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L’incompris

Dans la campagne pour l’investiture républicaine qui est en cours aux États-Unis, s’il y a une constante, c’est l’incompréhension complète qui règne autour de la plateforme et des politiques de Ron Paul. Dans tous les médias et l’élite politique, autant de gauche que de droite, on le traite de fou dangereux. Et pourtant, les sondages démontrent qu’un segment grandissant de l’électorat apprécient son message. Voyez-vous, il n’y a pas qu’au Québec que l’élite est déconnectée de l’électorat. Depuis que Paul est devenu un des meneurs pour le caucus de l’Iowa qui a eu lieu hier, et après avoir longtemps ignoré des médias, l’intelligentsia américaine (et même canadienne) a entrepris une campagne de salissage dans une vaine tentative de le discréditer.  Cependant, ceux qui l’attaquent, autant démocrates que républicains, ne font que démontrer le peu de différence idéologique qui existe entre les deux partis.  Les républicains font bien semblant d’être pour la libre-entreprise et une réduction de l’état, mais dans les faits, en aucun moment, sous la gouverne des républicains, y a-t-il eu une réduction du poids de l’état sur l’économie, même sous Ronald Reagan. La réalité est que le bipartisme est un mythe aux États-Unis. Les républicains préfèrent dépenser sur le militaire et le BS corporatif et les démocrates préfèrent dépenser sur des programmes sociaux, mais les deux s’entendent parfaitement sur la taille de l’état: le plus obèse possible. Ron Paul est le seul qui veut sérieusement s’attaquer à la taille de l’état. Alors voyons qu’est-ce qu’il y a de si fafelu dans ses idées, en commencant par ce que plusieurs considèrent son talon d’achille.

Ron Paul et les affaires étrangères.

C’est là que Ron Paul se fait le plus traiter de fou furieux et il faut admettre que du point de vue étatiste, ses idées sont irrecevables. Cependant si on s’arrête à y réfléchir vraiment sous l’angle des vrais problèmes qui affligent les États-Unis présentement, on réalise que Ron Paul n’est pas aussi fêlé que ses critiques voudraient le faire croire. Prenons par exemple sa position sur les attentats du 9/11.  Ses critiques s’exclament haut et fort que Ron Paul croit que le gouvernement américain, par le biais de la CIA, a exécuté l’attentat. Ce n’est absolument pas sa position. La position de Paul est que les États-Unis sont indirectement les artisans de leurs propres malheurs; dû aux conséquences inattendues de leurs interventions au Moyen-Orient. Un bref coup d’oeil à l’histoire lui donnerait raison.

Le concept de « blowback »

« Blowback » est un terme utilisé par la CIA qui désigne des conséquences inattendues issues de leurs opérations secrètes et qui ne peuvent être connectées à l’opération originale. Depuis la chute de l’Empire Ottoman, les puissances colonisatrices que sont la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis (entre autres) ont taillé les frontières du Moyen-Orient à leur guise, causant bien des injustices. Un exemple patent fût le sort des kurdes qui se retrouvèrent apatrides et persécutés dans quatres états-nations. Un autre remaniement frontalier mal avisé fût la création de l’état d’Israël. Je ne conteste pas personnellement son existence, mais force est d’admettre que pour les arabes, ce fût un grave affront et une source éternelle de ressentiment evers l’Occident.

Depuis le début de la guerre froide, les États-Unis ont multiplié leurs interventions dans la région pour tenir le communisme en échec et défendre leurs intérêts dans les ressources pétrolières de la région du Golfe Persique. En 1953, la CIA et le Mi-6 ont orchestré un coup d’état qui a relevé le premier ministre Mossadegh de ses fonctions et restauré le Shah Mohammed Reza Pahlevi, en exil après une tentative d’assassinat avortée contre Mossadegh. Ce coup d’état, en plus d’enlever du pouvoir un politicien très populaire, a transformé la gouvernance de l’Iran de monarchie constitutionnelle à une brutale dictature. Une fois restauré au pouvoir, le Shah entendait bien y rester. Il a donc institué, avec l’aide de la CIA et du Mossad, une police secrète, la SAVAK, dont la mission était de réprimer sauvagement toute opposition et toute critique. La SAVAK avait tous les pouvoirs d’arrêter, détenir, torturer et même assassiner quiconque osait critiquer le Shah et s’est largement servi de ses privilèges. Il est rapporté que le règne du Shah a été tout aussi sanglant que celui de Pinochet, alors il est difficile de le considérer comme une belle époque de l’histoire iranienne, même si la révolution islamique qui l’a suivie n’est guère mieux. Il n’est donc pas trop surprenant que les iraniens ne portent pas les américains dans leur coeur.

Comme si ce n’étais pas assez, il ne faut pas oublier que ce fût le gouvernement américain qui a également mis Saddam Hussein au pouvoir et lui a fourni ses armes chimiques qu’il a ensuite utilisé contre les iraniens, les kurdes et des dissidents irakiens. Ajoutons à cela l’embargo contre l’Irak pendant les années 1990 qui a coûté la vie à un minimum d’un demi million d’enfants irakiens de maladies diverses dûes à la malnutrition et le manque de sanitation que cet embargo a causé. Ajoutons encore le soutien américain de plusieurs dictateurs au Moyen Orient tel que les Sabah et les Saud ou Sadate et Moubarak, sans compter leur soutien inconditionnel d’Israël et ils s’imaginent que les arabes les haïssent parce qu’ils sont libres et prospères et qu’ils en sont jaloux, ou encore par fanatisme religieux. Pourtant, il serait beaucoup plus difficile pour les islamistes de trouver un terreau aussi fertile pour leur jihad, si l’oncle Sam cessait de piétiner sur eux. Mais, je vais certainement me faire accuser d’anti-américanisme primaire pour vous avoir informé de ces faits. Est-il donc surprenant que la présence continue de troupes américaines en Arabie Saoudite pendant les années 90 et l’occupation subséquente de l’Irak et de l’Afghanistan en ait excité plus qu’un? Si on s’arrête à penser ce qui a bien pu motiver Oussama Ben Laden à commettre les attentats du 9/11, on a l’embarras du choix, sans même considérer le fanatisme religieux. Tout ce que Ron Paul a fait est de mettre le nez des américains dans leur propre caca et leur montrer les conséquences des actes de leur propre gouvernement. Sa thèse est plutôt simple, si tu marches à travers les bois en renversant des nids de guêpes au passage, tu vas éventuellement te faire piquer. Le remède est de simplement éviter de renverser les nids de guêpes.

Les opposants de Ron Paul vivent dans le déni et l’illusion. Le déni que par leur impérialisme, leur pays ait antagonisé beaucoup de régions à travers le monde et l’illusion qu’avec plus de 15 billions (trillions en anglais) de dettes, l’oncle Sam a encore les moyens d’agir en policier du monde. En réalité, l’oncle Sam est en faillite et il devra faire des choix difficiles. Seul Ron Paul semble vouloir faire ces choix.

Je vous invite à y réfléchir en regardant cette vidéo.

Le multiculturalisme : un mensonge délectable

Le dixième anniversaire de la tragédie du 11 septembre 2001 aura certes permis de réfléchir aux conséquences de gestes aussi horrifiants et inimaginables. Ce jour-là, contrairement à ce que certains « sans-génie » peuvent croire, ce n’était pas l’impérialisme américain qui était attaqué mais bien la civilisation occidentale.

Chez nous, il est fort probable que ces événements aient accéléré la remise en question de l’utopie multiculturaliste.  Avertis durement des conséquences de notre laisser-aller et de notre naïveté, il me semble toutefois que Québécois et Canadiens sont maintenant plus conscients de la fragilité des fondements mêmes de notre culture occidentale: la liberté d’opinion et de presse, l’égalité entre les hommes et les femmes, la séparation entre l’Église et l’État et la règle de droit.

Selon la chroniqueuse Chantal Hébert, même les Canadiens hors-Québec s’interrogent. « Avant le 11-Septembre, le multiculturalisme était une vache sacrée canadienne. Dix ans plus tard, les regards se sont faits plus critiques. »

De toute évidence, nous voici à un moment où l’attentisme n’est plus permis. Heureusement pour nous, il existe des Mario Roy, Richard Martineau, Mathieu Bock-Côté pour nous sensibiliser aux effets pervers du relativisme culturel.

Et puis, il y a d’extraordinaires citoyens québécois et canadiens musulmans qui prennent la parole et tentent de nous éveiller au danger : Djemila Benhabib, par exemple, dans son dernier essai Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident.

Un autre d’entre eux est Salim Mansur que j’ai eu le privilège de rencontrer cette fin de semaine, à Ottawa, lors d’une présentation de son livre « Delectable Lie – A liberal repudiation of multiculturalism« . Le voici en entrevue avec Ezra Levant que vous connaissez bien maintenant.

Quel homme, quelle érudition et quelle générosité!

La base de son propos : une répudiation du concept que toutes les cultures se valent. Comment se fait-il que personne ne s’interroge sur cette énorme fausseté, se dit-il. Rendant hommage aux civilisations romaine et grecque qui nous ont légué ce bien si précieux, Mansur livre avec passion et intelligence un plaidoyer pour la préservation des valeurs libérales et occidentales. Racontant l’histoire de la Liberty Bell qui aujourd’hui ne résonne plus dû à une fêlure, Mansur illustre par là la fragilité des valeurs de liberté. « Generations have a responsibility to make sure that the bell still rings », implorera-t-il.

Non, toutes les cultures ne se valent pas, selon cet éminent professeur de la Western University of Ontario. N’ayons crainte de le dire et de le dire tout haut: les démocraties libérales sont assurément meilleures que les régimes totalitaires où hommes et femmes sont inégaux et où on interdit la publication de caricatures de Mahomet.

« We are surrounded by darkness and the ideology of collectivism, selon Mansur. The individual must be the ethical and moral centre and should not be the means to somebody else’s end. ». Bref, « the ultimate minority is the individual. »

J’écoutais attentivement sa présentation lorsqu’il m’est venu une intense impression. La « culture » dont il était question ce soir-là n’avait rien à voir avec la langue parlée à la maison ou dans l’espace public. Si au Québec, la notion de culture se résume à la préservation du français et des subventions à la communauté artistique, ce soir-là, je me sentais plus près de ce musulman anglophone canadien que de nos élites bien-pensantes québécoises obsédées par l’accès à des collèges anglais!

Enfin, la culture dont parlait Mansur n’avait même rien à voir avec l’ethnicité ou la religion. C’est de la civilisation occidentale dont il était véritablement question :  la culture dont nous bénéficions sans vraiment l’apprécier, celle pour laquelle se sont battues des générations d’ancêtres et celle à laquelle aspire encore des millions d’individus sur la planète.

Un poète du nom de David Solway assistait à la présentation de Salim Mansur. Il avait posé une question à l’auteur. « What happened? », lui demande-t-il. Comment se fait-il que nous en soyons rendus là? Plus tard, il répondait à sa propre question. « I guess we do not suffer enough to fully appreciate our liberal and western values. »

Je pense qu’il a bien raison.

Pour lire Salim Mansur: Ses chroniques au Toronto Sun

9/11: 10 ans après

En ce 10e anniversaire des attentats du 11 septembre, je me permet de reproduire un texte que j’ai initialement publié sur Le Minarchiste Québécois et qui était intitulé « Blowback« 

On voit beaucoup d’encre couler au sujet de cette mosquée et centre communautaire islamique qu’on projette de construire près de l’ancien site des tours jumelles du World Trade Center. Certainement c’est un sujet délicat pour les familles de ceux qui ont perdu la vie dans les attentats du 11 septembre 2001. Au-delà du fait que ce projet est parfaitement légitime du point de vue légal, les opposants à ce projet projettent la responsabilité de cet évènement sur les mauvaises personnes. Ce n’est ni l’Islam, ni les musulmans qui sont en cause, quoique je l’ai crû pendant longtemps.

Les évènements historiques ne se produisent jamais à partir d’un vide et ne doivent jamais être considérés isolément des facteurs qui pourraient en être la cause. Ainsi, il y avait un bon moment que le gouvernement américain s’attendait à un attentat quelconque en réponse à son traitement de l’Irak. L’attentat, certes tragique, du 11 septembre et ses quelques 3000 victimes s’est avéré être cette réaction. Sans vouloir rien minimiser, le nombre de victimes de cet attentat n’est rien comparativement à plus d’un million de victimes, la plupart des enfants, des sanctions économiques des Nations Unies, commanditées par les États-Unis et le Royaume-Unis, contre l’Irak pendant toute une décennie.

Il fût peu question pendant cette période de l’effet de ces sanctions sur la population irakienne ou de la façon qu’elles étaient perçues par le monde arabe, mais elles n’ont certainement pas mené aux résultats escomptés par l’administration Bush sr et celle de Bill Clinton. Alors que l’objectif était d’ameuter les irakiens contre Saddam Hussein, elles n’auront servi qu’à démoniser encore plus les américains aux yeux des arabes.

Pendant la première guerre du Golfe en 1991, les forces alliées ont systématiquement attaqué le réseau électrique irakien, ce qui eût pour effet de complètement annihiler la capacité des irakiens de faire fonctionner leurs usines d’épuration d’eau. Étant incapable de se fournir en eau potable et se voyant systématiquement refuser le droit d’acheter les pièces nécessaires à la réparation de son réseau électrique. On estime qu’entre 1991 et 1996, plus de 500 000 enfants ont péri de maladies reliées au manque de sanitation et à la malnutrition.

En mai 1996, lorsqu’interrogée à l’émission 60 Minutes du réseau CBS si après la mort d’un demi-million d’enfants le prix en valait la peine, Madeline Albright, l’ambassadrice des É-U à l’ONU a répondu candidement : «Je crois que c’est un choix difficile, mais oui nous croyons que le prix en valait la peine.» Ce manque total de remords de la part du gouvernement américain n’a pas été sans laisser une impression durable sur la psyché collective des arabes. Ajoutez à ça leur soutien inconditionnel d’Israël et il fallait bien qu’un jour ça éclate.

Durant la campagne présidentielle de 2008, lors du débat des primaires du parti Républicain, Ron Paul s’était attiré les foudres de plusieurs membres du GOP lorsqu’il a soutenu que les évènements du 11 septembre n’étaient pas le fruit d’une haine de la liberté et du niveau de vie des américains, mais le fruit de leurs actes au Moyen-Orient. Il a mentionné alors le terme qu’utilise la CIA pour ce genre de rétribution : «blowback». C’est triste à dire, mais ce n’est pas l’Islam qui est à blâmer pour les attentats du 11 septembre, mais bien l’étatisme et l’impérialisme américain. Et sa première victime fût notre liberté.

Lectures complémentaires :

American Policy Gave Hussein Reason to Deceiveby Stanley Meisler Los Angeles Times

Sanctions: The Cruel and Brutal War Against the Iraqi People, Part 1by Jacob G. Hornberger Future of Freedom Foundation

Iraqi Sanctions: Were They Worth It?by Sheldon Richman Future of Freedom Foundation

Iraqi Sanctions and American Intentions: Blameless Carnage? Part 1by James Bovard Future of Freedom Foundation

Cool War: Economic Sanctions as a Weapon of Mass Destructionby Joy Gordon Harper’s Magazine

The Secret Behind the Sanctions: How the U.S. Intentionally Destroyed Iraq’s Water SupplyBy Thomas J. Nagy The Progressive