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Le salaire minimum sous le microscope

Par Philippe David

L’économiste et politicien français du XIXe siècle, Frédéric Bastiat, se plaisait à dire que la différence entre un bon et un mauvais économiste est que le mauvais économiste ne considère que les effets visibles et immédiats d’une politique alors que le bon économiste examine tous les effets à court et à long-terme, apparents ou non d’une politique économique. Je ne prétendrai pas être un véritable économiste. Je ne suis qu’un type qui lit beaucoup et qui a aussi un peu d’expérience de terrain en gestion. Je ne fais en réalité que vulgariser ce que je lis. Mais j’essaie autant que possible d’évaluer les conséquences qu’elles soient apparentes ou pas.

Pour parler des conséquences du salaire minimum, on peut citer des tas d’études et pointer vers des données macroéconomiques pour appuyer nos dires, ou nous pouvons utiliser une autre approche, celle de descendre sur le terrain et d’utiliser une peu de logique et se mettre à la place de divers acteurs sur le terrain pour examiner ce que serait leur réaction probable lorsque telle ou telle chose se produit, se basant sur des propositions qui peuvent être considérées vraies a priori. Par exemple, on peut considérer que dans la plupart des cas, les individus vont agir dans le sens de maximiser leur bien-être ou leur intérêt personnel à eux ou celui de leurs proches. C’est ce qu’on entend par un «a priori». Quelque chose qui n’a pas besoin d’être prouvé parce que ça tombe sous le sens. Ce n’est que le gros bon sens de dire qu’il est peu probable que les gens vont sciemment tenter de se tirer une balle dans le pied et agir pour saborder leurs propres projets. Ce serait contraire à la logique. Vous me suivez?

Cette approche particulière s’appelle la «praxéologie».  C’est l’étude objective des actions humaines. L’étude de l’économie en utilisant cette approche consiste à considérer l’économie comme étant la somme des actions de millions d’individus et donc, pour une situation donnée, analyser les actions probables au niveau d’un individu et voir ce qui risque de  se produire si ces actions sont extrapolées au niveau de millions d’individus. J’aime particulièrement ce genre d’approche parce qu’elle permet de concrétiser une science qui est autrement très abstraite et qu’elle ne nécessite pas de données empiriques pour donner un résultat. Nous pouvons l’utiliser pour prédire certains effets sans avoir à expérimenter en implémentant la politique et en observant les données macroéconomiques. C’est un peu comme faire une simulation.  Nous allons donc examiner quelques scénarios pour voir comment ça fonctionne.

Scénario 1: Une visite au supermarché.

Pourquoi je prend cet exemple? Simple! Parce que tout le monde doit manger et tout le monde y fait des choix selon ses propres préférences. Ça en fait un excellent laboratoire. Il ne s’agira pas ici de faire des jugements de valeurs pour dire que les clients du magasin devraient acheter ci ou ça, mais plutôt de regarder ce qui se produirait si le prix d’un produit augment ou diminue, par exemple. Allons-y avec du concret. Supposons qu’il y a eu une épidémie de syndrome de la vache folle qui a décimé les troupeaux bovins en Alberta et que par conséquent, il y a une hausse très prononcée du prix du bœuf, disons 40%. Si vous êtes végétalien, vous ne serez que très peu affectés par cette hausse, mais si vous affectionnez les biftecks d’aloyau ou même les burgers, vous serez probablement très chagrinés de voir ces biftecks passer de $15,99 le kilo à $22,99 ou le bœuf haché de $8.99 à $12.99, ce qui est approximativement ce que donnerait une hausse de 40%. On voit facilement que ce genre de hausse fait très mal au portefeuille. On peut facilement prédire aussi qu’il y aura probablement un sérieux impact sur la consommation de bœuf en général. L’impact exact est l’affaire d’une étude empirique, mais on sait que ça va diminuer parce que les consommateurs n’auront plus les moyens d’en manger autant et ils se tourneront probablement vers d’autres aliments pour compenser comme le poisson, le porc ou la volaille. C’est logique non?

Donc si on affirme que lorsqu’il y a une grosse hausse du prix d’un produit quelconque, les gens vont probablement en consommer moins; selon vous, est-ce que cette affirmation a de bonnes chances d’être vraie? Peut-on prendre ça pour acquis? Est-ce raisonnable aussi d’assumer que c’est applicable non-seulement au bœuf, mais n’importe quel autre bien ou service? Parfait! Nous venons d’établir praxéologiquement qu’il y existe une relation concrète entre le prix d’un bien ou service et la demande pour ce bien ou service. Quel rapport avec le salaire minimum? J’y arrive.

Scénario 2: Dans les souliers du patron.

Supposons que je vous mets dans les souliers d’un patron d’une PME moyenne. Disons une franchise de fast-food (peu importe laquelle). Pourquoi une franchise de fast-food? Parce que c’est une des industries les plus affectées par un hausse du salaire minimum.

Tout d’abord voici quelques données moyennes de l’industrie juste pour nous donner une petite idée de ce qui va guider vos décisions. Les données sont de sources américaines, mais c’est probablement similaire au Canada. On ne fait que regarder les coûts typiques et la marge de profits en pourcentage des ventes.

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On voit donc que dans un restaurant de fast-food typique, les salaires et les achats sont les deux plus grosses dépenses et la marge de profits est plutôt mince si on considère que l’inflation est autour de 2%. Maintenant, juste pour que vous puissiez comprendre ce qui est en jeu, l’augmentation qu’on propose au Québec est de passer de $10,75 à $15,00 ce qui représente une hausse de 39.5% (Eh oui! Dans mon exemple ci-haut, mon pourcentage de de hausse n’était pas un hasard. Me voilà démasqué!) En Faisant un petit calcul rapide pour voir ce qui arrive à la répartition des coûts si on applique une hausse de 39,5% des salaires, on se rend compte que les salaires viennent de passer de $217 484 à $303 466 ce qui représente une augmentation de $85 982, réduisant votre profit de $27 501 à une perte de $58 481.

Voici ce que ça donne:

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C’est sûr que si vous voulez rester en affaires, vous ne pouvez pas absorber une telle hausse. Vous devez soit augmenter vos ventes de $85 000 ou réduire vos coûts d’autant, ou une combinaison des deux.  Croyez-vous qu’il est raisonnable de conclure que vous devrez probablement faire des mises à pied? Allez-vous peut-être être tenté de robotiser votre restaurant? Logiquement, quels employés allez-vous congédier, les plus expérimentés ou les moins expérimentés? Ces employées auront-ils plus ou moins de difficulté à se faire embaucher ailleurs, étant donné que tous les autres restaurants de fast food ont des contraintes similaires? Est-ce raisonnable de dire que si on augmente le salaire minimum à $15/h au Québec, on a une grosse chance de voir des mises à pieds et des coupures d’horaires dans l’industrie de la restauration rapide et d’autre industries avec des marges de profits similaires?

À titre de référence, voici les marges de profits nets moyens au Canada par industrie selon Statistiques Canada:

avg profit margins canada

Au diable l’idéologie

Je ne vous demande pas d’aimer ce que je vous dis. Que vous l’aimiez ou non, ce que je vous expose est exactement les défis auxquels les entreprises feront face si on augmente le salaire minimum à $15. C’est même pas une question d’idéologie, c’est une question comptable. Il ne s’agit pas ici de comment on souhaiterait que ça fonctionne. Moi aussi j’aimerais que l’argent pousse sur les arbres, mais je n’ai encore jamais vu d’arbre à dollars. Certes, il y a certainement des entreprises qui font suffisamment de profits pour absorber la hausse, mais très peu. Et je vous livre un petit secret, la plupart des entreprises qui pourraient absorber une telle hausse, ont très peu d’employés au salaire minimum (ou même pas du tout). Elles ne sont donc pas touchées par cette hausse.

Il y a certains qui s’imaginent que parce que certaines entreprises font des millions en profits qu’on peut se permettre d’augmenter le salaire minimum autant. C’est faux. Au Québec, la vaste majorité des entreprises sont des PME qui n’ont pas les moyens d’une telle augmentation, même si elles avaient les patrons les plus généreux du monde. Les forcer à subir une telle hausse du salaire minimum serait d’acculer un bon nombre d’entre elles à la faillite. Comme si ce n’était pas déjà assez difficile de faire des affaires au Québec.



Robotisation et hausses de prix – Wendy’s réagit au salaire minimum à $15

Par Philippe David

Comme je l’avais expliqué dans un de mes récents billets, les hausses abruptes du salaire minimum ne sont pas sans conséquences et malheureusement, ce sont les plus vulnérables qui écopent.Nous commençons à pouvoir observer ces conséquences dans les états américains qui ont augmenté leur salaire minimum. Le Washington Times rapportait hier que la chaîne de restauration rapide Wendy’s a annoncé l’installation de guichets de commande automatisés dans 6000 de leurs restaurants.

L’article mentionne aussi que certains franchisés de la chaîne ont également commencé à hausser leurs prix pour compenser la hausse du salaire minimum. On s’attend à ce que d’autres chaînes comme McDonalds et Burger King leur emboîte le pas. Dans les faits, je sais que même au Canada, McDonalds a déjà commencé à installer ce genre de guichets dans leurs restaurants. On pourrait certainement s’attendre à une accélération de ces installations si jamais le salaire minimum augmentait à $15/heure ici aussi.

La décision de Wendy’s n’est  d’ailleurs pas les premiers effets observés aux États-Unis, il y  a un peu plus d’un an, le magazine Forbes rapportait une augmentation des fermetures de restaurants dans la ville de Seattle, qui fût la première à imposer le salaire minimum de $15.

Il ne fallait pas être grand clerc pour prédire les effets qu’une hausse trop grande du salaire minimum apporterait et ça n’a rien d’idéologique non-plus. Ces effets ont été documentées en long et en large comme est en train de le démontrer Vincent Geloso dans une série de billets au Journal de Montréal. La littérature économique est très extensive à ce sujet. Mais évidemment, nous pouvons toujours compter sur des politiciens populistes et des think tank financés par les syndicats pour tenter de vous faire  croire qu’ils peuvent hausser le salaire minimum comme ils veulent sans aucune répercussion. Vous n’avez qu’à observer les américains se casser la gueule avec pour constater que c’est faux.



Les vrais trous de cul du monde

Par Philippe David

J’ai été sidéré à la lecture de ce billet provenant du blogue d’un certain Jean-François Hotte. Je déteste l’idée de lui faire une quelconque publicité, mais je suis incapable de taire ma révulsion de ce torchon immonde. A-t-on idée de cracher son fiel de telle manière contre une ville vivant un tel désastre? Peut-on à ce point manquer d’empathie alors que la ville brûle encore? C’est inimaginable! Laissez-moi vous livrer un court extrait:

«À Fort McMurray, il fait toujours gris, les gens boivent beaucoup d’alcool. Cette ville connaît un grave problème de prostitution, de jeu et de drogue. Pour la plupart, des gens peu éduqués qui veulent s’enrichir rapidement, c’est un mélange toxique pour n’importe quelle société. En investissant dans cette ville éloignée, le Canada participe au génocide intellectuel d’une nation.

Comme au Far West, les hommes se promènent en pick up neuf, le menton bien haut, c’est ça la vie. Il y a souvent des bagarres, les gens consomment beaucoup de drogue pour oublier l’ennui, beaucoup de drogue.

Lorsque j’ai commencé à travailler comme agent de sécurité sur une mine, tout le monde avait un seul but: faire fortune sans études en se renseignant le moins possible sur le monde autour. La sélection naturelle renversée.

Fort McMurray, c’est le paradis de l’individualisme et de la bêtise. Jean Chrétien nous l’a dit, c’est ça le plus meilleur pays au monde.

Je me sentais comme dans un livre de Orwell, une société sans culture, sans personnalité, un objectif commun: dépenser son argent dans les bars, les voitures et sur les tables de Blackjack du Boomtown.»

Mais qui êtes-vous M. Hotte pour juger ces gens qui ne font au final que poursuivre leur rêve? Si vous croyez que Fort McMurray est si pire, vous auriez dû voir ce que ça avait l’air à la Baie James pendant les années 70. Tous des rustres aussi là pour faire un coup de cash. Et alors? Qu’est-ce qu’il y a de si mal à ça? Vous devriez plutôt leur montrer une petite dose de respect. Si vous avez des études, ces gens en ont payé une part grâce à la péréquation.

Parce que voyez-vous, le méchant pétrole sale de l’Alberta paie pour une bonne partie de nos chers acquis sociaux au Québec depuis des décennies à la hauteur de $ 7 à 10 milliards par année parce que nous nous sommes trop bons pour nous salir les mains à développer nos propres ressources. Nous ne voulons même pas savoir si nous avons des ressources à exploiter. Oh non! Tout d’un coup qu’on deviendrait riches nous aussi plutôt que d’être nés pour un petit pain et lever le nez devant ceux qui se défoncent et n’ont pas peur de se salir pour créer de la richesse pour eux-mêmes et les autres qui ne le méritent pas.

Le pétrole sera là pour encore longtemps

Le pétrole sera là pour rester tant et aussi longtemps que ce sera la forme d’énergie la moins coûteuse, et lorsqu’elle cessera de l’être, il y aura une alternative qui sera prête à prendre le relai. Oui, son exploitation défigure le paysage, mais l’exploitation du lithium pour les piles de vos chères voitures électriques et hybrides n’est pas plus jolie.

Lithium mine
Mine de lithium de Soquimich au Chili.

De plus, l’électricité pour alimenter vos Tesla, Miev et Leaf est dans la plupart des endroits générée par des centrales au charbon et au mazout. Car ce n’est pas partout sur la planète qu’il y a le potentiel hydro-électrique du Québec et le solaire et l’éolien ne pourront jamais les remplacer. Il y aurait bien le nucléaire, mais les écolos n’en veulent pas. Crachez autant que vous voulez sur le pétrole sale de l’Alberta, il en reste que vous n’êtes pas aussi verts que vous le croyez. Cessez-donc de regarder les autres de haut parce que vous vous noyez dans toutes vos contradictions. Si nous faisons bonne figure au niveau de l’émission de GES au Québec, c’est surtout grâce à un accident de la nature plutôt que notre bonne volonté et nos barrages ont été construits bien avant qu’on commence à se soucier de nos émissions de CO2. Cessons donc de nous croire plus verts que verts parce qu’en réalité c’est de l’hypocrisie. Ce sondage de 2013 montre que la lutte aux gaz à effet de serre est plutôt basse dans la liste de priorité des québécois alors qu’un approvisionnement moins cher en pétrole est bien plus haut.

sondage priorités Québec 2013

Cessons donc de faire croire que les québécois se soucient plus de l’environnement que les autres. C’est carrément faux.

Un autre portrait de Fort Mc Murray

Heureusement, il y a des portraits un peu plus honnêtes de Fort McMurray comme cet article du Globe and Mail publié en 2015. Il brosse un tableau très différent Fort McMurrray basé sur des faits plutôt que les impressions biaisées d’un cégepien de 19 ans.

Ft McMurray facts

Avec 30,7% de diplômés universitaires, Fort McMurray n’est certainement pas la ville d’ignares incultes que M. Hotte prétend. Et elle est loin d’être aussi sale.

Ft McMurray panorama

Les vrais trous de cul

Non, Fort McMurray n’est pas le trou de cul du monde, mais son malheur a dévoilé une panoplie de véritables trous de cul. Ceux qui se réjouissent de cet incendie et qui tentent de se faire du capital politique et faire avancer leur agenda alors que les flammes ragent toujours. En passant, tous les scientifiques crédibles disent que rien ne peut lier cet incendie aux changements climatiques. Absolument rien! J’ai toujours su que le mouvement environnementaliste est anti-humain. Nous venons d’en voir une belle démonstration. Vous êtes tout ce qu’il y a de plus bas dans l’échelle évolutionnaire. Je vous emmerde tous autant que vous êtes!



Qu’est-ce qui cloche avec l’idée du revenu universel?

Par Philippe David

« Non vraiment j’y tiens la meilleure façon de tuer un homme
C’est de le payer à ne rien faire. »

– Félix Leclerc, « Les 100 000 façons de tuer un homme »

Le concept d’un revenu universel n’est pas nouveau. Il existe depuis plusieurs décennies déjà et aucun état ne l’avait jusqu’alors implémentée complètement, mais récemment, il y a eu un certain regain d’intérêt pour cette idée. La Finlande en particulier, vient de l’introduire et on commence à y penser sérieusement dans plusieurs pays, incluant le Canada. Notamment, le gouvernement fédéral sous Justin Trudeau et le gouvernement du Québec sous Philippe Couillard sont tous deux en train d’explorer la question. À première vue, l’idée d’un revenu universel peut paraître intéressante, mais j’ai personnellement de fortes raisons de croire qu’il s’agit d’une autre fausse bonne idée.

Le revenu universel, c’est quoi?

Il existe plusieurs variantes, mais grosso modo, l’idée est que l’état attribue à chaque individu un revenu minimum qui est jugé suffisant  pour subvenir aux premières nécessités. Du coup, ça éliminerait en théorie tous les aléas de la pauvreté. Tous les membres de la société seraient assurés d’au moins avoir un toit sur leurs têtes,  de quoi manger et se vêtir, peu importe s’il a un emploi ou non.  Si quelqu’un travaille mais qu’il fait moins que de revenu universel, on comblerait la différence.  Si son revenu d’emploi excède  le revenu universel, alors il ne reçoit plus d’allocation.  En revanche, le gouvernement éliminerait une panoplie de programmes existants.   Si vous commencez à dire que tout ça paraît trop beau pour être vrai, vous avez le bon réflexe.  Voyons pourquoi.

Un programme très coûteux.

Selon ce que rapportait le Journal de Montréal récemment,  un expert a évalué le coût d’un tel programme à $56 milliards, mais le programme actuel de sécurité du revenu coûte $30 milliards, ce qui veut dire que  qu’il faudrait que le gouvernement coupe un autre  $26 milliards d’autres programmes d’assistance pour équilibrer le coût. Plus si on espère faire des économies. Puisqu’au Québec tout programme d’allocation est une vache sacrée assuré par une petite armée de fonctionnaires syndiqués à l’os et défendus par une autre armée de groupe sociaux qui ne manqueront pas de descendre à la rue pour défendre leurs bonbons particuliers. Soyez donc assurés qu’il ne sera absolument pas évident comment le revenu universel finira par nous épargner quoique ce soit. Mon impression est qu’avec l’inefficacité  légendaire du gouvernement et la résistance populaire à laisser les programmes se faire remplacer,  c’est plutôt une explosion des coûts qui est à prévoir… Et plus d’impôts pour les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord.

 

Combattre la pauvreté.

Mais c’est quoi d’être pauvre au Québec et c’est quoi la meilleure façon d’aider ceux qui se retrouvent au bas de l’échelle des revenus? Peut-on résoudre ce problème simplement en envoyant un chèque à chaque mois?

La pauvreté a toujours été l’état «par défaut » de l’humanité. La richesse n’existe pas d’elle-même. Elle n’est pas juste présente par petit tas à attendre de se faire approprier par le plus fort, elle doit être créée et la seule façon de créer cette richesse est de satisfaire les besoins d’autrui. Ceux qui créent la richesse sont ceux qui utilisent les moyens que leur fournit la nature et les transforment en quelque chose d’utilisable ou désirable à autrui, que ce soit des produits de base comme de la nourriture, où plus complexe comme de la machinerie lourde ou des téléphones intelligents. C’est ce travail de production et d’échange et d’accumulation de capital qui a permis de hausser le niveau de vie de la race humaine au-delà de la simple subsistance. Aujourd’hui, il n’y a plus que 10% des habitants de cette planète qui vivent encore dans l’extrême pauvreté. Il  y a 200 ans, c’était plus de 90%. Ce qu’on considère comme  de la pauvreté au Québec n’a d’ailleurs aucune commune mesure avec cette pauvreté extrême.

Dans le cas du Québec et du Canada,  la pauvreté est un tout autre problème.  Il faut savoir au départ qu’il n’y existe que très peu de gens y vivent dans un état de pauvreté perpétuel. La grande majorité sont des gens qui commencent leur carrière dans des emplois précaires et peu payés et qui avec l’éducation, le travail, l’expérience et les promotions, grimpent l’échelle et atteignent un plus haut niveau. Selon une étude faite au Canada entre 1990 et 2009, de ceux qui ont débuté dans le quintile de plus bas revenu, 87% ont fini dans un quintile de revenu de revenu supérieur.  C’est donc dire que très peu de canadiens vivent dans un état de perpétuelle pauvreté.  La bonne nouvelle est que ceux qui veulent vraiment s’en sortir, s’en sortent effectivement. Mais que faire avec ceux qui n’y arrivent pas? Et est-ce vraiment une bonne idée de dire que pour aider cette infime proportion de canadiens dans une pauvreté perpétuelle, il faut s’inventer un système universel? Ou ne serait-il pas plus sage, et surtout moins gaspilleur de cibler notre aide vers ceux qui en ont réellement besoin? Et surtout, puisque ces gens reçoivent déjà un chèque d’aide sociale à chaque mois, vous croyez vraiment que si on décide d’envoyer un chèque  plus gros à tout le monde, ça va les aider à s’en sortir? Pas nécessairement. Si quelqu’un est emprisonné dans la pauvreté perpétuelle des années durant, c’est probablement que cette personne a besoin de plus qu’une pitance à chaque mois. Elle a besoin d’un soutien moral. Ce soutien moral, qui va leur donner? Certainement  pas le gouvernement pour qui ils ne sont que des numéros.

L’utopie naïve

C’est plutôt naïf de croire qu’il ne suffit que de faire pleuvoir de l’argent pour éradiquer la pauvreté sans aucun coût social. L’argent doit provenir de quelque part. Au final, il proviendra certainement des poches des plus riches. Le hic, c’est qu’au Québec, nous sommes très pauvres en riches pour financer les coûts additionnels d’un tel programme.  Mais pire encore est l’idée sordide que c’est le rôle de l’état d’assurer une subsistance à chacun de ces citoyen pour le simple fait d’exister. De facto, si vous travaillez, tous ceux qui ne travaillent pas ont un droit de regard inaliénable sur le fruit de votre labeur.  À quoi bon travailler alors? Inévitablement, tous ceux qui gagnent moins que l’allocation minimum ou même un petit peu plus, seront tentés de se laisser vivre. Plus il y aura de gens qui préféreront vivre sur le revenu minimum, plus les coûts du programme seront élevés, ce qui signifie que les impôts devront être augmentés en compensation et plus les contribuables plus riches modifieront leur comportement en conséquent (Trop d’impôt finit par tuer l’impôt, selon Arthur Laffer). Nous nous retrouverons alors avec le paradoxe socialiste. Tôt ou tard, nous finissons par manquer de l’argent des autres.



Comment tuer une société

Par Philippe David

«Lorsque vous voyez que les échanges sont faits, non par consentement, mais par la contrainte — quand vous voyez que pour produire, vous devez obtenir la permission de gens qui ne produisent rien. — lorsque vous voyez que l’argent coule vers ceux qui traitent non pas en biens, mais en faveurs — lorsque vous voyez que les hommes s’enrichissent plus par la corruption et l’influence que par le travail, et que vos lois ne vous protègent pas contre eux, mais les protègent contre vous — lorsque vous voyez la corruption récompensée et que l’honnêteté devient un sacrifice — vous saurez que votre société est condamnée.»

Ayn Rand, Atlas Shrugged (La Grève)

Quand Ayn Rand a écrit ces lignes quelque part dans les années 1950, nous étions loin de nous douter à quel point elles seraient prophétiques au Québec (et dans bien d’autres endroits aussi). Comment en est-on arrivé là? Qu’est-ce qui fait que le Québec traîne de la patte depuis des décennies?

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Le déclin constant du Québec en pourcentage du PIB canadien

Une des raisons possibles est ce que j’appellerais la culture du Québec Inc. Ce qui nous pousse à faire des pieds et des mains pour préserver et subventionner nos «fleurons». Saviez-vous qu’au Canada, le Québec est le champion du BS corporatif? De 1981 à 2009, le gouvernement du Québec a dépensé $115,5 milliards en BS corporatif. Pour mettre ça en perspective, c’est plus que l’Ontario, l’Alberta et la Saskatchewan réunis! Naturellement, nos politiciens tentent toujours de nous vendre l’idée que tout cet argent sert à «stimuler» notre économie, mais dans la réalité, il y a loin de la coupe aux lèvres. Malgré tous ces soi-disants «investissements», nous sommes devenus la province la plus pauvre et nous continuons de nous appauvrir. L’engouement de notre gouvernement, tous partis confondus, pour les leviers économiques depuis 65 ans est en train de tuer notre société à petit feu. Voici quelques raisons pourquoi:

  1. Les gouvernements en général sont de pauvres gestionnaires de capital. C’est vrai pour tous les gouvernements, et c’est certainement vrai au Québec. Le but d’une économie sera toujours de fournir aux consommateurs les biens et services qu’ils désirent le plus et non ce qui est politiquement payant. Lorsque les gouvernements s’immiscent dans la sélection de gagnants et perdants dans l’industrie, ils le font pour des raisons politiques plutôt qu’économiques. Pensons à quelques-uns des gros bénéficiaires de la manne de l’État québécois: La cimenterie de Port-Daniel qui n’a aucune raison d’exister puisque les cimenteries déjà existantes ne fonctionnent même pas à pleine capacité. La CSeries de Bombardier qui, malgré les beaux contrats récents, se permet de vendre ses avions à perte grâce à «l’investissement» de $2 milliards des poches du contribuable. Souriez! C’est vous qui payez pour que Delta puisse renouveler sa flotte à rabais! La Davie, qui vit depuis si longtemps sur le respirateur qu’elle a probablement plus de ressemblance avec les zombies de Walking Dead qu’à un fleuron de l’industrie. Et qui peut oublier les belles expériences de la Gaspésia et Tricofil?
  2. Gros coûts, peu de bénéfices. Le Québec subventionne presque trois fois plus que l’Ontario et pourtant nous sommes la province la plus pauvre. Cherchez l’erreur. Si ça fonctionnait, il y a longtemps qu’on le saurait.

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  3. Des dés pipés. Le BS corporatif favorise les gros joueurs au détriment des petits. Les grosses corporations ont beaucoup plus les moyens d’embaucher une armée de lobbyistes pour retirer le maximum des mamelles de l’État. Elles ont aussi beaucoup plus de poids pour faire du chantage pour éviter des pertes d’emplois massives. C’est un transfert de richesse des entreprises les plus petites aux plus grosses, des plus pauvres vers les plus riches, des plus productifs aux plus gaspilleurs et mieux connectés.
  4. Une relation incestueuse. Le BS corporatif a toujours créé une relation incestueuse avec le monde des affaires et le gouvernement. Ce qui favorise la corruption, les retours d’ascenseur et les enveloppes brunes. Quand la manne est aussi grande qu’elle l’est au Québec, il ne faut pas se surprendre que la Belle Province ait la réputation d’être la province la plus corrompue.
  5. Le BS corporatif est anti-consommateur. La raison d’être d’une entreprise est de bien servir ses clients. Si elle remplit bien son rôle, elle sera récompensée par des profits, sinon elle sera punie par des pertes et éventuellement, la faillite. Ce système fait en sorte que les ressources limitées vont vers les entreprises qui ont le plus de succès à satisfaire les désirs des consommateurs. Le gouvernement ne peut rien donner qu’il n’a pas d’abord pris à d’autres. Lorsqu’il finance des entreprises peu profitables au nom de la préservations des emplois, le gouvernement prive les entreprises plus profitables de ces précieuses ressources afin de maintenir les autres, moins adeptes à combler les désirs du consommateur, sur le respirateur. C’est un gaspillage de précieuses ressources limitées qui prive le consommateur des biens et services qu’il préférerait avoir et favorise la production de biens et services dont il ne veut pas. Ça crée une rareté qui fait que le consommateur doit payer plus cher ce qu’il veut pour subventionner ce qu’il ne veut pas. De façon très concrète, ça oblige le contribuable à « acheter » des produits et services dont il ne veut pas. Lorsque le gouvernement donne $7000 par voiture électrique aux fabricants d’automobiles, il force littéralement les contribuables à payer une partie du prix de l’auto électrique de leur voisin.  Ça crée aussi un aléa moral. Pourquoi se casser la tête à servir les clients quand on peut tout simplement se faire subventionner et faire du n’importe quoi plutôt que ce que les consommateurs veulent vraiment? Ce qui m’amène au point suivant.
  6. Plus de lobbying, moins d’innovation. Lorsque les entreprises sont motivées à satisfaire les besoins des consommateurs, elles ont un gros incitatif à innover, investir dans la recherche et le développement et être plus productives et concurrentielles. Pour continuer à demeurer profitables, elles doivent toujours trouver des meilleurs moyens de satisfaire les demandes de leur clientèle. Lorsque que des entreprises sont financées ou autrement protégées des aléas de la concurrence par le gouvernement, elles cessent d’innover. Ça devient plus payant d’embaucher des lobbyistes que d’investir en recherche et développement.
  7. Des permis pour tout et rien sans permis. Au Québec, il est impossible d’entreprendre quoi que ce soit sans permis. C’est presqu’à se demander si ça prend un permis pour respirer. Un permis, c’est quand le gouvernement vous vole votre droit d’entreprendre et vous le revend. Le prétexte est généralement la protection du consommateur, mais c’est un faux prétexte. A-t-on vraiment besoin d’être «protégés» d’une mauvaise coupe de cheveux? Le permis du coiffeur est-il vraiment une garantie d’une belle mise-en-plis? Durant la controverse des taxis vs Uber, on s’est rendu compte qu’aucune vérification des antécédents criminels des chauffeurs de taxi n’était faite. Pour la protection du consommateur, on repassera. En réalité, les permis sont une façon de limiter artificiellement l’offre de biens ou services dans le but de gonfler les prix et favoriser le producteur au détriment du consommateur. Le permis ne protège pas le consommateur contre les abus d’un producteur, il protège plutôt les producteurs des consommateurs en limitant la concurrence.

 

Ayn Rand avait raison

Quand vous êtes forcés à travers la taxation et le BS corporatif de payer pour des produits et services dont vous ne voulez pas. Quand pour entreprendre, vous êtes à la merci de bureaucrates. Quand les lois protègent les corporations plutôt que les consommateurs. Quand c’est plus payant pour un entrepreneur de faire du lobbying plutôt que de faire de son mieux pour satisfaire les besoins de ses clients. Quand l’innovation est sacrifié au nom de la protection d’industries obsolètes. Quand la corruption et le trafic d’influence deviennent la norme comme l’a démonté la Commission Charbonneau. Doit-on être surpris que notre société va de mal en pis et que nous soyons de plus en plus pauvres?

 

Sources des graphiques:

Graphique PIB:  Statistique Canada – Produit intérieur brut aux prix courants, 1961-1993 et Comptes économiques des provinces et des territoire et Tableau 051-0005 et ISQ – Diffusion des Comptes économiques du Québec

Graphique BS corporatif: Statistique Canada: Tableau 384-0010



Dur d’être chef du PQ

Par Philippe David

Il n’y a pas à dire, c’est dur d’être chef du PQ. Ça fait combien maintenant qu’on voit aller et venir depuis 2001?  Quatre si on néglige de compter les chefs intérimaires. Sauf pour Pierre-Karl Péladeau, ils sont tous sortis avec un couteau dans le dos. Le dernier qu’on considérait comme le Messie, tire sa révérence après seulement un an parce qu’apparemment, il ne pouvait pas conjuguer son job et sa famille. Qu’il ait choisi la famille plutôt que le job est tout à son honneur. Il y a probablement beaucoup trop d’enfants de politiciens négligés, au moins les siens pourront retrouver leur père. En fin de compte, le Messie aura été un feu de paille.

Remarquez qu’il avait d’autres raisons de ne pas vouloir rester. Après un an à la barre du PQ, l’homme qui réclamait un pays avec le poing en l’air voit son rêve atteindre les bas-fonds. Le soutien à la souveraineté est au plus bas qu’on l’aie vu depuis très longtemps et le PQ n’arrive pas à rattraper les libéraux malgré tous leurs déboires récents. Tout le monde sait que le PLQ est corrompu à l’os, mais les électeurs le préfèrent quand même à toutes les alternatives. Ça en dit long sur la futilité de la politique québécoise.

Qui remplacera PKP?

Déjà plusieurs noms sont avancés, Jean-Martin Aussant, Jean-François Lisée, Martine Ouellet peut-être? Qui sait? Dans les candidats possibles, je ne vois pas vraiment qui arriverait à convaincre les québécois à endurer un autre référendum sur la souveraineté. Honnêtement, il faudra peut-être que le PQ fasse une petite pause pour se poser quelques questions existentielles. Peut-être qu’ils devraient imiter M. Péladeau et juste «tirer la plogue». Peut-être qu’à ce moment on verrait une alternative au PLQ émerger une fois que les québécois auront cessé de craindre la venue d’un référendum?

Cependant, si le PQ continue, j’ai une chanson-thème à suggérer pour la course à la chefferie…



Le monde des affaires d’Alexandre Taillefer

simard et belzile

Pierre Simard et Germain Belzile

Alexandre Taillefer intensifie sa campagne de dénigrement. Après avoir mené une fructueuse quête de privilèges auprès du gouvernement pour Téo Taxi, voilà maintenant qu’il accuse les défenseurs d’Uber « d’une profonde malhonnêteté intellectuelle ». Il va même jusqu’à les pointer du doigt :

 « Quand je lis le soutien que donne une institution Montréalaise (sic) bien en vue à Uber ou un chargé de cours des Hautes Études Commerciales (sic)[1], je vois le monde des affaires d’hier. »  (A. Taillefer)[2]

Avouons qu’il faut de l’audace pour accuser les défenseurs d’Uber de professer un monde des affaires d’hier, quand le but de Téo Taxi est de reconduire un système de gestion de l’offre à bout de souffle et dépassé. Une industrie du taxi qui, depuis des décennies, offre un service médiocre aux consommateurs et exploite ses chauffeurs en les forçant à acheter la permission de travailler.

Il faut également une bonne dose d’estime de soi pour se présenter en libérateur des travailleurs du taxi, tout en voulant les garder sous son dictat. Celui qui se présente comme un visionnaire devrait pourtant savoir que l’époque du propriétaire de champs de coton est chose du passé; qu’il ne suffit pas de proposer à des esclaves une faible augmentation de leur pitance pour les libérer de leur servitude.

Pourquoi les travailleurs du taxi devraient-ils se contenter des 15 $ de l’heure de Téo? Pourquoi ne pourraient-ils pas s’émanciper de ces privilégiés de l’État qui veulent toujours l’obliger à louer ou à acheter un permis pour travailler? Pourquoi un travailleur autonome ne pourrait-il pas gérer lui-même son temps de travail et sa propre voiture, et ce, tout en satisfaisant les besoins et les attentes des consommateurs?

Nous sommes désolés, mais remplacer des voitures à essence par des voitures électriques n’a rien de vraiment innovateur. Il ne suffit pas de remplacer une fournaise à l’huile par des plinthes électriques pour rendre un taudis salubre.

Taillefer nous invite à choisir entre « #JeSuisUber ou #NousSommesTéo ». Notre choix est fait. Nous préférons un marché libre à l’écoute des besoins des usagers et à l’affut des opportunités économiques; un Uber qui, pour survivre, ne réclame pas du gouvernement des permis pour soi et des interdits pour les autres.

Non, nous ne sommes pas Téo. Le monde des affaires d’hier, comme se plait à le décrire M. Taillefer, nous a enseigné qu’un projet capable de satisfaire efficacement les attentes des consommateurs peut se passer de l’État et de l’argent des contribuables.

Nous déplorons que la Caisse de dépôt, Investissement Québec et autres fonds syndicaux, qui sont financés en tout ou en partie par nos impôts, servent à financer une entreprise qui perpétue un modèle d’affaires obsolète ne pouvant survivre sans la coercition de l’État.

[1] M. Taillefer réfère sans doute à HEC Montréal, anciennement l’École des hautes études commerciales de Montréal.

[2] http://quebec.huffingtonpost.ca/alexandre-taillefer/teo-taxi_b_9806980.html



Une question d’autorité

Par Philippe David

Si vous l’avez manqué, un intéressant débat opposait Richard Martineau (ici, ici et ) et Denise Bombardier (ici) dans les pages du Journal de Montréal. En bref, Richard Martineau ridiculise les religions et les accuse de nombreux carnages alors que Denise Bombardier, elle, évoque le besoin de transcendance de l’être humain et le réconfort qu’apporte la croyance en un être suprême. Hier, Nathalie Elgrably-Lévy y a ajouté son grain de sel avec un excellent texte. Selon elle, si la religion a effectivement été responsable de millions de morts au fil des siècles, elle n’a pas le monopole de la barbarie. Pour appuyer son argument, elle cite Staline, Mao, Pol pot et Hitler en exemple et explique que le véritable problème provient plus de mégalomanes qui imposent leurs croyances. Elle dit que la Foi en tant que tel est inoffensive et que le grand danger vient plutôt de la volonté de certains d’imposer une croyance particulière, qu’elle soit religieuse ou non. Elle n’a pas tort, mais elle m’a laissé sur ma faim. Je crois qu’elle aurait dû aller plus loin dans sa réflexion. Elle n’a pas voulu s’avancer dans le comment ni le pourquoi certains sociopathes arrivent à s’élever à une position où ils sont en mesure d’imposer ces croyances et commettre ces méfaits. Si vous me le permettez, j’aimerais creuser le sujet pour elle.

La soif du pouvoir

Comment des despotes comme Mao ou Hitler arrivent-ils à se hisser complètement en haut de l’échelle du pouvoir pour ensuite infliger leurs sévices à leurs propres populations et aux autres? Lord Acton disait que le pouvoir corrompt et le pouvoir corrompt absolument. Dans son roman «Dune», l’auteur Frank Herbert a complété cette pensée en disant que le problème n’est pas tant que le pouvoir corrompt, mais qu’il est magnétique aux corruptibles. En d’autre mots, l’attrait du pouvoir attire bien plus les sociopathes, psychopathes et manipulateurs de ce monde que les saints. Les gens honnêtes et justes n’ont pas généralement le désir de dominer leurs semblables et souvent, ils ont conscience que l’exercice du pouvoir est un énorme fardeau.

Dans la trilogie du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, l’Anneau pour les gouverner tous et le symbole du pouvoir qui est confié à un innocent. Frodon Sacquet n’a aucune soif de pouvoir. Il ne cherche qu’à vivre une vie simple et paisible jusqu’à ce qu’on lui confie la mission de détruire l’Anneau. Lorsque Frodon tente de s’esquiver et offre l’Anneau au magicien Gandalf, celui-ci le refuse en disant «Non ne me tentez pas Frodon. Je n’ose le prendre ! Même pour le mettre en sureté. Comprenez-moi Frodon. J’utiliserais cet Anneau en souhaitant faire le bien. Mais à travers moi, il pourrait atteindre un pouvoir trop grand, trop terrible à imaginer.» Mais tout au long du récit, Frodon confronte d’autres personnages qui, pour le bien ou le mal, veulent se saisir de l’Anneau: Boromir, Saruman, Galadriel. Tout au long, Frodon sent aussi l’anneau devenir toujours plus lourd. Jusqu’à son ultime destruction. À travers sa trilogie, Tolkien essaie de nous mettre en garde contre les aléas de l’exercice du pouvoir, même pour de bonnes intentions. Parce que le pouvoir a toujours des effets pervers. Les sages en sont conscient, mais un sociopathe s’en fiche. Il désire ardemment ce pouvoir et ne s’arrêtera devant rien pour y parvenir. Josef Staline a dit un jour «Une mort est une tragédie, un million de morts. c’est une statistique». Ça illustre bien la fibre morale d’un tyran pour qui faire tuer des millions ne pose aucun dilemme.

L’hallucination collective

Tous les tyrans de l’Histoire auraient été totalement inoffensifs, si ce n’était que pour une croyance aveugle: la croyance que nous avons collectivement en l’autorité. Ces despotes étaient tous des criminels et ce qu’ils dirigeaient était un exemple ultime de crime organisé. Le nec plus ultra d’une mafia. À la différence que personne n’hallucine que la violence perpétrée par la mafia est légitime, alors que tous s’imaginent que l’appareil étatique que dirigeaient les Staline, Hitler, Napoléon et César de ce monde avait la légitimité de commettre ses méfaits. Laissez-moi le répéter pour être certain que vous compreniez pleinement la portée de ce que je vous dis: Alors que ces tyrans perpétraient leurs crimes, peu de gens à l’époque ne questionnaient leur autorité considérée comme légitime. L’État, après tout, est la seule institution qui a le droit l’égal d’initier la violence contre des individus paisibles. Les chefs d’état sont donc au-dessus des lois. Mao disait que le pouvoir provenait de la bouche d’un fusil et les tyrans contrôlaient tous les fusils.

Notre société est basée sur la prémisse hobbesienne que puisque l’homme est un loup pour l’homme, nous devons céder nos pouvoirs individuels à un Léviathan qui maintiendra la paix. Sauf que j’imagine que Hobbes n’avait pas prévu que son Léviathan devienne criminel. Pourtant, il aurait dû savoir que si certains hommes désirent exploiter leurs semblables, la position à laquelle ces hommes vont aspirer sera le haut de l’échelle politique. Quoi de mieux pour un psychopathe de se retrouver au-dessus des lois et pouvoir ainsi victimiser et exploiter les autres impunément. Peu importe les protections constitutionnelles instituées pour éviter une telle éventualité, ce n’est vraiment qu’une question de temps pour qu’un mégalomane se retrouve aux rennes du pouvoir. L’Histoire l’a pourtant amplement démontré. Malgré cela, nous refusons obstinément d’apprendre ces leçons et nous continuons de les placer en position d’autorité. Nous avons tellement peur de tomber sous la coupe de criminels que nous leur construisons le parfait instrument pour nous dominer et nous victimiser: l’État dont, par patriotisme, nous faisons une vénération quasi-religieuse.

Le vrai problème

Mme Elgrably-Levy a parfaitement raison de dire que nous devons construire une société où les droits des uns se terminent là où les droits des autres commencent. Le vrai problème qu’elle n’a pas voulu aborder est qu’une telle société ne pourra jamais exister tant et aussi longtemps que nous sentirons le besoin, au nom de la sécurité, d’élever certains hommes au-dessus de nous et de leur donner le pouvoir de gérer nos vies et nous imposer leur vision par la force.



Les socialistes et le salaire minimum

Par Philippe David

«Si les socialistes comprenaient l’économie, ils ne seraient plus socialistes.»
Friedrich Hayek – Nobel d’économie, 1974

Le premier mai, le salaire minimum va augmenter à $10,75 de l’heure. Cependant pour les socialistes de Québec Solidaire et les diplômés de sciences sociales sans math de l’Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques (IRIS), c’est insuffisant. (L’IRIS, un think tank économique presque totalement dénué d’économistes. C’est un peu particulier, non?)

Selon l’IRIS, un travailleur à temps plein devrait gagner en moyenne $15,10 de l’heure pour «vivre dignement». Selon Manon Massé de Québec Solidaire qui a l’intention de déposer une motion à l’Assemblée Nationale pour rehausser le salaire minimum à $15 de l’heure,  « Ça leur permettrait d’avoir assez d’argent dans leurs poches pour pouvoir subvenir à leurs besoins et sortir la tête de l’eau ».

Nul doute que leurs intentions sont bonnes, mais elles trahissent une fois de plus la dislocation de la gauche québécoise avec le fonctionnement de l’économie et de la nature du salaire minimum. Et le chemin de l’enfer a toujours été pavé de bonnes intentions

Qu’est-ce que le salaire minimum?

Le salaire minimum est le salaire choisi arbitrairement en-dessous duquel il est illégal pour un employeur de payer un employé. Règle générale, c’est un prix-plancher qu’on payera à quelqu’un qui a une éducation minime, une expérience de travail minime et/ou des aptitudes minimes afin que cette personne puisse acquérir expérience et connaissances «sur le tas» en milieu de travail, lui permettant d’accéder plus tard à un salaire plus élevé. En d’autres mots, c’est le premier échelon du marché du travail. Ce n’est pas supposé être un salaire qu’on conserve en permanence.  Selon cette étude de l’institut Fraser basée sur les données de Statistique Canada:

  • 58% des travailleurs au salaire minimum sont âgés de 15-24 ans et 85% d’entre eux vivent avec leurs parents ou un autre membre de leur famille.
  • 54% ont un diplôme du secondaire ou moins
  • 58% sont des travailleurs à temps partiel
  • 88% des travailleurs au salaire minimum ne font pas partie d’une famille à faible revenu.
  • Seulement 2% sont des familles monoparentales avec des jeunes enfants.

Contrairement à ce qu’on peut croire, peu de familles à faible revenu au Canada dépendent du salaire minimum.

Comment sont fixés les salaires dans le marché du travail?

Ça amène la question:Combien vaut le travail d’une personne sans grandes connaissances ou expérience de travail? Ça dépend vraiment de combien de travailleurs de ce niveau cherchent un emploi et combien d’employeurs ont besoin de ce type particulier de main d’œuvre. Si la vaste majorité des personnes recherchant un emploi avait un diplôme collégial au minimum, cela voudrait dire que seule une petite minorité n’ayant pas un diplôme collégial serait disponible pour accepter les emplois qu’on trouve typiquement au salaire minimum. Si le nombre de compagnies voulant embaucher des employés non-qualifiés excède le nombre des travailleurs recherchant ce type d’emploi, les employeurs n’ont pas d’autre choix que d’offrir des salaires plus élevés, s’ils veulent avoir assez de travailleurs pour leurs besoins. Cependant, s’il y a trop de travailleurs non-qualifiés pour le nombre d’emplois de ce type disponibles, les employeurs auront tendance à offrir des salaires moins élevés.

Ça dépend également de la productivité d’un employé. Si la tâche de l’employé est de «flipper» des boulettes de viande, on peut calculer, selon le prix du hamburger fini et la quantité de boulettes produites dans un temps donné, la productivité d’un travailleur. Il est naturel qu’un travailleur plus expérimenté arrivera à produire plus qu’un qu’il l’est moins. C’est donc naturel qu’un employeur voudra payer plus à l’employé plus expérimenté que celui qui l’est moins. Tout ça pour dire que le salaire qu’un employeur offrira est généralement en fonction de la productivité que l’employeur attend de l’employé en tenant en ligne de compte la rareté ou l’abondance de travailleurs avec des qualifications comparables. Les salaires ne sont pas fixés arbitrairement par les employeurs, mais en fonction de critères spécifiques qui varient selon les conditions du marché. Si l’employeur calcule qu’en moyenne, un employé produira des hamburgers pour l’équivalent de $10 de l’heure, tout autre chose étant égale par ailleurs, il offrira ce taux horaire. S’il estime qu’un candidat sera capable de produire plus parce qu’il est plus expérimenté, il offrira un salaire un peu plus élevé parce que son concurrent recherche aussi des employés et qu’il veut lui aussi attirer des employés plus qualifiés et offrira des salaires en conséquent.

Qu’arrive-t-il quand on fixe un salaire minimum trop élevé?

Au Québec, de passer à un salaire minimum de $15 de l’heure signifie une augmentation de 39,5% d’un coup. Imaginez votre réaction si à l’épicerie le bœuf haché passait de $4,99/lb à $6,99/lb? Allez-vous en acheter plus ou moins? Alors imaginez ce que vous feriez si vous étiez patron d’entreprise et que, du jour au lendemain, tous vos employés avec des salaires de moins de $15/h doivent être augmentés à $15 ou plus (faut pas oublier que si vous aviez des employés à $14/h, il mériteront certainement d’être payés plus que $15. Vos échelles salariales devront s’ajuster). Que feriez-vous? Pour la plupart des entreprises, absorber une augmentation de presque 40% des coûts de main d’œuvre est tout simplement impossible. Vos options sont soit de couper dans le nombre d’employés et faire des mises à pied, ou réduire les heures de chaque employés ou augmenter vos prix ou toutes ces réponses.

Remplacer des employés par une machine? Pourquoi pas? Adieu les McJobs pour aider les étudiants à payer leurs frais de scolarité et se faire un peu d’argent de poche. Un des premiers effets sera que le taux d’emploi des 15-24 ans et des minorités visibles tomber comme des briques. C’est ce qu’on commence déjà à observer dans les endroits où de telles augmentations du salaire minimum ont été imposées. Plutôt que d’aider les travailleurs précaires, on vient de les mettre au chômage en permanence. Parce que si un employeur est obligé de payer 40% de plus, il voudra en avoir pour son argent. Il augmentera donc ses exigences pour l’embauche. Peut-être auraient-ils donné une chance au jeune de 16 ans sans expérience à $10/h, mais pas à $15. Comment ce jeune pourra-t-il acquérir de l’expérience? Bref, une telle augmentation nuirait carrément  aux travailleurs que les bien-pensants prétendent vouloir aider.

Le salaire minimum n’a rien à voir avec l’idée de «vivre dignement» puisque la plupart de ceux qui gagnent ce salaire ne vivent pas de ce salaire seul et ce n’est pas supposé être un salaire qui permet de vivre. Donc d’argumenter pour une augmentation du salaire minimum parce que personne ne peut vivre sur ce salaire rate complètement le point.



Uber… Parce qu’on est en 2016?

Par Philippe David

La bataille opposant les taxis et Uber s’envenime et fait couler beaucoup d’encre (ou exciter des électrons sur les écrans, c’est selon). Il y a ceux qui disent qu’Uber devrait être carrément interdit parce que de toute façon, c’est illégal, puis ceux qui disent que Uber devrait être légalisé et règlementé comme les taxis, et puis enfin, il y a ceux qui, comme moi, croient que le problème n’est pas Uber, mais plutôt la cartellisation du système de taxi comme tel. Comme toujours, les politiciens ne savent pas sur quel pied danser. Jacques Daoust entend présenter un projet de loi avant le 12 mai, mais il a de la difficulté à rallier ses hauts fonctionnaires à sa vision.

Comme toujours, en particulier au Québec, la controverse est surtout une chicane de territoire et cherche à protéger les groupes d’intérêt et les régulateurs au détriment des consommateurs. Mais quand est-ce que notre gouvernement se soucie des consommateurs au juste? Ici on s’acharne toujours à étouffer les innovations qui sont au bénéfice du consommateur pour protéger les amis confortablement incrustés dans un système qui les enrichit sur le dos de tout le monde. Qu’Uber vienne ébranler les colonnes de ce temple est une bouffée d’air frais.

Remettons les pendules à l’heure

Uber n’est pas un service de taxi, mais un service de co-voiturage. À l’aide d’une application sur les téléphones intelligents, il permet de mettre en contact des chauffeurs indépendants qui utilisent leur propre voiture et des gens qui ont besoin d’aller du point A au point B. Uber ne dessert pas les aéroports, les gares, etc. comme les taxis le font. Ce que fait Uber est plutôt de supplémenter les taxis. Ses chauffeurs ne sont pas des employés,  mais des travailleurs autonomes, assujettis aux lois sur les travailleurs autonomes et paient les taxes selon les mêmes règles que tous les autres travailleurs autonomes. Uber paie les impôts au Québec comme toute autre compagnie qui y opère. Ceux qui racontent le contraire sont de mauvaise foi. Si Uber ne payait pas sa «juste part» d’impôt, il y a belle lurette que Revenu Canada et Revenu Québec seraient venus frapper à sa porte. Le problème n’est pas que Uber et ses chauffeurs ne paient pas de taxes, c’est que le cadre règlementaire qui régit l’industrie du taxi inflige des coût supplémentaires aux opérateurs et chauffeurs de taxi, les rendant moins compétitifs. Ainsi, les règles et les permis de taxi font en sorte qu’un chauffeur de taxi qui gagne $60 000 de revenu se retrouve avec un maigre $22 000 après toutes les dépenses qui lui sont imposées.

Niveler vers le bas ou vers le haut?

Comme solution nous avons le choix de soit niveler par le haut ou niveler vers le bas. Niveler vers le bas signifierait imposer les règlementation onéreuses qui affectent les taxis à des services comme Uber ou Lyft. Règlementations qui existent justement pour limiter l’entrée de nouveaux joueurs dans le marché, sabordant ainsi tout avantage en faveur du consommateur ou même des chauffeurs. Ou nous pouvons niveler vers le haut en libéralisant l’industrie du taxi, ce qui permettait aux taxis de mieux faire concurrence avec Uber, autant au niveau du prix que du service à la clientèle et permettrait aux chauffeurs d’en garder plus dans leurs poches. Dérèglementer l’industrie du taxi est un win-win pour les chauffeurs de taxis autant que pour Uber et les consommateurs. C’est à se demander pourquoi ce n’est pas déjà fait ici comme ça commence à être fait dans beaucoup d’autres villes où Uber et Lyft ont été implantés.

Pour une fois, ce serait bien d’avoir une solution qui serait à l’avantage du consommateur, non? Me semble que ça nous coûterait un peu moins cher que de financer des taxis électriques à grand coups de millions en fonds publics. Pourquoi freiner le progrès? Après tout, n’est-on pas en 2016?