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lart de tourner en rond

L’art de tourner en rond

Par Philippe David

Chaque fois que j’écoute les nouvelles à la télé et à la radio. Chaque fois que je lis un journal ou que navigue sur les médias sociaux, je ne peux que me désoler de constater à quel point nous sommes gouvernés par des gens souffrant d’un effarant manque de vision et de cohérence. Et puis je me rends compte que la vision et la cohérence ont toujours été les premières victimes de la politique.

Ici au Québec, nous sommes passés maitres dans l’art de tourner en rond et courir après notre propre queue. Plus ça change et plus c’est pareil et pendant ce temps, nous nous enfonçons à force d’user le tapis et le plancher en dessous. Bientôt, nous serons dans la cave en train de creuser la dalle de béton.

L’obsession nationaliste

Dans les quelques dernières semaines, par exemple, nous avons été d’une véritable crise obsessionnelle de la part des souverainistes Québécois envers la campagne référendaire écossaise. On aurait juré de par leur ferveur, que c’était le Québec qui votait plutôt que l’Écosse. Pourtant, qu’est-ce que ça aurait changé dans nos vies? Absolument rien! Le Québec n’est pas l’Écosse et nous n’avons d’ailleurs que très peu en commun avec les Écossais, à part d’avoir voté non. Mais un bon nombre de souverainistes se sont tapé un petit voyage en Écosse pour finalement y être déçus. Au fait, je me demande qui a payé le billet d’avion des députés péquistes en présence. Il me semblait que le peuple québécois les payait pour être présents dans leurs comtés et à l’Assemblée Nationale et non en Écosse. M’enfin!

Malgré tout, ils sont revenus ne parlant encore que de référendums et de souveraineté. Il parait, selon PKP, que nous n’en avons pas encore suffisamment parlé! Dites-moi les mecs, de quoi avons-nous parlé d’autre depuis 50 ans? Certainement pas de finances publiques en tout cas. Le débat national a occulté à toute fin pratique tous les autres débats qu’ont les sociétés normales, mais apparemment, ce n’est pas assez. Vous faudra-t-il un autre cinquante ans pour réaliser qu’on est prêts à passer à autre chose?

L’accident cérébro-vasculaire

Chaque fois qu’il est question de remettre les finances publiques en ordre, nous assistons à une sorte de crise d’apoplexie. Tout le monde hurle pour garder ses bonbons et le Québec paralyse. Présentement, ce sont les employés municipaux qui font la danse du bacon, mais attendez, bientôt ceux du provincial vont s’y mettre. Et le pire, c’est que jusqu’ici, on ne leur a pas vraiment demandé de gros sacrifices.

En Suède, que beaucoup de socialistes brandissent en exemple, ils ont enlevé la sécurité d’emploi aux fonctionnaires, converti leur régime de retraite en régime à cotisations déterminées. Ils ont également privatisé plusieurs services publics. Imaginez si on proposait de faire ça au Québec, vous croyez que ça passerait?

Pourtant, c’est ce que nous aurions besoin de faire. Notre système de santé et d’éducation ont besoin d’une réforme en profondeur pas de petites retouches cosmétiques. Les retraites des employés de l’état ont besoin d’être réformées, pas seulement pour assurer leur pérennité, mais pour aussi ramener une certaine équité et justice avec les travailleurs du secteur privé qui ne bénéficient pas de plans de retraite plaqués or, mais qui paient peur ceux des autres. Les députés de l’Assemblée Nationale doivent cependant donner l’exemple en réformant leur propre plan de retraite. Il faudrait aussi se demander si nous avons vraiment besoin d’autant de députés. Après tout, nous n’en avons que 75 à la Chambre des Communes.

Nous pourrions facilement sabrer dans l’aide aux entreprises, beaucoup trop généreuse ici et dans beaucoup d’autres programmes inutiles et onéreux. Tout ça permettrait aux contribuables de souffler un peu, si on diminuait les taxes et impôts d’autant.

La loi de l’inertie

Mais tout gouvernement qui voudra entreprendre ces changements devra s’attendre à l’inertie de la bureaucratie et des syndicats. Je serais surpris de voir les fonctionnaires très enthousiastes à l’idée d’être peut-être obligés de faire leurs boites. C’est pourquoi le gouvernement devra faire preuve d’intelligence, mais honnêtement, je n’ai pas trop d’espoir. Trop de gens ont intérêt à ce que rien ne change. Après tout, 75 % des impôts sont payés par juste 10% des contribuables, ça fait beaucoup de gens qui reçoivent bien plus de l’état qu’ils n’en paient.

Depuis pas mal longtemps, j’ai perdu espoir que l’état puisse se réformer lui-même. Il faudra une force extérieure ou un effondrement pour que quelque chose se passe. Nous verrons bien lequel des deux arrivera le premier.
Crédit photo : Auteur inconnu

Screengrab from the ISIS video showing the execution of James Foley

EIIL : La grande menace?

 

Par Philippe David

« Méfiez-vous du chef qui frappe les tambours de guerre afin de fouetter les citoyens dans une ferveur patriotique. Le patriotisme est en effet une arme à double tranchant. Il enhardit à la fois le sang, tout comme il rétrécit l’esprit.

Et quand les tambours de guerre ont atteint un paroxysme et que le sang bouille de haine et que l’esprit s’est refermé, le chef n’aura pas besoin de saisir les droits des citoyens. Au contraire, l’ensemble des citoyens, infusé par la  crainte et aveuglé par le patriotisme, offrira jusqu’à la totalité de leurs droits au chef avec joie. »  – Caius Julius Caesar

 

Jusqu’ici, j’ai résisté la tentation d’écrire à propos de l’EIIL. J’ai débattu de la question un peu sur Facebook, aussi je crois que mon opinion en la matière ne sera certainement pas trop populaire auprès de certains de mes amis de la droite, mais je vais l’émettre quand même. Il y en a qui, en ce moment, clament pour que les démocraties de l’occident, incluant le Canada, entrent en guerre avec l’EI. J’ai vu le verbe « éradiquer » utilisé à plusieurs reprises. Je trouve cette rhétorique imbibée de testostérone complètement imbécile. Alors voyons si je peux en amener certains à raisonner avec autre chose que leurs testicules.

Au-delà des images…

Nous avons été témoins d’images plutôt choquantes émanant, semble-t-il, de l’EI. La décapitation de deux journalistes postée sur Youtube, d’autres vidéos de chrétiens et yazidis exécutés à plat-ventre dans le désert, des photos très graphiques de têtes décapitées, et j’en passe. Si on en croit ces images, il semblerait que l’EI s’adonne présentement à une campagne de terreur et de génocide. Face à cela, j’ai deux questions à poser :

Comment savons-nous que ces images sont authentiques? Vous n’avez pas encore assez vu d’images photoshoppées et d’effets spéciaux hollywoodiens  pour ne pas au moins questionner si ces images sont réelles ou pas? Les corps des journalistes décapités ont-ils été rapatriés et correctement identifiés? Vous croyez que les scènes d’exécution ont été filmées à l’insu des exécuteurs, qui auraient aussi négligemment laissé filer les caméras et montrer au monde quels monstres lâches ils sont? Ce questionnement est légitime. Autant l’internet peut être un excellent outil d’information, il peut être un outil formidable de désinformation.

Qui profite le plus de la diffusion de ces images? Est-ce que l’EI a vraiment avantage à diffuser des images qui pourraient faire pencher l’opinion publique en occident en faveur d’une intervention militaire en Irak et en Syrie? L’estimation des forces de l’EI varie beaucoup selon les sources,  de 5000 à 30 000 hommes et ils sont légèrement armés. Ils n’ont aucune aviation, artillerie ou blindés. Face aux armées de l’OTAN, ils auraient grand peine à survivre et le terrain désertique de l’Irak n’est pas très propice à la guérilla. Les sources de chaleur sont facilement repérables avec des capteurs infra-rouge dans le froid nocturne du désert. Des proies faciles pour les hélicoptères de l’OTAN. Si elle veut établir un califat mondial, l’EI a-t-elle vraiment intérêt à s’attirer les foudres des États-Unis et de ses alliés? À moins que ses leaders ne soient complètement imbéciles, et si c’est le cas, seraient-ils vraiment une menace crédible? Donc, pourquoi subissons-nous une campagne de peur et de démonisation?

Une menace mondiale? Vraiment?

Dans les médias et les réseaux sociaux, nous assistons présentement à une véritable campagne de terreur envers l’EI. À les lire et à les entendre, on croirait que des dizaines de milliers d’hommes masqués en noir se massent déjà à nos frontières, prêts à nous envahir. Mais dans le vrai monde, l’EI va avoir de la peine à consolider ses propres positions actuelles face aux forces déjà en présence en Irak. Il est fort douteux qu’ils ne puissent déborder du territoire qu’ils occupent déjà. Comme je l’ai déjà mentionné, peu importe la source, l’EI n’a guère plus que 30 000 hommes à son actif (probablement beaucoup moins) et ne possède que de l’armement léger. Ils ressemblent plus à un gang criminel qu’une armée.

En revanche, l’armée irakienne a plus de 200 000 hommes, des chars, des blindés, des hélicoptères et des avions. Les kurdes, eux, en ont 90 000, également bien équipés. L’Iran, dont la majorité de la population est chiite, est également prête à entrer dans la mêlée contre l’EI qui est sunnite. Des unités de la garde révolutionnaire ont déjà été envoyées à la frontière. Ça semble un combat plutôt inégal, non? Pourquoi donc essaye-t-on de nous faire peur avec ça? Malgré ses succès, c’est plutôt douteux que l’EI arrive à s’étendre bien plus loin et les forces locales alignées contre eux ont déjà amplement la capacité de les expédier à leurs 72 vierges. La puissance de l’EIIL est grossièrement surestimée. Elle est peut-être une sérieuse menace au niveau régional (et encore!), mais elle ne l’est pas du tout pour les États-Unis ou leurs alliés.

Déjà vu

Quand je vois la rhétorique envers l’EI, je ne peux m’empêcher de penser aux fameuses armes de destruction massive de Saddam Hussein. On avait fait grand cas, à l’époque, de l’extrême danger que représentaient ces armes dans les mains d’un dictateur comme Hussein. Nous connaissons tous la suite. Les armes de destruction massive ne se sont jamais matérialisées et il s’est avéré qu’elles ne furent qu’un prétexte pour monter une invasion de l’Irak. Mais ça a fonctionné. George W. Bush a ordonné son invasion avec l’appui de la majorité des américains. J’ai l’impression que maintenant, on nous sert les mêmes salades. On nous manipule à appuyer une intervention que nous allons probablement regretter plus tard, tout comme nous regrettons celles de l’Afghanistan et de l’Irak.

Ces interventions américaines dans cette région ont toujours causé plus de tort que de bien et si le Moyen-Orient est aujourd’hui une poudrière, c’est bien parce que l’occident a toujours succombé à cette irrésistible envie de « civiliser » cette région. Seulement, ils ne veulent pas de notre civilisation. Nos tentatives de les faire rentrer dans notre moule ne font qu’envenimer les choses.

Je sais qu’en regardant les images de journalistes décapités et de génocide, la tentation est forte de réclamer que nos gouvernements fassent quelque chose. Mais plus nous intervenons et plus les choses s’enveniment. Il vaut donc mieux laisse les forces locales s’en occuper.

D’ailleurs, n’avez-vous pas déjà remarqué comment on essaie constamment de nous faire peur? La guerre froide, le terrorisme, la grippe H1N1, l’Ébola… Il semble que nous sommes constamment en état de crise. Les politiciens, eux, aiment les crises. Ils aiment que nous les suppliions de faire quelque chose. N’importe quoi! C’est comme ça qu’ils augmentent leur pouvoir. Essayez d’y réfléchir et de prendre ces terreurs avec un petit grain de sel.