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Drôle de guerre

Par Philippe David

Un autre attentat terroriste. J’ai essayé de résister l’envie d’écrire sur le sujet, mais c’est plus fort que moi. On dit que nous sommes en guerre, mais c’est une drôle de guerre. Pas drôle dans le sens que ça fait rire, mais drôle dans le sens de bizarre, particulier, étrange et je dirais même irréelle.

Le monstre de Frankenstein

Cette guerre est bizarre parce que d’abord et avant tout, l’ennemi est un monstre «made in the USA», ce qui en fait un monstre de notre propre fabrication puisqu’il s’en prend à toute la civilisation occidentale dont les États-Unis sont la figure de proue. Bizarre aussi parce qu’il semble que les gouvernements les plus proéminents de cette civilisation ont la tête dans le sable pendant que le monstre saccage les campagnes. Pire encore! Ils semblent faire tout pour faciliter la tâche au monstre. Non seulement ont-ils créé les sempiternelles tensions au Moyen-Orient qui ont fait de cette région une poudrière, ils ont créé le vide de pouvoir en Irak qui a donné naissance au monstre, il ont aussi créé la situation en Libye et Syrie qui lui ont donné son essor et permis d’étendre ses tentacules et maintenant que le monstre a été relâché dans la nature, ils semblent tout faire pour ne pas le confronter. Oh, ils tentent bien de faire bonne figure en bombardant en Irak et en Syrie, mais tout le monde sait bien que ça prendra bien plus que ça pour s’en débarrasser et même que, comme un fauve, si on ne fait que le «picosser» (en bon argot québécois) de la sorte, non seulement on ne règle pas le problème, on ne fait que rendre le monstre plus furieux et dangereux. Sans parler des milliers de réfugiés qu’on envoie envahir l’Europe. On jurerait que le Dr Frankenstein s’applique à protéger sa création par pure sentimentalité. De quoi alimenter mille et une théories du complot.

L’ennemi à l’intérieur des murs.

Une autre particularité de cette guerre contre la civilisation occidentale est qu’elle comporte des éléments qui veulent vaille que vaille que cette civilisation se fasse hara-kiri et qui travaillent très fort à planter les graines de ce suicide collectif. Ce mouvement ne date pas d’hier. Jadis, il travaillait avec les communistes, maintenant il a trouvé un allié dans l’islamisme.

Ces idiots utiles comme Vladimir Lénine les appelait, ont compris qu’ils ne pouvaient pas inciter la révolution des prolétaires qu’ils souhaitaient avec le seul argument de la guerre des classes,  ont adopté une stratégie qui consiste à saper les bases culturelles de la civilisation occidentale appelée «marxisme culturel».  Cette doctrine remplace la lutte des classes par un conflit entre groupes «privilégiés» et groupes «opprimés». Si vous êtes blanc (particulièrement un homme blanc), hétérosexuel, cisgenre et chrétien, vous êtes un méchant oppresseur et vous devriez avoir honte de tout ce que vous êtes une femme, de couleur, gay, transgenre ou musulman, vous faites partie des pauvres opprimés et vous pouvez revendiquer tous les droits possibles et imaginables.

Ainsi. la liberté d’expression se voit pervertie par la redéfinition de certains termes et étouffée par la rectitude politique. On veut bannir tout discours qui pourrait «offenser» les opprimés. Les valeurs traditionnelles occidentales sont perverties de façons à ce que maintenant, les hommes tentent de se faire passer pour des femmes et vice-versa, des blancs tentent de se faire passer pour des noirs. Nous ne pouvons plus faire de yoga parce que c’est une «appropriation culturelle» et il devient de plus en plus difficile de critiquer les religions (sauf le judaïsme et le christianisme), en particulier une certaine religion commençant par un «i» et se terminant en «slam».  Ce sont ces idiots utiles qui ont d’ailleurs inventé le terme «islamophobie» pour étouffer toute critique de cette religion.

Il importe peu pour ces gens que les islamistes ont généralement des valeurs diamétralement opposées aux leurs. Qu’ils sont anti-avortement, anti-gay, anti-trans, anti-égalité des sexes, pro-esclavage, etc. Il n’importe que le fait qu’ils soient anti-capitalistes et anti-Occident (à ne pas confondre avec antioxydant). Et malheureusement, beaucoup de ces gens sont dans des positions de pouvoirs en ce moment et vous n’y pouvez strictement rien. Il suffit de suivre la campagne présidentielle aux États-Unis pour vous rendre compte que si les américains se trouvent face à un choix entre deux complets incompétents, c’est que quelque chose ne tourne sérieusement pas rond dans ce pays. Et on pourrait en dire autant de l’élection de Justin Trudeau au Canada, François Hollande en France, pour ne nommer qu’eux.

L’infiltration

Pendant que les leaders occidentaux créent des monstres de Frankenstein et multiplient l’influx de réfugiés qu’ils créent eux-mêmes par leurs bombardements en Syrie et en Irak, attisant encore plus l’animosité contre l’Occident, l’Arabie Saoudite est soupçonnée de financer en catimini certaines activités des islamistes, d’utiliser certaines mosquées occidentales pour répandre l’idéologie wahhabite, cette version puritaine et archaïque de l’islam dont s’inspirent les islamistes et faire du recrutement et de l’endoctrinement pour le compte d’organisations terroristes. Il a été rendu public récemment qu’un document gouvernemental américain de 28 pages prouverait un lien entre le gouvernement saoudien et les attentats du 11 septembre 2001, mais jusqu’ici, le gouvernement américain refuse de le déclassifier et le rendre public. Encore de quoi alimenter les amateurs de théories du complot.

La solution n’est pas si simple

On semble vouloir nous faire croire que l’ennemi à abattre est l’État Islamique. Notre fameux «monstre de Frankenstein». Alors on brandit le spectre de ce monstre pour récolter le soutien des populations des démocraties occidentales pour plus de bombardements qui ne font en réalité que faire plus de réfugiés et plus de ressentiment contre l’Occident. Mais pourquoi ne parle-t-on pas d’envoyer des troupes pour pacifier la région et annihiler la bête? Si nous sommes vraiment en guerre, ce n’est pas en se contentant de larguer des bombes du haut des airs qu’on va la gagner, non? Après tout, l’EI ne dispose pas d’une véritable force militaire. Il ne pourrait certainement pas résister longtemps à un assaut par des troupes de l’OTAN, non? Et pourtant, l’alliance militaire supposément la plus puissante au monde n’a pourtant pas pu débarrasser l’Afghanistan des Talibans. Aura-t-elle plus de succès avec l’EI? Difficile pour nos soldats de poursuivre un objectif qui n’est pas clair. Difficile aussi pour nos soldats de se battre avec les mains attachées dans le dos parce que les leader occidentaux, le Président Obama en tête, ne semblent pas avoir à cœur de vouloir aller à fond pour annihiler l’EI et ce n’est certainement pas par manque de ressources  militaires ou parce que l’opinion publique est contre. Alors pourquoi?

Est-ce peut-être parce que la guerre contre le terrorisme est supposée être une guerre perpétuelle permettant à nos valeureux leaders d’imposer des mesures de sécurité de plus en plus oppressives et une surveillance de plus en plus étroite envers ses citoyens? N’avez-vous donc pas remarqué comment notre monde se fait de plus en plus orwellien depuis le 11 septembre 2001?

Dans sa récente chronique au Journal de Montréal, Richard Martineau pose une question que je trouve extrêmement pertinente:

«Qu’est-ce qui vous fait le plus peur: Big Brother ou les fous d’Allah?»

Sa chronique me laisse un petit doute que personnellement, il a plus peur des fous d’Allah. C’est drôle, mais il y a 260 millions de personnes qui pourraient témoigner du fait qu’on devrait s’inquiéter davantage de Big Brother si elles n’étaient pas toutes mortes au XXe des mains de leur propre gouvernement. Je dirais qu’en comparaison, les islamistes font figure d’enfants de chœur, vous ne trouvez pas?

Fait intéressant, j’ai publié un commentaire à cet effet dans la section commentaires de cette chronique. Le commentaire se lisait comme suit:

«Qu’est-ce qui vous fait le plus peur: Big Brother ou les fous d’Allah?»

Considérant qu’au XXe siècle 260 millions de personnes on été tuées par leur propre gouvernement, vous devriez avoir bien plus peur de Big Brother. Les fous d’Allah, ce sont des amateurs en comparaison.

Soit dit en passant, les fous d’Allah sont financés par l’Arabie Saoudite et armés par les États-Unis et leurs alliés. Essayez de deviner pourquoi…

Ce commentaire a été promptement supprimé par les modérateurs. Tiens, tiens…

 

Ce cancer qui ronge la Grèce

Par Philippe David

Il est évident que la Grèce est aux soins palliatifs et que tous ceux qu’on considère les plus grands cerveaux économiques n’arrivent pas à trouver un remède mais s’efforcent seulement d’essayer de prolonger sa vie un peu plus et ce faisant, ils ne font que prolonger l’agonie. Mais la mort viendra inévitablement puisque la vraie cause du mal y demeure entière. Ce qui est fait présentement avec plan de sauvetage par-dessus plan de sauvetage ne fait que maintenir le patient en vie pour quelques heures de plus et, qui plus est, rend cette agonie de plus en plus souffrante.  

Il est probablement déjà trop tard pour la Grèce. Il aurait probablement fallu intervenir il y a des années, voire des décennies avant pour pouvoir la guérir, mais beaucoup d’autres pays souffrent du même mal, du même cancer. Il n’est pas au même stade de développement dans ces autres pays, mais il se développera inexorablement jusqu’à sa phase terminale tout de même si rien n’est fait pour le contrer. Votre pays est-il infecté? Probablement! Mais contrairement à la Grèce, peut-être est-il encore temps de le sauver, mais encore faudrait-il faire le bon diagnostic. Ne comptez pas sur les Krugman et les Stiglitz pour le faire. Leurs prescriptions ne feront qu’accélérer les choses.

Les symptômes

On fait grand cas de l’endettement chronique de la Grèce. De l’attachement de ses citoyens à leurs acquis sociaux ou des excès de ces acquis par rapport à ses voisins. Mais ce ne sont là que des symptômes. Le véritable mal est bien plus profond. Les autres symptômes sont une méfiance de l’économie de marché, la diabolisation des entrepreneurs et l’intervention toujours croissante de l’interventionnisme d’état dans l’économie, ainsi qu’une adulation du politique comme solution à tout. (Oh non! Il est arrivé X! Ça n’a pas de bon sens! Il faut absolument que le gouvernement intervienne! Vous connaissez ce refrain?)

Tous ces symptômes sont causés en réalité par une mentalité dont la prémisse principale est la haine de l’individu et l’adulation du collectif. Elle tient pour vérité que tout ce qui est bon pour la société doit forcément venir d’un effort collectif plutôt qu’une initiative individuelle. Elle ne perçoit pas les entrepreneurs  comme étant des gens au service de leur clientèle, mais plutôt des scélérats au service du profit et du capital. Pas des innovateurs dont le travail nous rend la vie plus aisée, mais des égoïstes à abattre ou à contrôler.

Cette mentalité ne jure que par l’idée que l’individu n’est pas digne de confiance et que par conséquent, il doit être contrôlé et réglementé et par extension, tout ce qu’il produit doit l’être également. Malheureusement, elle oublie que ceux qui exercent le contrôle sur leurs semblables sont aussi des individus qui par on ne sait quel prodige, sont supposés être plus dignes de confiance que leurs semblables, mais qui dans la réalité, sont tout aussi faillibles.

Un environnement toxique

L’activité économique est supposée rendre nos vies meilleures. C’est elle qui met le pain sur notre table et produit ce pain de façon toujours plus efficace et moins coûteuse par l’innovation. Pendant des siècles nous faisions économiquement parlant, du sur-place. N’arrivant à produire que ce qui est nécessaire pour la subsistance, mais sans plus. Puis, certaines idées sont venues changer la donne et ont amené l’époque des lumières et la révolution industrielle.  Ces idées nous ont permis de produire plus que nous n’avions jamais réussi à produire jusqu’alors. Bien au-delà de la simple subsistance. Notre niveau de vie s’est alors élevé. Des innovations en agriculture et en production industrielle nous ont aussi permis de produire en plus grande quantité, mais avec moins de ressources. Cela nous a rendu beaucoup plus riches collectivement, que nous ne l’avions été. Même les masses pouvaient s’offrir des commodités que même les riches d’antan ne pouvaient avoir parce qu’elle n’existaient tout simplement pas.

La somme de ces idées, maintenant largement oubliées est ce que nous avons appelés le libéralisme et le capitalisme.  Or l’essence du libéralisme est l’idée de l’individu comme moteur du progrès plutôt que le collectif et de la productivité et création de la richesse comme solution aux problèmes plutôt que la politique. Tout le contraire de ce que nous vivons présentement dans la plupart des démocraties occidentales.

Dans un tel environnement, l’individu possède tout les incitatifs et la liberté d’innover, de s’enrichir et de poursuivre son propre bonheur. La seule façon de s’enrichir honnêtement est de produire ce qui est désirable à suffisamment de consommateurs pour permettre de prospérer puisque personne n’a le pouvoir de forcer quiconque à acheter ce que l’on produit. C’est donc le consommateur qui, par ses choix décident quels producteurs prospèrent et quels font faillite.  Dans un environnement où c’est le politique qui contrôle et réglemente la production, c’est tout autre chose.

Quand les producteurs doivent répondre à des impératifs politiques, le consommateur n’est plus au centre des préoccupations. Il est relégué à un rôle bien plus loin sur la liste des priorités. Un homme d’affaire voulant s’enrichir a plus d’intérêt à maintenir ses contacts politiques pour protéger son petit fief de ses compétiteurs ou financer ses opérations par subvention,  que de bien servir ses clients ou de suivre un bon plan d’affaires pour obtenir du financement bancaire. Pour obtenir des faveurs des politiciens, ils doivent aussi retourner l’ascenseur pour assurer que les politiciens qui lui sont favorables, restent en place. Nous obtenons alors une économie de plus en plus orientée vers la satisfaction de groupes d’intérêt revendicateurs qu’envers les besoins des consommateurs. Un des meilleurs exemples actuellement est le conflit qui oppose Uber aux cartels de taxi dans diverses villes. Il est plutôt clair que l’intérêt du consommateur n’a que très peu d’importance aux yeux des cartels de taxis et lequel des deux partis est défendu par l’état? Devinez! Je vous laisse trois chances.

Nous assistons alors à l’avènement d’une vision économique à très cout-terme. Les objectifs politiques changeant au gré des partis au pouvoir, l’horizon temporel du politicien typique se termine à la date des prochaines élections, après lesquelles il peut concevablement être chassé du pouvoir. Il a donc très peu d’intérêt à planifier des politiques dont ses adversaires politiques pourraient s’approprier les fruits s’ils mûrissent trop tard. À long-terme, nous sommes tous morts, disait Keynes, sauf que tôt ou tard, nous finissons par aboutir dans le long-terme des politiques à courte-vue et nous en subissons les conséquences. Ainsi, Lord Keynes est bel et bien mort aujourd’hui, mais nous vivons les conséquences à long-terme des ses idées court-termistes.

Une des conséquences de cette vision, le clientélisme politique, a mené à l’accaparement de plus en plus de services et de ressources par le secteur public au détriment du privé afin d’offrir des programmes sociaux de plus en plus onéreux offerts gratuitement ou semi-gratuitement.  La gratuité ou semi-gratuité de ces services entraînant naturellement une surconsommation et le surendettement de l’état qui ne pas mathématiquement suffire à une demande infinie.  Mais, à long-terme, nous sommes tous morts, n’est-ce pas? Il faut vivre dans le présent et nos petits-enfant trouveront bien le moyen de réparer nos bavures.  Pas vrai?

Le remède

Même si, d’un coup de baguette magique, on effaçait la dette grecque, la Grèce ne serait pas guérie pour autant.  L’Histoire est replète d’exemples de pays qui ont fait faillite et qu’une fois libérés de leurs dettes, ont laissé le naturel revenir au galop et se sont retrouvés une fois de plus dans la même situation. La mentalité collectiviste anti-capitaliste est une drogue qui promet une vie facile aux dépens des autres et qui vous donne un sentiment euphorique jusqu’à ce que la réalité vienne nous rattraper. Comme toute addiction, le seul remède est de reconnaître la source du problème et de briser le cercle vicieux.  Cessez de croire que l’état peut tout vous donner gratuitement indéfiniment. Il n’y aura jamais rien de gratuit en ce monde. Tout doit être payé d’une façon comme d’une autre. Ne comptez pas sur les politiciens pour vous aider, ce sont eux qui vous fournissent la drogue. La solution est dans un changement d’attitude dans chacun de vous.

Vivre à crédit

Par Philippe David

C’est étonnant, mais la situation en Grèce et les réactions à cette crise que j’observe me font réaliser à quel point certains peuvent être ignorants du côté sombre du crédit. Par exemple beaucoup en Grèce et ailleurs s’imaginent que si les grecs font un doigt d’honneur aux banques européennes et leur «austérité», les grecs pourront maintenir leur beau train de vie et que les retraités continueront d’empocher leur retraites et que le gouvernement grec pourra continuer à fonctionner comme il l’a fait depuis plus de trois décennies, c’est à dire en vivant à crédit. Il faut vraiment croire aux licornes parce que rien ne pourrait être plus farfelu. Si c’est votre croyance, une petite leçon de crédit 101 s’impose. Commençons par les bases.

La nature d’une dette.

Vous avez besoin d’argent pour quelque chose que vous jugez important (pour l’instant, nous allons faire abstraction du besoin comme tel).  Vous n’avez pas l’argent maintenant, mais vous savez que vous l’aurez dans le futur et épargner pour ramasser la somme serait trop long.

Votre voisin, lui, a le montant d’argent que vous avez besoin, vous aimeriez lui demander de vous le prêter, mais autrement que par charité, pourquoi le ferait-il? Pendant le temps que vous prendrez à lui rembourser cet argent, il y a mille et un usages auxquels il aurait pu mettre cet argent beaucoup plus plaisant ou profitable que de vous le prêter. Pour le convaincre, vous devez lui offrir un incitatif pour compenser la perte de jouissance de son argent pour le terme du remboursement. Rendre la chose «intéressante» pour lui, si on peut dire. C’est pourquoi nous avons appelé cet incitatif «l’intérêt».  Vous allez donc négocier avec votre voisin pour le taux d’intérêt pour lequel il consentira  à vous prêter son argent. Puisqu’il n’est pas le seul qui pourrait vous prêter l’argent, il ne peut pas vous demander un taux abusif parce qu’il vous suffit d’aller demander à quelqu’un d’autre.

Cependant, qu’est-ce qui lui prouve que vous lui rembourserez la somme dans les délais prévus? S’il vous connaît et sait que vous êtes une personne honorable à laquelle il peut faire confiance, votre poignée de main pourrait lui suffire, sinon il vous faudra peut-être fournir le témoignage d’une personne qui vous connaît et qui sait que vous êtes digne de confiance ou un endossement formel d’un tiers de bonne réputation ou à l’extrême, vous devrez peut-être offrir quelque chose en collatéral. Bref, ça prend un certain lien de confiance. Si votre réputation est bonne, ce n’est pas un gros problème, mais si elle ne l’est pas, c’est possible que vous ayez plus de difficulté à trouver quelqu’un qui voudra vous prêter et vous aurez probablement à payer un taux d’intérêt plus élevé pour arriver à convaincre quelqu’un à vous prêter l’argent dont vous avez besoin.

Je vois souvent des gens pester contre les intérêts. Certains voudraient même les abolir. Maintenant vous savez à quoi ils servent et pourquoi ils existent.  Vous ne pourriez tout simplement pas emprunter s’il n’y avait pas d’intérêt.  Donc les abolir serait illogique.

Jusqu’ici nous n’avons discuté que d’emprunts entre individus, mais le principe est le même le même lorsqu’on parle d’emprunts par une firme ou par un état. L’emprunt est une entente contractuelle où une partie prête un montant d’argent qui est sa propriété à une autre partie. En échange la seconde partie promet de rembourser le montant intégral, plus un certain pourcentage d’intérêt. Essentiellement, de négliger de rembourser équivaut à de la fraude, puisque l’emprunteur se trouve à voler la propriété du prêteur. Si vous faites ça, les prêteurs y penseront probablement deux fois avant de vous prêter une autre fois et avec raison. Mais tant que les deux parties respectent les termes du contrat, c’est profitable aux deux.

Bonne dette, mauvaise dette

Maintenant, il existe de bonnes et de mauvaises dettes. Les bonnes dettes vous enrichissent à long-terme, les mauvaises vous appauvrissent. Si vous empruntez pour investir dans une entreprise qui est profitable et qui vous rapporte un montant plus grand que l’emprunt et l’intérêt, c’est un bon prêt. Si par contre vous empruntez pour quelque chose qui ne vous rapportera rien, un bien consommable, par exemple, c’est une mauvaise dette. Si c’est une excellente idée d’emprunter pour investir, emprunter pour consommer est une chose à éviter le plus possible. Si vous voulez vous procurer un bien consommable qui n’est pas d’une absolue nécessité, il serait bien plus intelligent d’économiser et attendre d’avoir le montant en poche avant de l’acheter. Emprunter pour s’acheter une nouvelle télé quand l’ancienne fonctionne encore ne serait pas terriblement intelligent. 

Le problème est que ça fait belle lurette que nous accumulons les mauvaises dettes, tant individuellement que collectivement. Tout partisan de développement durable devrait prendre note que si toute mauvaise dette devrait être à proscrire dans vos finances personnelles, vous devriez aussi considérer que la même situation dans les finances publiques est toute aussi néfaste. Pourtant, quand avez-vous déjà entendu Greenpeace ou Équiterre se prononcer contre l’endettement excessif des états? Pourtant, quand nous avons des gouvernements qui contrôlent plus de 50% du PIB d’un pays, c’est un facteur qui ne peut pourtant pas être négligé. 

Et pourtant, il est plutôt rare que les états font des emprunts qui créent de la richesse puisque les gouvernements ne créent aucune richesse, ils ne font que la redistribuer. Tout ce que le gouvernement vous donne, il doit d’abord le confisquer de quelqu’un d’autre. Plus souvent qu’autrement, une bonne partie des montants collectés en taxes et impôts est également gaspillé et ne rapporte absolument rien en termes de biens et services réels. Donc, mis à part l’argent emprunté pour certains biens immobiliers, représenté par la dette nette, tout le reste est une perte sèche qui ne peut être remboursée que par le prélèvement de taxes et impôts futurs. Donc, quelque part dans le futur, ces taxes et impôts seront prélevés en plus de ceux qui auraient déjà été prélevés pour les besoins courants. Encore une fois, si vous croyez que ce genre de consommation de ressources s’inscrit dans le registre du développement durable, vous vous mettez le doigt dans l’oeil parce que c’est littéralement tout le contraire: nous dévorons aujourd’hui ce qui sera produit demain plutôt que de consommer ce qui a été produit hier (c’est ça le développement durable). Ce que nous faisons, autant en tant qu’individus qu’à travers nos gouvernements c’est de la surconsommation. C’est s’empiffrer dans un buffet et laisser la facture aux générations futures.

Pile je gagne, face tu perds.

aujourd’hui, les grecs ont voté massivement non aux mesures d’austérité que voulaient leur imposer leurs créditeurs. Je ne sais pas ce qu’ils s’imaginent que ça va leur donner de faire le doigt d’honneur à leurs créanciers. Le choix qui leur était donné dans ce référendum était équivalent à choisir entre le peloton d’exécution et la chaise électrique.

On les voit célébrer et on peut se demander pourquoi ils fêtent. S’ils s’imaginaient gagner quelque chose en votant non, ils rêvent en technicolor. Ce qui les attend sera un effondrement bancaire et une dépression économique dont ils ne seront pas près de se relever et ils n’auront pas d’autre choix que de réviser leur niveau de vie à la baisse de toute façon. L’austérité s’imposera que ce soit par leurs créanciers ou autrement parce que ça prendra un certain temps avant que quelqu’un prête de l’argent au gouvernement grec. Ça a toujours été un no-win scenario, du moins à court-terme. 

La bonne nouvelle, c’est qu’après une sévère correction, l’économie grecque va sûrement reprendre sur des bases plus solides. On ne peut qu’espérer que les grecs auront appris la leçon que leur gouvernement ne peut pas tout leur payer indéfiniment et que le nôtre va réaliser que lui non-plus ne le peux pas avant que nous nous retrouvions dans la même situation. J’espère que nous réaliserons tous que l’endettement chronique, autant personnel que collectif est une sorte d’esclavage volontaire et de s’en libérer sera toujours pénible.