Archives de catégorie : Moyen-Orient

Drôle de guerre

Par Philippe David

Un autre attentat terroriste. J’ai essayé de résister l’envie d’écrire sur le sujet, mais c’est plus fort que moi. On dit que nous sommes en guerre, mais c’est une drôle de guerre. Pas drôle dans le sens que ça fait rire, mais drôle dans le sens de bizarre, particulier, étrange et je dirais même irréelle.

Le monstre de Frankenstein

Cette guerre est bizarre parce que d’abord et avant tout, l’ennemi est un monstre «made in the USA», ce qui en fait un monstre de notre propre fabrication puisqu’il s’en prend à toute la civilisation occidentale dont les États-Unis sont la figure de proue. Bizarre aussi parce qu’il semble que les gouvernements les plus proéminents de cette civilisation ont la tête dans le sable pendant que le monstre saccage les campagnes. Pire encore! Ils semblent faire tout pour faciliter la tâche au monstre. Non seulement ont-ils créé les sempiternelles tensions au Moyen-Orient qui ont fait de cette région une poudrière, ils ont créé le vide de pouvoir en Irak qui a donné naissance au monstre, il ont aussi créé la situation en Libye et Syrie qui lui ont donné son essor et permis d’étendre ses tentacules et maintenant que le monstre a été relâché dans la nature, ils semblent tout faire pour ne pas le confronter. Oh, ils tentent bien de faire bonne figure en bombardant en Irak et en Syrie, mais tout le monde sait bien que ça prendra bien plus que ça pour s’en débarrasser et même que, comme un fauve, si on ne fait que le «picosser» (en bon argot québécois) de la sorte, non seulement on ne règle pas le problème, on ne fait que rendre le monstre plus furieux et dangereux. Sans parler des milliers de réfugiés qu’on envoie envahir l’Europe. On jurerait que le Dr Frankenstein s’applique à protéger sa création par pure sentimentalité. De quoi alimenter mille et une théories du complot.

L’ennemi à l’intérieur des murs.

Une autre particularité de cette guerre contre la civilisation occidentale est qu’elle comporte des éléments qui veulent vaille que vaille que cette civilisation se fasse hara-kiri et qui travaillent très fort à planter les graines de ce suicide collectif. Ce mouvement ne date pas d’hier. Jadis, il travaillait avec les communistes, maintenant il a trouvé un allié dans l’islamisme.

Ces idiots utiles comme Vladimir Lénine les appelait, ont compris qu’ils ne pouvaient pas inciter la révolution des prolétaires qu’ils souhaitaient avec le seul argument de la guerre des classes,  ont adopté une stratégie qui consiste à saper les bases culturelles de la civilisation occidentale appelée «marxisme culturel».  Cette doctrine remplace la lutte des classes par un conflit entre groupes «privilégiés» et groupes «opprimés». Si vous êtes blanc (particulièrement un homme blanc), hétérosexuel, cisgenre et chrétien, vous êtes un méchant oppresseur et vous devriez avoir honte de tout ce que vous êtes une femme, de couleur, gay, transgenre ou musulman, vous faites partie des pauvres opprimés et vous pouvez revendiquer tous les droits possibles et imaginables.

Ainsi. la liberté d’expression se voit pervertie par la redéfinition de certains termes et étouffée par la rectitude politique. On veut bannir tout discours qui pourrait «offenser» les opprimés. Les valeurs traditionnelles occidentales sont perverties de façons à ce que maintenant, les hommes tentent de se faire passer pour des femmes et vice-versa, des blancs tentent de se faire passer pour des noirs. Nous ne pouvons plus faire de yoga parce que c’est une «appropriation culturelle» et il devient de plus en plus difficile de critiquer les religions (sauf le judaïsme et le christianisme), en particulier une certaine religion commençant par un «i» et se terminant en «slam».  Ce sont ces idiots utiles qui ont d’ailleurs inventé le terme «islamophobie» pour étouffer toute critique de cette religion.

Il importe peu pour ces gens que les islamistes ont généralement des valeurs diamétralement opposées aux leurs. Qu’ils sont anti-avortement, anti-gay, anti-trans, anti-égalité des sexes, pro-esclavage, etc. Il n’importe que le fait qu’ils soient anti-capitalistes et anti-Occident (à ne pas confondre avec antioxydant). Et malheureusement, beaucoup de ces gens sont dans des positions de pouvoirs en ce moment et vous n’y pouvez strictement rien. Il suffit de suivre la campagne présidentielle aux États-Unis pour vous rendre compte que si les américains se trouvent face à un choix entre deux complets incompétents, c’est que quelque chose ne tourne sérieusement pas rond dans ce pays. Et on pourrait en dire autant de l’élection de Justin Trudeau au Canada, François Hollande en France, pour ne nommer qu’eux.

L’infiltration

Pendant que les leaders occidentaux créent des monstres de Frankenstein et multiplient l’influx de réfugiés qu’ils créent eux-mêmes par leurs bombardements en Syrie et en Irak, attisant encore plus l’animosité contre l’Occident, l’Arabie Saoudite est soupçonnée de financer en catimini certaines activités des islamistes, d’utiliser certaines mosquées occidentales pour répandre l’idéologie wahhabite, cette version puritaine et archaïque de l’islam dont s’inspirent les islamistes et faire du recrutement et de l’endoctrinement pour le compte d’organisations terroristes. Il a été rendu public récemment qu’un document gouvernemental américain de 28 pages prouverait un lien entre le gouvernement saoudien et les attentats du 11 septembre 2001, mais jusqu’ici, le gouvernement américain refuse de le déclassifier et le rendre public. Encore de quoi alimenter les amateurs de théories du complot.

La solution n’est pas si simple

On semble vouloir nous faire croire que l’ennemi à abattre est l’État Islamique. Notre fameux «monstre de Frankenstein». Alors on brandit le spectre de ce monstre pour récolter le soutien des populations des démocraties occidentales pour plus de bombardements qui ne font en réalité que faire plus de réfugiés et plus de ressentiment contre l’Occident. Mais pourquoi ne parle-t-on pas d’envoyer des troupes pour pacifier la région et annihiler la bête? Si nous sommes vraiment en guerre, ce n’est pas en se contentant de larguer des bombes du haut des airs qu’on va la gagner, non? Après tout, l’EI ne dispose pas d’une véritable force militaire. Il ne pourrait certainement pas résister longtemps à un assaut par des troupes de l’OTAN, non? Et pourtant, l’alliance militaire supposément la plus puissante au monde n’a pourtant pas pu débarrasser l’Afghanistan des Talibans. Aura-t-elle plus de succès avec l’EI? Difficile pour nos soldats de poursuivre un objectif qui n’est pas clair. Difficile aussi pour nos soldats de se battre avec les mains attachées dans le dos parce que les leader occidentaux, le Président Obama en tête, ne semblent pas avoir à cœur de vouloir aller à fond pour annihiler l’EI et ce n’est certainement pas par manque de ressources  militaires ou parce que l’opinion publique est contre. Alors pourquoi?

Est-ce peut-être parce que la guerre contre le terrorisme est supposée être une guerre perpétuelle permettant à nos valeureux leaders d’imposer des mesures de sécurité de plus en plus oppressives et une surveillance de plus en plus étroite envers ses citoyens? N’avez-vous donc pas remarqué comment notre monde se fait de plus en plus orwellien depuis le 11 septembre 2001?

Dans sa récente chronique au Journal de Montréal, Richard Martineau pose une question que je trouve extrêmement pertinente:

«Qu’est-ce qui vous fait le plus peur: Big Brother ou les fous d’Allah?»

Sa chronique me laisse un petit doute que personnellement, il a plus peur des fous d’Allah. C’est drôle, mais il y a 260 millions de personnes qui pourraient témoigner du fait qu’on devrait s’inquiéter davantage de Big Brother si elles n’étaient pas toutes mortes au XXe des mains de leur propre gouvernement. Je dirais qu’en comparaison, les islamistes font figure d’enfants de chœur, vous ne trouvez pas?

Fait intéressant, j’ai publié un commentaire à cet effet dans la section commentaires de cette chronique. Le commentaire se lisait comme suit:

«Qu’est-ce qui vous fait le plus peur: Big Brother ou les fous d’Allah?»

Considérant qu’au XXe siècle 260 millions de personnes on été tuées par leur propre gouvernement, vous devriez avoir bien plus peur de Big Brother. Les fous d’Allah, ce sont des amateurs en comparaison.

Soit dit en passant, les fous d’Allah sont financés par l’Arabie Saoudite et armés par les États-Unis et leurs alliés. Essayez de deviner pourquoi…

Ce commentaire a été promptement supprimé par les modérateurs. Tiens, tiens…

 

Se donner bonne conscience aux dépens des autres

Par Philippe David

Une image vaut mille mots et il n’en faut pas plus quelques fois pour déplacer des montagnes. La mort d’Aylan Kurdi fût une tragédie et a déclenché des vagues de sympathie d’un bout à l’autre du globe pour les réfugiés de la guerre en Syrie.  Cependant, cet élan de générosité est dans bien des cas,  fantoche.

Si je pouvais rassembler des centaines de milliers de mes concitoyens dans un seul endroit et que je leur demandais qui veut que le Canada accueille plus de ces réfugiés, je n’ai aucun doute que je verrais des centaines de milliers de mains levées et un grondement d’acclamations. Par contre, que se produirait-il si je demandais combien d’entre eux seraient prêts à parrainer une famille de ces réfugiés et en être responsable? Je parie qu’il y aurait beaucoup moins de mains levées  et que le son des grillons menacerait de noyer celui des vivats de la foule. Et pourquoi donc? N’avez-vous donc pas le désir d’aider ces pauvres réfugiés  pour qu’ils s’intègrent bien dans notre société et y trouvent une vie meilleure? Ou n’avez vous ce désir que lorsque ça ne vous engage à rien personnellement. Êtes-vous atteint de caritite socialiste? Vous savez cette maladie qui vous pousse à être généreux avec l’argent des autres? Nous avons une pandémie ici au Québec. La plupart des personnes atteintes ont une envie irrésistible de voter QS ou NPD. (Quoique Philippe Couillard travaille fort à gagner leurs votes en ce moment) Si vous croyez que la personne la plus vertueuse est celle qui gueule le plus fort pour que le gouvernement prenne soin de ces réfugiés, il y a une réalité qui vous échappe totalement. 

Le gouvernement ne possède rien qu’il n’a pas pris par la force à quelqu’un d’autre qui l’a légitimement gagné.

La myopie, voire l’aveuglement total, est certainement un des symptômes majeures  de la caritite socialiste. Ceux qui en souffrent refusent carrément de voir les conséquences de leur soi-disant «charité». Ils sont totalement aveugles au fait qu’en demandant au gouvernement de faire ceci ou cela c’est de lui demander de mettre un fusil sur la tempe de tous les autres pour les contraindre à leur idée. Ainsi, lorsque vous fustigez M. Harper pour sa prudence envers l’influx de réfugiés et que vous encensez MM Trudeau et Mulcair de vouloir ouvrir grand les portes, vous leur dites essentiellement que pour que vous ayez bonne conscience, ils doivent faire les poches de vos voisins, qu’ils le veuillent ou non. Parce que croyez-moi, pour des raisons qui leur appartiennent et qui peuvent être parfaitement légitimes, pas tous vos voisins sont d’accord avec vous, alors pourquoi devraient-ils être contraints de payer pour votre acte de charité?

Mais les sondages disent que la majorité le veut…

Quelque chose d’immoral ne devient pas subitement moral parce que la majorité en a décidé. Et si on passait un vote pour légaliser le meurtre et que la majorité votait oui? Serait-ce moral de tuer son voisin pour autant? Alors qu’est-ce qui vous porte à croire que lorsque le gouvernement confisque un grand pourcentage du revenu des contribuables, ce n’est pas du vol? Ça le serait définitivement si vous ou moi le faisions. D’ailleurs, prélever un certain pourcentage de vos revenus contre de la «protection» n’est-il pas une des activités préférées de la mafia? Pourquoi serait-ce immoral quand la mafia le fait, mais parfaitement moral si le même acte est commis par l’état? Donc l’argument de la majorité n’est que pure foutaise. La sanction de la majorité ne donne aucune autorité morale, ça ne fait en réalité que démontrer que la loi de la majorité est tyrannique.

socialisme illustré
Avez-vous la «caritite socialiste»?

La charité vient du coeur, pas du canon d’un fusil

Je serai toujours estomaqué de voir combien de gens croient que de réclamer que le gouvernement pille les uns pour le donner aux autres, c’est faire preuve de générosité et de charité. La charité est un sentiment admirable, mais elle doit provenir du coeur et elle doit être un sacrifice volontaire. Une personne vraiment charitable se prive volontairement d’une partie de ses biens matériels pour en aider une autre qui an a besoin. Il n’y a probablement rien qui caractérise mieux ce qu’il y a de bon dans l’humanité. Mais cet acte perd tout son sens si on y est forcé parce que la fin ne justifie pas les moyens. Beaucoup de gens ont besoin d’aide. Si nous sommes tous fondamentalement de bonnes personnes, nous les aideront volontairement. Il n’est pas nécessaire de nous mettre un fusil sur la tempe. Et nous aiderons ceux que nous voulons aider, pas ceux que les autres auront décidé que devrions aider. Si vous tenez tant à venir au secours des réfugiés, faites-le personnellement en parrainant l’un deux ou en contribuant à une oeuvre de charité qui leur portera secours, mais ne demandez pas au gouvernement de leur porter secours en forçant les autres à le faire à votre place. Si vous ne faites que réclamer que le gouvernement accueille ces réfugiés sans faire vous-même une contribution personnelle, alors vous ne faites que vous donner bonne conscience aux dépens des autres et c’est de la pure hypocrisie.

Intervention militaire contre l’EI : Une très mauvaise idée

Par Philippe David

S’il y a un temps où on peut observer un grand clivage entre libertariens et conservateurs, c’est lorsqu’il est  question de guerre. Par moment, j’ai une grande difficulté à supporter l’attitude générale des conservateurs à ce sujet. Je réalise qu’ils ne sont pas tous comme ça,  mais il y en a qui sont carrément agaçants. À les entendre parler d’aller « exterminer la vermine » de l’EI, on croirait qu’il y a les hordes d’Attila le hun qui sont massés à nos portes pour nous submerger. Pourtant, quand il s’agit de justifier le casus belli, leurs arguments deviennent parfois risibles. Ce n’est pas que j’affectionne l’EI, loin de là, mais l’EI est en réalité le résultat de la somme des interventions occidentales et d’imaginer qu’encore plus de bombes occidentales vont régler le problème est totalement stupide.

L’EI ne pourra pas être vaincue du haut des airs

L’EI n’a pas de véritable armée. Ce sont des terroristes et des guérillas qui iront vite se cacher parmi la population locale où il est impossible de distinguer amis et ennemis du haut d’un F-18 filant à haute-vitesse. Nous en viendront inévitablement à une situation où notre aviation restera impuissante et incapable de cibler quoi que ce soit, où elle causera des milliers de victimes collatérales, augmentant le ressentiment local contre nous. Il faudra donc inévitable ment des troupes au sol pour débusquer les jihadis.

Une menace pas si terrible

On semble un petit peu hystérique sur la nécessité des gouvernements occidentaux d’agir dans cette région. Pourtant l’hystérie a toujours été mauvaise conseillère. Personne ne dispute le fait que les sbires de l’EI se sont montrés brutaux et barbaresques. Mais ils ne sont certainement la menace mondiale qui est dépeinte dans les médias traditionnels et les médias sociaux. On y fait même des comparaisons avec l’Allemagne nazie, ce qui est complètement absurde. En 1939, l’Allemagne avait des milliers de tanks, d’avions de combat et une des marines les plus puissantes du monde. L’EI, lui, n’a qu’une quarantaine de tanks capturés de l’armée irakienne, quelques Hummvees et des pick-ups armés et au mieux, 30 000 hommes.  Point de vue strictement militaire, c’est loin d’être terrible, malgré ses succès. C’est certainement très loin de la menace que posait l’Allemagne nazie en 1939. Cessons donc de prétendre que seuls les États-Unis et ses alliés sont à la hauteur pour disposer de ce groupe. C’est faux. Quant à la menace terroriste, c’est l’affaire des services de renseignement et de la police, pas de l’armée.
 

Le cœur et la raison

L’aspect le plus important dans un affrontement contre une armée irrégulière, qui pratique la guérilla et se fond dans la population locale, c’est de gagner les cœurs et les esprits de cette population. L’EI a beau être tyrannique et brutal, mais si leurs opposants  n’arrivent pas à gagner la confiance de la population, ceux-ci pourraient préférer coopérer avec les hommes de l’EI plutôt qu’avec des soldats étrangers qui ne connaissent ni leur langue, ni leurs coutumes. De plus, à bien des égards, les États-Unis et ses alliés n’ont pas bonne réputation dans cette région. Il ne faut pas être grand clerc pour savoir que gagner le cœur et la raison des irakiens et des syriens sur les territoires de l’EI risque d’être plutôt difficile.

Si c’est pas nous, qui?

C’est drôle que la plupart de ceux avec qui j’ai discuté de la question semblent oublier qu’il y a encore des opposants régionaux à l’EI. Quoique passablement affaibli, le gouvernement syrien existe encore et dispose encore d’une armée. Le gouvernement irakien est encore là et bien que leur armée éprouve un problème de moral et souffre de nombreuses désertions, elle compte encore plus de 200 000 hommes et est très bien équipée. Leurs meilleures unités sont présentement à Bagdad pour bloquer l’avance de l’EI. De plus, le gouvernement Irakien, dominé par des chiites qui n’ont aucune sympathie pour l’EI qui est sunnite, a demandé l’aide de l’Iran qui a envoyé deux unités de la garde révolutionnaire en renfort à Bagdad. Mais ce n’est pas tout. Les kurde d’Irak contrôlent une région autonome de l’Irak et ont leur propre armée qui compte près de 200 000 hommes et qui est bien équipée. À eux quatre, ces forces devraient avoir bien plus d’hommes et d’équipement qu’il en faut pour expédier les jihadis de l’EI à leurs 72 vierges (ou en enfer, c’est selon…). Alors, pourquoi ne pas les laisser faire?

Sortez le popcorn

Je ne comprends pas l’attitude que certains ont. Même si on déteste les islamistes, on devrait pourtant apprécier la chance de se faire du popcorn, s’installer confortablement au bord du ring et de laisser les différentes factions se tabasser entre eux plutôt que de vouloir planter des bombes chez nous. À mon sens, c’est une occasion en or. Sommes-nous vraiment obligés de résoudre tous les problèmes de la planète alors que nous sommes  incapables de résoudre les nôtres?

(Crédit photo : Gouvernement du Canada)

EIIL : La grande menace?

 

Par Philippe David

« Méfiez-vous du chef qui frappe les tambours de guerre afin de fouetter les citoyens dans une ferveur patriotique. Le patriotisme est en effet une arme à double tranchant. Il enhardit à la fois le sang, tout comme il rétrécit l’esprit.

Et quand les tambours de guerre ont atteint un paroxysme et que le sang bouille de haine et que l’esprit s’est refermé, le chef n’aura pas besoin de saisir les droits des citoyens. Au contraire, l’ensemble des citoyens, infusé par la  crainte et aveuglé par le patriotisme, offrira jusqu’à la totalité de leurs droits au chef avec joie. »  – Caius Julius Caesar

 

Jusqu’ici, j’ai résisté la tentation d’écrire à propos de l’EIIL. J’ai débattu de la question un peu sur Facebook, aussi je crois que mon opinion en la matière ne sera certainement pas trop populaire auprès de certains de mes amis de la droite, mais je vais l’émettre quand même. Il y en a qui, en ce moment, clament pour que les démocraties de l’occident, incluant le Canada, entrent en guerre avec l’EI. J’ai vu le verbe « éradiquer » utilisé à plusieurs reprises. Je trouve cette rhétorique imbibée de testostérone complètement imbécile. Alors voyons si je peux en amener certains à raisonner avec autre chose que leurs testicules.

Au-delà des images…

Nous avons été témoins d’images plutôt choquantes émanant, semble-t-il, de l’EI. La décapitation de deux journalistes postée sur Youtube, d’autres vidéos de chrétiens et yazidis exécutés à plat-ventre dans le désert, des photos très graphiques de têtes décapitées, et j’en passe. Si on en croit ces images, il semblerait que l’EI s’adonne présentement à une campagne de terreur et de génocide. Face à cela, j’ai deux questions à poser :

Comment savons-nous que ces images sont authentiques? Vous n’avez pas encore assez vu d’images photoshoppées et d’effets spéciaux hollywoodiens  pour ne pas au moins questionner si ces images sont réelles ou pas? Les corps des journalistes décapités ont-ils été rapatriés et correctement identifiés? Vous croyez que les scènes d’exécution ont été filmées à l’insu des exécuteurs, qui auraient aussi négligemment laissé filer les caméras et montrer au monde quels monstres lâches ils sont? Ce questionnement est légitime. Autant l’internet peut être un excellent outil d’information, il peut être un outil formidable de désinformation.

Qui profite le plus de la diffusion de ces images? Est-ce que l’EI a vraiment avantage à diffuser des images qui pourraient faire pencher l’opinion publique en occident en faveur d’une intervention militaire en Irak et en Syrie? L’estimation des forces de l’EI varie beaucoup selon les sources,  de 5000 à 30 000 hommes et ils sont légèrement armés. Ils n’ont aucune aviation, artillerie ou blindés. Face aux armées de l’OTAN, ils auraient grand peine à survivre et le terrain désertique de l’Irak n’est pas très propice à la guérilla. Les sources de chaleur sont facilement repérables avec des capteurs infra-rouge dans le froid nocturne du désert. Des proies faciles pour les hélicoptères de l’OTAN. Si elle veut établir un califat mondial, l’EI a-t-elle vraiment intérêt à s’attirer les foudres des États-Unis et de ses alliés? À moins que ses leaders ne soient complètement imbéciles, et si c’est le cas, seraient-ils vraiment une menace crédible? Donc, pourquoi subissons-nous une campagne de peur et de démonisation?

Une menace mondiale? Vraiment?

Dans les médias et les réseaux sociaux, nous assistons présentement à une véritable campagne de terreur envers l’EI. À les lire et à les entendre, on croirait que des dizaines de milliers d’hommes masqués en noir se massent déjà à nos frontières, prêts à nous envahir. Mais dans le vrai monde, l’EI va avoir de la peine à consolider ses propres positions actuelles face aux forces déjà en présence en Irak. Il est fort douteux qu’ils ne puissent déborder du territoire qu’ils occupent déjà. Comme je l’ai déjà mentionné, peu importe la source, l’EI n’a guère plus que 30 000 hommes à son actif (probablement beaucoup moins) et ne possède que de l’armement léger. Ils ressemblent plus à un gang criminel qu’une armée.

En revanche, l’armée irakienne a plus de 200 000 hommes, des chars, des blindés, des hélicoptères et des avions. Les kurdes, eux, en ont 90 000, également bien équipés. L’Iran, dont la majorité de la population est chiite, est également prête à entrer dans la mêlée contre l’EI qui est sunnite. Des unités de la garde révolutionnaire ont déjà été envoyées à la frontière. Ça semble un combat plutôt inégal, non? Pourquoi donc essaye-t-on de nous faire peur avec ça? Malgré ses succès, c’est plutôt douteux que l’EI arrive à s’étendre bien plus loin et les forces locales alignées contre eux ont déjà amplement la capacité de les expédier à leurs 72 vierges. La puissance de l’EIIL est grossièrement surestimée. Elle est peut-être une sérieuse menace au niveau régional (et encore!), mais elle ne l’est pas du tout pour les États-Unis ou leurs alliés.

Déjà vu

Quand je vois la rhétorique envers l’EI, je ne peux m’empêcher de penser aux fameuses armes de destruction massive de Saddam Hussein. On avait fait grand cas, à l’époque, de l’extrême danger que représentaient ces armes dans les mains d’un dictateur comme Hussein. Nous connaissons tous la suite. Les armes de destruction massive ne se sont jamais matérialisées et il s’est avéré qu’elles ne furent qu’un prétexte pour monter une invasion de l’Irak. Mais ça a fonctionné. George W. Bush a ordonné son invasion avec l’appui de la majorité des américains. J’ai l’impression que maintenant, on nous sert les mêmes salades. On nous manipule à appuyer une intervention que nous allons probablement regretter plus tard, tout comme nous regrettons celles de l’Afghanistan et de l’Irak.

Ces interventions américaines dans cette région ont toujours causé plus de tort que de bien et si le Moyen-Orient est aujourd’hui une poudrière, c’est bien parce que l’occident a toujours succombé à cette irrésistible envie de « civiliser » cette région. Seulement, ils ne veulent pas de notre civilisation. Nos tentatives de les faire rentrer dans notre moule ne font qu’envenimer les choses.

Je sais qu’en regardant les images de journalistes décapités et de génocide, la tentation est forte de réclamer que nos gouvernements fassent quelque chose. Mais plus nous intervenons et plus les choses s’enveniment. Il vaut donc mieux laisse les forces locales s’en occuper.

D’ailleurs, n’avez-vous pas déjà remarqué comment on essaie constamment de nous faire peur? La guerre froide, le terrorisme, la grippe H1N1, l’Ébola… Il semble que nous sommes constamment en état de crise. Les politiciens, eux, aiment les crises. Ils aiment que nous les suppliions de faire quelque chose. N’importe quoi! C’est comme ça qu’ils augmentent leur pouvoir. Essayez d’y réfléchir et de prendre ces terreurs avec un petit grain de sel.