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Drôle de guerre

Par Philippe David

Un autre attentat terroriste. J’ai essayé de résister l’envie d’écrire sur le sujet, mais c’est plus fort que moi. On dit que nous sommes en guerre, mais c’est une drôle de guerre. Pas drôle dans le sens que ça fait rire, mais drôle dans le sens de bizarre, particulier, étrange et je dirais même irréelle.

Le monstre de Frankenstein

Cette guerre est bizarre parce que d’abord et avant tout, l’ennemi est un monstre «made in the USA», ce qui en fait un monstre de notre propre fabrication puisqu’il s’en prend à toute la civilisation occidentale dont les États-Unis sont la figure de proue. Bizarre aussi parce qu’il semble que les gouvernements les plus proéminents de cette civilisation ont la tête dans le sable pendant que le monstre saccage les campagnes. Pire encore! Ils semblent faire tout pour faciliter la tâche au monstre. Non seulement ont-ils créé les sempiternelles tensions au Moyen-Orient qui ont fait de cette région une poudrière, ils ont créé le vide de pouvoir en Irak qui a donné naissance au monstre, il ont aussi créé la situation en Libye et Syrie qui lui ont donné son essor et permis d’étendre ses tentacules et maintenant que le monstre a été relâché dans la nature, ils semblent tout faire pour ne pas le confronter. Oh, ils tentent bien de faire bonne figure en bombardant en Irak et en Syrie, mais tout le monde sait bien que ça prendra bien plus que ça pour s’en débarrasser et même que, comme un fauve, si on ne fait que le «picosser» (en bon argot québécois) de la sorte, non seulement on ne règle pas le problème, on ne fait que rendre le monstre plus furieux et dangereux. Sans parler des milliers de réfugiés qu’on envoie envahir l’Europe. On jurerait que le Dr Frankenstein s’applique à protéger sa création par pure sentimentalité. De quoi alimenter mille et une théories du complot.

L’ennemi à l’intérieur des murs.

Une autre particularité de cette guerre contre la civilisation occidentale est qu’elle comporte des éléments qui veulent vaille que vaille que cette civilisation se fasse hara-kiri et qui travaillent très fort à planter les graines de ce suicide collectif. Ce mouvement ne date pas d’hier. Jadis, il travaillait avec les communistes, maintenant il a trouvé un allié dans l’islamisme.

Ces idiots utiles comme Vladimir Lénine les appelait, ont compris qu’ils ne pouvaient pas inciter la révolution des prolétaires qu’ils souhaitaient avec le seul argument de la guerre des classes,  ont adopté une stratégie qui consiste à saper les bases culturelles de la civilisation occidentale appelée «marxisme culturel».  Cette doctrine remplace la lutte des classes par un conflit entre groupes «privilégiés» et groupes «opprimés». Si vous êtes blanc (particulièrement un homme blanc), hétérosexuel, cisgenre et chrétien, vous êtes un méchant oppresseur et vous devriez avoir honte de tout ce que vous êtes une femme, de couleur, gay, transgenre ou musulman, vous faites partie des pauvres opprimés et vous pouvez revendiquer tous les droits possibles et imaginables.

Ainsi. la liberté d’expression se voit pervertie par la redéfinition de certains termes et étouffée par la rectitude politique. On veut bannir tout discours qui pourrait «offenser» les opprimés. Les valeurs traditionnelles occidentales sont perverties de façons à ce que maintenant, les hommes tentent de se faire passer pour des femmes et vice-versa, des blancs tentent de se faire passer pour des noirs. Nous ne pouvons plus faire de yoga parce que c’est une «appropriation culturelle» et il devient de plus en plus difficile de critiquer les religions (sauf le judaïsme et le christianisme), en particulier une certaine religion commençant par un «i» et se terminant en «slam».  Ce sont ces idiots utiles qui ont d’ailleurs inventé le terme «islamophobie» pour étouffer toute critique de cette religion.

Il importe peu pour ces gens que les islamistes ont généralement des valeurs diamétralement opposées aux leurs. Qu’ils sont anti-avortement, anti-gay, anti-trans, anti-égalité des sexes, pro-esclavage, etc. Il n’importe que le fait qu’ils soient anti-capitalistes et anti-Occident (à ne pas confondre avec antioxydant). Et malheureusement, beaucoup de ces gens sont dans des positions de pouvoirs en ce moment et vous n’y pouvez strictement rien. Il suffit de suivre la campagne présidentielle aux États-Unis pour vous rendre compte que si les américains se trouvent face à un choix entre deux complets incompétents, c’est que quelque chose ne tourne sérieusement pas rond dans ce pays. Et on pourrait en dire autant de l’élection de Justin Trudeau au Canada, François Hollande en France, pour ne nommer qu’eux.

L’infiltration

Pendant que les leaders occidentaux créent des monstres de Frankenstein et multiplient l’influx de réfugiés qu’ils créent eux-mêmes par leurs bombardements en Syrie et en Irak, attisant encore plus l’animosité contre l’Occident, l’Arabie Saoudite est soupçonnée de financer en catimini certaines activités des islamistes, d’utiliser certaines mosquées occidentales pour répandre l’idéologie wahhabite, cette version puritaine et archaïque de l’islam dont s’inspirent les islamistes et faire du recrutement et de l’endoctrinement pour le compte d’organisations terroristes. Il a été rendu public récemment qu’un document gouvernemental américain de 28 pages prouverait un lien entre le gouvernement saoudien et les attentats du 11 septembre 2001, mais jusqu’ici, le gouvernement américain refuse de le déclassifier et le rendre public. Encore de quoi alimenter les amateurs de théories du complot.

La solution n’est pas si simple

On semble vouloir nous faire croire que l’ennemi à abattre est l’État Islamique. Notre fameux «monstre de Frankenstein». Alors on brandit le spectre de ce monstre pour récolter le soutien des populations des démocraties occidentales pour plus de bombardements qui ne font en réalité que faire plus de réfugiés et plus de ressentiment contre l’Occident. Mais pourquoi ne parle-t-on pas d’envoyer des troupes pour pacifier la région et annihiler la bête? Si nous sommes vraiment en guerre, ce n’est pas en se contentant de larguer des bombes du haut des airs qu’on va la gagner, non? Après tout, l’EI ne dispose pas d’une véritable force militaire. Il ne pourrait certainement pas résister longtemps à un assaut par des troupes de l’OTAN, non? Et pourtant, l’alliance militaire supposément la plus puissante au monde n’a pourtant pas pu débarrasser l’Afghanistan des Talibans. Aura-t-elle plus de succès avec l’EI? Difficile pour nos soldats de poursuivre un objectif qui n’est pas clair. Difficile aussi pour nos soldats de se battre avec les mains attachées dans le dos parce que les leader occidentaux, le Président Obama en tête, ne semblent pas avoir à cœur de vouloir aller à fond pour annihiler l’EI et ce n’est certainement pas par manque de ressources  militaires ou parce que l’opinion publique est contre. Alors pourquoi?

Est-ce peut-être parce que la guerre contre le terrorisme est supposée être une guerre perpétuelle permettant à nos valeureux leaders d’imposer des mesures de sécurité de plus en plus oppressives et une surveillance de plus en plus étroite envers ses citoyens? N’avez-vous donc pas remarqué comment notre monde se fait de plus en plus orwellien depuis le 11 septembre 2001?

Dans sa récente chronique au Journal de Montréal, Richard Martineau pose une question que je trouve extrêmement pertinente:

«Qu’est-ce qui vous fait le plus peur: Big Brother ou les fous d’Allah?»

Sa chronique me laisse un petit doute que personnellement, il a plus peur des fous d’Allah. C’est drôle, mais il y a 260 millions de personnes qui pourraient témoigner du fait qu’on devrait s’inquiéter davantage de Big Brother si elles n’étaient pas toutes mortes au XXe des mains de leur propre gouvernement. Je dirais qu’en comparaison, les islamistes font figure d’enfants de chœur, vous ne trouvez pas?

Fait intéressant, j’ai publié un commentaire à cet effet dans la section commentaires de cette chronique. Le commentaire se lisait comme suit:

«Qu’est-ce qui vous fait le plus peur: Big Brother ou les fous d’Allah?»

Considérant qu’au XXe siècle 260 millions de personnes on été tuées par leur propre gouvernement, vous devriez avoir bien plus peur de Big Brother. Les fous d’Allah, ce sont des amateurs en comparaison.

Soit dit en passant, les fous d’Allah sont financés par l’Arabie Saoudite et armés par les États-Unis et leurs alliés. Essayez de deviner pourquoi…

Ce commentaire a été promptement supprimé par les modérateurs. Tiens, tiens…

 

Ce cancer qui ronge la Grèce

Par Philippe David

Il est évident que la Grèce est aux soins palliatifs et que tous ceux qu’on considère les plus grands cerveaux économiques n’arrivent pas à trouver un remède mais s’efforcent seulement d’essayer de prolonger sa vie un peu plus et ce faisant, ils ne font que prolonger l’agonie. Mais la mort viendra inévitablement puisque la vraie cause du mal y demeure entière. Ce qui est fait présentement avec plan de sauvetage par-dessus plan de sauvetage ne fait que maintenir le patient en vie pour quelques heures de plus et, qui plus est, rend cette agonie de plus en plus souffrante.  

Il est probablement déjà trop tard pour la Grèce. Il aurait probablement fallu intervenir il y a des années, voire des décennies avant pour pouvoir la guérir, mais beaucoup d’autres pays souffrent du même mal, du même cancer. Il n’est pas au même stade de développement dans ces autres pays, mais il se développera inexorablement jusqu’à sa phase terminale tout de même si rien n’est fait pour le contrer. Votre pays est-il infecté? Probablement! Mais contrairement à la Grèce, peut-être est-il encore temps de le sauver, mais encore faudrait-il faire le bon diagnostic. Ne comptez pas sur les Krugman et les Stiglitz pour le faire. Leurs prescriptions ne feront qu’accélérer les choses.

Les symptômes

On fait grand cas de l’endettement chronique de la Grèce. De l’attachement de ses citoyens à leurs acquis sociaux ou des excès de ces acquis par rapport à ses voisins. Mais ce ne sont là que des symptômes. Le véritable mal est bien plus profond. Les autres symptômes sont une méfiance de l’économie de marché, la diabolisation des entrepreneurs et l’intervention toujours croissante de l’interventionnisme d’état dans l’économie, ainsi qu’une adulation du politique comme solution à tout. (Oh non! Il est arrivé X! Ça n’a pas de bon sens! Il faut absolument que le gouvernement intervienne! Vous connaissez ce refrain?)

Tous ces symptômes sont causés en réalité par une mentalité dont la prémisse principale est la haine de l’individu et l’adulation du collectif. Elle tient pour vérité que tout ce qui est bon pour la société doit forcément venir d’un effort collectif plutôt qu’une initiative individuelle. Elle ne perçoit pas les entrepreneurs  comme étant des gens au service de leur clientèle, mais plutôt des scélérats au service du profit et du capital. Pas des innovateurs dont le travail nous rend la vie plus aisée, mais des égoïstes à abattre ou à contrôler.

Cette mentalité ne jure que par l’idée que l’individu n’est pas digne de confiance et que par conséquent, il doit être contrôlé et réglementé et par extension, tout ce qu’il produit doit l’être également. Malheureusement, elle oublie que ceux qui exercent le contrôle sur leurs semblables sont aussi des individus qui par on ne sait quel prodige, sont supposés être plus dignes de confiance que leurs semblables, mais qui dans la réalité, sont tout aussi faillibles.

Un environnement toxique

L’activité économique est supposée rendre nos vies meilleures. C’est elle qui met le pain sur notre table et produit ce pain de façon toujours plus efficace et moins coûteuse par l’innovation. Pendant des siècles nous faisions économiquement parlant, du sur-place. N’arrivant à produire que ce qui est nécessaire pour la subsistance, mais sans plus. Puis, certaines idées sont venues changer la donne et ont amené l’époque des lumières et la révolution industrielle.  Ces idées nous ont permis de produire plus que nous n’avions jamais réussi à produire jusqu’alors. Bien au-delà de la simple subsistance. Notre niveau de vie s’est alors élevé. Des innovations en agriculture et en production industrielle nous ont aussi permis de produire en plus grande quantité, mais avec moins de ressources. Cela nous a rendu beaucoup plus riches collectivement, que nous ne l’avions été. Même les masses pouvaient s’offrir des commodités que même les riches d’antan ne pouvaient avoir parce qu’elle n’existaient tout simplement pas.

La somme de ces idées, maintenant largement oubliées est ce que nous avons appelés le libéralisme et le capitalisme.  Or l’essence du libéralisme est l’idée de l’individu comme moteur du progrès plutôt que le collectif et de la productivité et création de la richesse comme solution aux problèmes plutôt que la politique. Tout le contraire de ce que nous vivons présentement dans la plupart des démocraties occidentales.

Dans un tel environnement, l’individu possède tout les incitatifs et la liberté d’innover, de s’enrichir et de poursuivre son propre bonheur. La seule façon de s’enrichir honnêtement est de produire ce qui est désirable à suffisamment de consommateurs pour permettre de prospérer puisque personne n’a le pouvoir de forcer quiconque à acheter ce que l’on produit. C’est donc le consommateur qui, par ses choix décident quels producteurs prospèrent et quels font faillite.  Dans un environnement où c’est le politique qui contrôle et réglemente la production, c’est tout autre chose.

Quand les producteurs doivent répondre à des impératifs politiques, le consommateur n’est plus au centre des préoccupations. Il est relégué à un rôle bien plus loin sur la liste des priorités. Un homme d’affaire voulant s’enrichir a plus d’intérêt à maintenir ses contacts politiques pour protéger son petit fief de ses compétiteurs ou financer ses opérations par subvention,  que de bien servir ses clients ou de suivre un bon plan d’affaires pour obtenir du financement bancaire. Pour obtenir des faveurs des politiciens, ils doivent aussi retourner l’ascenseur pour assurer que les politiciens qui lui sont favorables, restent en place. Nous obtenons alors une économie de plus en plus orientée vers la satisfaction de groupes d’intérêt revendicateurs qu’envers les besoins des consommateurs. Un des meilleurs exemples actuellement est le conflit qui oppose Uber aux cartels de taxi dans diverses villes. Il est plutôt clair que l’intérêt du consommateur n’a que très peu d’importance aux yeux des cartels de taxis et lequel des deux partis est défendu par l’état? Devinez! Je vous laisse trois chances.

Nous assistons alors à l’avènement d’une vision économique à très cout-terme. Les objectifs politiques changeant au gré des partis au pouvoir, l’horizon temporel du politicien typique se termine à la date des prochaines élections, après lesquelles il peut concevablement être chassé du pouvoir. Il a donc très peu d’intérêt à planifier des politiques dont ses adversaires politiques pourraient s’approprier les fruits s’ils mûrissent trop tard. À long-terme, nous sommes tous morts, disait Keynes, sauf que tôt ou tard, nous finissons par aboutir dans le long-terme des politiques à courte-vue et nous en subissons les conséquences. Ainsi, Lord Keynes est bel et bien mort aujourd’hui, mais nous vivons les conséquences à long-terme des ses idées court-termistes.

Une des conséquences de cette vision, le clientélisme politique, a mené à l’accaparement de plus en plus de services et de ressources par le secteur public au détriment du privé afin d’offrir des programmes sociaux de plus en plus onéreux offerts gratuitement ou semi-gratuitement.  La gratuité ou semi-gratuité de ces services entraînant naturellement une surconsommation et le surendettement de l’état qui ne pas mathématiquement suffire à une demande infinie.  Mais, à long-terme, nous sommes tous morts, n’est-ce pas? Il faut vivre dans le présent et nos petits-enfant trouveront bien le moyen de réparer nos bavures.  Pas vrai?

Le remède

Même si, d’un coup de baguette magique, on effaçait la dette grecque, la Grèce ne serait pas guérie pour autant.  L’Histoire est replète d’exemples de pays qui ont fait faillite et qu’une fois libérés de leurs dettes, ont laissé le naturel revenir au galop et se sont retrouvés une fois de plus dans la même situation. La mentalité collectiviste anti-capitaliste est une drogue qui promet une vie facile aux dépens des autres et qui vous donne un sentiment euphorique jusqu’à ce que la réalité vienne nous rattraper. Comme toute addiction, le seul remède est de reconnaître la source du problème et de briser le cercle vicieux.  Cessez de croire que l’état peut tout vous donner gratuitement indéfiniment. Il n’y aura jamais rien de gratuit en ce monde. Tout doit être payé d’une façon comme d’une autre. Ne comptez pas sur les politiciens pour vous aider, ce sont eux qui vous fournissent la drogue. La solution est dans un changement d’attitude dans chacun de vous.

Vivre à crédit

Par Philippe David

C’est étonnant, mais la situation en Grèce et les réactions à cette crise que j’observe me font réaliser à quel point certains peuvent être ignorants du côté sombre du crédit. Par exemple beaucoup en Grèce et ailleurs s’imaginent que si les grecs font un doigt d’honneur aux banques européennes et leur «austérité», les grecs pourront maintenir leur beau train de vie et que les retraités continueront d’empocher leur retraites et que le gouvernement grec pourra continuer à fonctionner comme il l’a fait depuis plus de trois décennies, c’est à dire en vivant à crédit. Il faut vraiment croire aux licornes parce que rien ne pourrait être plus farfelu. Si c’est votre croyance, une petite leçon de crédit 101 s’impose. Commençons par les bases.

La nature d’une dette.

Vous avez besoin d’argent pour quelque chose que vous jugez important (pour l’instant, nous allons faire abstraction du besoin comme tel).  Vous n’avez pas l’argent maintenant, mais vous savez que vous l’aurez dans le futur et épargner pour ramasser la somme serait trop long.

Votre voisin, lui, a le montant d’argent que vous avez besoin, vous aimeriez lui demander de vous le prêter, mais autrement que par charité, pourquoi le ferait-il? Pendant le temps que vous prendrez à lui rembourser cet argent, il y a mille et un usages auxquels il aurait pu mettre cet argent beaucoup plus plaisant ou profitable que de vous le prêter. Pour le convaincre, vous devez lui offrir un incitatif pour compenser la perte de jouissance de son argent pour le terme du remboursement. Rendre la chose «intéressante» pour lui, si on peut dire. C’est pourquoi nous avons appelé cet incitatif «l’intérêt».  Vous allez donc négocier avec votre voisin pour le taux d’intérêt pour lequel il consentira  à vous prêter son argent. Puisqu’il n’est pas le seul qui pourrait vous prêter l’argent, il ne peut pas vous demander un taux abusif parce qu’il vous suffit d’aller demander à quelqu’un d’autre.

Cependant, qu’est-ce qui lui prouve que vous lui rembourserez la somme dans les délais prévus? S’il vous connaît et sait que vous êtes une personne honorable à laquelle il peut faire confiance, votre poignée de main pourrait lui suffire, sinon il vous faudra peut-être fournir le témoignage d’une personne qui vous connaît et qui sait que vous êtes digne de confiance ou un endossement formel d’un tiers de bonne réputation ou à l’extrême, vous devrez peut-être offrir quelque chose en collatéral. Bref, ça prend un certain lien de confiance. Si votre réputation est bonne, ce n’est pas un gros problème, mais si elle ne l’est pas, c’est possible que vous ayez plus de difficulté à trouver quelqu’un qui voudra vous prêter et vous aurez probablement à payer un taux d’intérêt plus élevé pour arriver à convaincre quelqu’un à vous prêter l’argent dont vous avez besoin.

Je vois souvent des gens pester contre les intérêts. Certains voudraient même les abolir. Maintenant vous savez à quoi ils servent et pourquoi ils existent.  Vous ne pourriez tout simplement pas emprunter s’il n’y avait pas d’intérêt.  Donc les abolir serait illogique.

Jusqu’ici nous n’avons discuté que d’emprunts entre individus, mais le principe est le même le même lorsqu’on parle d’emprunts par une firme ou par un état. L’emprunt est une entente contractuelle où une partie prête un montant d’argent qui est sa propriété à une autre partie. En échange la seconde partie promet de rembourser le montant intégral, plus un certain pourcentage d’intérêt. Essentiellement, de négliger de rembourser équivaut à de la fraude, puisque l’emprunteur se trouve à voler la propriété du prêteur. Si vous faites ça, les prêteurs y penseront probablement deux fois avant de vous prêter une autre fois et avec raison. Mais tant que les deux parties respectent les termes du contrat, c’est profitable aux deux.

Bonne dette, mauvaise dette

Maintenant, il existe de bonnes et de mauvaises dettes. Les bonnes dettes vous enrichissent à long-terme, les mauvaises vous appauvrissent. Si vous empruntez pour investir dans une entreprise qui est profitable et qui vous rapporte un montant plus grand que l’emprunt et l’intérêt, c’est un bon prêt. Si par contre vous empruntez pour quelque chose qui ne vous rapportera rien, un bien consommable, par exemple, c’est une mauvaise dette. Si c’est une excellente idée d’emprunter pour investir, emprunter pour consommer est une chose à éviter le plus possible. Si vous voulez vous procurer un bien consommable qui n’est pas d’une absolue nécessité, il serait bien plus intelligent d’économiser et attendre d’avoir le montant en poche avant de l’acheter. Emprunter pour s’acheter une nouvelle télé quand l’ancienne fonctionne encore ne serait pas terriblement intelligent. 

Le problème est que ça fait belle lurette que nous accumulons les mauvaises dettes, tant individuellement que collectivement. Tout partisan de développement durable devrait prendre note que si toute mauvaise dette devrait être à proscrire dans vos finances personnelles, vous devriez aussi considérer que la même situation dans les finances publiques est toute aussi néfaste. Pourtant, quand avez-vous déjà entendu Greenpeace ou Équiterre se prononcer contre l’endettement excessif des états? Pourtant, quand nous avons des gouvernements qui contrôlent plus de 50% du PIB d’un pays, c’est un facteur qui ne peut pourtant pas être négligé. 

Et pourtant, il est plutôt rare que les états font des emprunts qui créent de la richesse puisque les gouvernements ne créent aucune richesse, ils ne font que la redistribuer. Tout ce que le gouvernement vous donne, il doit d’abord le confisquer de quelqu’un d’autre. Plus souvent qu’autrement, une bonne partie des montants collectés en taxes et impôts est également gaspillé et ne rapporte absolument rien en termes de biens et services réels. Donc, mis à part l’argent emprunté pour certains biens immobiliers, représenté par la dette nette, tout le reste est une perte sèche qui ne peut être remboursée que par le prélèvement de taxes et impôts futurs. Donc, quelque part dans le futur, ces taxes et impôts seront prélevés en plus de ceux qui auraient déjà été prélevés pour les besoins courants. Encore une fois, si vous croyez que ce genre de consommation de ressources s’inscrit dans le registre du développement durable, vous vous mettez le doigt dans l’oeil parce que c’est littéralement tout le contraire: nous dévorons aujourd’hui ce qui sera produit demain plutôt que de consommer ce qui a été produit hier (c’est ça le développement durable). Ce que nous faisons, autant en tant qu’individus qu’à travers nos gouvernements c’est de la surconsommation. C’est s’empiffrer dans un buffet et laisser la facture aux générations futures.

Pile je gagne, face tu perds.

aujourd’hui, les grecs ont voté massivement non aux mesures d’austérité que voulaient leur imposer leurs créditeurs. Je ne sais pas ce qu’ils s’imaginent que ça va leur donner de faire le doigt d’honneur à leurs créanciers. Le choix qui leur était donné dans ce référendum était équivalent à choisir entre le peloton d’exécution et la chaise électrique.

On les voit célébrer et on peut se demander pourquoi ils fêtent. S’ils s’imaginaient gagner quelque chose en votant non, ils rêvent en technicolor. Ce qui les attend sera un effondrement bancaire et une dépression économique dont ils ne seront pas près de se relever et ils n’auront pas d’autre choix que de réviser leur niveau de vie à la baisse de toute façon. L’austérité s’imposera que ce soit par leurs créanciers ou autrement parce que ça prendra un certain temps avant que quelqu’un prête de l’argent au gouvernement grec. Ça a toujours été un no-win scenario, du moins à court-terme. 

La bonne nouvelle, c’est qu’après une sévère correction, l’économie grecque va sûrement reprendre sur des bases plus solides. On ne peut qu’espérer que les grecs auront appris la leçon que leur gouvernement ne peut pas tout leur payer indéfiniment et que le nôtre va réaliser que lui non-plus ne le peux pas avant que nous nous retrouvions dans la même situation. J’espère que nous réaliserons tous que l’endettement chronique, autant personnel que collectif est une sorte d’esclavage volontaire et de s’en libérer sera toujours pénible.

La Grèce: un canari dans la mine de charbon

Par Philippe David

Un drame désolant se déroule sous nos yeux en Grèce. Dans une entrevue radiophonique, Germain Belzile, professeur d’économie aux HEC (entre autres), l’a décrit comme un « slow motion train wreck » ou un déraillement ferroviaire au ralenti pour les fanatiques du français.  Nous le voyions arriver depuis longtemps, mais la Grèce va finalement amener le socialisme à son aboutissement logique. Car contrairement à ce que certains peuvent prétendre, les grecs ne sont pas victimes des banques et d’un capitalisme débridé, ils sont les victimes du socialisme débridé et des vendeurs de rêves de leur gouvernement qui les avait convaincu qu’on pouvait vivre la belle vie avec seulement un minimum d’effort et en vivant indéfiniment à crédit. 

Le rêve

Il y a une raison pourquoi le socialisme est toujours aussi populaire, c’est parce qu’il nous fait rêver d’un monde magique d’abondance sans travail. Un monde où l’argent pousse dans les arbres et il ne suffit que de le distribuer. La richesse  n’a pas besoin d’être créée, elle existe tout simplement et il ne suffit que de la prendre dans les banques et dans les poches des riches. Dans ce monde, il n’est pas nécessaire de produire quoi que ce soit, si nous le demandons, il apparaitra par magie et nous n’avons qu’à le prendre sur les tablettes. Le problème, c’est qu’on peut bien ignorer la réalité pendant un certain  temps, mais la réalité, elle, ne nous ignorera pas.

La réalité

La logique dicte que si vous voulez pouvoir consommer quoique ce soit, quelqu’un doit déjà avoir produit ce que vous désirez et de plus, afin de pouvoir l’acheter, vous devez également avoir produit quelque chose de valeur suffisante vous-même. Du moins, si on parle de consommation responsable et soutenable. S’il peut être utile parfois de consommer à crédit, la sagesse a toujours dit de ne pas en abuser. Ce n’est certainement pas cette sagesse qui pousse les individus de s’endetter à 150% de leur revenu disponible et ce n’est pas plus débordant de sagesse pour un état d’en faire autant.

On entend souvent une certaine gauche dire que nous ne pouvons pas comparer l’état à une famille. D’une certaine façon, ils ont raison. Quand un état s’endette à outrance, c’est des millions  de familles qui sont ruinées, pas seulement une. C’est donc mille fois pire quand un état fait faillite, que lorsqu’une famille fait faillite. Certains ici croyaient que ce n’était pas possible. Il étaient ignorants de l’histoire car non-seulement de nombreux pays ont fait faillite avant ça, mais la Grèce elle-même a déjà fait faillite plus d’une fois auparavant. Vous croyiez que l’austérité était terrible? Attendez un peu que la faillite vienne détrousser les grecs de toutes leurs épargnes et leur pouvoir d’achat. Vous n’avez encore rien vu!

Le clientélisme à outrance

«Une démocratie est toujours temporaire par nature, elle ne peut tout simplement pas exister comme une forme permanente de gouvernement.

Une démocratie existe jusqu’au jour où les électeurs découvrent qu’ils peuvent se voter de généreux cadeaux provenant du Trésor Public.

A partir de ce moment là, la majorité vote toujours pour les candidats qui promettent le plus d’avantages provenant du trésor public et le résultat, c’est que toute démocratie se termine toujours par un effondrement en raison d’une politique fiscale laxiste ».

Alexander Fraser Tytler

Les grecs ont découvert qu’ils pouvaient se voter des largesses du trésor public autour de 1980. Depuis, les politiciens qui ont été élus à la tête de ce pays ont été ceux qui ont offert le plus de « nananes » aux électeurs. Ce clientélisme effronté a donné lieu à la création de programmes gouvernementaux onéreux à souhait, à des subventions à outrance aux entreprise et une économie de la recherche de la rente. Ceci devrait sembler plutôt famillier au Québec. C’est notre sport préféré après le hockey.

Les conséquences de ce genre de jeu politique sont facile à prédire comme le député et économiste français Frédéric Bastiat l’a fait en 1848:

«L’Etat ne peut avoir beaucoup d’argent qu’en épuisant tout le monde et les masses surtout. (…) Aujourd’hui qu’on a admis en principe que l’Etat est institué pour distribuer la richesse à tout le monde, il est naturel qu’on lui demande compte de cet engagement. Pour le tenir, il multiplie les taxes et fait plus de misères qu’il n’en guérit. Nouvelles exigences de la part du public, nouvelles taxes de la part de l’Etat, et nous ne pouvons que marcher de révolution en révolution. (…) Le peuple sera écrasé d’impôts, on fera emprunt sur emprunt; après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir. (…) On verra le peuple tout entier transformé en solliciteur. Propriété foncière, agriculture, industrie, commerce, marine, (…) tout s’agitera pour réclamer les faveurs de l’Etat. Le Trésor public sera littérallement au pillage.»

Ce sera toujours le résultat inévitable du mariage de la démocratie et du socialisme. Et il ne fonctionne, comme l’avait souligné Margaret Thatcher que jusqu’au jour où l’argent des autres vient à manquer. 

Le gouffre

Tsipras s’imagine sauver les grecs alors qu’il n’a qu’appuyé plus fort sur l’accélérateur du train qui roule vers un pont démoli au dessus d’un gouffre. Il entrainera probablement plus d’un autre état à sa suite. La Grèce, c’est le fameux canari dans la mine de charbon qui signale quand un coup de grisou est imminent et toutes les démocraties occidentales devraient prendre des notes parce qu’elles jouent toutes au même jeu à divers degrés et suivent la même trajectoire qui les mènera tôt ou tard au même destin.

Le Québec n’est pas la Grèce, mais…

Considérez ceci:

  • Le même clientélisme politique qui existe en Grèce, existe ici.
  • Comme les grecs, nous avons la dette la plus élevée du Canada,
  • des programmes sociaux plus généreux et onéreux que les autres provinces,
  • le plus grand nombre d’employés publics par habitant avec des salaires et avantages bien au-delà de la moyenne du secteur privé.
  • Nous subventionnons les entreprises 3 fois plus que l’Ontario, compte denu de notre population et il n’y a que peu de secteurs de l’économie où le gouvernement n’intervient pas.
  • Nous partons aussi à la retraite plus tôt que le reste des canadiens.
  • Et comme les grecs, nous sommes allergiques à la responsabilité fiscale, au point que nous descendons dans les rues pour protester contre une austérité qui, comparativement à celle imposée à la Grèce, est inexistante. Notre gouvernement n’a absolument pas coupé dans ses dépenses, seulement dans croissance de ses dépenses et notre bonne gauche syndicaliste hurle et déchire sa chemise. Imaginez s’il y avait de vraies coupures.

C’est beaucoup de points communs que nous avons avec les grecs, vous ne trouvez pas? Vous croyez peut-être que nous pouvons continuer à les imiter et que ça ne nous rattrappera pas un jour? Que nous ne subirons pas le même sort?

Pour être honnête, il y a une chose qui a fait que nous ne sommes pas encore arrivés à la même destination que la Grèce, c’est notre appartenance à la fédération canadienne. Contrairement à la Grèce, nous bénéficions d’un programme de répartition de richesse entre les provinces pauvres et les provinces riches. Nous sommes les plus gros bénéficiaires de ce programme, d’ailleurs.  Sans la péréquation, nous aurions une dette encore plus élevée (à moins bien sûr de réduire nos dépenses drastiquement et d’étrangler encore plus le contribuable)

Nous bénéficions aussi de la cote AAA du Canada également parce que, de la même façon que Québec est garant des dettes de ses villes et municipalités, Ottawa est garant des dettes de ses provinces et c’est la seule et unique chose qui nous a sauvé de plus grosses décotes des agences de notation, ce qui aurait augmenté considérablement nos coûts d’emprunts.

Certains, comme Mathieu Bock-Côté m’accuseront d’hair le Québec, parce que bien sûr, dans leur esprit, quiconque a le culot de critiquer leur bien-aimé système social-démocrate basé sur le tout à l’état, doit nécessairement être un anti-patriote et un anti-nationaliste primaire . Il faut forcément haïr le Québec et être à la solde du colonialisme « canadian ». Il faut forcément vouloir nier les aspirations légitimes du peuple québécois d’avoir un pays pour affirmer que sans le reste du Canada, la cigale québécoise serait dehors au froid et sur les bords du même gouffre que la Grèce, n’est-ce pas?

Pourtant, qui aime plus le Québec? Celui qui lui proclâme un amour infini et qui, sciemment ou non fait l’autruche? Ou celui qui tente de le détourner de son autodestruction? Désolez-vous pour ces pauvres grecs autant que vous voulez, mais tôt ou tard, si nous continuons sur la même route, ce sera de nous qu’on se désolera.

Ces grands défenseurs incohérents de la liberté

Par Philippe David

C’est étonnant les incohérences que nous pouvons relever lorsque nous comme confrontés à des débats concernant les droits et les libertés .

Prenons par exemple l’attentat contre Charlie Hebdo et le débat sur la charte qui faisait rage il y a environ un an. Il y a quelques jours, Mathieu Bock-Côté se faisait un devoir de nous faire la leçon dans son texte Liberté d’expression 101 dans lequel il défend la liberté de Charlie Hebdo d’imprimer tout se qu’il veut. Ce n’est pas que je sois en désaccord avec son texte, loin de là, mais je me demande si sa redécouverte soudaine des vertus des droits et libertés veut dire qu’il a changé d’avis sur la charte qu’il défendait si ardemment l’an dernier? Lui qui fustigeait tous ceux qui argumentaient pour les droits des croyants d’exprimer leur foi par des symboles religieux. ( Il m’a d’ailleurs rayé de sa liste d’amis Facebook pour cette raison et il n’a pas été le seul, d’ailleurs )

Inversement, je vois maintenant bien des gens qui ont combattu contre la charte à mes côtés, mais qui maintenant disent que Charlie Hebdo ne devrait pas imprimer des caricatures incendiaires. Que la retenue, la politesse et la courtoisie envers les croyants devraient être «obligatoires» (par une loi?).  Autrement dit, la liberté d’expression est correcte quand elle n’est pas trop controversée, mais si par hasard l’opinion nous rebiffe, alors là…

Les amis, je suis désolé d’avoir à vous le dire, mais si vous croyez avoir le droit de  libre-expression pour afficher votre foi, Charlie Hebdo a parfaitement le droit de faire des caricatures provocantes. Ce sont deux côtés de la même pièce. Nous ne pouvons refuser à l’un ce que nous permettons à l’autre et ce n’est pas parce qu’il s’agit de religion que vous êtes exempts. J’ai personnellement vu autant d’énormités dites ou écrites par des prédicateurs religieux de toutes les croyances que celles contenues dans Charlie Hebdo.

Dans mon cas, je me range derrière George Orwell qui a écrit «Si la liberté d’expression existe pour une raison, c’est pour pouvoir dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre.» La liberté d’expression n’existe pas pour échanger des banalités ou parler de météo. Elle existe pour pouvoir débattre de sujets controversés. Si vous voulez qu’on respecte votre point de vue, ayez la politesse de respecter celui des autres.

De plus, les droits individuels sont le seul rempart entre vous et un état totalitaire. Vous l’ignorez probablement, mais il est déjà mal en point. Si vous voulez que votre descendance grandisse un jour dans un pays similaire à la Corée du Nord, je vous en prie, continuez de réclamer à grands cris que l’état vous «protège» en les effritant davantage.

La plume et l’épée

Par Philippe David

Depuis toujours, les caricaturistes se donnent pour mission de ridiculiser les conneries de ce monde et le monde est certainement une source intarissable de bêtises. C’est leur job!  Dépassent-ils occasionnellement les limites du bon goût? Assurément! Mais il faut parfois choquer les gens pour les faire réfléchir. L’humour est souvent une source d’introspection. Du moins, pour ceux qui en sont capables (une infime minorité, j’en conviens).

C’est, je crois, ce que Charlie Hebdo faisait. Ses auteurs et caricaturistes poussaient la limite du bon goût et brassaient les cages afin de réveiller les gens et pour eux, aucun sujet n’était tabou. Ils s’attaquaient autant à des figures politiques, des célébrités et toutes les religions.  Ils débusquaient sans aucune gêne la connerie, où qu’elle se trouve.

Pourtant, de tous les groupes qu’ils ont piqué de leurs plumes, un seul a tenté par deux fois de les réduire au silence par la violence. Certains disent que Charlie Hebdo est l’artisan de ses propres malheurs. «Qui sème le vent récolte la tempête», disent-ils. «Ils ont été beaucoup trop incendiaires, ils sont allés trop loin!» Vraiment? N’est-ce pas comme dire qu’une femme mérite d’être violée parce que sa tenue dévoile un peu trop de peau au goût de certains?  L’insulte et le ridicule ne sont pas les crimes, mais le meurtre et l’intimidation, eux, le sont. Devrions-nous plier l’échine et laisser des barbares nous dicter ce que nous pouvons et ne pouvons pas publier dans un journal à coup de kalachnikov? C’est inacceptable! Si un journal publie quelque chose qui vous déplaît ou qui vous offense, vous pouvez envoyer une lettre à l’éditeur, faire une plainte, protester, dénoncer mais VOUS NE POUVEZ PAS TUER!!!!  Suggérer que les gens de Charlie Hebdo ont mérité ce qu’il leur est arrivé, c’est cautionner que la violence est une réponse légitime à leurs écrits et leurs dessins.

Ce n’est pas d’hier…

Ce n’est pas d’hier que ce genre de chose se produit. Comme Mario Roy,  ancien éditorialiste de La Presse nous le rappelle sur son blogue, L’occident a la chienne depuis 15 ans.   Souvenons-nous des émeutes suite à la publication des caricatures de Mahomet dans le quotidien danois  Jyllands-Posten, des batailles légales d’Ezra Levant et Mark Steyn contre les diverses commissions des droits canadiennes et tous les assassinats commis en criant «Allahu ackbar».  Tous des actes de barbarie abjecte.

Il est étonnant de voir à quel point les médias sont complaisants.  Vous pouvez critiquer ou même ridiculiser toutes les religions, sauf une: l’islam. La foi des musulmans est-elle si fragile qu’elle ne supporte aucune critique? Je ne peux pas concevoir que dans une société civilisée, nous tolérons qu’un groupe se conduise en brute de cour d’école à chaque fois que quelqu’un critique sa religion. C’est intolérable.

Encore aujourd’hui,  un imam à Ottawa déclarait que de faire des caricatures de leur prophète devrait être illégal. Je l’inviterais à utiliser la liberté dont il jouit au Canada pour déménager ses pénates dans un pays qui concorde mieux avec son idéologie (l’EI, par exemple)  parce qu’il n’y a aucune bonne raison d’avoir une telle loi ici au Canada.  Non seulement cautionne-t-il les attaques contre les médias, mais il voudrait utiliser la force de notre gouvernement contre nous-même. Quel culot tout de même! Si tous les musulmans s’indignaient des conneries faites au nom de leur religion la moitié de ce qu’ils s’indignent pour les caricatures, Charlie Hebdo aurait beaucoup moins de matériel à se mettre sous la dent! Ce n’est pas parce que Charlie Hebdo fait des caricatures que les islamistes font des conneries, c’est parce que les islamistes sont cons que Charlie Hebdo fait des caricatures.

Les canards du kiosque de tir

Un autre aspect de ce drame que peu de chroniqueurs québécois ou français  vont mentionner est que les employés du Charlie Hebdo auraient pu tout aussi bien se promener avec une cible peinturée dans le dos.  Comment est-ce possible que des hommes puissent débarquer au milieu d’un quartier affluent de Paris avec des kalachnikovs à la main? Ces armes ne sont-elles pas interdites en France? Car, voyez-vous, pour ceux qui veulent aller commettre un acte terroriste, les interdiction contre les armes à feu sont le cadet de leurs soucis. Nous avons pourtant vu de nombreuses vidéos des tueurs. Et si ces gens avaient été armé d’autre chose que des caméras, les tueurs auraient-il pu faire  autant de victimes?  Nous ne le sauront jamais.

Toujours est-il que ces interdictions ont transformé les citoyens ordinaires en canards de kiosque de tir.

La plume et l’épée

Vous pouvez tuer un caricaturiste, un éditorialiste ou un chroniqueur, un autre prendra leur place. Les idées sont à l’épreuve des balles. La plume demeurera plus puissante que l’épée tant que nous ne nous laisseront pas intimider par des barbares.  Après tout, si des millions publient ces caricatures, ils ne peuvent pas tous nous tuer. Même si Charlie est un canard de gauche, je me battrai jusqu’à la mort pour son droit d’exister et de s’exprimer.

Quand les gougounes se mêlent d’économie…

Réponse à Marilyse Hamelin

 

Par Philippe David

Chère madame,

L’économiste Murray Rothbard a dit un jour que « ce n’est pas un crime d’être ignorant(e) en économie, qui est après tout une discipline spécialisée que la plupart des gens considèrent comme une «science lugubre», mais il est totalement irresponsable d’exprimer une opinion forte et bruyante des sujets économiques tout en demeurant dans cet état d’ignorance. » Vous auriez dû tenir compte de ce sage conseil lorsque vous avez rédigé votre chronique car vous y avez étalé toute votre ignorance de façon magistrale! Il y a tellement d’erreurs factuelles dedans qu’on ne sait guère où commencer. Commençons donc par le commencement.

Roosevelt, le New Deal et la Grande Dépression.

Je dois admettre que sur ce sujet, si vous avez erré, c’est probablement la faute de notre système d’éducation qui véhicule de nombreux mythes sur cette période de l’histoire. C’est aussi probablement parce que les historiens ne connaissent rien non plus en économie et qu’ils ne savent pas interpréter les résultats des politiques économiques qui ont été mises en vigueur pendant cette période, encore moins d’en évaluer l’efficacité.

Depuis ce temps, des économistes comme Harold Cole et Lee O’Hanian à UCLA ont déterminé que le New Deal de Roosevelt, plutôt que de mettre fin à la Grande Dépression, l’ont plutôt rallongée de 7 ans.  D’ailleurs,  pourquoi pourriez-vous croire que le New Deal ait vraiment été un succès alors que le chômage était encore à peu près au même niveau en 1941 quand les États-Unis sont entrés en guerre, que lorsque Roosevelt a pris le pouvoir? S’il vous était donné de faire quelques recherches, vous seriez probablement étonnée d’apprendre que la cause de la Grande Dépression n’était pas, tel que les historiens le prétendent, le krach de 1929, quoiqu’il y ait contribué, mais plutôt les interventions gouvernementales et de la Réserve Fédérale qui ont transformé ce qui aurait été une courte récession en une dépression de plus d’une décennie.

Bien sûr, le problème du chômage s’est vite résolu en envoyant les chômeurs se faire tuer au front, mais la prospérité était tout sauf revenue pendant la guerre alors que la presque totalité de la production était détournée à fabriquer des tanks et des bombes, alors que les gens à la maison devaient survivre avec des cartes de rationnement. Pourtant, la plupart des livres d’histoire vous diront que la dépression s’est terminée au début de la guerre.

Contrairement à ce que vous prétendez, les trente glorieuses qui ont suivi la guerre n’ont pas eu lieu grâce aux politiques social-démocrates de Roosevelt, mais simplement parce que les économies occidentales se sont remises à produire autre chose que du matériel militaire, libérant ces ressources pour inonder le marché de réfrigérateurs, de cuisinières, de laveuses-sécheuses, d’automobiles, de téléviseurs et de radios à transistor. Au fait, vous n’étiez pas sérieuse lorsque vous avez affirmé que les États-Unis n’ont connu aucune récession ni dépression de 1930 à 1970, j’espère? Commençons par le fait que pendant toutes les années 30, les États-Unis étaient en dépression et ont même réussi l’exploit d’avoir une récession à l’intérieur d’une dépression (en 1938), selon les données du NBER, de 1945 à 1975, les 30 années qui ont suvi la guerre, les États-Unis ont eu pas moins de sept récessions! Embarassant, n’est-ce pas? Mais ne laissez surtout pas les faits et les statistiques briser vos illusions!

Reagan, Thatcher, Mulroney et « l’austérité »
[Insérez la musique de « Psycho » ici]

Je ne veux pas trop m’étendre sur ce sujet, mais je vais m’y attarder juste assez longtemps pour montrer à quel point vos affirmations sont ridicules. Tout d’abord, puisque vous semblez totalement ignorante de ce qu’est vraiment une politique d’austérité, je vous offre une définition:

Politique d’austérité

Au niveau d’une nation ou d’une entreprise une politique d’austérité est le nom donné, en général par les opposants et de manière péjorative, à une politique qui vise à assainir la gestion.
Synonyme : politique de rigueur

S’il s’agit de résorber les déficits publics ou de diminuer l’endettement du pays, une politique d’austérité cherchera à réduire les coûts et les dépenses publiques.

Dans la lutte contre l’inflation, la politique d’austérité essaiera de faire baisser les prix par la diminution de la consommation en s’appuyant sur divers leviers :
– la restriction du crédit,
– la modération salariale,
– l’augmentation de la pression fiscale…

(Selon le Toupictionnaire.)

Expliquez-moi alors comment Reagan, Thatcher et Mulroney qui ont été au pouvoir respectivement 8,11 et 9 ans n’ont pas réussi à équilibrer leur budget pendant tout ce temps, à part pour Thatcher dans sa dernière année? De quelle austérité parlez-vous au juste?

L’exemple suédois… Ja ja!

Vous serez probablement surprise de me voir dire que j’approuve entièrement l’idée de suivre le modèle suédois. Cependant, ce n’est pas pour les raisons que vous croyez. Voyez-vous, comme tous les socialistes québécois, vous vivez dans l’illusion que la Suède est un pays social-démocrate et que sa prospérité prouve votre point. Mais c’est là que vous faites votre plus grande erreur.

En effet, la Suède a connu une période social-démocrate pendant les années 1970 et 1980 et ça les a mené sur le bord de la ruine. Un peu comme le Québec maintenant. Qu’ont-ils fait? Au début des années 90, suite à un krach bancaire, ils ont adopté, vous avez deviné… des politiques d’austérité. Ils ont réduit les dépenses de l’état, réformé et privatisé un grand nombre de services publics, réformé les retraites des fonctionnaires et mis fin à leur sécurité d’emploi. Ils ont aussi réformé leur système de taxation et dérèglementé l’industrie. Ils ont libéralisé leur système scolaire et introduit des bons d’études. Bref, toutes les politiques qui feraient hurler de désespoir la gauche québécoise.

La Suède a investi, c’est vrai, mais plutôt que d’investir dans l’État, elle a investi dans le marché.  Alors que vous croyiez par leur exemple prouver que les politiques d’austérité ne fonctionnent pas, la Suède, au contraire, a prouvé sans équivoque que ces politiques fonctionnent à merveille! Pas de chance!

Alors, la prochaine fois qu’il vous prendra l’envie d’émettre des opinions fortes et bruyantes sur des sujets économiques, essayez donc de faire quelque chose à propos de votre profond état d’ignorance du sujet. C’est vraiment embarassant.

Veuillez accepter, chère dame, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Manifestation contre l’avortement en France

avortement

Par Lisa Tremblay

Sur la scène des nouvelles internationales, dimanche le 19 janvier, une «Marche pour la vie» des opposants à l’avortement eut lieu. Cette marche a réuni 16 000 participants selon la police tandis que les organisations de catholiques français. Cette marche a eu lieu à l’Assemblée nationale du projet de loi pour l’égalité homme femme. Dans cette nouvelle loi, il contient un amendement visant à assouplir le recours aux interruptions volontaires de grossesse.

À l’exception de 2013, la marche a lieu chaque année, depuis 2005. En 2013, la marche s’était ralliée à la Manif pour tous du 13 janvier. Il est a noté que l’an dernier la manifestation a réuni près de 7 000 personnes selon la police et de 30 000 selon les organisateurs.

Le président français, M Hollande, doit se rendre le 24 janvier au Vatican, ce pour la première fois, afin de rencontrer le pape. Une pétition circule dans les milieux catholiques afin de sensibiliser le pape de la politique française au sujet des lois hostiles.

Le soutien du pape François

Le pape a souligné son soutien à la «marche pour la vie», il fut informé de cette initiative. Il a salué les participants les invitant à maintenir leur action afin de garder

Il faut noter qu’une semaine plutôt le pape François avait décrit l’avortement comme une «horreur» lors d’un discours au Vatican. Cette condamnation est l’une des plus fortes jamais entendu du nouveau souverain. Ceci soulève quelques débats sur la cote de popularité du pape de par son opinion forte et catégorique sur le sujet.

Le droit à l’avortement

Il y a également entre 200 à 300 personnes qui se sont rassemblé à la place d’Italie pour défendre le droit à l’avortement, en solidarité avec les femmes espagnoles et en réaction à la manifestation anti-IVG.

Les députés doivent se prononcer sur la suppression d’une notion peu connue qui est inscrite dans la loi de 1975. En effet, cette notion légalise le droit à l’interruption volontaire d’une grossesse. Celle-ci souligne que seule «la situation de détresse» justifie un recours. Dans l’amendement socialiste, dans le cadre du projet de loi souligne «la femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse» peut demander à un médecin son interruption.

En France soviétique, les gens veulent s’exiler en Russie

depardieumontage

Par Arielle Grenier

Cher Monsieur Depardieu,

Tout en sachant pertinemment que mon message risque de se perdre et de ne jamais aboutir dans votre boîte courriel, je me permets d’écrire ceci :

Lorsque j’étais petite, je regardais les Misérables en boucle. Un chocolat chaud pas très loin sur la table d’appoint, une grosse doudou m’enveloppant et j’attendais patiemment que l’histoire se termine pour la recommencer. J’étais émerveillée devant la volonté du père Madeleine, maire de Montreuil-sur-Mer, à générer le bien autour de lui, à se comporter de manière charitable, à pardonner et à souhaiter racheter sa vie pour ses dix-neuf années passées au bagne. C’est à 46 ans que Jean Valjean décide de changer de vie. Il crée une fabrique de verroterie, devient un industriel remarqué, puis accède au poste de maire quatre ans plus tard. Malgré le fait que les citoyens ignorent tout de son histoire, ses concitoyens le décrient comme un homme charitable qui met à profit son industrie pour aider les pauvres et pour faire construire deux écoles. Ce personnage m’a toujours fascinée, mais j’ignorais pourquoi. Tout ce dont j’avais la certitude, c’est que j’avais profondément en horreur Javert. Ce policier d’une logique cartésienne qui ne voulait pas donner crédit à la réinsertion de Jean Valjean.

Tout récemment, le Conseil constitutionnel a annulé la taxe de 75 % des très hauts revenus prévue par votre président, monsieur Hollande. Pour démarrer l’année, vous avez obtenu la nationalité russe. La Russie? Vous allez en Russie pour échapper du socialisme fiscal français… Qui l’eût cru? Aucune personne des années 80 n’aurait pu un jour se douter que l’autoritarisme russe s’effondrerait, que l’économie russe serait plus libéralisée que la France du président Hollande.

Nous savons que vous aimez votre France, Monsieur Depardieu, que vous avez consacré votre vie à l’art de la scène, à la diffusion de ce qu’elle détient de plus beau à offrir. Chapeau!

Monsieur Depardieu, je vous félicite d’avoir décidé de quitter un pays qui n’encourage apparemment pas la réussite, le succès et l’initiative.

Depuis le 1er janvier 2001, la Russie a abandonné le système progressif de Boris Eltsine par une flat tax de 13 %. Selon un rapport analysant les effets de l’instauration de la Flat Tax produit par l’Adam Smith Institute, la Russie a connu un taux de croissance si important qu’elle a pu redresser totalement ses finances publiques. À vrai dire, le produit de l’impôt sur le revenu a augmenté de plus de 20 %, permettant ainsi de combler le déficit de Boris Eltsine.

L’idée de la Flat Tax semble être attrayante pour vous, Monsieur Depardieu, et vous avez raison! Plusieurs économistes se sont intéressés au modèle de la Flat Tax. Selon les économistes Robert Ernest Hall et Alvin Rabushka de la Hoover Institution, en taxant les revenus et en excluant les investissements, l’économie américaine s’améliorerait considérablement. Dans The Flat Tax, les auteurs soulignent que le nombre d’heures de travail augmenterait de 4 % dans l’économie américaine. Elle permettrait une déduction des investissements découlant en une forte incitation à investir, une réaffectation massive de l’effort national qui serait favorable au revenu national tout en protégeant les pauvres de toute imposition. Les deux économistes ajoutent « qu’elle financerait ces baisses d’impôts en imposant judicieusement le revenu professionnel à un taux modéré augmentant ainsi les recettes fiscales fédérales provenant des entreprises ».

Comme le disait le conseiller du roi Henri IV, Barthélémy de Laffemas : « les hauts taux tuent les totaux ». Intéressant de savoir que ce dernier était tout sauf un libéral et qu’il considérait que l’impôt proportionnel était préférable à l’impôt progressif puisqu’il rapportait beaucoup plus à l’État.

Monsieur Depardieu, vous m’avez fait pleurer toute ma jeunesse par votre incroyable talent d’acteur et d’humain. Vous nous avez appris la compassion grâce à Monsieur Madeleine. Vous nous avez révélé que l’État, bien qu’il se veuille le gardien des droits, est souvent celui qui nous empêche d’être libres et d’avancer. Ce grand Victor Hugo, quoiqu’on lui prête l’intention d’avoir décrit la classe des moins nantis, il a nous aura enseigné l’empathie, la générosité, le dépassement de soi et aussi, le rêve. Il nous a démontré combien l’Homme pouvait être bon, qu’il pouvait pardonner et qu’il pouvait aimer même ceux qui l’ont blessé.

Monsieur Depardieu, je vous souhaite une heureuse année 2013 à votre capital, mais la Russie a encore beaucoup de chemin à faire vers l’atteinte des libertés individuelles. Ne devenez pas un instrument politique dans une mer de propagande. Jean Valjean vaut mieux que cela.

La spéculation invisible

Par Jean-Louis Caccomo

NDLR: Jean-Louis Caccomo est un économiste et écrivain français qui enseigne à l’Université de Marseille et l’Université de Perpignan. Ce texte que nous publions avec sa permission, discute des effets pervers de la gratuité universitaire en France, sujet plutôt pertinent ici au Québec. Nous lui souhaitons la bienvenue sur Contrepoids.

Imaginez que des parents financent les études de leurs enfants, en fermant les yeux, sans se soucier d’orientation, de réussite et de projet personnel. Si de tels parents ont à assumer l’intégralité du coût des études de leur progéniture, alors il arrivera un moment où ils demanderont des comptes. Ce n’est pas qu’ils soient économistes de formation, mais c’est dans la nature des relations humaines : si mon enfant me réclame tous les jours de l’argent de poche, je veux en connaitre son utilisation. S’il veut être libre d’affecter l’argent aux usages qu’il désire, alors il devra gagner lui-même son propre argent. Tel est le prix de la liberté : il faut donner en contrepartie du temps à la collectivité. C’est le sens du travail : la vraie solidarité. 
 
En France où l’on pose par principe que l’éducation constitue un service public, les parents ne prennent plus en charge l’intégralité du coût des études, même s’ils le font indirectement en tant que contribuable. Mais le contribuable n’a ni la même liberté ni la même responsabilité que le parent. Et plus il assume par la force des choses le rôle de contribuable, plus il se désengage de son rôle (irremplaçable) de parent. Or plus l’implication financière des parents (ou des étudiants) se réduit au fur et à mesure que grandit la sphère de la prise en charge publique, et plus le sens de la responsabilité est émoussé, entrainant une spéculation collective digne du pari pascalien.
 
Car, il y a la spéculation que l’on voit et que l’on s’empresse de dénoncer à chaque secousse boursière, et il y a la spéculation invisible que l’on ne contrôle plus mais qui engloutit pourtant notre argent à tous puisqu’il s’agit de l’argent public. Or n’oublions jamais que l’argent public n’est pas l’argent de l’Etat, mais l’argent que l’Etat nous a prélevé pour le gérer en notre nom afin de financer des biens et services publics qui ne sauraient être produits et gérés par les acteurs privés. Admettons qu’il existe des biens et services publics qui ne sauraient être produits et gérés par des acteurs privés, rien ne garantit pour autant que l’Etat soit rigoureux et compétent dans la gestion de tels biens, surtout s’il s’en accorde le monopole créant les conditions d’une absence totale de contre-pouvoir et d’obligation de résultats.
 Chaque année, la France consacre un budget important aux étudiants sans aucune évaluation de son résultat, juste pour faire du quantitatif, faisant croire au passage à certains jeunes esprits qu’ils sont faits pour les études alors qu’ils sont tout bonnement égarés dans des filières de complaisance ou des formations sans débouchés. Je fais ce constat amer sans réjouissance aucune. Mais chaque année, je suis convoqué pour les examens de rattrapage. Je compose de nouveaux sujets et je viens surveiller les épreuves (ce qui constitue un temps précieux pris sur mon temps de chercheur). Et chaque année, j’observe que la moitié des étudiants (par rapport au nombre d’étudiants officiellement inscrits) que l’on cherche pourtant à repêcher, ne s’est pas dérangée.
 
Je suis sans arrêt à l’affût d’étudiants motivés et qui veulent s’en sortir, et je consacre à cet effet une grande partie de mon temps à la coopération académique à l’étranger, notamment dans les pays émergents (en Thaïlande, en Syrie, en Algérie, au Maroc ou aux Comores…) où je rencontre d’excellents étudiants [1]. Par respect pour ces étudiants étrangers, sérieux et motivés, il faut aussi dénoncer ceux qui utilisent l’inscription à l’université française pour obtenir une carte de séjour et contourner ainsi les lois sur l’immigration, la motivation pour les études étant plus que secondaire (puisque ces étudiants inscrits ne viennent pas en cours). A leurs yeux, la qualité et la générosité du modèle social exercent plus d’attraction que l’excellence annoncée de notre système d’enseignement supérieur. Un économiste ne saurait leur reprocher d’être rationnel. C’est à nous de changer un système qui envoie des incitations qui ne sont pas de nature à faire émerger les meilleurs éléments et les meilleurs comportements. Il faut donc sélectionner et cela s’applique aussi aux étudiants français, sans discrimination fondée sur l’ethnie, le sexe, la religion ou la couleur de la peau. Seules les qualités personnelles et individuelles, les compétences acquises et la motivation comptent (c’est cela la vision humaniste et positive de l’individualisme), et elles peuvent être partout.
 
C’est pourquoi je suis aussi sévère à propos de ces étudiants français, qui se disent inquiets pour leur emploi et les perspectives de carrière, mais qui évitent les filières de formation offrant des débouchés alors que les secteurs concernés par ces formations peinent à trouver du personnel qualifié français. Alors en effet, un critère de sélection fondé sur la race, l’origine ou la religion ne saurait être pertinent ni moralement acceptable. Il faut encourager les cerveaux d’où qu’ils viennent, mais aussi savoir refuser ceux qui n’ont pas le niveau requis pour entrer à l’université, d’où qu’ils viennent aussi. Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures. C’est en cela que la sélection est juste et nécessaire, et il ne peut y avoir d’orientation efficace sans évaluation des compétences et des motivations. L’orientation efficace implique une sélection juste.
 
Encore faut-il vouloir changer les choses. Car l’administration universitaire est complice dans la mesure où la dotation budgétaire que reçoit chaque université – autrement dit la part du gâteau que constitue la manne publique – est fonction du nombre d’inscriptions. Voilà comment on déchaîne un processus qui déclenche un dérapage de la dépense publique sans aucune garantie de résultats en termes d’orientations et de compétences acquises dans une spirale inflationniste que plus personne ne contrôle dans la mesure où un système de gestion collective centralisée efface le principe même de responsabilité. Dans le même temps, alors que notre pays ne se sort pas du problème lancinant du chômage, qui constitue un véritable cancer pour notre société, les entreprises installées en France sont obligées de faire appel à la main-d’œuvre étrangère dans un nombre croissant de secteurs (santé, hôtellerie et tourisme, bâtiment, banque…) et pour des postes qualifiés, à défaut de trouver les compétences (ou les motivations) requises chez nous.
 
Si l’on est donc en droit de reprocher aux banques de prendre des risques inconsidérés en prêtant à des ménages insolvables, on doit de la même manière épingler les comportements similaires en matière de capital humain, surtout que ce dernier constitue notre capital le plus précieux [2]. La frontière entre l’investissement public et le pur gaspillage est bien fine. Au nom d’une conception erronée et caricaturale de la démocratisation de l’université, la collectivité se retrouve à financer des études d’individus qui n’en ont aucunement le profil, les capacités et les conditions intellectuelles requises.
 
La dépense publique est un investissement (publiquement rentable à terme) dans la mesure où elle sert à financer les études de ceux – d’où qu’ils viennent – qui auront les aptitudes et la volonté de réussir. Grâce à leurs compétences acquises à l’université, et valorisées sur le marché du travail, ils deviendront demain de futurs contribuables, ce qui est une façon de rembourser la dépense initiale et de rentabiliser l’effort de la collectivité. C’est aussi cela être solidaire : on rend à la collectivité (par les impôts) ce qu’elle vous a avancé (en dépenses d’éducation et de formation).
 
Mais pour que cela fonctionne, encore faut-il évaluer et orienter, en d’autres termes, sélectionner, ce qui n’interdit aucunement d’ouvrir le plus largement possible le panel de sélection. La sélection n’est pas anti-démocratique tandis que les plus modestes feront toujours les frais de la non-sélection [3].
 
Dans le cas contraire, la dépense publique sera réalisée en pure perte si elle ne génère pas un flux de revenus futurs, prenant le risque d’augmenter encore – et au-delà du supportable – la part de la population définitivement à la charge de la collectivité (de futurs chômeurs bardés de diplômes).
 
 
 
[1] Il faut dire que, dans la plupart de ces pays, le système d’enseignement supérieur est resté très sélectif, le plus souvent calqué sur le fonctionnement des universités américaines de sorte que les étudiants refusés dans leur propre pays cherchent à tenter leur chance en France où il y a moins de sélection.
 
[2] On leur reprochait jadis de ne prêter qu’aux riches… Mais effectivement, le métier de financier implique l’évaluation des projets d’investissement en vue de faire la sélection des projets les moins risqués, l’épargne étant une ressource rare alors que ses usages peuvent être nombreux. La finance organise donc l’orientation de l’épargne aux meilleures affectations possibles.
 
[3] La sélection s’impose même moralement dans le système public où le coût des études est pris en charge par l’Etat. En effet, je ne peux pas être libre d’étudier ce que je veux avec l’argent des autres : si je veux être entièrement libre dans le choix de mon orientation, alors je finance intégralement le coût de mes études. Il en est de même pour une entreprise. Si elle veut être totalement libre dans le choix de ses investissements, elle doit autofinancer ses projets. Si elle finance à crédit ou si elle ouvre son capital, elle devra rendre des comptes à sa banque pour obtenir un crédit ou à ses actionnaires pour continuer à bénéficier de l’accès au marché financier. Dans la mesure où l’on dépend des autres, on doit rendre des comptes aux autres.