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Tuer la poule aux œufs d’or?

Par Philippe David
Récemment, les jeunes libéraux ont fait d’intéressantes propositions que Philippe Couillard a tôt faites de tuer dans l’œuf. L’une d’entre elles est de privatiser la SAQ, une proposition qui devient de plus en plus populaire.

Réjean Parent, en bon syndicaliste qui s’est enrichi largement grâce à l’expansion de l’état québécois, pousse le bouton panique en disant que si le gouvernement se défait de la SAQ, nous allons tuer la poule aux œufs d’or. Bien sûr, tous les moyens sont bons pour piller la population et grossir l’état toujours plus. Selon lui, l’idée que nous vivons au-dessus de nos moyens relève de la pure fiction, malgré toutes les preuves du contraire. Après tout, combien de dettes accumulées un gouvernement doit-il avoir avant que les syndicats réalisent qu’il dépense bien au-delà de ce qu’il récolte en impôt et taxes de toutes sortes et que, étant déjà la juridiction la plus taxée en Amérique du Nord, il ne peut guère augmenter les taxes sans souffrir des conséquences (voir : Courbe de Laffer).

Est-ce que le gouvernement du Québec perdrait tant de revenus que ça s’il privatisait la SAQ? Considérant qu’il continuerait quand même à taxer chaque bouteille de vin et spiritueux vendue et qu’il n’aurait plus à payer les salaires et plans de pension relativement exorbitants (comparativement au marché de la vente au détail) des employés de la SAQ, probablement pas tant que ça. Et même si c’était vrai, devrait-on verser une larme? Après tout, nous les consommateurs payons déjà assez.  Pourquoi devrions-nous payer plus? Nous travaillons déjà la moitié de l’année pour le gouvernement et les impôts et taxes sont déjà ce qui a le plus augmenté dans notre budget familial.

Est-ce vraiment le rôle du gouvernement d’être un détaillant d’alcool? Ou tant qu’à y être de gérer des casinos et vendre des billets de loteries? Ou même, produire et distribuer l’électricité (à perte, côté production du moins)? La dernière fois que j’ai vérifié, ça ne faisait ni partie des fonctions régaliennes, ni de ce qu’on considère typiquement comme un service public essentiel. Alors pourquoi l’état québécois a-t-il  nationalisé ces marchés si ce n’est que pour soutenir l’insoutenable?

Pour M. Parent, la solution passe toujours par plus de revenus pour l’état. Nul doute qu’il n’aurait aucun problème à ce que l’état vienne vous chercher jusqu’à votre dernière cenne noire (puisque ça se traduit par plus de cotisations perçues pas les syndicats). Et si ce n’est pas assez, empruntons toujours plus pour hypothéquer les générations futures. Il ne serait surtout pas question de dire que peut-être le gouvernement est trop inefficace et que l’entreprise privée mise en concurrence, offrirait la plupart des services présentement offerts par le gouvernement à meilleure qualité et meilleur coût simplement dû au fait de ne pas être un monopole gangréné! C’est pourquoi il serait impératif de réfléchir  à quels services devraient être confiés au gouvernement. Puisque c’est effectivement un monopole lourdaud (et corrompu à l’os), ne devrait-on pas lui confier le moins possible?

Certains vous diront que ces services ne sauraient être confiés au privé qui n’a pour intérêt que de faire du profit, mais qu’est-ce qui est vraiment mieux? Obtenir un service de quelqu’un qui a tout avantage de vous en offrir pour votre argent parce qu’il dépend de chaque dollar que vous dépensez volontairement  chez lui plutôt que chez son compétiteur, ou quelqu’un qui se fout éperdument de vous parce qu’il aura votre argent de force, peu importe la qualité du service qu’il offre et que de toute façon, vous ne pouvez pas aller ailleurs? Réfléchissez-y deux secondes. Croyez-vous vraiment que vous serez mieux servis par le deuxième?

Donc, privatiser la SAQ et ouvrir le marché de la vente d’alcool à la concurrence (simplement remplacer un monopole public par un monopole privé ne serait vraiment une solution) offrirait non seulement un meilleur service à meilleur prix, mais il donnerait un peu de justice aux consommateurs québécois de vins et spiritueux, depuis trop longtemps les prisonniers de ce monopole.

[Crédit photo : Comparaison de prix SAQ vs US par Philippe David]

On a rien volé

« Nous n’avons rien volé (nous). » Ah oui?

Par Philippe David

Ils sont partout en ville ces autocollants des syndicats des employés du secteur public. On les voit sur les autos de police, les camions de pompiers, les autobus et tous les autres véhicules publics et édifices publics. C’est pour protester contre ce projet de loi qui vise à forcer ces employés à payer une plus grande part des déficits de leur plan de pension plaqué or. Parce que selon eux, ils ont travaillé tellement fort pour cette pension et ont fait plus que leur part pour le capitaliser.

Voyez-vous, 7% de son salaire, c’est plus que suffisant pour s’assurer de pouvoir prendre sa retraite à 55 ans (si ce n’est pas 45) avec 70% de ses 5 meilleures années de salaire, non seulement pour le reste de ses jours, mais ceux de son/sa conjoint(e). On s’en fout du fait que la grande majorité des travailleurs québécois qui paient pour leurs salaires et leurs pensions, n’ont absolument rien de comparable pour leur propre retraite et que s’ils voulaient récolter assez dans leurs REERs pour s’assurer le même train de vie, ils devraient mettre 4 fois plus dedans que certains employés de l’état contribuent à leur plan de pension. Comment est-ce possible que même quelques-uns des plus gros employeurs québécois ne peuvent offrir ce genre de plan de retraite à leurs employés, mais que pour eux, pfff pas de problème!

Ce n’est pas que je leur envie ces conditions de travail. Tout le monde devrait profiter d’aussi bonnes conditions. Cependant, comme le témoignent les énormes déficits accumulés par ces régimes de pension, ce n’est juste pas réaliste. Ces régimes sont insoutenables, tout le monde le sait (du moins, ceux qui savent compter). Nos petits-enfants vont encore payer pour les pensions d’employés publics morts et enterrés. Et même si le projet de loi passe, ils auront toujours un régime de pension de loin supérieur à tout ce qui est offert dans les entreprises privées.

Comment en sommes-nous venus là? À travers des grèves, des fronts communs, des moyens de pressions et du vandalisme qui ont privé la population des services essentiels pour lesquels ils paient et qui sont monopolisés par l’état. (Qui va payer pour faire enlever les autocollants, vous croyez?) L’état est comme une toilette chimique. On préfèrerait ne pas avoir à faire nos affaires là, mais si on voulait le faire ailleurs, on se ferait arrêter.  Quand l’état offre un service, on ne peut l’obtenir ailleurs. Cette particularité permet aux employés qui livrent ces services, le pouvoir de tenir la population en otage pour négocier leurs conditions de travail. Il y a un mot pour ce genre de tactique : l’extorsion.  Généralement considéré comme un crime, mais étrangement permissible aux syndicats.

Ils n’ont rien volé, disent-ils. Vraiment? Par ce slogan, les syndicats tentent  de s’approprier le haut-lieu moral. Ils sont des travailleurs honnêtes, disent-ils, leur pension, ils l’ont gagnée à la sueur de leur front. Pourtant, dans la réalité, considérant le peu qu’ils ont eu à contribuer dans leur plan de pension vs ce que les contribuables ont eu à payer (le gouvernement, municipal, provincial ou fédéral, ne paye rien. Il ne fait que prendre ce qui est la propriété des contribuables de force et la redistribuer), ce sont les contribuables qui l’ont gagné à la sueur de leur front. Les syndicats l’ont ensuite extorqué et les politiciens ont cédé pour préserver la paix publique. Le seul haut-lieu moral qu’il peut y avoir dans ce débat n’appartient pas aux syndicats, il appartient aux contribuables, qui étrangement, quand vient le temps de décider des conditions de travail des employés de l’état, est toujours absent de la table de négociation.

[Crédit photo : Philippe David]