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Merci pour ton livre, Éric Duhaime

Par Nathalie Roussy
Collaboration spéciale

Merci Éric Duhaime pour ton livre « La fin de l’homosexualité et le dernier gay ». Sincèrement. Je l’ai aimé, savouré même. Trouvé qu’il était utile pour lancer des réflexions, des débats de sociétés. Il n’y a pas d’arrogance ni de sarcasme. J’ai vraiment apprécié ton livre. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu as écrit, évidemment (quelqu’un l’est?). Mais Éric, je dois te dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ton initiative.

Je suis pas mal agacée moi aussi tout comme toi par tout ce discours de victimisation. Je n’aime pas quand on a tendance à pointer toujours la faute sur l’extérieur à soi. Et je parle dans le sens large.

J’encourage les gens à lire ton livre pour éviter les épouvantails que j’ai pu lire déjà seulement quelques jours après la sortie de son livre. Éric, tu n’es pas pour moi un modèle de sagesse et de nuance. Par contre, tu n’es pas pire que la moyenne des ours et tes idées sont souvent intéressantes, car singulières par rapport à ce qu’on entend. Ceci étant dit, tu es beaucoup plus articulé et nuancé que ce que veulent nous faire croire nombre de tes détracteurs et «haters». Je te lève mon chapeau d’avoir la couenne aussi dure de supporter autant de critique et de haine.

Permets-moi dans cette lettre-ci de me concentrer sur les points pour lesquels je suis en désaccord avec toi. Tout d’abord, je trouve étonnant que tu ne voies pas la contradiction, aussi évidente qu’un éléphant dans une pièce, à dire que l’homosexualité est quelque chose de bien ordinaire tout en en faisant un livre, mais surtout en disant que c’est la plus grande sortie de ta carrière après être resté dans le placard pendant près de cinquante ans, que tu perds beaucoup en crédibilité et démontre le contraire de tes propos. Tes paroles disent le contraire de tes actes et le pire est que tu sembles ne pas t’en rendre compte. Malaise.

J’ai été à la fois un peu, je ne sais quel mot employer, embarrassée, dégoûtée, choquée, de lire les extraits où tu nous montres les avantages d’être un gai sans enfant. Tu connais l’extrait, je ne suis pas la première à te poser la question là-dessus. Dutrisac t’a challengé un peu là-dessus, ainsi que Isabelle Craig à Radio-Canada. Mais à chacune des deux fois, tu changeais de sujet et on n’a pas insisté.

Je n’ai pas lu suffisamment sur le sujet de l’intimidation. Je suis sensible toutefois à cette réalité. L’intimidation est grave et peut mener jusqu’au suicide chez les jeunes à l’école. Je me trompe peut-être en ayant confiance que Jasmin Roy, que je perçois non pas comme un militant comme les autres, mais qui a tout mon respect depuis le début, s’appuyant sur de bonnes données statistiques. Il dit que l’intimidation est très fréquente. Je n’ai toutefois aucune raison de remettre en question ses chiffres. Pas même après avoir lu ton livre, puisque tu n’as fait aucun effort pour nous démontrer, preuves à l’appui, que la fondation Jasmin Roy nous trompe avec ses chiffres.

À ton émission et dans ton livre, tu parles des tendances en faveur du droit des femmes, parfois même au détriment du droit des hommes. Je te suis. Dommage que tu ne reconnaisses pas la tendance à l’islamophobie grandissante au sein de la population québécoise, et ailleurs aussi. Je parle de «musulmanophobie», la haine des musulmans, celle qui mène tout droit vers la violence dans le pire des cas, ou simplement dans les propos haineux émis sur les réseaux sociaux.

Dommage que tu ne voies pas la magnifique tendance des musulmans sur toute la planète à devenir plus libéraux. Tariq ramadan en parle dans son livre Mon intime conviction : « Les problèmes du moment peuvent parfois nous faire perdre de vue la perspective historique, et nous faire sombrer dans un pessimisme pourtant peu justifié. En moins de deux générations, on a pu observer des évolutions extraordinairement rapides dans la pensée comme dans la compréhension que les musulmans avaient de l’environnement occidental et européen ».

Pour terminer, je voudrais témoigner avoir constaté, en côtoyant en ligne sur FB des gens proches du mouvement libertarien que ces personnes envoyaient souvent des commentaires montrant qu’ils semblent dérangés par la liberté et l’acceptabilité sociale de plus en plus grandes face à l’homosexualité. Ils étaient bien sûr « tolérants » envers les homosexuels. Je trouve que tu pousses le bouchon un peu loin à, encore une fois, frapper sur les musulmans dans ton livre. Si certains conservateurs et libertariens ont le droit d’être mal à l’aise avec l’homosexualité, il faut reconnaître que les musulmans aussi en ont le droit. L’important pour un minimum de vivre ensemble est de respecter les droits et libertés de chacun. Si t’es d’accord comme moi, comme tu l’as déjà dit à l’émission Franc-Tireurs, pour dire que les propriétaires d’entreprises privées devraient avoir le droit d’être imbéciles et de refuser l’entrée dans leur commerce de noirs, de femmes ou de gais, si tu es conséquent il me semble que tu devrais reconnaître le droit à des imams de mosquées privées d’en faire autant.

Mes étiquettes sont entre autres :

Bisexuelle en relation de couple homosexuelle,
libertarienne, auditrice régulière de ton émission,
citoyenne de la grande région de Montréal, droitière et bouddhiste agnostique

 

Judith Lussier et les trolls comme moi

Nathalie Roussy
Collaboration spéciale

NDLR – Natalie Roussy est une des nombreuse personnes que j’ai eu le privilège de rencontrer sur Facebook. Elle nous livre dans ce texte son témoignage personnel de son expérience en tant qu’une des «trolls» de Judith Lussier et expose le manque de tolérance marqué de la blogueuse. Ceci est sa première (mais pas la dernière, j’espère) collaboration à Contrepoids. – Philippe David

Depuis quelques jours on en entend parler à Radio-Canada, dans le Journal
de Montréal, de la décision de la blogueuse féministe Judith Lussier d’abandonner sa chronique au journal Metro. Elle n’en peut plus des trolls.Mais, comme elle l’a expliqué dans cette entrevue disponible sur le site du journal Le Devoir, c’est davantage l’usure qui l’a eu et non un évènement en particulier.

Les micros agressions, comme elle les nomme, ont eu raison d’elle. Si seulement les micro agressions qu’elle croit avoir reçu sont bien réelles… Judith Lussier voit des micros agressions partout. Elle voit aussi de l’homophobie et du sexisme partout. Elle n’est pas la seule. Elle a baissé drastiquement dans mon estime lorsqu’elle a cru, et a écrit un billet du journal Metro dans lequel elle en parle, que je suis une personne homophobe (c’est ce qu’on lit entre les lignes dans son billet qui a pour titre « pas homophobe hein »). Il faut le faire quand même de me mettre dans le bateau des gens homophobes. C’est mal me connaitre, mais c’est surtout me faire un procès d’intention de s’être basée uniquement sur la publication que j’avais posté sur son mur FB (j’y reviendrai plus loin).

Bien que je reconnaisse la réalité qu’a vécue Judith Lussier avec des attaques vicieuses réelles sur sa personne (dont des menaces de viols), je crois que si elle est aujourd’hui au bout du rouleau, c’est en bonne partie en raison de ses fausses perceptions. Fausses perceptions à propos de supposé micro agressions (homophobes et autres). Je me permet d’écrire qu’elle a raison de mentionner la différence entre les homme et les femmes d’opinion, car les femmes se font répondre à propos de leur physique quand ça n’a rien à voir avec la discussion. Je me souviens d’un facebookien, qui semblait un militant masculiniste, qui m’a écrit en privé tout le mal qu’il pensait de Judith Lussier, ses mots respiraient la haine, avant de m’écrire que « j’étais plus belle qu’elle ». Je n’ai pas du tout aimé son commentaire, que j’ai trouvé sexiste et très désagréable. Cet homme fût bloqué peu après, je le trouvais trop dérangé pour le laisser voir ce que je publie, et je n’avais pas envie de le voir. Avec les positions radicales de Judith Lussier, il est certain qu’elle fait face à la haine de certains masculinistes. Cela me semble être deux facettes d’une même médaille.

Quand on se braque avec des lunettes militantes déformantes, on polarise encore plus et ça braque ceux qui ont des lunettes militantes déformantes mais dans le sens inverse. L’exemple avec ce qui m’est arrivé avec elle, j’y arrive, est juste la pointe de l’iceberg des micros agressions en masse qu’elle s’imagine avoir vécu. Commentaire en passant. Je  soupçonne fortement que Judith Lussier ferait partie de ces personnes pour les «safe space» à l’université. Le genre de personnes qui ne dit pas non tout de suite à l’idée d’empêcher des conférenciers de prendre la parole dans une université, sans raison valable dans une société libre et démocratique. Je vous partage ce reportage, qui est édifiant. Il faut entre autres écouter Normand Baillargeon (un homme d’une rare intégrité, classe et  intelligence, respect Monsieur Baillargeon), très intéressant. Il pointe une tendance inquiétante dans les universités. Je suis d’accord également avec Mathieu Bock-Côté, qui écrit que les trolls sont partout, pas seulement à s’attaquer aux féministes de gauche.

Dommage pour Judith Lussier qui semble avoir une tendance forte à voir que les gens de «sa gang» ne peuvent pas être des trolls. Des trolls, il y en a parmi les féministes de Québec Solidaire. Il y en a partout des trolls et si Judith Lussier n’a pas compris ça, c’est bien dommage pour elle. Je me souviens d’avoir eu un contact FB que j’appréciais jusqu’à ce qu’elle commence à me hair en raison de ma tendance libertarienne. Elle a constaté que je lisais et écoutais « le méchant Éric Duhaime ». Pour elle, c’était condamnable de juste l’écouter. Elle est devenue hyper agressive, elle a changé sa manière de s’adresser à moi. Elle m’a carrément écrit qu’elle haïssait les libertariens. Je lui ai demandé alors si elle me haïrait si j’étais une libertarienne, et elle a répondu oui. De la haine, les gens de gauche sont bien capables. La gauche n’a pas le monopole de la vertu, loin de là. Ceci en est un exemple. Je n’ai pas été détesté pour mon attitude,mais simplement en raison de mon opinion. C’est pathétique. Je ne voudrais pas être dans la peau d’une telle personne. Je vous l’avoue, le côté de moi qui n’a pas encore passé la censure du Moi conscient (nous avons tous un semi-conscient et un inconscient) trouve que Judith Lussier est folle. Maintenant la censure et la logique passée, je vais nuancer : elle n’est pas complètement timbrée, mais rendue loin dans son militantisme aveugle et vit dans un monde imaginaire rempli de faux dangers et des fausses agressions. Un vrai champ de mines, pour reprendre l’expression de  Catherine Perrin lorsqu’elle a reçu en ondes Judith Lussier pour parler de cette histoire.

Désolée, mais Judith Lussier à mes yeux est dans son mental, son monde. Et entre son monde et Le monde, il y a tout un monde….Déjà que c’est épuisant de se faire agresser pour de vrai. Imaginer si on se promène dans un champ de mines imaginaire.

Pas homophobe hein?

Je vais donner deux exemples pour démontrer la faiblesse de la démarche intellectuelle de la blogueuse féministe. À moins que ces exemples ne soient pas représentatifs de sa démarche globale, je vois clairement d’après ces deux exemples qu’elle manque beaucoup de jugement. Judith Lussier, dans un texte publié en 2016 dans le journal Metro, «Pas homophobe hein», nous donnait des exemples d’homophobie. En plus de m’avoir nommé en exemple , très mauvais exemple, car je suis une personne ayant un grand respect pour les droits et libertés, sans parler du fait que je suis moi-même une personne du groupe LGBT, Judith Lussier a écrit :

« Un autre «cas isolé», cette fois, s’est produit dans une clinique spécialisée en réassignation sexuelle d’Ahuntsic. Un individu est entré dans la clinique armé d’une hache et d’une machette et y a mis le feu, mais le SPVM hésite à qualifier de crime haineux ».

Où était la preuve qu’on avait affaire à un crime haineux? Aucune preuve, mais bienvenue dans le monde de champ de mines homophobes et sexiste de Judith Lussier qui confond une hypothèse avec une certitude basée sur des faits. Et le pire dans l’histoire c’est qu’une  transgenre a été arrêtée. Il semblerait que l’hypothèse la plus plausible est qu’elle était mécontente de sa chirurgie de changement de sexe.

L’hypothèse la plus plausible n’a rien à voir avec un crime haineux à l’endroit des transgenres. Est-ce que Judith Lussier a révisé ses positions suite à ça pensez-vous? Non, elle a choisi de rester silencieuse sur cette affaire qui ne va pas dans le sens de son militantisme aveugle.

Où est la preuve que je suis, moi Nathalie Roussy, homophobe?

N’importe quoi.
En plus d’être moi-même amoureuse d’une femme depuis de nombreuses années, je suis une amoureuse de la liberté. Lire le texte dans le journal Metro que j’ai écrit en réplique à son article dans lequel elle me décrivait comme une « redresseuse de tort ».

Ce que je n’ai pas pu écrire dans l’article du journal Metro (car on me donnait que 400 mots pour répliquer, en fait je n’ai pas pu expliquer à quel point Judith Lussier a déformé mes propos en plus d’avoir fait un procès d’intention à mon égard) c’est que n plus d’avoir vu une agression là où il n’y avait que de l’opinion, Judith Lussier avait fait croire aux lecteurs que j’avais partagé un lien du site web des témoins de Jéhovah, alors qu’en réalité j’avais partagé un lien d’une association gaie. Voici le lien que j’avais partagé.

J’avais partagé ce lien du site gai pour en critiquer le titre («Dans une vidéo inquiétante, les Témoins de Jéhovah apprennent aux enfants à devenir homophobes») qui, de mon avis, diffamait les témoins de Jéhovah en les faisant passer pour des gens qui violent les droits des homosexuels.

Bien sûr cela dépend de la définition d’homophobie.

Si l’homophobie est le fait de mépriser, détester ou refuser de reconnaître le droit des homosexuels, alors cette étiquette ne colle pas du tout à ladite vidéo.

Par contre, si l’homophobie comprend le fait de croire que l’homosexualité est une pratique malsaine pour son bien-être spirituel, alors je dirais deux choses :

  • la vidéo est homophobe
  • aucune liberté n’est brimée par cette vidéo. Si on en est heurté, cela ne veut pas dire qu’il y a eu agression. La table n’est pas méchante quand on se cogne l’orteil.

Dans les deux cas, il y avait la même vidéo. Mais mon but était de rectifier ce que j’estimais être de la diffamation à l’endroit des témoins de Jéhovah. On les accusait d’être homophobes. Alors que la vidéo ne l’était pas. Ça dépend de la définition d’homophobie bien sûr, mais si on prend la définition selon laquelle on estime que les homosexuels sont inférieurs, non franchement la vidéo ne montrait rien de ça. C’est de cela que je voulais discuter sur le mur de Judith Lussier. Pas pour troller.

Judith Lussier a écrit faussement dans le journal Metro que je parlais de liberté de religion, alors que je ne défends pas la liberté de religion, cela ne fait pas partie de mon vocabulaire. Je ne me souviens pas avoir jamais écrit ou parlé pour défendre la liberté de religion. Je préfère nettement le terme LIBERTÉ DE CONSCIENCE. En fait je préfère le terme LIBERTÉ tout court. Je défends la liberté. Diffamer une personne ou un groupe est une violation des droits et libertés dans mon livre à moi. ET j’ai estimé, quand j’ai posté un commentaire accompagné de la vidéo publiée sur le site de l’association gai que ceux qui sur le web s’activaient à dénoncer la vidéo web étaient en train d’accuser à tort les témoins de Jéhovah de publier une vidéo homophobe, ce qui n’est pas le cas. Je ne dis pas que la vidéo ne fait pas mal, elle me fait mal. Mais ils ont le droit de penser que le paradis sera exclu des homosexuels. De toute manière, leur paradis n’existe pas, alors je ne suis pas brimée dans mes droits et libertés par ce qu’ils pensent et ce qu’ils disent à ce propos. Ce n’est pas comme si une vidéo proposait que les homosexuels soient interdits d’entrer dans un autobus. Ou de donner une conférence à l’UQAM… Judith Lussier n’a pas voulu rien entendre de mes arguments et elle m’a supprimé de sa vue FB dans les minutes qui ont
suivi.

Mon compte FB supprimé depuis l’automne 2016

Moi aussi j’ai quitté les réseaux sociaux. Facebook pour être plus précis. J’ai quitté parce que les discussions profondes sur des sujets émotifs et controversés sont pratiquement impossibles. Il aurait fallu que j’évite les sujets qui m’intéressent le plus pour que ça fonctionne. Comme la culture du viol. Ma dernière publication FB traitait de la culture du viol (voir ci-bas un copié-collé de ma dernière publication à vie de FB, une publication en mode public).

C’est pourtant ce qui me faisait vibrer, l’idée d’échanger avec des gens qui pensent le contraire de moi, sur une base solide de respect et d’échange d’arguments. C’est une discussion sur la culture du viol et un commentaire d’un des contacts que j’appréciais le plus pour les qualités facebookienne que je recherchais qui a été l’élément déclencheur pour supprimer de manière définitive mon compte FB. Que ce contact que j’appréciais a cru que j’avais fait un « coup en bas de la ceinture » alors que je ne faisais que discuter honnêtement et factuellement m’a fait réaliser que ce sujet était beaucoup trop émotif pour que les gens soient capables de ne pas prendre personnel les échanges d’arguments. J’avais un respect pour lui, mais je me refusais à devoir le ménager pour ne pas le blesser. J’ai décidé subitement de supprimer le compte et depuis je n’ai jamais regretté ma décision.

J’ai appris bien des choses en échangeant sur les réseaux sociaux pendant des années. Je ne regrette pas ces discussions, ni d’avoir arrêté. Un temps pour chaque chose. Mais je ne fais pas la victime comme Judith Lussier le fait. Je ne dis pas que les gens m’ont agressé parce qu’ils ont des idées que je trouve hideuses (trouver que l’homosexualité est un péché est une opinion hideuse à mes yeux, soit-dit en passant). Je constate seulement à quel point les conversations dans les réseaux sociaux sont peu utiles pour discuter de sujets de société avec des arguments logiques et basés sur des faits. Pourquoi? Parce que Judith Lussier, dans le fond, est comme bien des internautes, avec ses idées préconçues et peu ouvertes aux idées des autres. Elle se sent agressée quand elle entend du monde qui ne pense pas comme elle. Eh bien elle n’est pas la seule. Toutefois, j’ai observé que plus on est militant d’une cause, plus le risque est grand qu’on soit réfractaire à la discussion avec des gens qui ne pensent pas comme nous. Peu de gens sont capables d’entendre des opinions divergentes, voire répugnantes, et s’ouvrir à discuter avec celui ou celle qui émet ces opinions, avec
l’ouverture d’esprit suffisante pour reconnaitre qu’on a en face de nous (virtuellement) une personne qui a des arguments solides pour appuyer son opinion.

Ma discussion privée avec une religieuse sur l’homosexualité

Je me souviens d’avoir eu un assez long échange privé sur Facebook avec une religieuse. Judith Lussier, qui ne semble pas respecter la liberté de conscience et la liberté d’expression, aurait vu dans cette discussion au mieux une « micro agression », au pire une agression justifiant que je bloque cette religieuse de ma vue FB. Et pourtant…Cette religieuse catholique était très respectueuse avec moi. Pour elle, que je sois en relation homosexuelle avec ma blonde était « contre nature ». Elle avait peur de me blesser, et prenait la peine de me demander : « est-ce que je vous choque? » (ce sont ses mots). Je me souviens de lui avoir répondu que, au contraire, elle me disait respectueusement ce qu’elle croyait. J’ai reconnu, et appriécié (parce que c’est rare), que cette religieuse a mis beaucoup d’énergie pour s’ouvrir et tenter de me comprendre, malgré sa vision diamétralement opposée à la mienne.

Même si son opinion me fait mal, elle me le dit avec respect et a le droit à sa liberté de conscience. Elle m’a posé des questions et c’est allé assez loin sur la sexualité. Je lui expliquais que je ne voyais pas où était le mal, si j’aimais ma blonde, de vouloir lui faire du bien. Je lui masse le dos parce que je l’aime et veux son bien. Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas lui faire du bien avec des caresses sexuelles? C’est la qu’elle s’est à mon avis senti mal à l’aise. J’étais prête à poursuivre la discussion, mais je crois que j’ai frappé la limite de malaise de cette religieuse. Pourtant je suis restée là tout le long ouverte à discuter en profondeur en se basant sur des arguments. Tout le monde a sa limite, j’ai atteint celle de cette religieuse. Mais jamais elle n’a manqué de respect à mon égard. Je ne vous cache pas que ça me fait mal de savoir que des gens voient que je fais quelque chose de mal à aimer ma blonde. L’amour est la plus belle chose dans l’univers.L’amour ne peut être mauvais. Nous nous aimons mon amoureuse et moi, profondément, depuis très longtemps. Ça fait mal de savoir que des gens voient ma façon de vivre comme quelque chose de décadent, mal, ou un péché. Ils ont le droit de le penser, c’est leur liberté de conscience.

Ma dernière publication FB à vie

Je constate que des amis FB aiment et partagent ce texte dont le titre en dit long : «Cette inexistante culture du viol».

Avant de critiquer le texte, je voudrais féliciter l’auteur pour cet extrait, que des personnes que j’apprécie pour leur qualité de jugement en général n’en ont pas eu pour cette affaire quand il fût question du possible passé d’escorte de la présumée victime Alice Paquet : « Et qu’Alice Paquet ait été (ou non) une prostituée ne change absolument rien. La prostitution, comme toute autre transaction de service, s’effectue seulement si les deux parties sont consentantes ». Maintenant que les fleurs ont été données, je vois deux problèmes majeurs selon moi avec ce texte.

Premier problème : Le déni du lynchage public à l’endroit des présumées victimes.

Il nie le lynchage public des personnes qui se disent victimes d’agressions sexuelles pour seulement nous présenter le problème du lynchage des personnes visées par les  agressions. Or le lynchage public est des deux côtés, comment cela se fait-il qu’en plus de manquer d’objectivité et de vision générale on choisisse le «mauvais camp»?

Je m’explique pour l’utilisation de l’expression « mauvais camp ». Des données probantes nous indiquent que la grande majorité des allégations sexuelles sont basées sur de  véritables agressions (voir référence plus bas). Autrement dit, il y a plus de chance que la personne qui se fait faussement lyncher, c’est la présumée victime. Mais l’auteur de ce texte, Pierre-Guy Veer, se décrivant comme un libertarien engagé, a choisi son camp. Il ne faut pas choisir de camp préétabli à l’avance pour toutes les causes d’allégations d’agressions sexuelles, sauf celui de la vision globale, de la prudence, de la délicatesse, du jugement, de la connaissance également. Mais tant qu’à choisir un camp entre les deux, ce qui je le répète manque de sagesse, il est bien préférable en général de choisir le camp des présumées victimes, en raison des statistiques sur le taux de fausses agressions qui est très bas.

Deuxième problème : sophisme de la double faute.

Deux faux ne font pas un vrai. Mais ce « libertarien engagé » semble croire que oui. Pour nous « prouver » qu’il n’existe pas de culture du viol, il compare notre société aux sociétés les plus barbares. Quand on se compare, on se console, il a pris au mot cette maxime… On lit :

« Par contre, ce n’est comparé à une véritable culture du viol tel que l’on voit dans les pays gouvernés par la sharia (loi inspirée du Coran). Dans les histoires de viol, la femme est au banc des accusés, pas à la défense. Si elle veut éviter les châtiments corporels, elle doit demander pardon au violeur pour l’avoir « provoqué ». Plusieurs médias affirment que la supposée vague de viol qui se produit en Europe serait causée par l’influx de réfugiés (surnommés « rapefugee ») venant de cette culture barbare ».

Imaginez un seul instant comment ce monsieur réagirait si des gens lui disaient qu’il n’y a aucun problème ici qu’un mari oblige sa femme à porter le voile en lui donnant une simple claque dans la face si elle n’obéit pas puisque, dans d’autres pays, c’est la lapidation qui attend cette femme. Imaginez si on disait que le mari qui se rend compte que sa femme a flirté avec un autre homme va la battre n’est pas un réel problème puisque dans d’autres pays, ce serait tel ou tel châtiment qui l’attendrait.

Un 3e problème à ce texte : sophisme de l’appel à l’ignorance.

« Ce sera à un tribunal ou à un juge – si les preuves sont suffisantes pour se rendre jusque là – de voir s’il y a eu viol ou non »

Le rôle du juge n’est pas de déterminer s’il y a eu viol ou non, mais si, en cas de poursuite  pénale, le présumé agresseur doit être condamné pour viol. Beaucoup de gens ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre selon les cas, la différence. Une absence de preuve de viol n’est en rien une preuve de l’absence de viol. C’est évident, mais incompris de bien des gens. Parfois on établit en cour la preuve que le plaignant a menti et que l’accusé est innocent de ce dont il a été accusé. Parfois on établit la preuve que la plaignante a dit vrai et l’accusé est déclaré coupable. Mais dans le cas des affaires d’agressions sexuelles, bien souvent l’accusé est acquitté faute de preuve et non parce qu’on a prouvé son innocence! Je me suis obstinée avec deux profs d’université à l’UQAM sur cette question. J’y reviendrai peut-être avec une lettre que j’avais écrite aux deux
il y a 3 ans.

Référence : False allegation of sexual assault : An Analysis of Ten Years of Reported Cases

La pétition des cigales

Une suite à la célèbre fable de Jean de la Fontaine

Par Philippe David

(Si vous ne vous vous souvenez pas de la fable originale, je vous recommande de rafraîchir votre mémoire.)

La cigale ayant été rondement rabrouée
Par la fourmi et son manque de charité,
Pris un moment pour savoir que faire.
De ce pas, elle alla voir ses compères.

«Cela ne se passera pas comme ça!»
Commença-t-elle à dire,
Avec les autres cigales, une pétition se mit-elle à écrire.
«Allons à la législature pour faire valoir nos droits!»
Et c’est ce qu’elles firent.

«Qu’il vous plaise Messieurs les députés,
D’entendre notre histoire d’injustice et d’iniquité.
Ayant chanté tout l’été
Et agrémenté vos journées,
Nous nous sommes retrouvées fort dépourvues,
Quand l’hiver fût venu.
Pas la moindre parcelle de vitamine ou protéine,
Pour nous sustenter, c’est la famine!

Les fourmis, quant à elles, ne manquent de rien
Elles en ont même plus qu’il n’en faut pour avoir le ventre plein.
Avec elles, nous avons plaidé,
De partager quelques bouchées.
Elles se sont montrées très déplaisantes.
Elles nous ont même accusées d’être fainéantes!
Mais jamais ont-elles voulu,
Nous consentir ne serait-ce qu’une miette de leur surplus.
De quel genre d’égoïsme doit-on être animé
Pour se complaire ainsi à laisser ses voisins crever?
J’ai ouï-dire que dans certaines contrées,
On contraint les égoïstes à la charité.
Nous croyons donc qu’il  serait opportun,
De faire de même aux fourmis au nom du bien commun.»

Des applaudissements fusèrent dans l’assemblée.
Au discours des cigales, beaucoup semblaient adhérer.
Une fourmi députée, suite au discours,
Au nom des siens y tenta recours.

«Chers confrères», dit-elle, «qu’il ne vous déplaise,
D’entendre l’autre côté de cette thèse.
Cet été pendant que les cigales chantaient,
D’arrache-pied, mes sœurs s’affairaient
À amasser victuailles et denrées
Car nous savions pertinemment
Que l’hiver viendrait inévitablement.
De tous, cette information est connue.
Nulle raison d’être pris au dépourvu.
Rien n’empêchait les cigales de faire de même,
Mais elles ont préféré la vie bohème
Elles ont le droit de décider comment mener leur existence,
Mais de leurs choix, elles doivent aussi subir les conséquences.
Ce ne serait pas leur rendre service
Que de les sauver des aléas de leurs vices
La véritable vertu est de prévoir
Et nos propres besoins bien pourvoir
Afin de ne point dépendre de charité.
Ce n’est point justice
Que de vouloir forcer autrui à payer pour ses vices
À quoi sert d’être prévoyant,
Si c’est pour payer pour des fainéants
Qui ne font pas le moindre effort
D’améliorer leur propre sort?»

Hélas, pour les fourmis,
Des députés, elles n’avaient guère d’amis.
Les arguments des cigales attirèrent la sympathie.
Tels sont les aléas de la démocratie.

De leurs surplus, les fourmis furent délestées.
Sous peine d’emprisonnement, si elles refusaient d’obtempérer.
Qu’à cela ne tienne, le printemps revenu,
Les insectes découvrirent que les fourmis avaient disparu.
Vers de plus clémentes contrées,
Elle se sont en allées.

 

La grande hallucination

Par Philippe David

Beaucoup de gens se croient libres. C’est surtout parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’est la liberté. La liberté c’est être propriétaire de soi-même. Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que personne n’a le droit de prendre des décisions à votre place. Ça implique aussi  que si vous désirez rester libre,  vous devez, pour le meilleur ou pour le pire, prendre ces décisions par vous-même et en subir les conséquences autant qu’en récolter les bienfaits.  Si vous abandonnez vos choix à une autre personne ou un groupe de personnes appelé «gouvernement», vous n’êtes plus libre, vous êtes dépendant. Vous ne gérez plus votre propre vie, elle est désormais la propriété de quelqu’un d’autre.  Vous êtes désormais un esclave en quelque sorte et plus vous abandonnez de vos choix au gouvernement, moins vous serez libre. Est-ce vraiment ce que vous voulez?

Au Québec, certains ne cessent de nous rabattre les oreilles avec l’idée que le «peuple» québécois devrait être «maitre de sa destinée», mais c’est vide de sens! Le mot «peuple» n’est qu’une abstraction pour représenter plusieurs personnes vivant dans un même espace et partageant certains traits. Vous pouvez voir et toucher les individus qui le composent, mais vous ne pouvez pas voir ni toucher le «peuple». Le peuple ne peut pas raisonner, ni réfléchir. Il ne peut pas agir à l’unisson.  Il n’est donc responsable de rien et il n’est maître de rien non-plus. Mais que diriez-vous d’être maître de vous-mêmes plutôt? Pourquoi croyez-vous que vous serez plus libre si seulement le bon parti était au pouvoir et qu’une majorité mette une croix sur la case «oui» d’un référendum? Ou serez-vous libre le jour où vous pourrez dire que vous allez garder tout le fruit de votre travail et décider par vous-même quoi en faire plutôt que de laisser Justin Trudeau ou Philippe Couillard ou [insérez le chef de votre parti préféré ici.] décider comment le gaspiller dépenser pour vous?

Personne n’a de droit légitime de prendre ces décisions pour vous. Ce n’est qu’une illusion. Vous n’y consentez que parce qu’on vous dit que ça ne peut pas fonctionner autrement. Que parce que nous sommes méchants et cupides de nature, nous devons avoir des gens tout aussi méchants et cupides que nous mais qui, par la vertu d’avoir gagné un concours de popularité, se sont transformés en saints altruistes, pour nous protéger des autres personnes méchantes et cupides. En nous contrôlant pas la force et la coercition. Vous trouvez que ça a du sens vous? Moi pas! Je ne vois pas l’utilité d’avoir une bande d’individus qui me font les poches sous la contrainte sous prétexte de me fournir des services dont je n’ai pas nécessairement besoin et  pour me protéger de d’autres bandes d’individus qui veulent me faire les poches sous la contrainte. Je veux seulement payer volontairement pour les services dont j’ai besoin.

La prémisse derrière la raison d’être du gouvernement est absurde. La seule chose qui différencie le gouvernement de la mafia est une croyance qu’on vous martèle depuis votre plus jeune âge: que le gouvernement représente une autorité légitime. Les pires atrocités de l’histoire on été commises par des despotes psychopathes simplement parce que ces millions d’individus ont eu l’hallucination collective de voir ces tyrans comme détenteurs d’une autorité légitime. Par eux-même, les Hitler, Staline, Mao, Pol Pot ou Pinochet n’auraient jamais pu causer tant de dommages. Ce n’est que cette petite croyance religieuse en leur autorité qui a fait que des millions les ont appuyés dans leur folie sanguinaire.

Ceux qui ne cessent de réclâmer toujours plus de pouvoir pour le gouvernement peuvent être mus par de bonnes intentions, mais ils ne réalisent pas à quel point ce pouvoir est dangereux. Jusqu’au moment où, inévitablement, un tyran viendra retourner ce pouvoir contre eux. Alors il y aura des pleurs et des grincements de dents

 

La mort du rêve américain

Par Philippe David

Rien ne symbolise le succès de la civilisation occidentale autant que le rêve américain. Malheureusement, ce rêve est sur le point de s’évanouir. Il y a des choses auxquelles nul ne peut échapper. On peut dire que les lois de l’économie font partie de ces choses et à force de les ignorer, on finira inévitablement par frapper un mur. De mon vivant, j’ai vu l’économie de nombreuses nations s’écrouler à force d’ignorer ces lois. L’Histoire recèle encore plus d’exemples d’arrogance économique qui se sont mal terminées et si vous croyez que la civilisation occidentale est exempte de ces règles, vous péchez par ignorance.  Je m’attends pleinement à être témoin de son effondrement inévitable, à moins qu’un profond changement ne s’opère, et je doute que ce coup de barre n’arrive à temps.

Pour comprendre le comment et le pourquoi la déchéance de notre civilisation va se produire, il faut bien comprendre ce qui est le sang de toute économie : la monnaie

Qu’est-ce que la monnaie?

Ce n’est pas une question banale. Peu de gens de nos jours comprennent vraiment ce qu’est la monnaie. Je vais donc vous en faire un bref historique. Commençons par le fait que tous les êtres humains ne sont pas égaux en capacité. Quel est le rapport avec la monnaie? Eh bien, personne ne peut être productif en toute chose. Certains n’entre nous ont plus de dextérité et ont plus d’affinité pour les travaux manuels. D’autres sont plus fins penseurs et ont plus de talent pour inventer et concevoir. Bref aucune personne n’est auto-suffisante  et n’a la capacité de produire tout ce dont elle peut avoir besoin de façon efficace. Il est donc beaucoup plus sensé que chacun se concentre à faire ce pourquoi il a la plus grande affinité et ensuite échanger entre nous pour obtenir les autres choses dont on a besoin. Originalement, nous faisions cela par le troc. Cependant, le troc a ses limites. Si vous fabriquez des chaussures et que moi j’élève des poules pondeuses,  nous pouvons peut-être nous entendre à échanger un certain nombre d’œufs pour une paire de chaussures. Mais qu’arrive-t-il si vous n’avez pas besoin d’œufs? Que vous préfèreriez obtenir du beurre à la place? Pour obtenir ma paire de chaussures, il me faudrait trouver quelqu’un qui voudra me donner du beurre en échange de mes œufs, puis je pourrais alors obtenir des chaussures en échange du beurre. On voit donc comment les choses peuvent se compliquer.

Cependant. À tout problème on trouve éventuellement une solution et la solution à ce problème particulier fût de trouver une denrée quelconque désirée par tous pour effectuer des échanges. Au cours des siècles, plusieurs matières ont tenu ce rôle, mais avec le temps, ce sont des métaux précieux comme l’or et l’argent qui ont eu la cote comme les médiums d’échange les plus populaires.  C’est de cette façon que nous en sommes venus à utiliser ces métaux comme monnaie d’échange. La monnaie est donc ni plus ni moins qu’une denrée qu’on choisit d’utiliser comme médium d’échange.

La différence entre une monnaie-denrée et une monnaie fiduciaire.

Toutes les monnaies sont basées sur la confiance. La certitude de pouvoir échanger la monnaie contre n’importe quel bien ou service. Dans le cas d’une monnaie-denrée, c’est la qualité du médium qui est en jeu et ce médium est choisi spontanément par les acteurs du marché. L’or et l’argent ne sont pas devenus monnaies par le décret  d’une autorité quelconque mais parce que les acteurs du marché en sont venus à valoriser ces métaux plus que toute autre denrée comme médium d’échange.

Dans le cas d’une monnaie fiduciaire, la «confiance» repose sur une garantie de l’état que cette monnaie est échangeable contre biens et services. Une monnaie fiduciaire n’est donc pas une monnaie qui a été choisie par les acteurs du marché, mais qui leur est imposée comme ayant cours légal. Nous verrons un peu plus loin en quoi cette distinction est importante.

Une autre différence importante est la quantité de monnaie en circulation. Dans le cas d’une monnaie-denrée, la quantité de cette monnaie ne peut pas excéder la quantité disponible de la denrée en question. En d’autres mots, si nous voulons utiliser l’or comme monnaie, la quantité de monnaie ne peut pas excéder la quantité d’or disponible à un moment donné. La masse monétaire ne peut donc pas fluctuer grandement. En revanche,  la monnaie fiduciaire n’a aucune limite et peut être produite à l’infini à partir de rien.

Le contrôle de la monnaie

Le problème est le contrôle que l’état exerce que la monnaie à travers les lois du cours légal et l’oligopole bancaire qu’il a créé. Il a commencé en s’attribuant le monopole de la fabrication des pièces de monnaie, puis lui a donné un nom pour la dissocier de la denrée qui en était la base. À l’origine, dollar, franc, livre sterling étaient en réalité des mesures de poids d’or ou d’argent. Le dollar, c’était une mesure qui équivalait à 1/20e d’once d’or, mais en l’appelant dollar, on en oublie la matière sur laquelle il repose.  L’état  a ensuite légalisé la fraude que représentent les réserves fractionnaires, permettant aux banques d’émettre des billets de banque excédant (de loin) la quantité d’or qu’elles ont en main, ce qui de facto les rend insolvables si tous les déposants venaient à réclamer leur or. De même, il a également permis que les banques puissent  périodiquement refuser de convertir leurs billets en or, reniant de ce fait leurs obligations.  Puis il a créé une banque centrale qui permet entre autre chose de coordonner l’émission des billets de banque (et donc la masse monétaire) centralement, puis finalement, il a abandonné tout lien à l’or. Donc le système carbure maintenant sur une monnaie qui ne repose sur aucune valeur concrète, hormis la garantie de l’état et l’obligation légale à tout commerçant ou créancier de l’accepter en paiement pour des biens et services ou en remboursement de dette.

Le problème avec ce système est qu’il n’est pas soumis à la discipline de marché.  C’est quoi la discipline de marché?  C’est que l’objectif premier du marché doit être de fournir des biens et services selon les désirs du consommateur et que donc, toute transaction doit répondre au jeu de l’offre et de la demande et même la quantité de monnaie et son pouvoir d’achat, doivent être régis par ces règles. Par exemple, il n’y a pas de problème à faire croitre la masse monétaire en autant que celle-ci croit en réponse à une demande des consommateurs et non de façon arbitraire. Si la masse monétaire croit trop rapidement, ça cause une diminution du pouvoir d’achat de chaque unité monétaire, ce qu’on appelle de l’inflation. Si elle croit plus lentement, l’inverse se produit et le pouvoir d’achat de chaque unité augmente. Ce qu’on appelle la déflation. Une légère inflation ou une légère déflation n’est pas un gros problème en soit, quoique je préfère voir mon pouvoir d’achat augmenter plutôt que diminuer.   Une inflation ou une déflation prononcée sont définitivement néfastes.  Les gens ont beaucoup de difficulté à saisir les impacts d’une augmentation ou d’une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie. Lorsqu’il y a déflation, par exemple, beaucoup s’imaginent plus pauvres parce que leurs salaires semblent  stagner nominalement ou même diminuer. Ils ne réalisent pas que chaque dollar qu’ils gagnent achète plus. De la même façon, lorsqu’il y a inflation, ils voient leurs salaires augmenter sans réaliser que leur pouvoir d’achat s’effrite.  Ça semble banal à court-terme, mais à long-terme on constate que le dollar américain, qui valait 1/20e d’once d’or lorsque la Réserve Fédérale fût créée en 1913 et  1/35e d’once d’or en 1971 lorsque Richard Nixon a complètement abandonné tout lien à l’or; ne vaut même plus un millième d’once d’or de nos jours.  «À long-terme, nous sommes tous morts» disait Lord Keynes, un des plus grands défenseurs de ce système frauduleux. Nous sommes maintenant dans le long-terme de Keynes et nous payons tous pour sa vision à courte vue.

Une taxe cachée au profit de l’élite

Ce n’est pas un hasard que l’état cherche à contrôler de plus en plus la monnaie et divorcer celle-ci de toute denrée. Si on contrôle la monnaie, on contrôle toute l’économie.

«I care not what puppet is placed upon the throne of England to rule the Empire on which the sun never sets. The man that controls Britain’s money supply controls the British Empire, and I control the British money supply.»

– Baron Nathan Mayer Rothschild

S’il est vrai que ce système donne énormément de pouvoir aux banquiers, il est faux de dire qu’il ne profite pas au pantin (qui conserve encore le pouvoir de fermer le robinet aux banquiers, il faut le mentionner) qui dirige l’état. L’économiste Murray Rothbard a souligné que l’inflation créée par ce système d’argent de Monopoly était en réalité une taxe cachée qui redistribue la richesse des plus pauvres qui ne reçoivent le nouvel  argent qu’après l’augmentation des prix qu’il provoque,  à l’état, aux banques et aux corporations qui en bénéficient avant que les prix  n’augmentent.

Cette taxe sert à financer les guerres et une bureaucratie toujours plus lourde et privilégiée. Elle permet aux politiciens d’acheter les votes des gens en leur donnant une fraction de ce qu’ils leur ont volé sous forme de programmes sociaux.  Elle permet aux États d’accumuler des dettes astronomiques au nom de leurs citoyens et de la rembourser avec une monnaie dont la valeur ne cesse de diminuer jusqu’au jour où cette dette devient mathématiquement impossible à payer et alors la monnaie ne vaut plus rien et les gens perdent confiance et préfèrent faire n’importe quoi avec les billets de banque autre que de les garder dans leurs poches. C’est arrivé maintes fois dans le passé lorsque les nations ont expérimenté avec la monnaie fiduciaire. C’est arrivé à la France avec la monnaie de papier de John Law et les assignats, c’est arrivé à l’Allemagne de Weimar où en 1923, ça prenait 4,2 billions de marks pour acheter un seul dollar américain et que les gens se promenaient avec dans les rues avec des brouettes de billets en se souciant plus de se faire voler leur brouette que les billets qu’elle contenait. Plus récemment, ça s’est produit en Argentine, au Zimbabwe et s’est en train de se produire au Venezuela.  Mais, bien sûr, un peu comme le communisme, on nous dira que toutes ces fois où cela n’a pas fonctionné, c’est que ça n’a pas été géré comme il faut et que cette fois-ci, nous sommes plus malins et ça va fonctionner! Mais chaque nouvelle expérience mène habituellement  à ce que Ludwig von Mises a baptisé le «crack up boom». L’effondrement de l’économie par la destruction de la monnaie. Ce jour viendra bientôt pour les États-Unis, mais alors que la plupart des épisodes d’hyperinflation de l’Histoire affectaient principalement la nation en question, cette fois-ci, les États-Unis risquent fort d’entrainer l’économie mondiale par le fond. La question n’est plus si ça va se produire, mais quand? Impossible à prédire, mais probablement bientôt.

Conclusion

Si vous cherchez à blâmer le capitalisme pour ce qui se produit, vous faites gravement erreur. Le marché-libre a désigné l’or et l’argent comme monnaies et ce sont les seules monnaies vraiment capitalistes, mais depuis la nuit des temps l’état a triché. Il s’est approprié la monnaie et l’a manipulée. Il a rogné les pièces de monnaies. Il les a refondues pour réduire leur taille tout en maintenant leur valeur nominale. Il a créé des pièces de monnaie en alliages où la teneur en or ou en argent diminuait constamment et finalement en la remplaçant  complètement par du papier sans valeur.  Le marché-libre nous a fourni une monnaie qui non-seulement  maintient bien sa valeur, mais qui souvent gagne de la valeur avec les gains de productivité. Les politiciens et les banquiers l’ont remplacée par une fausse-monnaie frauduleuse qu’ils manipulent à volonté et  avec laquelle ils peuvent vous voler à votre insu. Tant que les prix du marché sont évalués en gramme ou en onces d’or ou d’argent,  tout est transparent et la fraude est improbable, c’est lorsque l’état s’approprie la monnaie que la monnaie devient opaque et que la fraude devient possible et vous vous retrouvez détroussé, une fois de plus, par ceux-là même que vous croyiez étaient supposé vous protéger des voleurs.

 

L’ONU va-t-elle prendre le contrôle de l’internet?

Par Philippe David

Depuis le 1er octobre dernier, le gouvernement des États-Unis a abandonné son contrôle de l’organisme ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) qui est l’organisme qui gère le système DNS (Domain Name Service) de l’internet, provoquant des peurs que le contrôle de cet organisme passe sous le contrôle des Nations Unies.

Qu’est-ce que ICANN et le système DNS?

ICANN est la société privée à but non-lucratif qui opère un monopole sur la gestion des adresses des différents équipements qui composent l’internet. Ces adresses sont normalement exprimées dans un format numérique du genre 192.168.1.1. Naturellement, ce genre d’adresse est difficile à retenir pour nous pauvres humains. C’est beaucoup plus facile pour nous de retenir un nom comme Google.com, Facebook.com ou Contrepoids.com. Pour cette raison, on a inventé un espèce d’annuaire appelé DNS. Il existe tout un réseau de serveurs dans l’internet qui sont chargés de convertir les noms de domaine comme Contrepoids.com et y substituer son adresse IP correspondante, permettant ainsi de se connecter au serveur qui sert de plateforme au site web.

Si vous avez déjà un site web, vous savez déjà que pour enregistrer votre domaine, il vous faut faire affaire avec un registraire. Il y en a des milliers. Ce sont ces registraires qui communiqueront avec ICANN afin d’enregistrer le nom de domaine et attribuer une adresse correspondante.  ICANN  détient donc la clef de tout le système d’adressage de l’internet.

Qu’est-ce que ça change?

En principe, rien du tout. ICANN contrôle déjà l’adressage sur l’internet depuis une vingtaine d’années avec très peu d’interférence de la part du gouvernement américain et continuera de le faire en étant chapeauté par un consortium composé de gouvernements et de corporations privées. Ce qui suscite des craintes est que selon les lois anti-trust, pour conserver son monopole légal, ICANN doit être supervisé par un organisme gouvernemental quelconque (et je n’ai pas trouvé d’information qui dit si le consortium est qualifié selon la loi) et des pays comme la Chine et la Russie font pression pour que cette supervision soit assurée par l’ONU. Considérant que l’ONU tend à faire diriger son Conseil des droits de l’homme par des dictature à la réputation peu reluisante dans le domaine comme L’Arabie Saoudite ou la Libye, la perspective d’une supervision d’ICANN par cet organisme donne un peu froid dans le dos. Est-ce que ça se produira? Rien n’est encore joué et il semble que pour l’instant, ICANN demeure indépendant et aucun gouvernement ne peut lui imposer ses volontés. Mais pour combien de temps? Je connais bien des dictateurs en puissance qui aimeraient bien pouvoir contrôler le puissant médium qu’est l’internet. Même ici au Québec, certains politiciens salivent à l’idée de pouvoir réguler l’internet à leur guise. Un danger bien réel existe.

Mais il y a une alternative…

Heureusement, là où il y a un besoin, on peut toujours compte sur des entrepreneurs astucieux pour trouver une solution et cette alternative existe déjà, basée sur la même technologie sur laquelle est basée Bitcoin, la blockchain. Cette alternative s’appelle Namecoin et c’est ni plus ni moins qu’un système de DNS décentralisé qui n’est contrôlé par personne, et donc qui n’est pas censurable. De la même façon qu’aucune nation ne peut contrôler, Bitcoin, le même est vrai de Namecoin et le Top Level Domain (TLD) qu’il contrôle (.bit).

Vous pouvez donc enregistrer un domaine .bit, le faire pointer dur votre serveur et même si l’ONU prenait le contrôle d’ICANN et lui faisait supprimer votre domaine, Il pourrait continuer de subsister et fonctionner avec Namecoin. Car, voyez-vous, rien n’empêche vraiment qu’ICANN ait des compétiteurs et on pourrait parier que si cet organisme venait finalement à être contrôlé par l’ONU, nous aurions une pléthora de concurrents pour lui faire concurrence qui ne pourront être contrôlés par rien ni personne. Encore une fois, le libre-marché est là pour nous sauver du totalitarisme onusien.

Ajout:

Tout l’argument de la prise de contrôle d’ICANN par l’ONU repose sur la prémisse qu’ICANN doit être supervisée par un organisme gouvernemental pour maintenir une exemption des lois anti-trust. Après une petite vérification, il s’avère que c’est faux. ICANN n’a pas et n’a jamais eu d’exemption aux lois anti-trust tel qu’expliqué par John Jeffrey, Conseil Général et Secrétaire d’ICANN dans une lettre à l’éditeur au Wall Street Journal:

«ICANN is not, and never has been exempted from antitrust laws.In 1998, the Department
of Commerce stated that the nonprofit organization to be created to fulfill the U.S.
Government’s directive to privatize the domain name system (ICANN) would be
subject to antitrust laws: »Applicable antitrust law will provide accountability to and
protection for the international Internet community. » If the U.S. Department of Commerce’s stewardship of the IANA functions is transitioned to the Internet Community, ICANN will have no mandate, need or reason to seek to be overseen by another governmental group for protection.»

Alors à moins de vouloir croire à une théorie du complot…

Alexandre Taillefer et les libertariens

Par Philippe David

Récemment dans ce que qu’il se plaisait à appeler une «chronique» à l’antenne de Radio-Canada (notre radio-poubelle subventionnée), Alexandre Taillefer s’est amusé à casser du sucre sur le dos des libertariens. C’est vrai que nous sommes effectivement une épine dans son flanc. Il a donc de bonnes raisons de nous haïr.

Il commence donc à débiter les sempiternels clichés: le «chacun pour soi», le «au plus fort la poche», le «darwinisme». Parce que c’est tellement plus altruiste de financer une entreprise et d’en tirer profit sur le dos des contribuables et de vouloir faire mettre un prix plancher de $1.50/litre, juste pour s’en mettre plein les poches aux dépens de tous les autres.

Évidemment, pour le darwinisme, je plaide coupable. Je suis darwiniste parce que je crois fermement qu’une entreprise devrait être financée par des investisseurs qui mettent volontairement leur propre fric, pas celui qui a été extirpé par la force des contribuables. Je crois aussi fermement que si une entreprise produit un bien ou service qui n’est pas aimé des consommateurs ou que l’entreprise est mal gérée, qu’elle mérite de faire faillite et être remplacée par une qui saura mieux répondre à ces besoins plutôt que de la faire vivre sur le respirateur à coup de subventions. Parce que servir les gens en offrant un service ou un bien utile et prisé des consommateurs est le véritable rôle d’un entrepreneur et non se garnir les poches de l’argent de nos taxes.

M. Taillefer s’offusque de notre opposition à la hausse du salaire minimum à 15$/heure et nous reproche d’étoffer nos arguments avec des études, comme l’a fait Vincent Geloso dans le Journal de Montréal. Parce qu’évidemment, il ne faudrait certainement pas laisser les faits supplanter les bonnes intentions. Que des dizaines de ces études démontrent que dans les faits, une telle hausse du salaire minimum nuirait aux pauvres et aux petites entreprises, Alexandre Taillefer n’en a cure. Il a Joseph Stiglitz de son côté. Le même qui, il y a quelques années, faisait l’éloge de la révolution bolivarienne au Venezuela. C’est tellement plus crédible! Après tout, le socialisme a un historique de succès tellement plus reluisant que le soi-disant «néolibéralisme» qui en réalité, est un fourre-tout pour tout ce que les socialistes comme M. Taillefer n’aiment pas.

Il finit en parlant de décence comme si un faux entrepreneur qui se gave de deniers publics avait vraiment des leçons à donner. Quand les programmes qu’il prône nuisent justement aux plus pauvres et lui sont principalement profitables à lui. Quand il est grand partisan du modèle économique progressiste qui a fait du Québec la province la plus pauvre et la plus endettée du Canada. Si Alexandre Taillefer se souciait vraiment des plus pauvres, il ferait mieux de tenter de gérer son entreprise sans l’argent des autres, s’il en est seulement capable. Mais vivre sans chèque de BS corporatif, M. Taillefer n’aime pas.

L’IRIS et la fable de la cause de la dette

Par Philippe David

Ainsi, l’IRIS vient de publier une autre œuvre de désinformation prétendant expliquer les causes de notre dette publique. Selon leurs «chercheurs» (et j’utilise ce mot au sens le plus large possible), notre dette ne provient pas du fait que notre gouvernement dépense trop. Nonon! C’est plutôt à cause de la politique monétaire de la Banque du Canada et/ou des baisses d’impôts et/ou de coupures dans les transferts fédéraux ou encore de privatisations sauvages (?). En bref, si ce n’était que des dépenses, notre dette brute serait à peine de 10% du PIB et notre dette nette serait négative. Ils en sont arrivés à ces conclusions en concoctant une savante simulation et en testant divers scénarios. Que c’est magnifique les simulations! Que d’utopies on peut créer de toutes pièces pour essayer de plier le monde à ses idéaux! Le problème est que nous vivons dans le vrai monde et la grande majorité des facteur que les chercheurs de l’IRIS décrient sont soit erronés ou existent pour de très bonnes raisons et pour la plupart des cas, elles existent pour toutes les autres provinces du Canada, pas seulement le Québec, alors comment se fait-il que le Québec soit tellement plus endetté que toutes les autres provinces? Jetons-y un coup d’œil si vous voulez bien. Continuer la lecture de L’IRIS et la fable de la cause de la dette

Le salaire minimum sous le microscope

Par Philippe David

L’économiste et politicien français du XIXe siècle, Frédéric Bastiat, se plaisait à dire que la différence entre un bon et un mauvais économiste est que le mauvais économiste ne considère que les effets visibles et immédiats d’une politique alors que le bon économiste examine tous les effets à court et à long-terme, apparents ou non d’une politique économique. Je ne prétendrai pas être un véritable économiste. Je ne suis qu’un type qui lit beaucoup et qui a aussi un peu d’expérience de terrain en gestion. Je ne fais en réalité que vulgariser ce que je lis. Mais j’essaie autant que possible d’évaluer les conséquences qu’elles soient apparentes ou pas.

Pour parler des conséquences du salaire minimum, on peut citer des tas d’études et pointer vers des données macroéconomiques pour appuyer nos dires, ou nous pouvons utiliser une autre approche, celle de descendre sur le terrain et d’utiliser une peu de logique et se mettre à la place de divers acteurs sur le terrain pour examiner ce que serait leur réaction probable lorsque telle ou telle chose se produit, se basant sur des propositions qui peuvent être considérées vraies a priori. Par exemple, on peut considérer que dans la plupart des cas, les individus vont agir dans le sens de maximiser leur bien-être ou leur intérêt personnel à eux ou celui de leurs proches. C’est ce qu’on entend par un «a priori». Quelque chose qui n’a pas besoin d’être prouvé parce que ça tombe sous le sens. Ce n’est que le gros bon sens de dire qu’il est peu probable que les gens vont sciemment tenter de se tirer une balle dans le pied et agir pour saborder leurs propres projets. Ce serait contraire à la logique. Vous me suivez?

Cette approche particulière s’appelle la «praxéologie».  C’est l’étude objective des actions humaines. L’étude de l’économie en utilisant cette approche consiste à considérer l’économie comme étant la somme des actions de millions d’individus et donc, pour une situation donnée, analyser les actions probables au niveau d’un individu et voir ce qui risque de  se produire si ces actions sont extrapolées au niveau de millions d’individus. J’aime particulièrement ce genre d’approche parce qu’elle permet de concrétiser une science qui est autrement très abstraite et qu’elle ne nécessite pas de données empiriques pour donner un résultat. Nous pouvons l’utiliser pour prédire certains effets sans avoir à expérimenter en implémentant la politique et en observant les données macroéconomiques. C’est un peu comme faire une simulation.  Nous allons donc examiner quelques scénarios pour voir comment ça fonctionne.

Scénario 1: Une visite au supermarché.

Pourquoi je prend cet exemple? Simple! Parce que tout le monde doit manger et tout le monde y fait des choix selon ses propres préférences. Ça en fait un excellent laboratoire. Il ne s’agira pas ici de faire des jugements de valeurs pour dire que les clients du magasin devraient acheter ci ou ça, mais plutôt de regarder ce qui se produirait si le prix d’un produit augment ou diminue, par exemple. Allons-y avec du concret. Supposons qu’il y a eu une épidémie de syndrome de la vache folle qui a décimé les troupeaux bovins en Alberta et que par conséquent, il y a une hausse très prononcée du prix du bœuf, disons 40%. Si vous êtes végétalien, vous ne serez que très peu affectés par cette hausse, mais si vous affectionnez les biftecks d’aloyau ou même les burgers, vous serez probablement très chagrinés de voir ces biftecks passer de $15,99 le kilo à $22,99 ou le bœuf haché de $8.99 à $12.99, ce qui est approximativement ce que donnerait une hausse de 40%. On voit facilement que ce genre de hausse fait très mal au portefeuille. On peut facilement prédire aussi qu’il y aura probablement un sérieux impact sur la consommation de bœuf en général. L’impact exact est l’affaire d’une étude empirique, mais on sait que ça va diminuer parce que les consommateurs n’auront plus les moyens d’en manger autant et ils se tourneront probablement vers d’autres aliments pour compenser comme le poisson, le porc ou la volaille. C’est logique non?

Donc si on affirme que lorsqu’il y a une grosse hausse du prix d’un produit quelconque, les gens vont probablement en consommer moins; selon vous, est-ce que cette affirmation a de bonnes chances d’être vraie? Peut-on prendre ça pour acquis? Est-ce raisonnable aussi d’assumer que c’est applicable non-seulement au bœuf, mais n’importe quel autre bien ou service? Parfait! Nous venons d’établir praxéologiquement qu’il y existe une relation concrète entre le prix d’un bien ou service et la demande pour ce bien ou service. Quel rapport avec le salaire minimum? J’y arrive.

Scénario 2: Dans les souliers du patron.

Supposons que je vous mets dans les souliers d’un patron d’une PME moyenne. Disons une franchise de fast-food (peu importe laquelle). Pourquoi une franchise de fast-food? Parce que c’est une des industries les plus affectées par un hausse du salaire minimum.

Tout d’abord voici quelques données moyennes de l’industrie juste pour nous donner une petite idée de ce qui va guider vos décisions. Les données sont de sources américaines, mais c’est probablement similaire au Canada. On ne fait que regarder les coûts typiques et la marge de profits en pourcentage des ventes.

IB-fast-food-strikes-chart-1_HIGHRES

On voit donc que dans un restaurant de fast-food typique, les salaires et les achats sont les deux plus grosses dépenses et la marge de profits est plutôt mince si on considère que l’inflation est autour de 2%. Maintenant, juste pour que vous puissiez comprendre ce qui est en jeu, l’augmentation qu’on propose au Québec est de passer de $10,75 à $15,00 ce qui représente une hausse de 39.5% (Eh oui! Dans mon exemple ci-haut, mon pourcentage de de hausse n’était pas un hasard. Me voilà démasqué!) En Faisant un petit calcul rapide pour voir ce qui arrive à la répartition des coûts si on applique une hausse de 39,5% des salaires, on se rend compte que les salaires viennent de passer de $217 484 à $303 466 ce qui représente une augmentation de $85 982, réduisant votre profit de $27 501 à une perte de $58 481.

Voici ce que ça donne:

IB-fast-food-strikes-chart-2

C’est sûr que si vous voulez rester en affaires, vous ne pouvez pas absorber une telle hausse. Vous devez soit augmenter vos ventes de $85 000 ou réduire vos coûts d’autant, ou une combinaison des deux.  Croyez-vous qu’il est raisonnable de conclure que vous devrez probablement faire des mises à pied? Allez-vous peut-être être tenté de robotiser votre restaurant? Logiquement, quels employés allez-vous congédier, les plus expérimentés ou les moins expérimentés? Ces employées auront-ils plus ou moins de difficulté à se faire embaucher ailleurs, étant donné que tous les autres restaurants de fast food ont des contraintes similaires? Est-ce raisonnable de dire que si on augmente le salaire minimum à $15/h au Québec, on a une grosse chance de voir des mises à pieds et des coupures d’horaires dans l’industrie de la restauration rapide et d’autre industries avec des marges de profits similaires?

À titre de référence, voici les marges de profits nets moyens au Canada par industrie selon Statistiques Canada:

avg profit margins canada

Au diable l’idéologie

Je ne vous demande pas d’aimer ce que je vous dis. Que vous l’aimiez ou non, ce que je vous expose est exactement les défis auxquels les entreprises feront face si on augmente le salaire minimum à $15. C’est même pas une question d’idéologie, c’est une question comptable. Il ne s’agit pas ici de comment on souhaiterait que ça fonctionne. Moi aussi j’aimerais que l’argent pousse sur les arbres, mais je n’ai encore jamais vu d’arbre à dollars. Certes, il y a certainement des entreprises qui font suffisamment de profits pour absorber la hausse, mais très peu. Et je vous livre un petit secret, la plupart des entreprises qui pourraient absorber une telle hausse, ont très peu d’employés au salaire minimum (ou même pas du tout). Elles ne sont donc pas touchées par cette hausse.

Il y a certains qui s’imaginent que parce que certaines entreprises font des millions en profits qu’on peut se permettre d’augmenter le salaire minimum autant. C’est faux. Au Québec, la vaste majorité des entreprises sont des PME qui n’ont pas les moyens d’une telle augmentation, même si elles avaient les patrons les plus généreux du monde. Les forcer à subir une telle hausse du salaire minimum serait d’acculer un bon nombre d’entre elles à la faillite. Comme si ce n’était pas déjà assez difficile de faire des affaires au Québec.



Robotisation et hausses de prix – Wendy’s réagit au salaire minimum à $15

Par Philippe David

Comme je l’avais expliqué dans un de mes récents billets, les hausses abruptes du salaire minimum ne sont pas sans conséquences et malheureusement, ce sont les plus vulnérables qui écopent.Nous commençons à pouvoir observer ces conséquences dans les états américains qui ont augmenté leur salaire minimum. Le Washington Times rapportait hier que la chaîne de restauration rapide Wendy’s a annoncé l’installation de guichets de commande automatisés dans 6000 de leurs restaurants.

L’article mentionne aussi que certains franchisés de la chaîne ont également commencé à hausser leurs prix pour compenser la hausse du salaire minimum. On s’attend à ce que d’autres chaînes comme McDonalds et Burger King leur emboîte le pas. Dans les faits, je sais que même au Canada, McDonalds a déjà commencé à installer ce genre de guichets dans leurs restaurants. On pourrait certainement s’attendre à une accélération de ces installations si jamais le salaire minimum augmentait à $15/heure ici aussi.

La décision de Wendy’s n’est  d’ailleurs pas les premiers effets observés aux États-Unis, il y  a un peu plus d’un an, le magazine Forbes rapportait une augmentation des fermetures de restaurants dans la ville de Seattle, qui fût la première à imposer le salaire minimum de $15.

Il ne fallait pas être grand clerc pour prédire les effets qu’une hausse trop grande du salaire minimum apporterait et ça n’a rien d’idéologique non-plus. Ces effets ont été documentées en long et en large comme est en train de le démontrer Vincent Geloso dans une série de billets au Journal de Montréal. La littérature économique est très extensive à ce sujet. Mais évidemment, nous pouvons toujours compter sur des politiciens populistes et des think tank financés par les syndicats pour tenter de vous faire  croire qu’ils peuvent hausser le salaire minimum comme ils veulent sans aucune répercussion. Vous n’avez qu’à observer les américains se casser la gueule avec pour constater que c’est faux.