de vue de la catallaxie. Quelqu’un est au chômage parce qu’il a choisi de l’être. Soit il est entre deux jobs et préfèrent attendre une meilleur offre ou soit il considère le coût du travail (le labeur) supérieur aux bénéfices. Comme le travail est un mal nécessaire dans la satisfaction de besoin, il appert impossible pour quelqu’un de refuser le travail indéfiniment. Même de partir à la chasse est un travail. On s’impose ce labeur pour manger. Donc, le chômage est toujours temporaire. À la limite, on peut considérer les moments de loisir comme du chômage catallactique. On préfère se passer du travail qui pourrait être fait, car on considère son coût trop élevé. Par contre, pour la catallaxie, seul le travail dans la société basé sur la division du travail est important dans l’analyse. Il faut aussi faire la distinction entre chômage catallactique tel que décrit ci-haut et chômage institutionnel causé par des interventions dans l’économie. On y reviendra dans le prochain billet.

 

Finalement, le marché n’inclut aucune notion de salaire juste. Il n’impose que le salaire d’équilibre. Comme le salaire juste repose sur un jugement de valeur, son évaluation n’est réservée qu’au jugement des individus. Si l’industrie X n’est capable d’embaucher personne à un salaire Y, elle devra, pour augmenter sa production, augmenter sa quantité de capital de R plutôt que de travail. L’augmentation du capital augmente la productivité du travail et l’industrie est maintenant prête à embaucher au prix Y+R, car ce salaire supérieur est, sous les nouvelles données, maintenant productif. Le processus continue jusqu’à ce que l’industrie réussisse à embaucher les travailleurs nécessaires à sa production. Tant et aussi longtemps que l’industrie peut écouler toute sa production, elle continuera son expansion en capital (qui permet de produire plus d’unité). Cette expansion augmente les salaires. Le processus s’arrête quand les décisions des consommateurs font qu’une augmentation de production ne trouverait pas preneur au prix déterminé. On a alors atteint le point d’équilibre du marché pour ce produit et ses facteurs de production.

 

L’accumulation de capital continue permet de toujours améliorer la condition des travailleurs. Tous les travailleurs peuvent trouver leur place dans la structure de production, car nous trouvons toujours des désirs non satisfaits. Les conditions de vie des gens les plus pauvres de notre société moderne feraient mourir d’envie bien des aristocrates du moyen-âge. Ne pensez qu’au réfrigérateur ou à l’eau courante qui, bien que nous considérons ces choses comme banales, amèneraient beaucoup de bonheur en des temps plus anciens. Si on accepte de donner un jugement de valeur au marché et de déterminer un niveau de salaire sous lequel un individu ne peut vivre, le meilleur moyen d’améliorer sa condition est d’accumuler encore plus de capital. Donc, la société doit, si elle veut améliorer la condition des pauvres, s’assurer de conserver les conditions optimales dans l’accumulation de ce capital i.e. la conservation d’une société basé sur la propriété privée et la division du travail.

 

La terre

 

On parle ici de terrains. Rien ne sert de discourir longtemps à cette section. Elle repose sur les mêmes processus d’offre et demande qui sont déterminés par les actions des consommateurs. Le prix des terrains est déterminé selon la combinaison la plus efficace de production servant à répondre aux besoins des consommateurs i.e. tout le monde.

 

Si on règlemente le prix d’un terrain (comme pour tout facteur de production), le marché ajustera ses opérations pour atteindre le nouvel équilibre de satisfaction des besoins. Par contre, elle est différente de celle d’un marché sans entrave. Elle est donc imparfaite par rapport à la véritable volonté des consommateurs.

 

 

Ici se termine la section traitant du marché en tant que tel. La suite: le socialisme et l’interventionnisme.

Human Action: Un résumé, partie 4.1

Ludwig von Mises

Human Action, ce chef-d’œuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. Je vous invite dans l’univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu’il m’est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j’espère bien parvenir à y faire ressortir l’essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma  compréhension. J’espère que vous apprécierez. Bonne lecture! 

 

 

PARTIE 4: LA CATALLAXIE OU L’ÉCONOMIQUE D’UNE SOCIÉTÉ DE MARCHÉ

 

La catallaxie se veut l’étude des phénomènes inhérents à une économie de marché. Comme nous l’avons vu dans la première partie, ces observations sont fondées sur la logique et sont valides en tout temps. On observe ces phénomènes lors d’échanges entre individus dans une société basé sur la division du travail (notre société moderne).

 

Le marché

 

L’économie de marché est le système social basé sur la division du travail sous la propriété privée des facteurs de production. Comme vu précédemment, tout le monde agit dans le but d’améliorer son propre sort. En se spécialisant dans un domaine, une personne espère échanger le fruit de son labeur contre quelque chose de plus pratique pour elle. Donc, le meilleur moyen d’acquérir plus de biens i.e. plus de richesses, pour une personne est de s’assurer que ce qu’elle produit correspond le plus exactement possible aux besoins des personnes avec qui elle souhaite échanger i.e. ses clients. En travaillant pour son propre intérêt, elle s’assure, par la bande, de satisfaire les besoins des autres également, car ses derniers désirent acquérir sa production.

 

Si plusieurs personnes produisent le même type de produit, la personne produisant le produit répondant le mieux aux besoins des clients, au meilleur prix possible, se trouve à avoir plus de succès que les autres et à donc plus de facilité à acquérir de la richesse. Ça force donc les autres à améliorer leurs pratiques s’ils veulent continuer à satisfaire un maximum de désirs. On se retrouve donc avec plus de biens, de meilleures qualités, disponibles sur le marché. Les consommateurs en sortent gagnant. Il est important que les consommateurs et les producteurs soient libres dans leur action. C’est de cette seule façon qu’on s’assure que les clients ont la possibilité de s’offrir ce qu’il y a de mieux face aux possibilités offertes.

 

Dans ce système, le consommateur est roi, car l’organisation de la production repose sur le fait que les consommateurs achètent ou n’achètent pas le produit. Aucun producteur ne peut contraindre un consommateur à acheter son produit. Il doit le convaincre qu’il s’agit du meilleur. Dans ce cas, et ce cas seul, la production peut être écoulée. Il importe peu que le producteur soit une personne seule ou un ensemble structuré de personne. La logique est la même. Est produit ce qui répond le mieux aux besoins des consommateurs; sinon, ces derniers s’abstiennent d’acheter et la production n’est pas rentable.

 

Il y a quatre catégories de personnes sous la catallaxie: l’entrepreneur, le capitaliste, le travailleur et le propriétaire de terrain. L’entrepreneur est celui qui détecte les anomalies dans la structure de production du marché. Il voit les disparités entre la valeur d’une fin et la somme de la valeur des moyens. Il réajuste la production actuelle pour mieux satisfaire les besoins des  consommateurs. Entre le temps où la disparité entre la demande et la production est détecté et le temps où la nouvelle structure de production est atteinte, l’entrepreneur engage un profit (ou une perte si sa prédiction s’avère fausse). Le profit d’un entrepreneur est toujours temporaire, car il n’existe que parce que l’entrepreneur corrige la production pour la faire correspondre aux nouveaux besoins des consommateurs. Comme le monde évolue, qu’on accumule plus de capital (j’y reviens ultérieurement) et que la technologie progresse, ce processus est toujours en œuvre dans les différents secteurs de l’économie. Donc, un entrepreneur alerte trouvera toujours une source de profits, car il verra toujours une disparité de production à quelque part. C’est lui qui permet au marché de répondre toujours de mieux en mieux aux besoins des consommateurs. Lui enlever cette source de profit, c’est lui enlevé la motivation d’améliorer la situation. À l’inverse, le marché punit un mauvais entrepreneur en lui infligeant une perte. L’entrepreneur essaie donc toujours d’améliorer la structure de production plutôt que la détériorer pour s’éviter des pertes à lui-même.

 

Comme je le disais, le profit est temporaire. Au début du processus, il existe une disparité entre la somme de la valeur des moyens (facteurs de productions) et le produit fini. Au début, le profit est plus grand. Ce profit stimule la production (pour augmenter les revenus) et attire les nouveaux joueurs dans ce secteur. La plus grande production augmente la demande des facteurs de productions. Ces derniers voient donc leur prix augmenter, car on veut acquérir plus de ce dit facteur (bien sûr, à long terme, le prix du facteur peut redescendre, car on augmente sa capacité de production à lui. C’est la nature même du marché de toujours s’ajuster à la demande). Donc, le profit de l’entrepreneur finit par disparaître complètement (bien sûr, d’autres changements dans l’environnement amènent d’autres opportunités de profit, ce processus est sans fin). À la fin du processus de réajustement, ceux qui profitent de la nouvelle structure de production sont, outre les consommateurs qui peuvent répondent plus efficacement à leurs désirs, les propriétaires des facteurs de production soit le capitaliste, le travailleur et le propriétaire de terrain. Nous reviendrons plus loin sur cet élément dans la section des prix.

 

Il est important de faire une remarque ici. Ce qu’on appelle entrepreneur dans notre monde moderne n’en est pas nécessairement. On qualifie souvent d’entrepreneur une personne qui est travailleur automne. Dans bien des cas, son revenu en est un de travailleur ou de capitaliste (propriétaire de capital), il est rémunéré pour son travail et son investissement, non pas de son entreprenariat au sens de la catallaxie.

 

Les prix

 

On peut qualifier les produits en deux catégories. Ceux d’ordre inférieur et supérieur. Ces qualificatifs ne visent pas à définir un produits de moins bonne qualité que l’autre, mais de les placer dans un ordre hiérarchique de production. Les biens d’ordres inférieurs peuvent être aussi appelés biens de consommation. C’est le produit fini. C’est ce qu’un individu acquière comme moyen pour satisfaire une fin. Les biens d’ordre supérieurs sont ceux qui sont utilisés dans la production du produit i.e. les facteurs de production.

 

Le processus d’établissement des prix commencent au niveau des biens d’ordre inférieur. En achetant, ou en s’abstenant d’acheter, les consommateurs décident des produits finis qui sont fabriqués, de telle qualité et en telle quantité. Prenons le cas où le processus d’ajustement entrepreneurial est complété où la somme des prix des facteurs de production égale le prix du produit fini. Cet était de fait, ce vers quoi le marché se dirige toujours sans réellement l’atteindre à cause des changements constants de l’environnement, est celle où l’allocation des ressources limitées est optimale selon les préférences des consommateurs. Comme les gens agissent dans le but de satisfaire leur besoin le plus urgent de la façon la plus efficiente possible, les biens d’ordre inférieur qui se vendent sont ceux qui permettent aux gens de satisfaire leurs besoins le plus urgent de la façon la plus efficiente possible. Pour la production de ces biens, on doit acquérir des facteurs de production. Le seul moyen de s’assurer que notre produit est vendu plutôt que celui du compétiteur est de trouver la combinaison la plus économique dans l’utilisation de ces facteurs de production. Bien sûr, c’est un travail de longue haleine, car tout ajustement bénéfique à court terme peut changer le prix de ces dits facteurs à long terme et obliger une autre modification. Le fait de vendre toute la production ou non, au prix établi, est l’indicateur de la viabilité des activités. Si le prix de production (coût des facteurs de production) est trop élevé, on reste avec de la capacité de production inutilisé. On encaisse alors une perte et on redirige du capital vers une branche plus profitable de l’économie. La production de cette branche diminue et la demande rejoint l’offre à nouveau.

 

Dans la quête de la combinaison optimale, les producteurs se battent pour des facteurs de production limités. La demande de ces facteurs est influencée par leur utilité dans le processus de fabrication du produit d’ordre inférieur. Le prix du facteur de production va se stabiliser au niveau où toute la quantité disponible trouve preneur et où la valeur de ce produit permet de produire, en combinaison avec les autres facteurs de production nécessaire, le produit sans encaisser de perte.

 

Revenons sur un point important. Il faut comprendre que ce qui limite le développement et l’acquisition de richesse est la rareté des ressources. Dans toutes actions, l’homme est placé devant l’état de fait que les ressources disponibles à son bonheur sont limités; sinon, il nous serait facile d’atteindre l’état de grâce i.e. l’état où tous les besoins sont comblés et où aucune autres actions n’est nécessaire. C’est la rareté de ces ressources qui amène la notion de prix sur celles-ci. Un produit dont on ne manque pas en quantité, n’a pas de valeur économique. Comme personne n’est contraint de réduire la consommation d’un produit trop abondant, personne n’est prêt à payer pour. Est-ce que vous seriez prêt à payer pour de l’air (sauf pour la plongée sous-marine, par exemple)? Je ne crois pas. On en respire depuis notre naissance et nous n’en avons jamais manqué. Bien sûr le futur pourrait changer cet état de fait. L’air deviendrait alors un produit économique. Donc, l’établissement des prix expliqués plus haut, fait référence aux produits économiques. Seul ceux-ci nous intéresse en Catallaxie, car seulement eux nous oblige à en faire la meilleure utilisation possible dans le but de satisfaire le plus de fins.

 

Donc, le mécanisme du prix, dirigé par le désir des consommateurs, permet à l’ensemble des acteurs d’orienter leurs actions vers l’allocation la plus efficiente possible des ressources limitées disponibles. Si un facteur est trop en demande, son prix sera plus élevé que l’utilité que l’on peut en obtenir dans le marché. Les consommateurs se tourneront vers d’autres alternatives pour assouvir leurs besoins les plus urgents, rééquilibrant ainsi l’allocation des facteurs de production i.e. la structure de production, de la façon où les consommateurs sont le plus satisfait.

 

Prix de monopole

 

Une chose qui effraie beaucoup de gens est le danger des prix de monopole. Il est important de mentionner prix de monopole, car le monopole en soit n’est aucunement dommageable s’il n’amène pas un niveau de prix monopolistique. Un prix de monopole est caractérisé par une restriction volontaire de l’offre dans le but de pouvoir le vendre plus cher. Le prix de monopole optimal est celui qui permet le plus grand profit. Si d’augmenter le prix diminue la quantité vendue à un tel point que ce n’est pas rentable de continuer de diminuer la quantité, on vient de dépasser le prix de monopole optimale.

 

Pour avoir un prix de monopole, il faut tout d’abord détenir un monopole sur l’offre d’un produit. Pour pouvoir imposer un prix de monopole, il faut être en position d’éliminer la compétition. Comme le seul moyen de vendre à un prix plus haut que celui qui prévaudrait avec de la compétition est de restreindre la quantité du produit disponible, il faut s’assurer que personne, à part nous, n’a la capacité de vendre ce produit. Si la vente du produit à un prix plus élevé était possible sans restreindre la quantité, c’est que le prix n’était pas celui d’équilibre.

 

Il y a des situations où même en présence de compétition, les prix ne sont pas les prix optimaux. C’est le cas quand peu de joueur sont présent sur un marché. Ils comprennent alors qu’il est à leur avantage à tous de restreindre l’offre, mais chacun veut espérer augmenter son profit en imposant la restriction de production à ses concurrents. Par contre, s’il prévaut un prix de monopole sur un marché parce les quelques fournisseurs y comprennent leurs intérêts, des nouveaux joueurs sont attirés dans le secteur pour prendre leur part du gâteau. L’offre augmente et le prix  baisse. Si, par contre, l’investissement est trop grand pour justifier l’arrivé de nouveaux joueurs, c’est que les ressources sont plus utile ailleurs dans l’économie pour satisfaire les besoins les plus urgent des consommateurs. Ou encore, il se peut qu’une règlementation empêche d’autres joueurs d’entrer le marché.

 

Dans la plupart des situations, on observe l’apparition d’un prix de monopole parce que quelqu’un à réussi, via la règlementation ou autres, à s’approprier un droit exclusif de production ou à rendre l’entrée de nouveau joueur si complexe que personne n’ose. Pensons aux brevets, par exemple, qui limite l’utilisation d’un bien non économique en lui imposant un prix. On subit une perte économique en devant payer pour une ressource qui n’est pas limité. Les prix de monopole pourraient être très dommageables au niveau d’un produit essentiel, mais à moins d’une intervention étatique imposée par la coercition, il serait très étonnant qu’une entreprise réussisse à monopoliser la production d’un produit que tout le monde veut. En pratique, on peut penser au pétrole, par exemple. Cependant, le pétrole peut être remplacé par autres choses. Ça arrivera à grande échelle quand le prix deviendra trop élevé. De toute façon, le pétrole n’est pas un bon exemple, parce que si nous avons un monopole dans ce secteur (ce serait plus un oligopole, mais c’est pour l’exemple), il faut mentionner que c’est un des produits qui est le plus contrôlé par les états i.e. par ceux qui ont le pouvoir d’imposer des choses par la force en brisant les lois du marché volontaire. De plus, il faut comprendre que les biens essentiels, non remplaçable, sont très rares. Même le blé, qui est très, très consommé, peut être remplacé par autre chose pour se nourrir…

 

Dans les rares cas où, sous les conditions d’un marché réellement libre, un prix de monopole pourrait émerger, ce serait un mal bien moindre que les monopoles causés par l’état qu’on observe à profusion. Je vous invite fortement de lire la section du livre qui traite des prix de monopole (page 354 – je l’ai cherché en Français, mais je n’ai rien trouvé). Elle a 20 pages et est très instructive.

 

 

Échanges indirects

 

Dans un marché, on échange un bien de consommation contre un autre. L’ébéniste échange sa table qu’il produit efficacement contre un foyer du forgeron. Bien sûr, il est peu pratique de devoir toujours trouver un partenaire d’échange qui a un produit qui nous intéresse. Au fil du temps, l’homme s’est doté d’un outil extraordinaire pour faciliter ses échanges: la monnaie. Ce qui était utilisé comme monnaie était un produit facilement échangeable, que tout le monde ou  presque voulait, durable et difficile à produire. L’or et l’argent se sont imposés au fil du temps. Une monnaie n’est qu’un média servant à reporter dans le temps notre échange. Ça permet à notre ébéniste d’échanger sa table contre de la monnaie. Il a plus de facilité à se trouver des clients et il a lui-même un plus grand choix ensuite pour échanger cette monnaie contre un bien qu’il veut. La monnaie a facilité encore plus les échanges et à accentuer encore plus la division du travail, rendant le marché encore plus efficace.

 

La monnaie doit être considérée d’un point de vue de la catallaxie de la même façon que tout autre bien. C’est simplement un bien très échangeable qui ne perd pas de qualité avec le temps. Le prix de la monnaie est déterminé, comme pour tout le reste, par le point d’équilibre en l’offre et la demande. L’offre et la demande est en grande partie déterminé par la quantité d’argent comptant détenu par les individus. Par argent comptant, on parle de pièce d’or conservé dans un coffre, par exemple, qui ne circule pas dans le marché (je vais utiliser l’or pour simplifier la compréhension, mais toute monnaie peut être considérée). Si des conditions font que les gens désirent augmenter leur comptant, la quantité d’or disponible (l’offre) va descendre et le prix de l’or va monter.

 

Qu’est-ce que ça veut dire une augmentation du prix de l’or? Si avant, il fallait produire une table pour avoir un gramme d’or, il faut maintenant en produire deux, car l’or est plus cher. Par association, le prix de la table a descendu. Avant, la table coûtait un gramme d’or, elle en coûte maintenant 0,5 gramme. Donc, l’augmentation de la valeur (prix) de l’or fait baisser le prix des biens qu’elle permet d’acquérir. Une autre façon de voir la chose est la suivante. Plus la quantité d’or disponible sur le marché est grande et plus le prix nominal des articles va augmenter, car plus d’or est disponible pour acquérir la même quantité de biens. À l’inverse, si on augmente la quantité de biens produits par rapport à la quantité d’or, le prix des articles descend. La raison pourquoi l’or et l’argent était utilisé comme monnaie est le fait que sa quantité reste relativement stable. Bien sûr, on en produit dans les mines, augmentant la quantité, mais cette augmentation est somme toute modeste et relativement constante. Ça facilite le calcul économique et les prévisions des acteurs, car les données relatives à la monnaie change, somme toute, de façon assez constante et lente. Bref, la relation entre la quantité disponible de biens et de monnaie détermine le niveau nominal des prix monétaires i.e. le pouvoir d’achat de la monnaie.

 

Il faut comprendre qu’un changement dans le pouvoir d’achat de la monnaie n’est pas ressenti par tout le monde au même moment. Dépendamment des facteurs, certains secteurs de l’économie le ressentent avant d’autres. Qui est avantagé dans le processus dépend des conditions du moment, mais certains gagneront à ce changement de pouvoir d’achat et d’autres perdrons.

 

Comme mentionné plus haut, deux facteurs peuvent influencer le pouvoir d’achat de la monnaie. Soit on change la quantité de biens disponibles ou soit on change la quantité de monnaie disponible. Si le prix des biens monte, on parle d’inflation. Soit la quantité de biens produits est plus petite soit la quantité de monnaie disponible est plus grande ou les deux simultanément. Si le prix des biens descend, on parle de déflation. Soit la quantité de biens produits est plus grande soit la quantité de monnaie disponible est plus petite ou les deux simultanément. Bien sûr, la quantité de monnaie et de biens disponibles peut augmenter simultanément. Le niveau d’augmentation des deux détermine si on voit une inflation ou une déflation. Comme mentionné plus haut, le prix de l’or est à l’inverse du prix des biens. Si le prix des biens descend (déflation) le prix de l’or monte. Quand le prix de l’or monte, l’épargnant est avantagé. Quand le prix de l’or baisse (inflation), l’épargnant est désavantagé au profit de l’emprunteur. Je reviendrai dans le prochain billet sur ces éléments que sont le pouvoir d’achat de la monnaie et l’inflation/déflation.

 

L’anticipation d’un changement de la valeur de la monnaie va modifier le comportement des acteurs. Si on prévoit une diminution de la valeur, on risque de réduire l’épargne au profit de la consommation immédiate. À l’inverse, si on prévoit une augmentation de sa valeur, on risque d’augmenter notre épargne pour profiter de sa plus grande valeur dans le futur. On y reviendra plus loin également. Comme l’or est limité dans sa quantité, les états ont à travers le temps toujours essayé de s’en débarrasser afin d’avoir une marge de manœuvre plus grande dans le financement de leurs dépenses. On observe depuis un bon moment déjà  une tendance inflationniste à travers le monde. Dans les faits, on s’est débarrassé de l’or par la force et on utilise maintenant de la monnaie fiduciaire. Ça permet aux états d’en produire autant qu’elles veulent. Comme on augmente constamment la quantité de monnaie, on augmente le risque d’inflation à moins que la quantité de biens produits augmente au moins à la même vitesse. On sait très bien aujourd’hui que la production prend du retard, on observe constamment de l’inflation.

 

 

C’est assez de contenu pour cet article. Je continuerai et terminerai dans le prochain avec la catallaxie. On verra l’accumulation de capital, les taux d’intérêts, les cycles économiques, les salaires, les terrains et la conclusion de cette partie. À plus tard!


 

Human Action: Un résumé, partie 2&3

Ludwig von Mises
Human Action, ce chef-d’oeuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. Je vous invite dans l’univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu’il m’est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j’espère bien parvenir à y faire ressortir l’essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma compréhension. J’espère que vous apprécierez. Bonne lecture! 


PARTIE 2: LES ACTIONS DANS LE CADRE DE LA SOCIÉTÉ

Maintenant qu’on comprend mieux les actions humaines (partie 1), il est important de placer ces actions dans le contexte de la société.

La société humaine

La société c’est des actions concertées, c’est la coopération. La réalité dans laquelle on vit à vu le jour parce que depuis la nuit des temps, l’homme a su parfaire sa compréhension sur le fait que la coopération est la façon la plus efficace de parvenir au plus grand nombre de fins. Pensez à l’ensemble des biens que vous possédez. Croyez-vous que vous pourriez avoir toutes ces choses, de la même qualité, si vous aviez eu à les produire tout seul, isolé, sans aucune aide extérieure? La réponse va de soi! C’est cette évidence qui a poussé les humains, au fil du temps, à parfaire toujours de plus en plus leur mode de coopération. On a donc observé à l’apparition de la division du travail qui ne cesse de s’améliorer avec le temps.

La division du travail est simplement le fait que chaque personne, dans le cadre de la société, a tendeance à se spécialiser dans un domaine de production particulier. Une personne comprend assez rapidement, dans le monde de division du travail, qu’elle peut répondre à plus de besoins, d’envies, en améliorant sa capacité de production dans un domaine particulier et en échangeant les fruits de son labeur contre d’autres produits dont elle désire profiter. Par exemple, prenons Jean qui a des talents d’ébéniste et qui peut construire une table par jour grâce à ses aptitudes et à son expérience. Il est évident qu’il n’a pas besoin d’une table par jour pour répondre à ses besoins. Par contre, beaucoup de gens dans la société ont besoin d’une table. Jean sait qu’il peut échanger ses tables contre d’autres produits dont le besoin est plus urgent que sa table qu’il vient de fabriquer (il a déjà la sienne, donc cette table ne lui sert à rien). Il va donc voir le fabricant de foyer et lui échange sa table contre un foyer. Son foyer lui a donc coûté une journée de travail. S’il avait décidé de fabriquer son foyer lui-même, on peut parier qu’il aurait eu besoin de plus qu’une journée, car il aurait dû penser à son plan, apprendre la technique, réparer ses erreurs pour ensuite constater les défauts de son produit fini (on peut toujours améliorer un produit). Ces choses sont beaucoup moins lourde à supporter quand il fabrique une table, car l’expérience qu’il a acquise fait de lui un ouvrier beaucoup plus efficace que la moyenne dans la fabrication de tables. En échangeant sa table contre un foyer, il échange sa grande productivité de producteur de table contre la grande productivité du producteur de foyer. Ce dernier est d’autant plus content, car lui aussi de son côté, il a une table de meilleur qualité et à meilleur marché que ce qu’il aurait pû produire lui-même.

Voici un autre exemple des avantages de la division du travail. Prenons la civilisation des blancs et la civilisation des jaunes. Les blancs peuvent produire avec une quantité de ressources n, 8p OU 4r. Les jaunes eux peuvent produire, avec la même quantité de ressources, 6p OU 12r. Si nos deux civilisations se privent de l’avantage de la division du travail i.e. bénéfice de l’échange, ils doivent donc produire eux-même ce dont ils ont besoin. Ils produisent donc, supposons, 50% des deux produits (pour arriver à 100% de production avec les ressources). La production total du monde est donc de 7p + 8r. Si, par contre, ils décident d’échanger et de profiter des avantages de la division du travail, chacun se spécialise ce dans quoi il est le plus efficace. La production mondiale devient donc 8p + 12r. La population est donc plus riche de 1p + 4r du simple fait de tirer avantage de la division du travail.

Même si on fait le même exercice avec une civilisation beaucoup plus productive que l’autre en tout point de vue le résultat est le même. Les Blancs produisent: 8p OU 4r; les Jaunes produisent: 10p OU 6r. Sans la division du travail la production totale est de 9p + 5r. Sous la division du travail, il est plus avantageux pour la nation la plus productive de produire le produit pour lequel son avantage comparatif est le plus grand. En d’autres mots, le produit qu’elle peut fabriquer avec la plus grosse différence de coûts relatifs est celui qui lui procurera le plus gros avantage i.e. la plus grande possibilité de l’échanger contre plus de choses.  L’autre nation ne pouvant pas trouver les capitaux nécessaires au développement de la production de ce en quoi elle excelle, car ces capitaux sont tous dans la nation où la productivité est plus grande, se voit contrainte de produire le produit moins avantageux délaissé par les jaunes. Les jaunes ont une productivité supérieur au blanc de 25% pour le produit p et de 50% pour le produit r. Les jaunes choisissent donc de produire r. Donc la production totale mondiale devient: 8p + 6r. Comme la valuation des Blancs pour le produit r est de 2p et que pour les Jaunes elle est de 5/3p on peut conclure que l’unité de r gagné est plus désiré que l’unité de p perdu. On y gagne encore. 

Bien sûr, la réalité change un peu quand on inclue les jugements de valeurs de nos acteurs (partie 1), car la valeur d’un produit n’est plus nécessairement attaché à la quantité de ressources utilisées, mais plutôt à la valeur de ces ressources, mais ça ne change rien aux principes logiques qui sous-tendent notre explication. Ce qui est important de comprendre est qu’on est plus productif sous la division du travail qu’en solitaire. Cette plus grande productivité nous permet d’acquérir plus de richesses i.e. parvenir à plus de fins.

Le rôle des idées

L’humain est toujours en quête d’amélioration. Il apprend de ses erreurs et va toujours essayer de reproduire ce qui marche et éviter ce qui ne marche pas. Peu importe si ces idées sont correctes ou erronées d’un point de vue divin (excempt de tout jugement de valeur) est d’aucune importante du point de vue de la praxéologie. Ce qui importe c’est que l’homme cherche toujours la vérité absolue sur tous les sujets (à la mesure où il est confronté à un questionnement) et qu’il agit toujours de la façon qu’il considère la plus efficace, selon les moyens à sa disposition et son jugement de valeur à un moment donné, pour l’atteinte de ses fins.

Ainsi, les individus ont compris, au fil de l’évolution, que la meilleure façon de parvenir à plus de fins est de s’assurer de maintenir l’ordre social qui permet la division du travail, car celle-ci permet à l’homme, comme individu, de combler le plus de ses besoins à lui. C’est par un sentiment purement égocentrique que l’humain en est venu à se bâtir une société. Elle est le produit des actions humaines. Elle n’existe que par les actions réalisés par des individus autonmome. Chacun a avantage a protéger cette société basée sur la division du travail, car c’est le meilleur moyen pour arriver à plus de fins.

Les échanges  dans la société

Les actions sont toujours orientés dans le but d’échanger un état de fait contre un autre plus satisfaisant. Sinon, pourquoi agir? Souvent, on doit échanger avec d’autres personnes comme meilleur moyen pour atteindre une fin. C’est là qu’on observe un échange. Pour qu’un échange se fasse, il faut que les deux parties y voient un avantage. Le marteau que j’échange à moins de valeur, pour moi, que le tournevis que je reçoit et l’inverse est vrai pour mon partenaire. S’il tenait plus au tournevis que le marteau, il n’aurait pas procéder à l’échange, car son action n’aurait pas aider à diminuer son état d’insatisfaction.

Lors d’un échange, les deux parties s’entendent sur les termes de celui-ci: ils en sortent satisfait, chacun y trouvant son compte. Comme les deux personnes sont égales dans la transaction, deux partenaires d’affaires, il faut une autorité supérieure visant à assurer la préservation des conditions permettant à une société bâti sous la division du travail de perdurer. Cette autorité est appelée l’état, le gouvernement. Son rôle est de s’assurer que chacun est libre de faire ce qu’il veut de sa vie et de sa propriété sans contrainte ni pression i.e. de protéger sa vie et sa propriété contre les agressions et la fraude. Elle doit aussi s’assurer que les conditions contractuelles sont respectées par les deux parties. C’est ainsi qu’on s’assure que les conditions optimales permettant la réalisation d’un maximum de fins sont protégées.


PARTIE 3: LE CALCUL ÉCONOMIQUE

Un acteur attache à l’ensemble des moyens nécessaires à l’atteinte d’une fin, la même valeur que la fin en soi. Bien sûr, ces moyens n’ont de sens que lorsqu’ils font partie de la séquence d’actions menant vers la fin. Ainsi, une personne va entreprendre la série d’actions nécessaires à l’atteinte d’une fin que si elle arrive à la conclusion que la valeure de la satisfaction (la fin), est égale ou supérieure à la valeure des moyens qu’elle doit utliser dans l’atteinte de celle-ci. Sinon, il s’en trouve qu’elle éprouvera plus d’insatisfactions (coût de l’action) que le bénéfice qu’elle reçoit en bout de ligne. Bien sûr, l’acteur peut se tromper et le résultat final peut en être un de perte de jouissance, mais, au départ, on ne peut contredire le fait que la personne pensait, selon les informations qu’elle détenait et son jugement de valeur, améliorer sa condition en se lançant dans l’aventure au départ.

Il en va de même dans la conduite des affaires. Celui responsable de la production de biens et services, utilise le calcul économique pour savoir la rentabilité d’un projet d’investissement. Si les coûts dépassent le bénéfice, l’aventure est vaine. Afin de faciliter cette évaluation, l’humain s’est doté au fil du temps d’un outil très pratique dans cette activitée: la monnaie. L’outil qu’est le prix est la base même du calcul économique. C’est cet indice qui permet à un individu d’utiliser le calcul économique dans l’évaluation de ces actions. Nous reviendrons dans le prochain billet sur les prix, une des bases d’un marché.

Il ne faut pas oublier de tenir en compte du facteur temps. Une évaluation effectué aujourd’hui, ne donnera pas la même conclusion que celle effectuer demain. Les données de l’environnement auront changé ainsi que le jugement de valeur des protagonistes. Donc, le calcul est toujours à recommencer. En plein milieu du cheminement vers une fin, on peut réaliser que finalement le plan prévu dans l’utlisation des moyens disponibles n’est plus viables et on doit donc reviser nos positions en tenant compte des nouvelles données comme le chemin qui a déjà été fait par exemple. Peut-être que ça vaut la peine de continuer avec une jouissance moins grande (ou plus grande) en bout de ligne ou peut-être qu’il vaut mieux abandonner et de perdre ce qui a déjà été fait. Comme le monde change et est en constante évolution, on ne peut jamais être certain de l’exactitude de nos calculs ainsi que le fait que les conditions qui sous tendent cette évalution vont rester constantes.


Prochaine partie: l’économie de marché.

Human Action: Un résumé, partie 1

Human Actionce chef-d’oeuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. Je vous invite dans l’univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu’il m’est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j’espère bien parvenir à y faire ressortir l’essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma compréhension. J’espère que vous apprécierez. Bonne lecture!

  

PARTIE 1: LES ACTIONS HUMAINES

 

Partant d’un simple axiome « Human Action is purposeful behavior » (les actions humaines sont des comportements visant un but !?!?, je suis un très mauvais traducteur), Mises explique les rouages du libre-marché et de son fonctionnement.

Le problème épistémologique de la praxéologie

On peut diviser la science des actions humaines en deux branches: la praxéologie et l’histoire.

L’histoire réfère aux activités qui étudient les données passées pour ensuite user de la compréhension pour essayer d’expliquer ce qui s’est passé. En aucun cas, on peut utiliser ce qu’on apprend de l’histoire pour stipuler une théorie valide à tout coup. Premièrement parce qu’on fonde cette connaissance sur notre compréhension des événements passés. Cette compréhension est basée sur notre propre cheminement personnel, sur notre propre conception du savoir. La deuxième guerre mondiale ne réveille pas les mêmes émotions pour un juif allemand que pour un américain ou un brésilien. Donc, on ne peut être sûr à 100% que nos interprétations des événements passés est exact. Ensuite, même si on suppose une compréhension juste à 100%, on ne peut pas affirmer que les mêmes phénomènes dans le présent vont amener le même résultat, car les gens ne sont pas les mêmes, l’état des choses n’est pas la même et la société est également différente. Par exemple, si vous aviez faim hier et que vous avez mangé une pomme, rien ne dit que si les mêmes conditions se présentent vous allez encore manger une pomme. Vous pourriez aussi bien opter pour une banane.

La deuxième branche de cette science est celle de la praxéologie: l’étude des actions humaines et leurs implications, toujours et à tout moment. Comme on ne peut se fier sur l’histoire pour établir une théorie infaillible, on doit utiliser une autre méthode d’acquisition du savoir. La praxéologie se fonde donc sur la logique absolue pour établir une théorie sur les actions humaines. La seule façon d’invalider ou valider cette théorie n’est pas par l’expérience comme dans les sciences naturelles, car nous sommes alors confrontés au problème cité plus haut relatif à l’histoire, mais par l’examination logique de toute les étapes du cheminement de pensée pour s’assurer de son exactitude en tout lieu et en tout moment en présences des éléments de bases supportant la théorie. Par exemple si on dit qu’une roche et de l’eau qui entre en contact devienne de l’or (suite à un cheminement logique infaillible (ce qui ne peut être le cas, mais supposons)), il faut, pour que la théorie soit vrai, être en présence de roche et d’eau. On ne peut pas supposer l’exactitude de la théorie si on remplace l’eau par du bois.

Je vois mal comment je peux résumer différemment ce passage sans étaler l’argumentation complète de Mises. Si vous êtes insatisfait de cette partie, je vous suggère de lire le chapitre 2 de son ouvrage.

L’homme comme acteur

Quelqu’un agit i.e. fait une action, dans le but de corriger une insatisfaction, de répondre à un besoin, une envie. Il croit que son action va améliorer son état actuel. Pour qu’il y est action, trois prérequis doivent être présent:

  1. Notre acteur doit ressentir une insatisfaction;
  2. Il doit concevoir un état où cet insatisfaction n’est plus présente;
  3. Il doit croire que son action va l’amener vers cet état de satisfaction.

Bien sûr, quand on parle de la praxéologie, on ne s’intéresse qu’aux actions volontaires et préméditées. Les réactions biochimiques de notre corps face aux stimulis de l’environnement ne sont pas, par exemple, considérées par notre étude. Pour qu’une action entre dans le champ d’études de la praxéologie, elle doit être rationnelle et réfléchi. Le degré de rationalité est indéfini ainsi que la valeur de la réflexion. On ne s’intéresse pas à la qualité de la décision menant à l’action, mais à l’action elle-même. Quand on dit que toute action est rationnelle et réfléchi, on veut dire que l’acteur effectue une action, car il croit, selon les informations qu’ils disposent, que c’est la façon la plus efficace (rapport coûts/bénéfices) d’atteindre son but soit l’effacement de son insatisfaction.

Il importe ici de clarifier deux concepts, soit: moyen et fin. Celui qui agit le fait dans le but de parvenir à une fin. Il oriente ses agissements dans le but d’atteindre l’état vers lequel il aura éliminé son sentiment d’insatisfaction. Si quelqu’un a soif (état d’insatisfaction), il va agir dans le but de parvenir à une fin soit de se réhydrater. La fin en soi n’a aucune incidence sur l’économie. Ce n’est qu’une vision du futur. C’est ici que les moyens entrent en jeu. Pour parvenir à une fin, l’acteur utilise des moyens. Il a soif? C’est là que le jeu économique entre en jeux. Il a le choix des moyens à utiliser pour se réhydrater. Il peut boire, il peut se brancher un soluté ou encore il peut décider qu’un autre besoin est plus urgent (pisser?) et de ne rien faire. Bien sûr, 99,9% des gens s’entendent pour dire que le meilleur moyen est de boire, mais le problème ne s’arrête pas là. Il doit encore choisir parmi plusieurs possibilités sur quoi boire. De l’eau, du jus, de la bière, une boisson gazeuse, du vin, etc. Il va baser son choix sur un jugement de valeur opposé aux coûts de la dîtes actions. Je reviendrai sur le jugement de valeur. L’important ici est de bien comprendre les deux termes soient: moyens et fins. La fin est l’état de satisfaction qu’on voit dans le futur et le moyen est ce qu’on fait pour y parvenir. Seulement ce dernier joue un rôle économique.

Il va sans dire que l’homme n’est jamais satisfait. Il nous est impossible de penser à état des choses où un quelqu’un est entièrement satisfait et où aucune action ne peut améliorer l’état d’un être. Ainsi on peut donc conclure que l’homme acteur, est toujours en train de réaliser une action dans le but de parvenir à l’état de grâce parfaite. Il est constamment en train d’agir dans le but de satisfaire le plus de besoins possibles sans jamais y parvenir.

Comme les besoins sont infinis (on n’arrive jamais à l’état de parfaite satisfaction), l’acteur doit toujours faire des choix face aux insatisfactions à corriger. Ces choix sont purement personnels et sont basés sur des jugements de valeur. Bien que l’immense majorité des gens vont combler leur besoin de se nourrir et de boire avant celui de consommer de l’art, on ne peut affirmer de façon certaine que c’est le choix qui prévaudra toujours dans toutes les situations. Si une personne a décidé, pour une raison qui lui est propre, qu’elle jeunait, il est fort probable qu’elle consommera alors de l’art avant de se nourrir. Toute personne, à un moment donné, va toujours, selon son jugement propre, satisfaire son besoin le plus urgent selon ses capacités (j’y reviens plus loin). Elle peut être soumise à des contraintes et de ce fait son choix peut varier, mais la décision lui est quand même personnel quand à l’avenue finale. Il peut arriver que le besoin le plus urgent ne puisse être comblé au moment de la prise de décision, faute de moyens, mais c’est justement l’essence même de l’économie soit de faire face à la rareté des ressources i.e. les moyens.

Encore ici, on ne peut pas mettre en évidence toutes autres règles face à ce choix autre que celles mentionnés. On ne peut pas, par exemple, supposer que si une personne préfère 5p à 10n, elle va également préférer, selon les mêmes ratios, 4p à 8n. Peut-être que pour l’atteinte de sa fin, 5p peuvent être utilisé comme moyen, mais pas 4p. Peut-être que cette unité manquante de p l’oblige à délaisser sa fin ou encore de modifier ses moyens. Ainsi, il peut arriver alors qu’elle préfère 8n à 4p. Donc, il nous est impossible d’essayer de formuler une règle de satisfaction des besoins basée sur l’observation, car on ne peut jamais évaluer un jugement de valeur et on se retrouve encore avec le problème de l’observation historique discuté plus haut. Aussi, on ne peut pas ordonner les besoins de façon quantitative, on ne peut le faire que de façon qualitative et cette échelle de qualité n’est valable que dans la situation donnée au moment donné. Par exemple, si par exemple on est devant les éventualités suivantes: 

  • Aller voir un match de hockey;
  • Aller au cinéma;
  • Lire un livre.

Quelqu’un peut décider qu’il préfère aller voir un match de hockey sur les trois options. Donc, il préfère l’option 1 à l’option 2 et à l’option 3, mais si on lui donne le choix entre le match de hockey ou aller au cinéma et lire un livre (les deux activités plutôt que la première), il se peut qu’il préfère alors les deux autres options. Dans le même ordre d’idée, si on ajoute un quatrième choix, soit de jouer au soccer et qu’on suppose qu’il préfère lire un livre plutôt que de jouer au soccer (qui lui est précédé par le match de hockey) rien ne nous permet d’affirmer sans aucun doute qu’il ne préférera pas le match de soccer au match de hockey. Donc, les jugements de valeurs sont personnels et on ne peut pas essayer d’en comprendre une régularité. Ils dépendent de l’état d’âme de l’acteur à un moment donné et peuvent varier à tout moment.

Les limitations aux actions

Toute personne est limitée par des barrières dans la poursuite du bonheur absolu. L’action est toujours positionnée dans le temps et comporte toujours une durée. Parfois elle est si minime qu’elle pourrait être ignorée et d’autres fois elle est si longue que le résultat final n’est pas celui escompté. L’homme, dans l’utilisation de moyens pour parvenir à une fin, doit toujours prendre en compte le fait que du temps est nécessaire à l’obtention de la fin convoité. Ils utilisent les produits du passé i.e. les moyens disponibles aujourd’hui, dans le but d’être contenté dans le futur. Le moment présent n’est utile que par les moyens qui sont disponibles maintenant, par l’état d’âme de l’acteur présentement et que par les possibilités qui existe aujourd’hui. Les mêmes facteurs qui se présentent à un autre moment, à supposer que c’est possible malgré le fait que le monde évolue, ne veulent pas dire que le choix sera le même. En plus, l’acteur doit toujours effectuer un jugement de valeur relativement aux choix d’actions disponibles, car il ne peut pas en effectuer deux en même temps. Il choisit donc ce qui est le plus urgent en étant conscient que l’autre choix ne sera peut-être plus disponible dans le futur. 

Il faut cependant être conscient que l’action, qui se déroule toujours dans le présent, aura des conséquences seulement dans le futur qui lui est incertain. L’homme ne peut changer le passé, il doit donc se contenter de l’état de fait présent aussi imparfait soit-il dans le but d’améliorer son futur.

Comme l’achèvement des actions vers une fin prend du temps, l’avenue est toujours incertaine. Certaines actions ont presque 100% de chances de se réaliser tel que prévu alors que d’autres présentent une incertitude plus élevée. Plus le résultat est loin dans le temps et plus les chances que des nouvelles données dans l’environnement viennent modifier le résultat final. Cet élément est très important dans la prise de décision de toute personne, car, selon son jugement de valeur, elle va évaluer différemment certaines avenues dépendamment de leurs positionnements dans le futur ainsi que leurs probabilités de réalisation de la façon désirée. Certains vont préférer une jouissance moins grande maintenant, mais plus sûr, alors que d’autres préfèrent avoir une satisfaction plus grande à une date ultérieure au risque de ne rien avoir du tout. Plus le bénéfice est loin dans le futur et plus les chances de défaut sont grandes. Chacun est libre de faire son propre jugement de valeur selon ces différentes options et possibilités. Nous reviendrons ultérieurement sur l’élément de préférences reliés au temps i.e. préférences temporelles.

Conclusion

L’étude de l’économie doit se faire en tenant en compte qu’on fait affaire avec des êtres humains qui agissent selon leur propre envies. Ces actions sont orientées par l’environnement qui entre en ligne de compte dans la décision de l’homme, mais en aucun cas on ne peut élaborer de formule mathématique pour prédire l’agissement de quelqu’un. L’acteur évolue dans un monde changeant et essaie toujours de s’approcher de l’état de satisfaction parfaite sans jamais y parvenir. Il essaie constamment d’utiliser les moyens à sa disposition de la façon la plus efficiente possible dans l’atteinte de ses fins.

Il est essentiel de bien comprendre ces concepts avant de poursuivre l’étude du sujet. C’est pourquoi Ludwig Von Mises a réservé 140 pages dans son ouvrage à l’établissement de cette base que j’ai ici essayé de vous résumer en 2000 mots. De cette base est montée toute sa théorie économique sur le fonctionnement d’un marché. Le prochain article portera sur l’action dans le cadre de la société ainsi que les bases du calcul économique nécessaire à la compréhension des mécanismes du marché qui suivra ensuite.

L’illusion des billets de banque

Bonne nouvelle! Il n’y a aucune chance que les États-Unis fassent défaut sur leur dette! En effet, Alan Greenspan, ancien président de la Fed (la banque centrales aux ÉU), affirme qu’il ne suffit que d’imprimer plus d’argent1. Bien que ce type de discours n’est pas surprenant venant d’un ancien de la Fed, il l’est venant d’un économiste de sa trempe. En effet, l’impression massive de billets de banque n’a jamais causé autre chose que des problèmes.

 

L’exemple classique des méfaits de l’impression d’argent est évidemment la République de Weimar. Suite à la Première Guerre mondiale, l’Allemagne s’était fait imposer d’immense frais punitifs parce qu’elle était supposément la seule responsable du conflit. Comme les réparations devaient être payées en mark or, il ne pouvait y avoir que deux façon de payer : augmenter les impôts ou imprimer de l’argent. Berlin a choisi la seconde option, et ce fut un désastre.

Entre août 1922 et novembre 1923, l’offre de mark a augmenté de 7,32 milliards2 (G) – on imprimait 7,32 G fois plus de marks qu’à la normale. Mais comme l’économie allemande n’a pas autant augmenté aussi rapidement, il y avait donc un large surplus de billet de banque. Et comme dans toute chose, un surplus d’offre cause une chute de son prix. Dans le cas de la monnaie, augmenter autant son offre fait qu’un billet perd rapidement de sa valeur. Ainsi nait l’hyperinflation : les gens se départissent de leur argent rapidement (achats) afin de ne pas payer cette taxe indirecte qu’est l’inflation. L’argent devient donc une patate chaude que les gens s’échangent à une vitesse vertigineuse. Résultat : l’inflation mensuelle était de 322 %; ce qui coutait 1 $ coûtait 1,41 $ le lendemain. L’hyperinflation allemande a été stoppée lorsque le Rentenmark a été adopté, remplaçant l’ancien Deutsche Mark3. Le Rentenmark, puisqu’il avait sous garantie des biens industriels réels, a rétabli la confiance des gens et des marchés et ainsi freiné l’hyperfinflation.

 

Encourager les mauvais investissements

 

Toutefois, l’impression massive de billets ne cause pas nécessairement d’hyperinflation, comme c’est le cas au Japon4. L’inflation depuis avril 1991, époque à partir de laquelle la Banque du Japon a commencé la diminution constante de son taux directeur5, n’a jamais vraiment dépassé les 2 %. Malgré tout, la croissance économique est demeurée anémique durant cette décennie, qui fut qualifiée de perdue6. Même à ce jour, la confiance des entreprises n’a jamais atteint le sommet (sur une période de 30 ans) de 19897.

 

Pourquoi une croissance si faible? Suivant la logique keynésienne, le Japon aurait dû renouer avec la croissance dès l’instant où la Banque du Japon a diminué son taux directeur. Cela encourage les banques à prêter les les consommateurs à consommer. Si c’était si facile alors la République de Weimar serait vite devenue une puissance mondiale, de même que la Russie et le Brésil dans les années 908.

 

La croissance faible vient justement du taux d’intérêt ridiculement bas qui persiste dans l’Empire du Soleil levant depuis presque 20 ans. L’école autrichienne d’économie, rendue célèbre par Ludwig Von Mises, nous enseigne que les cycles économiques sont causés principalement par les banques centrales qui manipulent les taux d’intérêts. Sans une telle institution, le taux d’intérêt représente l’équilibre de l’offre et de la demande d’épargne. Les entreprises investissent donc selon les préférences des consommateurs; un 0taux d’intérêts à la baisse montre que les consommateurs épargnent plus et vice-versa.

Toutefois, quand les taux d’intérêts sont artificiellement diminués, ce signal disparaît. Les entreprises engagent donc des investissements qui ne sont pas nécessairement supportés par de l’épargne. Plus les taux d’intérêts sont maintenus trop bas trop longtemps, plus les erreurs se généralisent, que ce soient des entreprises qui augmentent trop leur capacité de production sans que la demande augmente ou des banques qui prêtent à des emprunteurs insolvables. Cette croissance économique est donc illusoire, comme ce fut le cas aux États-Unis jusqu’à l’éclatement des bulles technologiques et immobilières en 2000 et 2008, respectivement. Quand les bulles éclatent (récession), il n’y a qu’une chose à faire : ne rien faire. En effet, il faut permettre à l’économie de recouvrer seule son équilibre sans que le gouvernement n’intervienne. Sinon, une récession devient une Dépression ou, dans le cas du Japon, deux décennies perdues.

 

Voilà donc ce que Washington devrait faire pour revigorer son économie : ne rien faire, ou plutôt cesser d’intervenir dans l’économie comme il le fait. Le problème actuelle de dette en est un uniquement de dépenses; elles ont augmenté de façon presque constante depuis 1965, contrairement aux revenus9. Comme imprimer plus d’argent n’est pas une solution viable, il faut donc que le gouvernement fédéral respecte l’esprit de sa propre constitution et cesse de dépenser là où il ne devrait pas (éducation, routes, assurance-santé, caisse de retraite, etc.).

Oh, c’est sûr que ça va faire mal pour un certain temps. Mais comme l’a démontré Warren Harding en 1920, laisser l’économie se stabiliser par elle-même est la meilleure des solutions. Sa non-intervention au coeur d’une récession sévère – il avait même diminué les impôts et coupé les dépenses – a permis au pays de reprendre du poil de la bête en moins de deux ans.

La vérité choque

Comme chaque année, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) publie son Bulletin de la prospérité du Québec1. Puisque cette analyse jette un regard sombre sur ledit « modèle » québécois, la gauche s’est vite empressée de diminuer la portée du document2. Mais comme il fallait s’y attendre, la contre-analyse emploie la même superficialité dont elle accuse le rapport du CPQ…

 

En effet, on ridiculise le rapport parce qu’il ramène «  la définition de la prospérité d’un État à sa capacité à créer un environnement favorable au développement des affaires ». Un tel commentaire montre une profonde ignorance de l’économie. Cette dernière ne peut véritablement prospérer que si des entrepreneurs prennent des risque pour augmenter leur richesse personnelle et, au bout du compte, celle des autres. Le gouvernement ne peut que rediriger la richesse; il n’en crée pas.

Et pour encourager les entrepreneurs, il faut avoir un bon environnement : réglementation réduite au plus simple, salaires flexibles, fardeau fiscal allégé, etc. Et malheureusement, sur chacun de ces points, le Québec est médiocre : les lois du travail favorisent indûment les syndicats, ces derniers rendent les salaires rigides (et donc augmentent le cout de la main-d’œuvre), et même le plus bas taux d’imposition est plus haut que le palier le plus élevé des autres provinces (sans compter toutes les taxes et autres frais, aussi plus élevés). Et n’en déplaise à M. Bérubé, le salaire minimum a un effet très négatif sur l’emploi. D’ailleurs, sa création à quelques endroits avait justement comme but de créer du chômage pour certains groupes3

Toutefois, créer un environnement propice pourrait ne pas être suffisant. La culture entrepreneuriale au Québec est en perte de vitesse par rapport à l’Ontario4. Il faut croire que le vieux fond catholique de méfiance de la richesse est encore dans les parages…

 

Ignorer quand on est désavantagé

 

Autre point qui ressort dans « l’analyse » du Devoir : la citation d’un rapport de IRIS, un institut d’analyse de gauche, qui affirme que « la prospérité d’une société n’est pas qu’une affaire de production de biens et services, qu’une mesure de PIB ». En effet, ne tenir compte du PIB « risque de nuire directement à d’autres objectifs sociaux légitimes, comme la cohésion sociale et la protection de l’environnement »5. Nonobstant que cette analyse montre que la gauche ne peut pas voir la vérité en face – que le PIB est un facteur nettement plus déterminant que l’écart de richesse pour mesurer la santé d’un peuple6 –, les deux objectifs sus mentionnés nuisent définitivement à n’importe quel juridiction (province, pays, ville, peu importe).

 

En effet, tenter de créer une supposée « cohésion » entre les membres d’une société sous-entend nécessairement une violation des droits individuels à l’avantage des droits collectifs. On n’a qu’à regarder le Québec pour en voir les effets. Au nom du droit au français

  • tout enfant n’ayant pas eu une éducation anglaise ailleurs au Canada est tenu d’être éduqué dans une école française (exception faite des « écoles passerelles », qu’un enfant doit quand même fréquenter trois ans)

  • tout affichage doit avoir le français plus gros que n’importe quelle autre langue

  • Toute entreprise de plus de 50 employés doit mettre en place un environnement où le français domine.

Nul besoin de dire que cette dernière mesure a précipité le déclin de Montréal pour alimenter Toronto. Mais peu importe : le français est vigoureux!

 

De plus, n’en déplaise à IRIS, le capitalisme est le meilleur système de préservation de l’environnement. En effet, quand les droits de propriété sont bien définis, une atteinte trop grande à ces derniers (déversement de pétrole, déchets nucléaires) force la compagnie fautive à verser compensation aux personnes touchées. Sans aucune intervention du gouvernement, les compagnies ont donc intérêt à limiter au maximum l’impact qu’elles ont sur leurs voisins.

Toutefois, l’analyse de l’IRIS va plus loin. Il considère encore comme crédible le GIEC, le bras de propagande environnementale de l’ONU, et son analyse catastrophique du futur de la planète. Il accepte béatement que les rapports du GIEC soient remplis de rapports de bacheliers, d’activistes environnementaux ou de membres en règle de Greenpeace7. Et peu importe si Climategate a montré la magouille outrancière parmi certains scientifiques pour truquer les données sur le climat, ou même si une étude du CERN a montré la très grande influence du rayonnement cosmique, par rapport au CO2, sur le climat8.

Mais non. On en rajoute en montrant un graphique, qui affiche une corrélation positive entre la taille de l’économie (PIB) et l’émission de gaz à effet de serre. Je ne nie pas la corrélation, mais si on regarde les pays avec une empreinte de carbone plus faible, on trouve le Ghana, le Mali, l’Éthiopie, la Somalie… Des pays qui ne polluent presque pas, mais dont la population a à peine de quoi subsister. Est-ce ce que l’IRIS veut?

 

Enfin, l’auteur de la critique dans Le Devoir s’imagine que les programmes sociaux (« capitalisme redistributif ») est ce qui a aidé le plus le Québec à traverser la présente crise. Je suis obligé de lui accorder un demi-point là-dessus : il est vrai que les nombreuses dépenses publiques au Québec ont sans doute aidé la Belle Province à tomber moins durement. Malheureusement, il néglige de dire que ces dépenses ont fait que le Québec avait moins haut chuter comparativement aux provinces populeuses – Ontario, Alberta et Colombie-Britannique. Il n’était donc pas difficile de remonter la pente de l’avant-crise. Maintenant, il faut monter la pente de la croissance, et elle sera on ne peut plus à pic à cause justement des trop nombreuses dépenses publiques.

 

En conclusion, si l’on veut rattraper les provinces riches du pays, il y a du pain sur la planche. Il faudra que le gouvernement Charest – ou peu importe qui lui succèdera d’ici 2013 – tienne compte du bulletin du CPQ. N’en déplaise au Devoir, il brosse un portrait très fidèle – et donc plutôt sombre – de la situation économique du Québec. Sans une amélioration substantielle des points négatifs (fardeaux fiscal et réglementaire, notamment), alors même les provinces Maritimes risquent d’avoir une économie plus vigoureuse. L’IPÉ et la NÉ ont d’ailleurs des soldes budgétaires plus respectables que le nôtre.

Il faut réformer le RQAP


Ce texte est en lien avec la première partie de ma chronique à CHOI Radio X, dans Maurais Live. Vous pouvez trouver un lien pour programmer votre podcast ici.

50%

Cinquante pour cent, c’est ce que le RQAP coûtera, le 1er janvier prochain, de plus que si on avait gardé l’ancien régime fédéral de prestations parentales. Le taux combiné sera de 1.34% alors que nous n’obtenons qu’un rabais de 0.888% du gouvernement fédéral pour avoir quitté cette portion du régime d’assurance-emploi. Pour une personne gagnant 40 000$, c’est 181$ supplémentaires qui lui est exigé pour le régime québécois.

On a voulu avoir notre régime pour le bonifier. Or, cette décision est très coûteuse. Je me suis amusé cet été. Je voulais créer un modèle de projections financières qui démontrerait que les jeunes y perdaient au change avec ce régime. Je pensais que peut-être, la valeur actualisée de toutes les cotisations serait supérieure à la valeur actualisée de toutes les prestations. Mon modèle était relativement complexe et intégrait presque tous les aspects du régime.

Or, impossible de démontrer ma théorie dès que je supposais qu’un couple dont les conjoints gagnaient relativement le même salaire avait plus d’un enfant sous le régime. Conclusion, le régime est très généreux et il est financé en grande partie par un transfert intergénérationnel. En effet, les gens  de plus de 45 ans ou plus doivent également payer des cotisations. Ce n’est pas tout à fait ce que j’appelle de l’assurance. D’ailleurs, le titre d’assurance parentale n’est pas adéquat en ce sens. Une grande partie de la population paie des primes pour s’assurer contre les conséquences d’un risque qu’ils ne peuvent subir!

Bref, j’ai laissé tomber mon modèle. Si vous êtes jeune et que vous envisagez d’avoir deux enfants ou plus, le RQAP est une panacée. Il est très généreux et les prestations que vous recevrez valent amplement les cotisations que vous paierez.

Si on dénonce souvent les iniquités intergénérationnelles, il faut également dénoncer celle-ci. Dans ce cas précis, les baby-boomers sont les dindons de la farce.

Ce qu’il faut faire

On pourrait revenir à la base et adopter les mêmes aspects du régime que le fédéral pour diminuer les coûts. Si on veut quand même bonifier le régime, je pense qu’il faut au moins remettre en question certaines choses.

  1. La prestation de paternité devrait être enlevée. Les pères avaient déjà accès aux prestations parentales, on n’était pas obligé d’en rajouter. De plus, 80 à 90% de ces derniers réclament cette prestation alors que la maman est également à la maison. Je ne pense pas que le Québec doit subventionner un programme de vacances socialisé.
  2. Revoir les critères d’admissibilité. Au fédéral, il faut avoir travaillé 600 heures pour avoir droit aux prestations. Au Québec, ça prend 2000$ de revenus seulement.
  3. Est-il vraiment nécessaire de rembourser jusqu’à 75% du revenu des gens s’ils choisissent le régime plus court? Le rythme de vie diminue grandement avec la venue d’un enfant. De plus, les gens ont 9 mois, minimum, pour se préparer à la venue de cet enfant. Ils peuvent se responsabiliser et économiser en prévision de cet événement.

Bref,  ce régime est coûteux, encore déficitaire, a un impact limité sur le taux de natalité et provoque de grandes iniquités intergénérationnelles. Est-il possible de penser peut-être le réformer un peu… juste un petit peu?

Cliché socialiste#1: « Une société complexe nécessite un gouvernement complexe »

Organigramme du MSSS. Cliquez pour agrandir

Toute personne qui choisit de défendre les idéaux du libéralisme classique fera tôt ou tard face à toujours les mêmes argument des adeptes du socialisme. Il est donc essentiel de savoir répondre à ce qui est devenu une série de clichés.

Afin de justifier une taille de gouvernement toujours plus gigantesque, on nous sert souvent le cliché «Toute cette philosophie de liberté individuelle pouvait fonctionner à une époque où les choses étaient plus simples, mais de nos jours, la société est bien trop complexe et nécessite un gouvernement complexe ». Cet argument fallacieux mène tout droit à la planification centrale socialiste, alors il est nécessaire de le tuer dans l’œuf.

Alors pour commencer, simplifions les chose au maximum. Imaginez qu’il n’y a que moi et vous au monde et que pour le besoin de la cause, je suis imbu de la sagesse de tous les Premiers Ministres ayant tenu office de votre vivant. Que penseriez-vous de mes qualification à décider ce que vous pouvez inventer, découvrir, créer, les heures que vous pourrez travailler, le salaire que vous pourrez recevoir, quoi et avec qui vous pouvez échanger et vous associer? Mon incompétence dans ce domaine n’est-elle pas facilement démontrable?

Qu’en serait-il si nous étendions ça à cent personnes, ou mille, ou les sept million et demi d’habitants du Québec, ou les 35 millions d’habitants du Canada. Serais-je plus apte à diriger par la coercition les milliards d’échanges qui se feront entre eux? N’est-il pas évident que plus une économie est complexe, plus elle devient ingérable pour un individu ou même un groupe d’individus alors qu’aucun ordinateur n’existe qui soit suffisamment puissant pour gérer la quantité d’information qui circule dans une économie de façon à ce que les dirigeants puissent avoir l’information pertinente qu’ils ont besoin?

Est-ce que la structure représentée par l’organigramme ci-haut arrive vraiment à remplir la tâche qu’elle est supposée remplir? Poser la question, c’est y répondre…